Une illustration inspirée d’une photo d’une participante dans le rôle de Marie de Béthanie avec en arrière-plan un image tirée d’une représentation traditionnelle.
Une nouvelle participation à l’activité “Vivre les Évangiles de l’intérieur”!
Cette fois-ci c’est une nouvelle participante, Léonie , qui a choisi de se mettre dans la peau d’un autre personnage des Évangiles : Marie de Béthanie.
Léonie a vécu de l’intérieur l’élan profond de Marie de Béthanie envers Jésus lorsqu’elle versa un parfum de très grande valeur sur ses pieds. Léonie témoigne à propos de cette expérience :
Calculer le coût de s’abandonner à Lui,
Plénitude Précieuse de grâce et de vérité, cœur doux et humble,
eux qui me culpabilise,
Lui en ses yeux je peux et je choisis de plonger mon regard
avec confiance, malgré l’incompréhension,
car Il me voit, me connaît, partage ce regard et a désiré me racheter.
Léonie Giroux Lapointe
Merci à Clarisse qui a animé la rencontre!
Participez à votre tour!
Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude vis à vis de Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos.
Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.
Contact : alecoutedesevangiles@gmail.com
Pour en savoir plus sur l’activité pour « vivre les Évangiles de l’intérieur »! :
Illustration librement inspirée d’une icône traditionnelle
Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de la scène de la multiplication des pains
SUR L’HERBE, DE LA FOULE À LA COMMUNAUTÉ :Marc 6, 32-44
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 6, 32-44
32 Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart.
33 Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
34 En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement.
35 Déjà l’heure était avancée ; s’étant approchés de lui, ses disciples disaient : « L’endroit est désert et déjà l’heure est tardive.
36 Renvoie-les : qu’ils aillent dans les campagnes et les villages des environs s’acheter de quoi manger. »
37 Il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répliquent : « Irons-nous dépenser le salaire de deux cents journées pour acheter des pains et leur donner à manger ? »
38 Jésus leur demande : « Combien de pains avez-vous ? Allez voir. » S’étant informés, ils lui disent : « Cinq, et deux poissons. »
39 Il leur ordonna de les faire tous asseoir par groupes sur l’herbe verte.
40 Ils se disposèrent par carrés de cent et de cinquante.
41 Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction et rompit les pains ; il les donnait aux disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre eux tous.
42 Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés.
43 Et l’on ramassa les morceaux de pain qui restaient, de quoi remplir douze paniers, ainsi que les restes des poissons.
44 Ceux qui avaient mangé les pains étaient au nombre de cinq mille hommes.
Le récit de la multiplication des pains se trouve dans les quatre évangiles (Mc 6, 32-44; Mt 14, 13-21; Lc 9, 10-17; Jn 6, 1-15). Chacun met en lumière certains traits particuliers. Mais ils ont beaucoup en commun : Jésus nourrit une foule avec cinq pains et deux poissons; la foule est nombreuse (5,000), installée sur l’herbe, et constituée en groupes plus petits; il reste à la fin douze paniers. Après le miracle, Jésus se retire avec ses disciples, seul, loin de la foule. Les évangiles synoptiques (Marc, Matthieu, Luc), avec les formules employées, font ressortir la dimension eucharistique du repas; en Jean, ce récit est suivi par le long discours sur Jésus, pain de vie (Jn 6, 26-59).
Dans les synoptiques, la scène se passe le soir. Et les disciples, ou les Douze (apôtres), ont un rôle actif dans l’organisation de la foule et la distribution de la nourriture. En Jean, ce rôle est mentionné plutôt pour la cueillette des restes à la fin (6, 12-13). Marc (6,34) et Matthieu (14,14) soulignent la compassion de Jésus. En Luc (9,14) et Marc (6,40), la foule est partagée en groupes d’une cinquantaine, formant chacun une tablée. Les synoptiques portent attention au contraste entre deux dynamiques, celle de l’achat et celle du don, ce qui est finalement le cœur de ce récit. Jean (6,9) inclut un élément qui est riche de sens : les pains et poissons viennent d’un garçon; ainsi, c’est d’un jeune que provient le don qui va nourrir la foule. Marc (6,39) mentionne que l’herbe est verte, ce qui ajoute une note plus festive et vivante à ce pique-nique convivial.
On trouve aussi en Marc (8, 1-10) et Matthieu (15, 32-39) un deuxième récit des pains multipliés. Il a des points communs avec le premier (compassion, foule en groupes, rôle des disciples) et des différences (4,000 hommes, sept pains et sept paniers). La fonction de ce doublet, dans chaque évangile avec sa propre démarche catéchétique, est sûrement précise mais elle n’est pas évidente.
Le récit des pains multipliés nous présente plusieurs visages de Jésus. Nous le voyons d’abord se retirant dans la solitude. Puis, rejoint par la foule, il entre en relation avec les gens et il enseigne ou accomplit des guérisons. Ensuite, il entre en dialogue avec ses disciples sur des questions de nourriture et d’argent, et plus encore de don. Le tout culmine dans une interaction avec la foule et avec ses disciples : le pain est rompu et partagé. La clé de ces diverses actions de Jésus est donnée au début: il est saisi de compassion envers la foule. Cette attitude profonde, qui vient des entrailles, est précédée d’un regard. Jésus a les yeux bien ouverts, il voit les besoins de ces gens. Et sa compassion ne reste pas en l’air : elle se fait active, elle prend soin des personnes dans le besoin. Voir, compatir, agir : voilà son approche, qui peut inspirer la nôtre. De plus, Jésus nourrissant la foule évoque le Dieu de Moïse qui nourrit le peuple au désert, durant l’exode, avec la manne; la bienveillance compatissante du Dieu vivant est rendue proche.
L’Église aussi est présente: la nourriture ne va pas de Jésus à la foule mais passe par les disciples, qui ont un rôle de médiateurs, comme s’ils étaient les bras de Jésus, son corps en action prenant soin des gens. À noter : le travail de constitution de cellules ecclésiales. La foule ne reste pas un ensemble anonyme mais elle devient un réseau de groupes à taille humaine, de maisonnées, partageant le même don des pains. À la fin, les douze paniers qui restent suggèrent un peuple à venir qui pourra s’en nourrir, i.e. nous. L’assemblée n’est pas fermée sur elle-même de façon définitive; d’autres se joindront au peuple de Dieu, la bonne nouvelle va continuer de se transmettre. Et le repas est chargé de connotations eucharistiques, avec la bénédiction, le pain rompu et distribué. Ainsi, pour la vie ecclésiale et communautaire, les pistes ne manquent pas!
L’échange avec les disciples met en relief une dimension très intéressante. Deux logiques y sont présentes: celle de l’achat et celle du don. Les disciples pensent que la foule doit se débrouiller toute seule et aller s’acheter de la nourriture. Jésus propose que les disciples donnent le peu qui est déjà là, les cinq pains et deux poissons. C’est ce qui advient: le peu est donné, partagé. Paradoxalement, il devient source d’abondance. Comme si le don était créateur, comme si le partage construisait une communauté humaine et sacramentelle.
Cela va à l’encontre de nos réflexes dans une société où chacun doit se débrouiller seul, où le don est considéré inefficace ou signe de faiblesse, et où le peu est déconsidéré, n’étant pas assez prestigieux. Le don peut s’y produire à des moments particuliers, mais il n’est pas structurant dans notre logique sociale, comme il le fut et l’est encore dans certaines cultures autochtones. Jésus nous invite à ne pas demeurer prisonnier de notre culture actuelle et à entrer dans une autre approche: quand nous prenons le risque de partager, même le peu, une abondance est possible. Car le partage peut combler les humains, rassasier leurs faims et briser leurs murs isolants. Comment entrer davantage dans une dynamique de la gratuité et du don? Dans son dernier message du 1er mai, Donnez-leur vous-mêmes à manger, l’AECQ (Assemblée des évêques catholiques du Québec) reprend plusieurs éléments du récit des pains et poissons partagés.
Images
Les images de ce récit sont présentes à chaque époque de l’art chrétien. C’est un récit très visuel, avec ses figures et actions, son lieu, ses aliments et objets. On y voit plusieurs figures : Jésus, les disciples, la foule. Jésus peut être montré, assis ou debout, avec les pains en mains ou les mains ouvertes, présidant le rassemblement et bénissant, ou agissant auprès des disciples. La foule peut être considérable; ou on peut n’en montrer qu’une partie, de plus près, avec des visages de divers âges. Les disciples sont en ministère, organisant les tablées et distribuant les pains et poissons.
Le lieu, près du lac, requiert un espace assez vaste pour accueillir cette foule. Il peut être suggéré, évité, ou présenté de façon détaillée, en faisant ressortir cette herbe mentionnée dans les évangiles. Il y a aussi des aliments et objets à montrer : les cinq pains et deux poissons à la source, les pains et poissons multipliés, les douze paniers à la fin.
Les œuvres qui suivent sont réalisées dans une diversité de matériaux et d’arts, de la mosaïque à l’enluminure, de l’ivoire à l’émail, sans oublier l’assiette en faïence et la sculpture sur bois, et évidemment la peinture.
Mosaïque, 6e siècle, Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, Italie. Dans cette église ancienne, les nombreuses mosaïques, un art majeur de l’Antiquité, présentent des scènes bibliques. Jésus, jeune homme royal, au nimbe cruciforme et au vêtement pourpre, est entouré de quatre disciples en blanc. Tous portent de fines sandales sur un sol aux mosaïques vertes. Les bras de Jésus sont en croix. Il tient en mains deux poissons et quatre pains. Serait-il lui-même le cinquième pain?
Plaque d’ivoire, c.968, Musée du Louvre, Paris, France. Cette oeuvre vient de l’Atelier du groupe de Magdebourg. Elle a été offerte par l’empereur Otton 1er au monastère Saint-Maurice de Magdebourg. Elle est un antependium (devant d’autel), de petite dimension : 12,2 cm de hauteur, 12 cm de largeur, 0,5-0,8 cm d’épaisseur. Elle faisait partie d’un ensemble dont 16 plaques subsistent. Au centre, Jésus assis et nimbé, mains levées, est en train de bénir. En bas, des disciples s’occupent de la distribution. Autour du Christ, des gens qui mangent, proches les uns des autres. Le tout est vivant et entraînant.
Miniature, c.1411-1416, Les Très Riches Heures du duc de Berry, Ms 65, folio 168v, Musée Condé, Chantilly, France. Le manuscrit comprend 66 grandes miniatures et 65 petites. Les plus anciennes ont été faites par les frères de Limbourg (Paul, Jean, Herman). Ces artistes, originaires de Nimègue, utilisent une grande variété de couleurs; le bleu est très présent. Les paysages s’inspirent de lieux français. Cette grande miniature, attribuée à Herman, fait partie des Heures de l’année liturgique. On y voit le garçon avec les deux poissons et l’apôtre André avec les cinq pains. La foule est assise sur l’herbe verte. Élément plus rare, toute la Trinité est présente : le Père au ciel sur des nuées, l’Esprit comme une colombe, et le Fils, debout et bénissant.
Miniature, 1433, Evangile de Daniel d’Uranc, n° 1963, folio 2v, Matenadaran (Institut Mesrop Machtots sur les Manuscrits Anciens), Erevan, Arménie. Dans cet Institut, se retrouvent des milliers de manuscrits arméniens. Celui-ci, du 15e siècle, comprend plusieurs miniatures de scènes évangéliques. Ici, Jésus, debout au centre, les yeux levés au ciel, tient deux pains en mains. Les trois autres sont dans le panier à droite; les deux poissons dans celui de gauche. Six disciples, dont Jean, Pierre et Jacques, à droite, sont aux côtés de Jésus. Ils s’apprêtent à distribuer la nourriture à la foule : chacun a en main un pain.
Lambert Lombard, c.1540-1550, Maison Snijders & Rockox, Anvers, Belgique. Ce peintre et architecte, de Liège, a été marqué par la Renaissance italienne. L’environnement est développé : au bord du lac, des champs, collines et rochers. La foule, nombreuse, est regroupée en tablées. On y voit plusieurs mères avec des enfants; certaines semblent sorties d’un palais de Florence ou d’une peinture de Botticelli. Les disciples font le service aux tables. Jésus, debout au centre, mains ouvertes, regarde vers le ciel. À sa droite, Pierre semble s’interroger.
Colin Nouailher, plaque d’émail, c.1560-1570, Musée du Louvre, Paris, France. Cet émail (hauteur de 25,8 cm et largeur de 23,9 cm), fabriqué par un des grands experts de Limoges, était présent dans la chronique sur l’apôtre André. On voit celui-ci qui sert d’intermédiaire entre le garçon, doré et auréolé, avec ses cinq pains et deux poissons, et Jésus, rayonnant. L’enfant les remet à André qui les remet à Jésus. La suite est aussi présentée : la distribution des pains et poissons, par des disciples auréolés, aux gens répartis en groupes, dont un pèlerin de Compostelle (coquille au chapeau), vers l’avant à droite. L’herbe est bien verte. En bas, des armoiries devant les corbeilles qui restent. Dans certaines légendes, l’enfant est identifié à saint Martial de Limoges.
Assiette de faïence, 1565-1570, Musée du Louvre, Paris, France. Cette assiette provient de l’atelier de céramique de Domenego da Venezia, à Venise. Il s’agit d’une majolique (faïence italienne). La scène en Jean est reprise : André et le garçon avec les cinq pains et deux poissons se tiennent devant Jésus, debout et bénissant, Pierre à son côté. Le cadre est rural. Au fond, les disciples commencent à organiser la foule. On imagine très bien un pain et un poisson dans cette assiette.
Giovanni Lanfranco, c.1624-1625, National Gallery of Ireland, Dublin, Irlande. Ce peintre et graveur de Parme, formé à Rome chez Carraci, s’est inscrit dans le courant baroque, avec son mouvement et ses contrastes. Il fut très actif, avec succès, dans les églises et palais, particulièrement dans les coupoles. Jésus, debout au centre, portant le pain et bénissant, est entouré d’une foule serrée et affamée, comprenant des mères avec enfants et des gens âgés. Des disciples à l’arrière distribuent la nourriture. À droite, deux hommes debout sont en discussion, l’un indiquant le ciel de sa main. La scène est très animée.
Heinrich van Waterschoot, c.1730-1745, site wikipedia.org. L’emplacement de cette œuvre n’est pas identifié. Son auteur, un peintre flamand, est peu connu; il est mort en 1748, à Munich en Allemagne. L’art du 18e siècle s’est intéressé à la nature, comme environnement des activités humaines mais aussi pour elle-même. Ici, il y a enfin assez d’espace pour une foule de quelques milliers de personnes. La journée est belle, le vert prédomine. On voit au loin la ville et les collines. André et le garçon sont près de Jésus, avec pains et poissons. Jésus debout est en prière, les mains étendues. La foule est regroupée en tablées et les disciples commencent la distribution. Ce souper sur l’herbe sera mémorable.
James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Comme il arrive souvent, cet artiste français familier de la Terre Sainte et de cette chronique a un point de vue original. Dans cette région montagneuse, toute une colline est utilisée pour y répartir la foule nombreuse en groupes plus restreints, assis sur l’herbe verte. C’est très bien organisé, avec toute une équipe au travail qui assure le transport et la distribution des pains et poissons. Parmi les apôtres, il y avait des gestionnaires pratiques, des intendants avisés! Jésus est vers le haut à droite, avec son châle blanc, fréquent chez Tissot, assis devant un rocher, rompant le pain.
Balavendra Elias, sculpture sur bois, 21e siècle, St. George’s Church, Hangleton, East Sussex, Angleterre. Ce sculpteur, originaire des Indes, vit en Angleterre depuis ses dix-huit ans. Il réside à Brighton. La sculpture, en chêne et en if, se trouve dans une église catholique qui contient plusieurs œuvres d’art, dont une série de sculptures sur la vie du Christ. Au centre, on voit le garçon aux pieds de Jésus, lui présentant les pains et poissons que Jésus, assis, reçoit et bénit. Les disciples vont les distribuer à la foule, qui attend à l’arrière. Il y a tout un travail derrière cette œuvre expressive.
Anne-Marie Forest, 2022, site racef.art, Canada. Cette artiste et catéchète, de Joliette, est membre et co-fondatrice du Racef (Réseau art chrétien et éducation de la foi). Cette œuvre fait partie de l’Exposition Mamo, Vivre le portage ensemble. Le garçon regarde Jésus avec grande attention et lui offre les deux poissons et cinq pains. Sa main touche le cœur de Jésus qui lui touche l’épaule. L’enfant est vêtu de bleu et jaune, aux couleurs de l’Ukraine, et ses traits sont ceux du peuple Atikamekw, auprès de qui l’artiste est engagée. Au second plan, un canot est prêt pour une randonnée sur le lac et on voit, près des paniers, des familles heureuses de se retrouver ensemble. Voici une oeuvre émouvante, qui donne le goût de se joindre à ce pique-nique au bord du lac, sur l’herbe verte, pour partager le pain et sa fraternité …
Daniel Cadrin, o.p.
Dessin à tracer et à colorier
Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une icône traditionnelle.
Cliquer sur l’image pour l’agrandir et la sauvegarder!
Une illustration inspirée de photos d’une participante dans le rôle de l’aveugle Bartimée et d’un autre participant, Shane, qui encourage Bartimée, avec en arrière-plan un image tirée d’une représentation traditionnelle.
Une nouvelle participation à l’activité “Vivre les Évangiles de l’intérieur”!
Cette fois-ci c’est nouvelle participante, de la région de Sherbrooke, qui a choisi de se mettre dans la peau d’un autre personnage des Évangiles : l’aveugle Bartimée. Elle a vécu de l’intérieur l’appel persistant de Bartimée envers Jésus. Elle témoigne à propos de cette expérience :
« En me mettant dans la peau de Bartimée, je ressens la pauvreté de l’humanité. Je suis rejetée par le monde, aveugle, pauvre, je n’ai rien. Mon seul espoir c’est Jésus. Je jette mon manteau, j’en ai plus besoin maintenant que j’ai Jésus. Maintenant je me demande ce que je peux laisser dans ma vie pour avoir plus de confiance en Jésus, mon seul espoir ».
Shane, qui de son côté incarne le personnage qui dit à Bartimée : » Confiance, lève-toi; il t’appelle! », partage à son tour :
« Je suis émerveillé parce que je vais voir les miracles de Dieu en personne. Notre salut est là! »
Merci à Clarisse qui a animé la rencontre!
Participez à votre tour!
Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude vis à vis de Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos. Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.
Dans les Évangiles, Jésus rencontre et guérit plusieurs personnes : des aveugles, des boiteux, des paralytiques, des lépreux, des muets. En Matthieu 15, 29-31, il est mentionné, en général, que Jésus guérit ces gens. En Mt 9, 32-34, il libère un muet qui se met à parler; en 12, 22, il guérit un aveugle-muet qui se met à parler et à voir. Mais qu’en est-il des sourds? En Mc 9, 17-29, Jésus libère un enfant possédé par un esprit sourd et muet; mais l’accent est mis sur la question de l’esprit impur. Finalement, c’est dans un récit propre à Marc (7, 31-37) que Jésus rencontre et guérit un sourd, qui parle difficilement. À la fin (v.37), les gens disent à propos de Jésus : « Il fait entendre les sourds et parler les muets ». Cela réfère à Isaïe (35, 4-6), annonçant le salut de Dieu qui vient.
Cette scène de guérison se passe à la frontière, en terre païenne (Sidon). Au centre du récit, se trouve la rencontre personnelle, à l’écart, entre Jésus et le sourd-muet. Comme il arrive fréquemment en Marc, plus que dans les autres évangiles, le contact physique de Jésus avec le corps des personnes en difficulté est souligné : il touche ses oreilles et sa langue, là où sont les blocages. Et voici que la communication est rendue possible, l’homme est délivré des liens qui le retenaient prisonnier en lui-même. Cette transformation lui permet, à l’époque, de redevenir pleinement membre de la communauté sociale et religieuse. Jésus accomplit un signe de libération, redonnant à quelqu’un sa dignité et sa place, transformant sa vie.
Cette guérison est pour Jésus un travail qui demande prière et effort. Il lève les yeux au ciel et il soupire, il gémit. Ce n’est pas un geste automatique et indifférent mais un engagement personnel, dans une rencontre intime avec l’autre. L’expression araméenne Ephphata, appelant à l’ouverture, est encore utilisée aujourd’hui dans la liturgie du baptême.
La recommandation finale, celle de la discrétion, se situe et se comprend à l’intérieur de l’ensemble de l’évangile de Marc, où l’identité messianique de Jésus est dévoilée progressivement. Jésus n’est pas seulement un guérisseur et il n’est pas une figure messianique de style royal. Le sommet de la révélation sera sur la croix. Pour éviter les ambiguïtés dans l’interprétation des signes, Marc invite à ne pas s’énerver trop vite et à poursuivre le parcours jusqu’au bout.
En Marc, ce récit est situé dans une section montrant le cheminement des disciples, qui ont de la difficulté à voir, à entendre et à témoigner. Les diverses guérisons disent la compassion de Jésus envers des personnes souffrantes mais aussi elles suggèrent les transformations auxquelles les disciples sont appelés. Devenir disciple de Jésus, c’est apprendre à écouter et à parler. Et cela se fait dans une rencontre personnelle avec Jésus le vivant, loin des foules.
Nous pouvons nous reconnaître dans ce sourd-muet et dans les disciples bloqués. Qu’est-ce qui nous empêche d’entendre les voix près de nous et au loin et de dire des paroles de vie? Qu’est qui bloque notre communication? À quelle ouverture Jésus nous appelle-t-il, par-delà nos surdités et nos mutismes, personnels et communautaires, familiaux et sociaux?
Peut-être avons-nous sur les oreilles des écouteurs qui ne répètent que nos propres mots et nous empêchent d’écouter les autres? Peut-être avons-nous sur la bouche un micro fermé où nous ne faisons que murmurer des sons inaudibles, ne parlant que de nous-mêmes? Ou peut-être simplement hésitons-nous à nous éloigner des foules pour entrer plus profondément en cet espace sacré où nous pourrions être touchés par celui qui fait entendre et parler.
Parfois, comme le sourd-muet, il faut nous laisser amener au Verbe de vie, par d’autres qui ont à cœur notre santé spirituelle. Il vaut la peine de leur faire confiance. Le Dieu vivant, que Jésus montre à l’œuvre, n’est pas un bureaucrate blasé ou un parent possessif. Il nous veut debout, capables de marcher et de voir, mais aussi d’entendre et de parler, dans la communauté humaine. Cela est réjouissant.
Comme le rappelait le pape François (Audience du 12 décembre 2023) : « Dans le baptême, le célébrant dit, en touchant les oreilles et les lèvres du baptisé : ‘Que le Seigneur Jésus, qui fait entendre les sourds et parler les muets, t’accorde d’entendre bientôt sa parole et de professer ta foi.’… Nous aussi, qui avons reçu l’effatà de l’Esprit dans le baptême, nous sommes appelés à nous ouvrir. »
Images
Les images de cette guérison ne sont pas surabondantes. Mais cet évangile est celui du 23e dimanche de l’Année B. Ainsi, dans les séries d’images qui couvrent le cycle de l’année liturgique, on peut le retrouver. Nous en verrons quelques unes dans celles présentées.
Par ailleurs, sur des sites où cet évangile est commenté, l’image associée au récit est parfois celle d’une autre guérison : un aveugle, un lépreux, un muet, etc. Il ne suffit pas que Jésus soit à l’écart avec un malade pour qu’il s’agisse de la guérison du sourd. Un autre critère est nécessaire : Jésus lui touche les oreilles et la langue.
Jésus voyage avec ses disciples; des gens amènent le sourd à Jésus; une foule est présente et réagit à la fin. Ces groupes peuvent être montrés, à proximité de l’évènement ou plus à distance. Dans certaines œuvres, on ne voit que Jésus et le sourd.
Jésus est montré dans son action guérissante, touchant le sourd. Celui-ci est habituellement un jeune homme. La scène se passe en territoire païen, vers la mer de Galilée, sans indication précise du lieu : ce contexte est rarement développé.
Voici quelques œuvres, du 9e au 21e siècle, de la Suisse à la Suisse.
Meister von Müstair, fresque, c.830, Église de l’Abbaye Saint-Jean, Müstair, Suisse. L’église de ce monastère bénédictin, dans la vallée des Grisons, contient un ensemble de fresques bibliques, bien conservées, qui est unique pour l’époque carolingienne. Les deux disciples, à gauche, sont près de Jésus; à droite, une foule qui exprime son étonnement. Au centre, Jésus, nimbé et tourné vers nous, touche la langue du sourd-muet de sa main droite; sa main gauche tient le rouleau de la Parole. Le jeune homme, en mouvement, est penché vers Jésus.
Mosaïque, 1315-1321, Église Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul, Turquie. Dans cette église de Constantinople, au nom ancien de Byzance, les nombreuses mosaïques montrent l’art byzantin à son sommet. Après la prise de la ville par l’Empire ottoman, qui en fait Istanbul, l’église devint une mosquée (1510) et les mosaïques furent recouvertes de chaux. En 1948, elle devint un musée et les mosaïques furent restaurées. En 2020, le Président Erdogan en a fait à nouveau une mosquée. Jésus et les deux disciples, Pierre et Jean, sont en mouvement, tournés vers le sourd, un jeune homme, avec sac et bâton, qui touche lui-même son oreille. Jésus, le Seigneur, bénit d’une main et tient dans l’autre le rouleau de la Parole.
Miniature, 15e siècle, Codex Vindobonensis Palatinus 485,folio 86, Bibliothèque nationale autrichienne, Vienne, Autriche. Ce manuscrit, une vie illustrée de Jésus Christ, contient des extraits des Évangiles et des Actes, en langue tchèque, avec sous-titres en latin. Le style des miniatures est celui de la Bohème. Les disciples, nimbés et nombreux, sont proches de Jésus; Pierre tient précieusement en main un livre rouge, Jacques et Jean à ses côtés. La foule, nombreuse et chapeautée, accompagne le jeune sourd, qui a un bâton. Jésus, élégamment nimbé, touche son oreille et sa langue. Un arbre et quelques édifices sur un escarpement évoquent le lieu.
Bartholomeus Breenbergh, 1635, Musée du Louvre, Paris, France. Ce peintre hollandais a travaillé à Rome, puis à Amsterdam. Il a abondamment peint les paysages italiens et les ruines antiques. Il y a beaucoup de monde dans ce tableau! Mais les gens à l’écart, à gauche, bien visibles, ne sont pas Jésus et le sourd mais une famille. Jésus, à droite, est entouré d’une foule et lève la tête vers le ciel; le sourd est agenouillé, avec son bâton par terre. D’autres figures de guérison sont présentes dans la scène : à l’avant un paralytique; près de Jésus, une femme aveugle et guidée. L’environnement est ici imposant et premier; c’est peu dire! Mais il est d’ailleurs : les ruines s’inspirent de celles de la Villa de Mécène, à Tivoli, près de Rome.
Icône, 1908, Musée d’Art Radichtchev, Saratov, Russie. Cette icône a été commandée pour une école de sourds-muets; son iconographe est inconnu mais elle est datée. Saratov est une ville au sud-ouest de la Russie. En haut, se trouve le titre : La guérison du sourd-muet. En bas : de Marc chapitre 7 verset 31; les chiffres sont écrits en lettres cyrilliques. Le sourd est un jeune garçon; il tient une fleur dans la main droite, ce qui est singulier. Jésus, dont l’expression est plus douce que dans les Pantocrator habituels, a les yeux tournés vers le ciel et touche la langue et l’oreille du garçon. Les trois apôtres, Pierre, Jean et Jacques, sont derrière Jésus. En haut, à droite et à gauche, sont nichés deux saints dont les noms sont écrits mais qui restent à identifier.
Steve Erspamer, 1993, Clip Art for the Year B, Liturgy Training Publications, Chicago, États-Unis. Cet artiste américain, qui a été un marianiste (s.m.) pendant trente années, est devenu bénédictin (o.s.b.) en 2005, à l’Abbaye de St. Meinrad en Indiana. Il y a pris le nom de frère Martin. Ses illustrations des évangiles, d’inspiration médiévale, couvrent tout le cycle liturgique des trois années. Jésus et le sourd sont seuls. Les deux sont pieds-nus. L’homme est agenouillé et plus âgé que les sourds habituels. Mais la guérison de sa surdité ne fera pas nécessairement repousser ses cheveux!
Cerezo Barredo, 1999, site missale.net. Ce claretain (c.m.f.) espagnol a vécu dans plusieurs pays d’Amérique latine. Son oeuvre met en relief le peuple, ses espoirs et ses luttes. Il a été surnommé le peintre de la libération. Il a illustré tous les dimanches du cycle liturgique. La foule est présente, à gauche, au bord du lac, dans un paysage de montagnes. Jésus est à l’écart de la foule, avec le jeune homme sourd, dont il touche la langue et l’oreille.
Elisabeth Wang, c.2000, site radiantlight.org.uk, Angleterre. Cette artiste britannique s’est convertie au catholicisme en 1968, quand elle était jeune adulte. Elle est décédée en 2016. Ses scènes bibliques ont des couleurs vives et des lignes simples. Ici, on ne voit que les deux figures de Jésus et du sourd, allongées et vêtues de tuniques. Aucun autre élément n’est ajouté. Jésus touche la langue et l’oreille, dans l’harmonie des couleurs.
Richard Caemmerer, 21e siècle, site grunewaldguild.com, Leavenworth, État de Washington, États-Unis. En 1980, avec son épouse Liz, cet artiste et professeur en art, décédé en 2016, a fondé le Grünewald Guild. Ce centre, situé en campagne, offre des activités (ateliers, retraites, formations, …) portant sur les relations entre l’art, la foi et la communauté. On voit ici deux visages, expressifs, au regard intense, avec ombres et lumières; et les mains fortes de Jésus qui ressortent.
Robert Theodore Barrett, 21e siècle, site achristianpilgrimage.wordpress.com, États-Unis. Cet artiste américain a illustré plusieurs livres religieux. Il est membre de l’Église de Jésus-Christ des Saints-des-Derniers-Jours (Mormons). Père de dix enfants, il a enseigné les arts à l’Université Brigham Young du Utah. La scène est située dans un cadre de route; le lac est proche. Jésus touche la langue et l’oreille du sourd, un homme adulte, qui le regarde. Les deux sont vêtus avec les mêmes couleurs.
Ganesh Kelagina Shenoy, c.2015, site artist-ganesh-shenoy.tumblr.com, États-Unis. Cet artiste originaire de Mangalore, dans l’Inde du Sud, réside au Qatar. Il est membre de la Société théosophique. Son style s’inspire de l’expressionisme et des mosaïques. Le sourd, agenouillé, est vu de dos. Jésus, nimbé, lui touche les oreilles. Là aussi, les deux figures portent les mêmes couleurs.
Berna, 2019, site évangile-et-peinture.org, Suisse. Les œuvres de Bernadette Lopez couvrent tous les dimanches du cycle liturgique, avec un grand sens des couleurs. Elle apparaît fréquemment dans cette chronique. On ne voit que le sourd, aux yeux grand-ouverts, et les mains de Jésus, vêtu de bleu. Celui qui va entendre et parler est un homme âgé, comme l’indiquent sa barbe et ses cheveux, dont le blanc s’allie à celui des ongles de Jésus. À tout âge, l’ouverture, l’effatà, est possible …
Daniel Cadrin, o.p.
Dessin à tracer et à colorier
Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une ancienne icône russe.
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