Rencontres avec Jésus – Jean, le disciple bien-aimé

Jean à Patmos, une réactualisation libre d’une peinture de Hans Memling

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de Jean, le « disciple qu’il aimait »!

LE DISCIPLE ANONYME ET AIMÉ : Jean 19, 25-27; 20, 1-10

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 19

25 Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 20

01 Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

02 Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »

03 Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.

04 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.

05 En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.

06 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,

07 ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.

08 C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.

09 Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

10 Ensuite, les disciples retournèrent chez eux.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Dans l’Évangile de Jean, un disciple important et actif n’a pas de nom. Mais il a un surnom : aimé de Jésus. Cela indique qu’il est à la fois une figure historique, membre du groupe des Douze, mais aussi une figure symbolique, à laquelle le lecteur est invité à s’identifier. Il est comme un modèle qui nous est proposé. Qui est-il? La tradition l’a identifié à Jean, un des premiers appelés, avec son frère Jacques, dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc). Les deux frères y sont des pêcheurs, fils de Zébédée (Mt 4,21). Jésus les a surnommés les ‘fils du tonnerre’ (Mc 3,17), et pour cause! Ils sont fougueux et un peu obsédés par le contrôle et le pouvoir. Mais, avec Pierre, ils font partie des intimes de Jésus (Mc 5,37; 9,2; 14,33). Cet apôtre Jean, bien identifié, aura droit à une chronique.

Mais ici attardons-nous au disciple anonyme, dit le bien-aimé, dans Jean, en mentionnant quelques traits puis en portant attention à deux textes. À la dernière scène (Jn 13,23), il est tout proche de Jésus et de Pierre. Au pied de la croix (19,26), il est avec la mère de Jésus. Au matin de Pâques (20,2), il court vers le tombeau avec Pierre. À l’apparition du Ressuscité au bord du lac (21,7), il reconnait le Seigneur et le dit à Pierre; dans ce récit de pêche, parmi les sept disciples présents, les fils de Zébédée sont mentionnés (21,2), sans nom. Plus loin (21,20), Pierre interroge Jésus sur ce disciple, qui est présenté par les rédacteurs comme un témoin qui a écrit (21,24). Il est aussi question d’un autre disciple (18,15), non-nommé, qui est avec Pierre au moment de la Passion. À noter : le lien avec Pierre ressort de ces textes, ce qui joue pour identifier le disciple à l’apôtre Jean. Dans l’Évangile et les Actes des Apôtres de Luc, le lien entre Pierre et Jean est bien souligné.

Au pied de la croix (Jn 19, 25-27)

Près de la croix, le disciple aimé de Jésus se tient avec la mère de Jésus et trois autres femmes, dont deux s’appellent Marie. Par ailleurs, en Jean, la mère de Jésus, comme le disciple, n’a pas de nom. La mère était présente, avec les disciples, au premier signe de Jésus à Cana (2,1-2); elle est là aussi pour la finale. Juste avant de partir, Jésus montre encore son attention aux siens. Il les confie l’un à l’autre : voici ton fils, voici ta mère. Le disciple et la mère reçoivent une responsabilité : celle de prendre soin de l’autre. Cela dépasse les figures historiques de Marie et de Jean. Il s’agit de l’Église qui va enfanter des disciples. La suite de Jésus ne se vit pas dans l’isolement mais avec d’autres, dans l’expérience communautaire. De qui suis-je particulièrement responsable?

Alors que les autres disciples sont disparus du paysage, quelques personnes demeurent fidèles au poste, elles ne s’enfuient pas. Face à la condamnation de Jésus par les autorités politiques et religieuses et à la foule qui veut un lynchage, elles ont le courage de se tenir près de Jésus, debout (v.25) et solidaires. En cela, le disciple est vraiment un modèle proposé au lecteur. Et moi, qui ai envie de m’enfuir devant bien des difficultés et défis, en quoi ce disciple peut-il prendre mon visage?

La course au tombeau (Jn 20, 1-10)

Voici des gens qui courent, autour d’un tombeau vide. Des courses qui mènent à des réactions différentes. Ils ne voient pas la même chose. Marie de Magdala aboutit à un constat d’ignorance et de surprise: nous ne savons pas. Pierre ne voit qu’un tombeau vide et des objets sans signification: il ne comprend pas. Mais l’autre disciple, celui que Jésus aimait, voit autrement ces mêmes réalités: ces signes le mettent en marche sur la route de la foi, du regard croyant, lui justement qui court plus vite. Ils sont en mouvement autour d’un lieu où ne se trou­vent que des bandelettes posées et un linge roulé: signes à la fois d’une absence et d’un ordre nouveau, indices d’une rupture dans l’ordre habituel du monde.

Ce drôle de récit est à la fois familier et étrange. Nous connaissons la course, nous qui courons d’un lieu à l’autre, d’une expérience à l’autre, en quête de biens, de relations et de sens à nos vies. Nous qui courons souvent en rond, autour de mor­ceaux de sens, de souvenirs décousus, de projets fragiles, dont nous ignorons la portée et que nous ne comprenons pas. Pourtant, dans le récit de Jean, ce qui interroge le regard pour qu’il s’ouvre, ce qui provoque à croire, ce sont des signes ténus, des presque rien. Ces signes déconcertants viennent briser l’ordre prévisible et appellent à voir autrement, par-delà les horizons habituels qui nous enferment dans la résignation ou l’indifférence. Dans notre monde, des signes nous sont donnés de la présence du Christ vivant; mais ce ne sont pas des preuves. Seul le regard attentif et aimant, comme celui du disciple aimé, peut y voir les indices d’une présence et non d’une absence. Quels signes de ce genre nous entourent, nous invitant à dépasser l’incompréhension et l’ignorance pour entrer dans un nouvel horizon, celui du croire?

Certaines personnes courent plus vite, comme l’autre disciple, entrainées par l’amour et éclairées par l’Écriture. Elles savent découvrir dans des détresses cachées, dans des coins du monde périphérique, dans des visages travaillés par la vie, les traces d’un relèvement. À l’aube, alors qu’il fait encore sombre, courons pour accueillir une bonne nouvelle, surgie de nos fragilités et relevant notre espérance.

Images du disciple bien-aimé

De même que Pierre a des traits reconnaissables dans l’iconographie (cf. chronique antérieure), le disciple bien-aimé lui aussi est bien campé. Son trait principal est clair : il est jeune. Pourquoi? Dans la finale de l’Évangile de Jean (21,20-23), une longue vie lui est attribuée. La tradition a identifié ce disciple à l’apôtre Jean, considéré comme ayant vécu longtemps, jusqu’à la fin du premier siècle. Donc, au moment de devenir disciple de Jésus, il devait être jeune! On lui donne souvent des traits fins, un visage imberbe, des cheveux longs, pour indiquer non seulement sa jeunesse mais aussi la sensibilité spirituelle et l’esprit perspicace propres au disciple bien-aimé en Jean. Ce qui est très différent de l’image, à première vue plus brutale et obtuse, qui ressort de la figure de Jean, frère de Jacques, fils du tonnerre, dans les évangiles synoptiques (Lc 9,49.54).

Au pied de la croix, le nombre de femmes peut varier, selon l’interprétation qu’on fait de Jean 19,25. Souvent, seuls la mère et le disciple sont présents. Jésus, parfois montré, est celui qui parle dans ce récit, où il les confie l’un à l’autre. Quelle est leur attitude, qui peut se situer avant, pendant ou après cette parole : l’inquiétude, la compassion, l’attention, la surprise, la tristesse, …. Comment sont-ils situés par rapport à Jésus et l’un à l’autre? Côte à côte, de chaque côté, … Quel est l’âge suggéré par le visage de la mère et du disciple?

(À ne pas confondre avec une autre tradition iconographique au pied de la croix, celle de Marie et Jean-Baptiste, deux figures à la frontière de la première et de la nouvelle alliance, préparant la venue du Christ. Ce Jean est reconnaissable : barbe, habit, bâton, … )

Pour la course au tombeau, le moment dans le récit peut varier : la course elle-même, l’arrivée au tombeau, l’entrée. Qu’est-ce qui caractérise les figures et les postures de Pierre et du disciple? Marie de Magdala, la première à courir, est-elle présente?

Voici quelques œuvres montrant ces deux scènes :

  1. Mosaïque, c.1130, abside, Église San Clemente, Rome, Italie. Voici une œuvre magnifique et impressionnante. La mère et le disciple, Marie et Jean, sont de chaque côté de la croix, sur laquelle sont posées douze colombes, évoquant les apôtres. Cette croix est entourée de plantes et de fleurs, d’oiseaux et d’animaux, comme une nouvelle création. Elle est source de vie et d’eaux vives. Nous sommes loin du sombre Moyen Age dont parlent nos médias.
  1. Fra Angelico (Giovanni di Fiesole), fresque, c. 1440-1442, cellule 43, Couvent San Marco, Florence, Italie. À gauche, la mère et le disciple sont rapprochés; Marie de Magdala est avec eux. Au centre, sur la croix, le Christ est montré dans son humanité fragile et donnée, comme il l’est fréquemment chez ce dominicain toscan dont l’art est sa prédication. La scène est dépouillée, sans décor. À droite, saint Dominique est en prière : le frère, dont c’est la cellule, peut s’identifier à lui et entrer dans la fresque. L’image ne se regarde pas en restant en extériorité. Elle est parole qui invite à avancer.
  1. Engelbert Mveng, Chemin de Croix XII, c.1960, Chapelle du Collège Hekima, Nairobi, Kenya. Ce jésuite camerounais, artiste et théologien, assassiné en 1995, s’inspire de différents arts traditionnels du continent africain. Dans ce chemin de croix, tous les visages sont des masques référant à des figures et fonctions. Les couleurs sont signifiantes : le noir pour la souffrance, le rouge pour la vie, le blanc pour le deuil.
  1. Michel Ciry, c.1960-1970, Musée Michel Ciry, Varangeville-sur-Mer, Normandie, France. Ce peintre-graveur était aussi compositeur de musique et écrivain. Son art est attentif à ce que vivent les personnes, figures solitaires et en quête. La mère et le disciple sont tournés vers Jésus, attristés mais proches l’un de l’autre. Une lumière les couvre.
  1. Richard Serrin, 20e siècle, site richardserrinart.com, États-Unis. Ce peintre de l’Illinois, marqué par la Renaissance, conjugue classicisme et contemporanéité avec originalité. Ici, Marie est vraiment une femme âgée, affectée par le drame mais solide. Une autre femme la soutient. Jean a l’air plus mûr et costaud que dans les figures habituelles.
  1. Macha Chmakoff, Mère, voici ton fils … voici ta mère, 21e siècle, site chmakoff.com, France. Cette artiste, psychanalyste et théologienne, a peint en abondance les scènes des évangiles, dans un style suggestif par ses couleurs, ses formes et sa lumière. La mère et le disciple se tiennent ensemble, différents et unis, devant la croix lumineuse, entourée de contours en mouvement.
  1. Miniature, c.1000, Évangéliaire d’Otton III, Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Allemagne. Cet ouvrage a été produit à l’Abbaye bénédictine de Reichenau, qui était à l’époque très réputée en Europe pour ses manuscrits enluminés. La scène se passe à l’entrée du tombeau, avec les signes offerts au regard. Les trois figures du récit sont présentes : Marie de Magdala, le jeune disciple et Pierre l’aîné.
  1. Benjamin West, c.1780, ébauche pour un vitrail de la Chapelle Saint-Georges, Château de Windsor, Angleterre. Ce peintre américain de la Pennsylvanie, réputé pour ses scènes historiques et bibliques, s’est installé en Angleterre en 1763 au service du roi. Il est célèbre au Canada pour son œuvre (1770) : La mort du Général Wolfe. Ici, la course est vive, avec le jeune disciple, énergique, légèrement en tête du vieux Pierre!
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français, qui a bien connu la Terre Sainte, a mis en images la majorité de scènes des évangiles. Ici, le jeune Jean arrive au tombeau le premier, mais il n’entre pas. Pierre suit, un peu essoufflé! Leurs corps et vêtements sont en mouvement. C’est l’aube et le tombeau est éclairé de l’intérieur.
  1. Eugene Burnand, 1898, Musée d’Orsay, Paris, France. Ce peintre suisse a été marqué par le mouvement naturaliste. Protestant fervent, il a fait plusieurs œuvres religieuses à partir de 1895. Celle-ci est son œuvre la plus célèbre. C’est aussi la plus utilisée pour illustrer le récit de la course. Les couleurs sont à la fois proches et contrastées. La course comme telle est montrée, en gros plan, avec les visages, les corps et les mains de Pierre et Jean, très expressifs.
  1. Henry Ossawa Tanner, c.1906, Art Institute of Chicago, États-Unis. Ce peintre afro-américain de Philadelphie, fils d’un pasteur militant, fut non seulement un pionnier dans son milieu, et il en paya le prix, mais aussi un artiste religieux profond. Ici, les deux disciples sont entrés dans le tombeau. Pierre a l’air perplexe et Jean est lumineux.
  1. Marko Yvan Rupnik, mosaïque, 2017, Basilique Notre-Dame, Genève, Suisse. Dans cette œuvre récente du jésuite slovène, on voit Pierre et Jean au tombeau, près des bandelettes. Pierre est en avant, comme dans le texte, et il s’interroge. L’autre disciple, celui qui voit et croit, a en main le rouleau de l’Écriture (20,9), qui ouvre le regard. …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

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