Parcours – Eda Reganaz

Dans ce nouvel article consacré aux parcours d’artiste, nous donnons la parole à Eda Reganaz, une artiste québecoise d’origine chilienne qui témoigne de son chemin artistique chrétien :

« Je suis économiste de profession, mais l’art et les couleurs m’ont toujours attirée énormément, donc quand j’ai dû partir à la retraite pour cause de maladie, j’ai commencé à peindre. Mon principal médium est l’aquarelle, et les deux autres sont les pastels à l’huile ainsi que la peinture à l’huile soluble à l’eau.

Ça fait déjà 20 ans que je peins. J’ai fait quelques expositions, mais leur nombres a été limité par mon état de santé qui réduit mon énergie au minimum.

Je peins avant tout quand je le sens dans le ventre. Cela a été le cas pour cette exposition.

Depuis ma tendre enfance j’ai été exposée aux Évangiles… et lorsque j’ai entendu parler de cette exposition, les images sont apparues claires en moi; la seule chose qui me restait à faire, c’était de les mettre sur la toile. »

Pour son parcours d’artiste, Eda nous présente deux oeuvres qu’elle a réalisées pour l’exposition itinérente du RACEF intitulée « Chemin de croix, chemin de vie ».


Jésus intertemporel

Processus de création du tableau

Premièrement, pour la réalisation d’un tableau, j’ai vraiment besoin de le sentir au plus profond de moi.

Donc, lorsque j’ai eu l’opportunité de participer à l’exposition du chemin de croix, une image est apparue en moi sur ce que je devais représenter: non seulement la souffrance de Jésus crucifié, mais aussi celle de sa mère qui voyait son fils tant aimé en train de perdre la vie. Je l’ai peinte avec Jésus bébé dans les bras, car je voulais reproduire la souffrance de la mère, celle qui a porté dans son ventre, accouché et allaité son enfant, celui qui a grandi à coté d’elle et qui lui a donné un sens à sa vie.

J’ai ajouté Jésus enfant avec une brebis, car Jésus fils de Dieu est venu sur terre pour donner sa vie pour nous, ses brebis. Et là, il observe comment il va finir sa vie sur terre… voilà, c’est cela qui m’attend…

J’ai eu besoin de représenter cette œuvre pour nous rappeler que même si Jésus est le fils de Dieu, et sa mère Marie, pure et sainte, eux ont été des humains et ont souffert comme tel. Ce n’est pas pour rien qu »avant de mourir, Jésus se tourne vers son père en criant:

« Père, pourquoi m’as-tu abandonné? »

Jésus n’a pas juste donné sa vie pour nous, mais il a souffert énormément en le faisant.

Étapes du processus

1. J’ai fait une recherche sur Internet sur des visages qui correspondaient à ceux que je voulais représenter. Ensuite je les ai transformés pour qu’ils soient dans la bonne position en regardant vers le Christ. Pour Marie, il a fallu trouver un enfant pour mettre dans ses bras, et des habits qui permettraient de comprendre qu’il s’agissait de Marie et pas juste d’une paysanne.

2. Pour Jésus enfant, la même chose; j’ai trouvé une représentation de Jésus enfant avec une brebis qui m’a inspirée pour la réalisation de mon tableau, mais j’ai cherché une autre brebis qui convenait mieux, pour la mettre dans les bras de Jésus enfant de manière à bien représenter la scène.

3. J’ai ajusté les cheveux des enfants, pour démontrer qu’il s’agissait du même enfant à travers le temps.

4. Après m’être décidée sur les parties d’image à utiliser, j’ai fait un genre de montage avec Affininty photo 2 et un dessin avec Procreate dans mon Ipad, que j’ai ajusté plusieurs fois jusqu’à être satisfaite. Entre autres, il m’a fallut changer la lumière sur tous les personnages pour rendre la scène réelle et cohérente.

5. Ensuite, à l’aide d’un projecteur, j’ai transféré le traçage sur le canevas.

6. Par la suite, j’ai pris du pastel sec gris et noir pour marquer les zones d’ombre et ainsi rendre mon travail plus facile.

7. Au dessus, j’ai passé un couche transparente de peinture acrylique, ce qui a permis de fixer le pastel à la toile et de la colorer. Dans cette couche, j’ai enlevé de la couleur (avant qu’elle ne sèche), là où il devait y avoir de la lumière.


8. Par la suite, j’ai commencé à peindre par dessus avec de la peinture à l’huile soluble à l’eau.


9. Quand l’œuvre a été finie, j’ai peint les côtés du canevas avec de la peinture acrylique noire. Puis j’ai posé trois couches de vernis à retoucher (Kamar, Krylon), en attendant d’appliquer d’ici un an le vernis final.

Jésus intertemporel – Oeuvre finale
Jésus intertemporel- une peinture de Eda Reganaz

Huile soluble à l’eau

(Mt 27, 45-54; Mc 15, 33-41; Jn 19, 28-30)

Jésus est crucifié et il a souffert comme homme, au point de dire « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »

Vers trois heures de l’après-midi, des ténèbres entourant la terre, Jésus crie, avec une voix forte, le début du Psaume 21, la prière du juste souffrant : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? On lui donne du vinaigre à boire. Puis, à nouveau, il crie avec force, et il remet l’esprit.

Commentaire de Eda

On voit Marie qui tient dans ses bras bébé Jésus… Marie mère souffre de voir son fils mis sur une croix en train de mourir, et comme mère elle le sent dans le plus profond de ses entrailles, les mêmes qui ont porté son bébé.
On voit Jésus enfant avec une brebis dans ses bras, de la même manière qu’il nous a porté depuis, nous ses brebis… il observe en silence ce qui l’attend, la raison de sa venue sur terre : être tué pour nous sauver. Avec cette œuvre je veux rappeler que Jésus et Marie, même s’ils étaient élus et protégés par Dieu, ils ont souffert dans leur chair comme n’importe quel autre homme ou femme.



Pierre et le Coq

Processus de création du tableau

Pour ce tableau aussi, une image s’est révélée en moi sur ce que je devais représenter.

J’ai pensé à la souffrance de Pierre, quand il a réalisé que sa peur l’avait emporté sur son amour pour le Christ, et qu’en plus, Jésus le savait car il avait prédit que Pierre allait le renier trois fois avant que le coq chante. Donc, s’il pouvait se cacher des juifs, il ne pouvait pas se cacher de Jésus.

J’ai dessiné un grand coq devant Pierre, pour souligner que n’importe où qu’il soit, peu importe ce qu’il pense, l’image du coq s’impose à lui, et qu’il ne peut pas revenir en arrière. Il peut bien s’arracher les cheveux mais ne peut pas s’échapper de sa réalité.

Je représente un Pierre souffrant qui ne veut pas accepter l’image du coq, image de sa trahison, et le chant de celui-ci.

Étapes du processus

1. J’ai fait une recherche sur Internet pour trouver un coq enragé et l’image d’un homme désespéré. Pour représenter Pierre, un homme d’un certaine âge, j’ai vieilli le personnage en lui enlevant des cheveux, je lui ai ajouté de la barbe et des cheveux blancs.

2. J’ai fait une recherche sur les habits d’époque et j’ai habillé Pierre en conséquence.

3. Après, j’ai fait un montage avec Affininty photo 2 et j’ai fait un dessin avec Procreate dans mon Ipad.

4. Ensuite, à l’aide d’un projecteur, j’ai transféré le traçage sur le canevas.

5. Par la suite, j’ai pris du pastel sec gris et noir pour marquer les zones d’ombre et ainsi rendre mon travail plus facile.

6. Au dessus, j’ai passé un couche transparente de peinture acrylique, ce qui a permis de fixer le pastel à la toile et de la colorer. Dans cette couche, j’ai enlevé de la couleur (avant qu’elle ne sèche), là où il devait y avoir de la lumière.


7. Par la suite, j’ai commencé à peindre par dessus avec de la peinture à l’huile soluble à l’eau.

8. Quand l’œuvre a été finie, j’ai peint les côtés du canevas avec de la peinture acrylique noire. Puis j’ai posé trois couches de vernis à retoucher (Kamar, Krylon), en attendant d’appliquer d’ici un an le vernis final.

Pierre et le Coq – Oeuvre finale
Pierre et le Coq – une peinture de Eda Reganaz

Huile soluble à l’eau

(Mt 26, 69-75; Mc 14, 54-72; Lc 22, 54-75)

Alors que Jésus est chez le Grand-Prêtre, Pierre, un des douze apôtres, se tient dans la cour de la maison. À trois reprises, quelqu’un affirme qu’il est un proche de Jésus. Il le nie trois fois. Un coq chante. Le regard de Jésus se pose sur Pierre, qui prend conscience de sa faute. Il se retire en pleurant.

Commentaire de Eda

Pierre entend le coq chanter et il réalise ce qu’il venait de faire et que Jésus lui avait prédit : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. » Cette œuvre représente un Pierre qui se tient la tête comme pour effacer ce qu’il venait de faire, comme s’il voudrait enlever ses actes en les arrachant de ses pensées.
Pierre qui a renié Jésus par peur des juifs, souffre encore plus maintenant en réalisant que Jésus savait que lui, son ami et serviteur, allait lui tourner le dos.


Les oeuvres de Eda Reganaz décrites dans cet article sont exposées dans l’exposition itinérante du RACEF intitulée : « Chemin de croix, chemin de vie ». Restez branchés sur le site du RACEF pour être informés des nouveaux lieux de diffusion de l’expo.


Vivre les Évangiles de l’intérieur – Le centurion au pied de la croix

Aujourd’hui, c’est Aurore dans le rôle du centurion, Solène dans le rôle d’un autre soldat et Clarisse dans le rôle d’une des femmes qui suivaient Jésus, qui témoignent de leur expérience.

Extrait de l’Évangile selon Jean 19 :

29 Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche.

30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

Aurore dans le rôle du centurion (soldat) :  » Il souffre, mais je ne peux pas l’aider. Je suis un soldat et j’ai participé à ce qu’il en soit là. J’imagine sa douleur. Même si je ne peux pas le sauver, je lui mets du vinaigre dans la bouche pour essayer de me rattraper. S’il est vraiment celui qu’il prétends être, j’espère qu’il me pardonnera. Même mon geste de compassion le fait souffrir. »


Solène dans le rôle de d’un autre centurion (soldat):
 » Jésus, je vois un de mes compagnons soldats prendre de notre boisson pour t’en donner; cette boisson que nous partageons habituellement entre soldats; et en voyant cette scène, j’ai soudain ce sentiment étrange que tu es l’un de nous, que nous sommes unis par quelque chose. Je ne sais pas ce que c’est, mais je sens que nos vies sont liées. »

Clarisse dans le rôle d’une des femmes qui suivaient Jésus et qui assiste à la scène:
« Je regarde mon Jésus, je regarde cet homme-Dieu défiguré par le fouet. C’est la fin, je le sens il n’a plus de force. Il a soif non pas d’eau mais de mon amour. J’aurais tellement voulu lui épargner tant de souffrances, tant de malheur. Mais lui, accepte cela avec humilité et dans l’abandon. Il incline la tête et remet son esprit tout en douceur. Je suis émerveillée par sa grandeur d’âme… Vraiment, il est doux et humble de coeur! »


Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude face à Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos.

Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.

Contact : alecoutedesevangiles@gmail.com

Pour en savoir plus sur l’activité pour « vivre les Évangiles de l’intérieur »!

Parcours – Kounlayvanh Sundara

Dans ce nouveau parcours d’artiste, nous accueillons Kounlayvanh Sundara, une autre artiste profondément engagée dans son art et sa foi!

Comment vivre l’évangile de nos jours ?
S’inscrire à une majeure en dessin et peinture à l’université de Concordia en premier lieu. La suite, on verra ! Pourquoi ? Parce que la Parole est vivante ! Elle est nourrissante, apaisante et joyeuse. Elle goûte le miel. C’est un vrai délice. C’est effectivement une des plus belles découvertes de ma vie. Elle m’inspire. Voilà ! Le dessin, la peinture et la sculpture sont des moyens pour moi de mieux connaître celui qui se cache dans la Parole.


Un aperçu de la pratique artistique de Kounlayvanh Sundara au travers de deux de ses œuvres récentes réalisées dans le cadre d’une exposition du RACEF:

Avant que le coq chante

J’ai passé l’année à méditer un passage de la Passion où Jésus annonce à Pierre qu’il le reniera, et ce qui m’a touché dans ce passage c’est le mot « annoncer ».
Il annonce à Simon Pierre que ça va se passer, parce qu’il l’aime tellement…
Ce que j’aime dans cette scène : en la lisant et en la méditant, j’ai réalisé comment Jésus était doux, il était bon, doux et humble de cœur.

Photos et croquis préparatoires à la création de l’œuvre

Kounlayvanh Sundara nous a généreusement partagé quelques étapes de son processus de création.

J’ai demandé à mes enfants de jouer la scène parce que j’avais besoin de modèles.
La Parole, elle est vivante et c’était important pour moi de voir comment on la vivait cette parole-là.
J’étais contente de partager l’Évangile avec mes enfants… parce que je devais peindre une toile, et quand on a fait cette scène, le Seigneur était là ! Il y avait de la joie, nous avons tellement ris en jouant cette scène!
Au début du processus du printemps à l’automne 2024, je ruminais ce passage biblique avec difficulté. Je ne l’aimais pas car j’étais intimidé par ce passage, parce que mes relations me font souffrir – rejet, abandon, mépris, incompréhension… que de déception, soit de soi-même ou de l’autre.
Je choisis un autre passage biblique plus facile mais le processus technique de peinture avait déjà commencé en classe. J’ai donc persévéré.
Du coup vers la fin novembre les choses ont changé. Les mots s’éclairent et s’adoucissent. La Parole est devenue vivante. Mon cœur est touché par la miséricorde : Ô Seigneur tu es là ! Tu me guides et moi je ne le savais pas, comme le disait Saint-Augustin. Je crois que ce passage biblique m’a choisie. Je réalise que c’est seulement vers la fin du processus de création que j’ai commencé à mieux comprendre l’annonce de Jésus à Pierre. Je suis surtout touchée par la manière que Jésus annonce à Pierre ses faiblesses et le danger de la nuit. Jésus dit la vérité de notre vie avec amour et tendresse. Il est toujours là près de nous quoi qu’il arrive. Amen.

Avant que le coq chante – Œuvre finale

Avant que le coq chante – une peinture de Koulayvanh Sundara

Huile sur toile – 2024

L’œuvre s’inspire d’un passage biblique de Mathieu 26: 33-34

Pierre prit la parole et lui dit : « Même si tous les autres t’abandonnent, moi je ne t’abandonnerai jamais. »
Jésus lui répondit : « Je te le déclare, c’est la vérité: cette nuit même, avant que le coq chante, tu auras prétendu trois fois ne pas me connaître. »

Commentaire de Koulayvanh

C’est dans le calme du clair de la lune que Jésus, le chemin, la vérité, et la vie, s’approcha de Pierre pour lui annoncer qu’il va le renier. Mais Pierre sûr de lui-même insiste plus que jamais, il n’abandonnera jamais son ami, car il l’aime profondément. Jésus, doux et humble de cœur, écoute Pierre avec patience.



Cent-cinquante-trois

Le fait que je participe avec les artistes du RACEF à l’exposition « Chemin de croix, chemin de vie » fut pour moi une vraie année de catéchèse. Dans la peinture « Cent-cinquante-trois »
Jésus est ressuscité… et il rencontre ses disciples au lac de Tibériade.

Photos et croquis préparatoires à la création de l’œuvre

J’ai encore demandé à mes fils de me servir de modèles… et ce que j’aime dans cet Évangile, c’est quand Jean dit : « C’est le Seigneur ! » … et Pierre saute dans l’eau.
On a une scène, on est dans le bateau. J’ai cherché à comprendre ce passage : ce sont des rencontres personnelles avec le Seigneur… pour chaque personne.
Ici on voit aussi la miséricorde de Jésus parce que Pierre l’avait renié… mais il revient vers lui.
Le seigneur revient toujours vers ceux qui l’aiment. Il sent que nous on l’aime.

Le vert, c’est le quotidien, le mauve c’est l’attente, On attend…
Je voulais aussi absolument avoir un ciel rose parce que c’est le matin que le Seigneur s’est manifesté.
Là ils s’échangent des mots, puis ils lancent le filet… et pouf! là il y a des poissons.
Je voulais absolument mettre un filet, mais un filet blanc, très éclairé, où on voit les poissons, parce que c’est le filet de la foi.
J’avais mis aussi Saint Thomas parce qu’il ne croyait pas, mais là avec cette pêche miraculeuse, il croit encore plus…

Cent-cinquante-trois – Œuvre finale
Cent-cinquante-trois, une peinture de Kounlayvanh Sundara

Huile sur toile – 2024

L’œuvre s’inspire d’un passage biblique de Jean 21, 4-7

Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : ‘’C’est le Seigneur ! ’’. Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau.

Commentaire de Koulayvanh

Au lever du jour Jésus est sur le rivage. Quelques mots d’échanges et la vie s’active.


Les oeuvres de Kounlayvanh Sundara décrites dans cet article sont exposées dans l’exposition itinérante du RACEF intitulée : « Chemin de croix, chemin de vie ». Restez branchés sur le site du RACEF pour être informés des nouveaux lieux de diffusion de l’expo.


Parcours – Jacques Houle

Dans ce nouveau parcours d’artiste, nous accueillons un prêtre-artiste, fervent dans sa foi comme dans son art, et profondément engagé!

Jacques Houle est religieux-prêtre chez les Clercs de Saint-Viateur. Pendant ses études secondaires et collégiales, il fréquente à Joliette l’atelier de Max Boucher.  Il y apprend le dessin, la peinture, la sculpture, la céramique et l’émaillage. Il s’est initié à la gravure à Paris avec Joëlle Serve et a exploré l’univers de l’aquarelle en travaillant avec Albert Rousseau. Souvent il privilégie ce médium qu’il rehausse de plombagine ou de crayon chinois.

Depuis une trentaine d’années, il oeuvre dans le domaine de l’Art Sacré aménageant ou réaménageant des lieux de cultes et en  créant des mobiliers liturgique. Les techniques qu’il a apprises tout comme la réflexion plus théorique qu’il a du faire sont mises au service d’une dimension trop oubliée: beauté, lieux et espaces construisent l’être chrétien
.


Un aperçu de la pratique artistique de Jacques Houle au travers de trois de ses oeuvres récentes:

La flagellation

Un corps meurtri et lacéré

– Acrylique sur toile –

Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé.  Jn 19:01
    Sur mon dos des laboureurs ont creusé leurs sillons. 
Ps 129:3


Il s’agissait d’un corps véritable, un corps d’homme, le corps de Jésus, celui que Marie lui avait donné. Un corps meurtri et déchiré sans ménagement par les soldats de Pilate.

Cette toile s’est comme imposée dans sa facture. Une portion de toile couleur de peau lacérée comme son dos,  un jeux de bandes latérales rappelant des lanières tachées de sang… Je voulais que ce soit à la fois réaliste comme l’a été la matérialité des faits mais évoqué avec la sobriété du récit. D’ailleurs les récits de la Passion sont d’une retenue et d’une discrétion qui toujours m’impressionne.


La dérision

– Acrylique et feuille d’or sur toile –

Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge.
Avec des épines ils tressèrent une couronne et la posèrent sur sa tête.
Ils lui mirent un roseau dans la main droite.
Pour se moquer ils disaient: «Salut, roi des Juifs». 
Mt 27: 29-30

Du rouge pour évoquer la pourpre royale. Un roseau en guise de sceptre où j’ai mis de la feuilles d’or pour en faire un véritable insigne monarchique en dérision des moqueurs. À la place des épines, du fil barbelé avec ce qu’il peut évoquer de cruauté dont sont victimes ces femmes, ces hommes, ces enfants qu’on enferme dans des camps de réfugiés.


Vous le verrez en Galilée

– Acrylique sur toile –

    Il est ressuscité d’entre les morts
    et voici qu’il vous précède en Galilée.
    C’est là que vous le verrez
.    Mt 28:7

Ce n’est pas en restant prostré dans le noir du tombeau que le Ressuscité se donne à voir, c’est en sortant vers la lumière, ce que le jaune dominant de la toile veut évoquer. Il y a aussi ce vert tapissé de fleur, celui de la verte Galilée au climat agréable, au sol riche et aux ressources végétales abondantes. La riante Galilée! C’est là que Jésus Ressuscité donne rendez-vous. Là où il y a la vie, où il y a ceux qui croient à la vie et qui engagent le combat pour la sauver.


Mon processus créatif

Quand je regarde mon actuelle production, celle qui est devenue mienne depuis que je fréquente le RACEF, je constate que je fais davantage place à l’univers religieux. Et je suis un peu étonné compte tenu de la formation que j’ai eue en fréquentant pendant huit ans l’atelier libre du peintre- sculpteur Max Boucher, en m’initiant à la gravure, en côtoyant Albert Rousseau et Wilfrid Corbeil. Un parcours qui a fait de moi un aquarelliste-paysagiste, avec tout de même le souci d’aller à l’essentiel. Je cherche à traduire l’atmosphère, à retrouver la structure d’un paysage, à en faire quelque chose de graphique. J’ai encore plaisir à m’asseoir dans un coin tranquille avec mon carnet d’esquisses et une petite boîte d’aquarelle – en voyage je les ai toujours avec moi – même si depuis quelques années les pinceaux sont un peu au repos. En fait je me suis davantage adonné au travail du designer en concevant des espaces cultuels et en réalisant du mobilier liturgique.

Par ailleurs, depuis que j’ai été invité à joindre le RACEF en 2017 j’ai fait mien les défis que nous nous sommes donnés. Les rencontres et les partages vécus avec quelques-uns des artistes qui composent le réseau m’ont conduit à oser m’aventurer sur un autre terrain, celui qui fait passer de la Parole à l’image. Et le défi est de taille: se laisser pénétrer par un passage d’Évangile pour ensuite laisser jaillir une oeuvre.

Mon langage pictural a-t-il alors changé? Sans doute, j’utilise de plus en plus l’acrylique mais l’aquarelliste n’est jamais loin, le traitement s’en ressent. Le graveur non plus n’est pas loin. Tout de même j’ai eu à produire des images comme je n’avais pas l’habitude de le faire. J’ai adapté mon approche sans pour autant négliger ce que je cherchais déjà, simplifier, aller à l’essentiel en me dégageant d’un premier niveau de lecture.

Je pense à de hautes toiles que j’ai peintes comme des bannières inspirées d’une thématique un peu particulière, celle des temps liturgiques: le Carême, Pâques, la Pentecôte, l’Avent. À première vue elles sont abstraites, la couleur domine. Elle s’est comme imposée.

Pour une autre série de tableaux inspirés cette fois de la Passion du Christ et de sa Résurrection, j’ai cherché à réduire la représentation en ne retenant que des objets, une sensation ou un contraste lumineux. Dans une toile évoquant la dérision dont Jésus est victime, du rouge suggère la pourpre royale. J’y ai esquissé un roseau en guise de sceptre que j’ai recouvert de feuilles d’or pour en faire un véritable insigne monarchique en dérision des moqueurs. À la place d’épines pour tresser une couronne du fil barbelé avec ce qu’il peut évoquer de cruauté dont sont victimes ces femmes, ces hommes, ces enfants qu’on enferme dans des camps de réfugiés.

Pour rappeler la flagellation de Jésus, son corps meurtri et blessé s’est imposé pour se retrouver dans la facture même de la toile. Une large portion est de couleur chair. Je l’ai littéralement lacérée. Un jeux de bandes latérales rappelle des lanières tachées de sang. Je voulais que ce soit à la fois réaliste comme l’a été la matérialité des faits mais évoquée avec la sobriété du récit. D’ailleurs les récits de la Passion sont d’une retenue et d’une discrétion qui toujours m’impressionnent.

Pour aborder la Résurrection, me sont revenus en mémoire ces mots de l’ange: Vous le verrez en Galilée. Du noir esquisse l’ouverture du tombeau comme si on était encore à l’intérieur. Mais ce n’est pas en restant prostré dans le noir du tombeau que le Ressuscité se donne à voir, c’est en sortant vers la lumière. Pour le dire j’ai utilisé un jaune de cadmium éclatant. Il y a aussi au bas de la toile un aplat de vert tapissé de petites taches évoquant des fleurs. C’est la verte Galilée au climat agréable, au sol riche et aux ressources végétales abondantes. La riante Galilée! C’est là que Jésus Ressuscité donne rendez-vous. Là où il y a la vie, où il y a ceux qui croient à la vie et qui engagent le combat pour la sauver.

Magie des images baignées d’Écriture.


Les oeuvres de Jacques Houle décrites dans cet article seront prochainement exposées à la Basilique Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières, au Québec.

Vous êtes cordialement invité.e.s à visiter cette nouvelle exposition itinérante du RACEF intitulée : « Chemin de croix, chemin de vie ». Restez branchés sur le site du RACEF pour être informés des nouveaux lieux de diffusion de l’expo.