Rencontres avec Jésus – La veuve de Naïm et son fils

Illustration librement inspirée d’une œuvre du peintre Jan Frans Verhas

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, par l’entremise de la veuve de Naïm et de son fils!

GRANDE VISITE POUR UNE VEUVE ET SON FILS : Luc 7, 11-17

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 7

11 Par la suite, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule.

12 Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme.

13 Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. »

14 Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. »

15 Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère.

16 La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. »

17 Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Nous sommes dans le temps pascal. Après une chronique avec un père et sa fille, à qui Jésus rend vie, nous avons maintenant une mère et son fils, que Jésus relève. Les deux jeunes, qui étaient morts, sont réveillés par Jésus le Seigneur. C’est vraiment le temps de la résurrection.

Nous nous retrouvons à la porte d’une ville en Galilée, au sud de Nazareth, Naïn, qui en hébreu signifie agréable, beau. À l’époque, la porte d’une petite ville est importante: les arrivées et départs, les échanges et la circulation, les rencontres, tout passe par cet endroit. Qui est là? Luc nous montre Jésus et ses disciples, une veuve et son fils mort, des porteurs et une grande foule qui réagit. Dans ce récit, nous devenons témoins d’un événement surprenant et touchant: la résurrection d’un jeune homme. Et à travers ce récit, Luc nous montre plusieurs traits de Jésus prophète et Seigneur.

Comme il arrive fréquemment dans les évangiles, tout commence non par l’action de Jésus mais par le regard de Jésus. Il voit cette femme portant son fils en terre. Son regard est attentif, sachant saisir ce qui se passe mais aussi ce qui habite les coeurs. Devant cette triste scène, il est pris de pitié, littéralement ému aux entrailles. Dans la Bible, c’est de là que vient la miséricorde. Cette scène bouleverse Jésus, suscite en lui une profonde compassion. Cette femme est veuve et en plus elle a perdu son fils unique: à l’époque, cela signifie solitude, pauvreté, insécurité, en plus de cette perte douloureuse.

Le récit aurait pu s’arrêter là, chacun poursuivant sa route. Mais Jésus, après son regard et sa compassion, passe à l’action, comme le bon Samaritain de la parabole (Lc 10, 33-34); ce sont d’ailleurs deux récits propres à Luc. Que fait Jésus? Il intervient de trois manières. D’abord par sa parole de confiance adressée à la mère (Ne pleure pas), puis par son ordre de réveil adressé au jeune homme (Lève-toi), puis par la remise du fils à sa mère.

Et ce don d’une vie nouvelle, cette résurrection, a des effets humains significatifs: le jeune homme se met à parler, il est vraiment un vivant; la relation entre la mère et le fils est recréée; et les gens rendent gloire à Dieu. La source de cette transformation, c’est la parole de Jésus. Elle ne tombe pas du ciel mais s’enracine dans le regard et la compassion. Elle est agissante de plusieurs manières. Cette parole porte des fruits chez toutes les personnes qui la reçoivent ou l’entendent.

Ce récit évoque la figure du prophète Élie ressuscitant le fils unique de la veuve de Sarepta (1 Rois 17). Jésus se montre ainsi un grand prophète, comme la foule le proclame. Mais Jésus est aussi plus qu’un prophète, il est le Seigneur. En lui, la puissance du Dieu créateur est présente. Il est la Parole qui crée, qui donne vie. En lui, c’est Dieu qui rend visite à son peuple, comme la foule aussi le proclame (v.16). Cette visite, en Luc, est liée à une libération et à la miséricorde de Dieu, comme on le voit au début de son Évangile dans la bénédiction de Zacharie (Lc 1,68), le père de Jean-Baptiste, qui fut rempli de l’Esprit Saint et prophétisa en ces termes : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, parce qu’il a visité son peuple, accompli sa libération« 

Quand Dieu nous rend visite (et c’est de la grande visite!), qu’arrive-t-il, aujourd’hui encore? Quels en sont les signes? Des yeux s’ouvrent et voient ce qui les entoure. Devant des détresses, des entrailles sont remuées, des coeurs sont touchés. Des paroles qui donnent confiance sont offertes aux endeuillés. Des paroles qui redonnent vie sont lancées aux endormis en tant de morts. Des liens sont renoués, des retrouvailles adviennent. Des gens prennent conscience qu’une bonté profonde les visite et ils rendent grâce. Et une Bonne nouvelle se répand.

Ainsi, cet évangile de Luc nous invite à nous poser des questions: Quels signes de cette grande visite puis-je reconnaître dans mon milieu, dans ma propre vie, dans celle de mes groupes? Et alors, je suis invité-e à rendre grâce pour ce temps de bonté. Mais aussi, quels signes de cette visite puis-je moi-même offrir? Comment pouvons-nous prendre part activement à cette visite? Entre autres, par notre regard qui sait voir, par notre compassion face aux détresses, et par notre parole qui est source de vie et de confiance …

Images

Comme Jaïre et sa fille et la femme hémorroïsse de la chronique précédente, la veuve et son fils sont présents dès les débuts de l’art chrétien, et tout au long des siècles. Ce récit est bref mais il est bien rempli et suggestif au plan visuel. Des lieux précis sont indiqués : la porte de la ville de Naïn. Plusieurs acteurs sont présents : Jésus et ses disciples, la veuve et son fils, les porteurs, la foule. Une action dramatique advient : Jésus redonne vie à un jeune homme mort, fils unique, devant sa mère, une veuve en pleurs. C’est très vivant et saisissant.

Les œuvres peuvent montrer tous ces éléments, en retenir quelques uns ou accentuer l’un ou l’autre. La porte de la ville peut être présentée avec détails ou seulement évoquée. La foule peut être plus ou moins nombreuse. Le cortège funéraire peut être bien développé et le climat de deuil souligné. Jésus est en interaction avec le fils et parfois avec la mère. Dans le texte, Jésus appelle le fils : jeune homme. Mais dans les images, son âge peut varier : il peut avoir l’air d’un garçon, d’un adolescent, ou d’un jeune adulte.

Voici quelques œuvres, d’époques et de styles différents, nous montrant cette rencontre.

  1. Sarcophage de marbre, c.300-330, Musée du Vatican. Sur ces sarcophages de défunts chrétiens, des scènes bibliques étaient sculptées pour les accompagner dans leur passage. Avec les fresques, elles forment les plus anciennes œuvres de l’art chrétien. Ici, comme dans les autres, Jésus est un jeune homme; le fils de la veuve est très petit! Comme pour la fille de Jaïre, Jésus redonne vie au fils en le touchant avec un bâton, qui est signe de son autorité. Il regarde la veuve devant lui. Des disciples l’accompagnent.
  1. Relief de bronze, c.1020, Colonne Bernward, Cathédrale d’Hildesheim, Allemagne. Cette colonne a été commandée par Bernward, évêque d’Hildesheim, pour l’église St-Michel; elle était située derrière l’autel. Au 19ème siècle, elle fut déménagée dans la cathédrale. De style ottonien et s’inspirant de la colonne de Trajan à Rome, avec sa spirale, elle comprend vingt-huit scènes de la vie de Jésus, de son baptême à l’entrée à Jérusalem. Jésus, nimbé et majestueux, relève le jeune homme nu. Un disciple est derrière Jésus; la mère et la foule, derrière le fils. Ils s’agrippent un peu à la colonne pour ne pas tomber de haut!
  1. Miniature, c.1020-1030, Codex Aureus Epternacensis, Musée National Germanique, Nuremberg, Allemagne.  Ce manuscrit enluminé est écrit avec des lettres d’or, d’où son nom. Il a été fait, à la même période que l’œuvre précédente, par le scriptorium de l’Abbaye d’Echternach, ville aujourd’hui au Luxembourg. Ici, tout le monde est là : les disciples, la foule nombreuse, les porteurs. Jésus, jeune et nimbé, tient en main gauche un rouleau de la Parole et tend la main droite pour appeler le fils à se lever; celui-ci est bien éveillé et redressé. La mère, devant Jésus, lève les bras et rend grâce. La ville de Naïn est évoquée par une architecture à droite.
  1. Mosaïque, 1179-1182, Cathédrale de l’Assomption, Monreale (Sicile), Italie. Cette église comprend un grand ensemble de mosaïques de style byzantin, dont un cycle sur la vie du Christ qui est solennel, comme la figure du Pantocrator des icônes. Ici, plusieurs éléments sont semblables au relèvement de la fille de Jaïre. Jésus appelle le fils à se réveiller et tient sa main. Trois disciples sont derrière lui. Le jeune homme est bien redressé, les yeux ouverts. Plusieurs figures sont proches de lui, dont sa mère, d’autres femmes, des porteurs, des témoins. Toutefois, sa civière ressemble plus à un lit, avec de beaux tissus ! La ville est à gauche, avec porte et édifices.
  1. Maître de la Passion de Darmstädter, c.1450-1460, Alte Pinakothek, Munich, Allemagne. Ce peintre allemand, dont on ignore le nom, a été influencé par le gothique international et le réalisme flamand, avec un travail personnel sur la lumière. Ce panneau faisait partie d’un retable. Jésus, bien nimbé, touche le jeune homme, qui a l’air d’un petit garçon! Ses disciples, aux yeux ouverts, sont derrière lui. La jeune mère, en blanc, avec une compagne, se trouve devant la porte de la ville, plutôt étroite, où deux figures de la foule peuvent être vues. Les porteurs sont présentés avec vivacité, à l’avant-scène.
  1. Lucas Cranach le Jeune, retable, c.1569-1573, Église Sainte-Marie (Stadtkirche), Wittenberg, Allemagne. Ce peintre et graveur est le fils de Lucas Cranach l’Ancien, ami de Martin Luther et figure majeure de l’iconographie de la Réforme protestante. Il a pris la succession de l’atelier de son père. Ici, nous avons un long cortège funéraire de gens habillés en blanc et noir. Ils sortent de la porte de la ville et descendent vers le bas. La ville est montrée avec détails, dans ses murs, ses édifices et ses tours, avec un paysage à l’arrière, le tout reflétant le 16e siècle. Au bas de la descente, se trouve Jésus, en brun, entre la veuve et son fils debout; il tient la main de chacun.
  1. Jean-Baptiste Wicar, 1816, Palais des Beaux-Arts, Lille, France. Originaire de Lille et formé à Paris, chez le néo-classique Jacques-Louis David, puis à Rome, ce peintre a vécu surtout en Italie. Il a fait des portraits et des scènes historiques, qui ont eu beaucoup de succès à son époque. Cette oeuvre est de très grand format : 5.7 x 9 mètres! Il y a de la place pour toute le monde, et pour d’autres. La porte, les murs et les tours de la ville sont bien visibles. Le jeune homme sur sa civière, au centre du tableau, revient à la vie et soulève son suaire. Jésus à droite l’appelle à se lever; des disciples l’accompagnent dont Jean et Pierre. Derrière le fils, se trouve sa mère et plusieurs femmes. Une foule nombreuse réagit à l’événement. À l’extrême-droite du tableau, un autoportrait du peintre; et à l’extrême-gauche, un portrait de son maitre David. Plusieurs figures, postures et éléments du tableau font référence à des œuvres d’autres peintres, portant sur des scènes antiques; comme une synthèse, ou des clins d’œil pour les connaisseurs.
  1. Wilhelm Kotarbinski,1879, Musée National, Varsovie, Pologne. Ce peintre polonais, formé à Varsovie et à Rome, s’est installé à Kyiv, en Ukraine, alors dans l’Empire russe. Il s’inscrit dans le courant symboliste et moderne. Il a fait plusieurs œuvres historiques et bibliques. La scène se passe à l’extérieur de la ville, avec des édifices en blanc à l’arrière. La foule est peu nombreuse. La civière est déposée sur le sol. La mère est aux pieds de Jésus. Celui-ci, en blanc, à la main droite levée, est solennel. À gauche, un vieillard avec canne, en blanc lui aussi, est impressionnant. L’œuvre exprime à la fois une intensité dramatique et un certain calme.
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Comme souvent, ce peintre français, qui a vécu en Terre Sainte, sait intégrer tous les éléments du récit, en les situant dans un contexte historique et en mouvement. Au centre, Jésus et le jeune homme, tous deux en blanc. Jésus lève les mains pour l’appeler à se réveiller; celui-ci se redresse dans son cercueil. Sa mère, à droite de Jésus, tend les mains vers son fils. À l’avant du cortège funéraire, on voit les musiciens, devant les porteurs. Ici, nous avons toute une foule, avec de vives réactions, serrée à la porte de la ville.
  1. Harold Copping, 1927, Women of the Bible, Religious Tract Society, London, Angleterre. Comme Tissot, ce peintre de Londres a illustré la Bible avec un souci de prendre en compte le contexte et de rendre vivantes les scènes. Ici, tous les personnages sont proches. La scène se passe près d’un mur de la ville. Jésus est tourné vers la veuve, qui tend les bras vers son fils, qui s’est redressé sur sa civière. Disciples et foule entourent Jésus, la mère et le jeune homme. Des regards sont échangés.
  1. Sadao Watanabé, estampe, 1973, Collection privée, Japon. Cet artiste chrétien intègre des techniques d’un art populaire japonais, le mingei. L’œuvre comprend deux parties. En haut, Jésus nimbé est au centre; à droite, on voit trois disciples; à gauche, la veuve en pleur, penchée, qui est accompagnée de deux figures dont l’une la soutient. En bas, Jésus est à gauche et la veuve à droite; au centre, se trouve le jeune homme, qui s’éveille à l’appel de Jésus.
  1. Bernadette Lopez, 21e siècle, site évangile-et-peinture.org, Suisse. Dans ses œuvres aux couleurs vives, qui couvrent tout le cycle liturgique, Berna sait mettre en lumière des éléments des récits évangéliques. Ici, l’accent est mis sur les retrouvailles, émouvantes, entre la mère et le fils. Jésus, en retrait, tête penchée, se montre discret. La foule est nombreuse, témoin de cette scène touchante. J’en fais partie et cela vient me chercher quelque part …

Daniel Cadrin, o.p.


​Dessin à tracer et à colorier

Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une œuvre du peintre Jan Frans Verhas

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Rencontres avec Jésus – La femme hémorroïsse et la fille de Jaïre

Illustration librement inspirée d’une œuvre du peintre Gabriel von Max

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de l’histoire de la femme hémorroïsse et de la fille de Jaïre.

UNE FEMME ET UNE FILLE REPRENNENT VIE: Marc 5, 21-43

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 5

21 Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer.

22 Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds

23 et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »

24 Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

25 Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… –

26 elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré –…

27 cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.

28 Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »

29 À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.

30 Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? »

31 Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” »

32 Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela.

33 Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.

34 Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

35 Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? »

36 Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. »

37 Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques.

38 Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris.

39 Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. »

40 Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant.

41 Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »

42 Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur.

43 Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Pour cette rencontre au bord de la mer, nous avons un programme double : des parents qui conduisent Jésus à leur fille pour qu’il la sauve ; une femme souffrant d’hémorragies qui touche Jésus pour être sauvée. La fille a douze ans et la femme est malade depuis douze ans. Les deux sont relevées, remises debout, comme des ressuscitées.

Dans ces deux récits de guérison, mis ensemble, Marc invite ses lecteurs à espérer par-delà leurs déceptions. La façon de présenter les récits, leur imbrication et les démarches des personnages présentent un ensei­gnement qui porte sur Jésus et sur l’expérience de foi. Cela dépasse l’anecdotique et le pittoresque. Dans les deux cas, il s’agit de personnes dont la situation était devenue sans recours (la femme hémorroïsse v. 25-26 ; la fille morte v. 35) ; il est fait men­tion du salut (v.23.28.34) et de la foi (v.34.36) ; un contact physique a lieu (v.27-29.41).

Jésus guérit la femme hémorroïsse de son mal, elle est sauvée; et encore plus, il rend la vie à une fille morte. Ainsi, en Jésus, la puissance du Dieu qui ressuscite les morts est à l’œuvre. Il est vraiment le Sauveur. Cela ne pourra être compris pleinement qu’à la lumière de la mort-résurrection de Jésus, à la fin de l’Évangile ; d’où la consigne du silence (v.43). Mais déjà Marc l’annonce à ses lecteurs: c’est de ce Jésus que nous sommes disciples; aussi nous pouvons relever la tête dans nos difficultés.

Mais le salut offert en Jésus ne se réalise pas sans notre collaboration: ce don de vie n’agit pas en nous sans nous. La femme malade va vers Jésus, elle a confiance en Lui : d’abord de façon confuse et presque magique (v.27-28) ; puis elle entre en relation personnelle avec lui et le reconnaît (v.33). Alors seulement Jésus lui dit: « Sois guérie, ta foi t’a sauvée. » Jaïre, le père de la fille, fait appel à Jésus avec insistance ; même quand elle est morte, il espère en Jésus malgré les moqueries. Et Jésus l’invite à croire (v.36). Les deux changements opérés par Jésus ne se font pas sans un lien de foi en Jésus, qui est fait de confiance et d’audace.

Ces deux récits se trouvent en Luc (8,40-56) et en Matthieu (9, 18-26). Par rapport à ce dernier, Marc inclut des éléments bien concrets qui leur donnent plus de vivacité et de réalisme. La femme a beaucoup dépensé auprès des médecins, sans résultats, la situation s’étant même empirée ! Devant la surprise de Jésus qui se demande qui a touché ses vêtements, en pleine foule, ses disciples se moquent de lui ! Et après le retour à la vie de la fille, Jésus veille à ce qu’on lui donne à manger, ce qui montre sa bienveillance et aussi son sens pratique !

Il nous arrive de vivre des situations dif­ficiles qui nous semblent sans issue: des relations brisées, un projet qui n’aboutit pas, le découragement face à nos propres limites et à celles des autres… Comment garder espoir là où la vie devient absente? Vers qui nous tourner quand nos appels et nos efforts ne rencontrent que murs ou sarcasmes? Ces forces de mort qui rongent notre espérance du Royaume et notre courage auront-elles le dernier mot de l’histoire?

Aujourd’hui, comme au temps de Jésus puis de Marc, le salut vient à nous comme un don à accueillir, en allant vers Jésus sans crainte et en croyant en lui. Il peut briser les murs qui nous enferment et transfor­mer nos vies. Dans ces situations où l’espoir n’est plus possible, la puissance de Jésus ressuscité vient nous réveiller, nous relever, nous remettre en marche. Là où la vie semble mou­rir, dans nos milieux, nos communautés, nos familles et en nous-mêmes, la rencontre de Jésus ouvre de nouveaux horizons, imprévisibles, impensables auparavant. Quelle transformation d’une situation sans issue apparente ai-je déjà vécue? Comment ai-je fait ma part dans cette histoire de salut?

À cause de Jésus, une espérance est possible qui nous donne confiance et élan pour aller plus loin, qui nous inspire audace et courage pour braver les moqueries des sceptiques et les pleurs des résignés.

Images

Ces deux récits, imbriqués, sont très populaires dans l’iconographie depuis l’Antiquité. Ils touchent les gens à cause des situations humaines qu’ils mettent en scène, dramatiques et prenantes : une femme souffrante et une jeune fille mourante. Ils disent l’espoir d’une vie nouvelle. Aussi, on les retrouve déjà dans les fresques, les mosaïques et les sarcophages les plus anciens.

La rencontre avec la femme a lieu au dehors, sur la place, au milieu d’une foule, au bord de la mer de Galilée. Jaïre s’est approché de Jésus et s’est mis à ses pieds pour le supplier. La femme touche le vêtement de Jésus puis se met elle aussi aux pieds de Jésus, qui est accompagné de disciples. Dans les œuvres, parfois la foule est présente ou suggérée ; ou bien il n’y a que Jésus et la femme ; ou encore quelques disciples. La femme est habituellement agenouillée et Jésus s’adresse à elle. Le décor peut être développé, avec rues et habitats, rarement le bord de mer ; ou il est simplement absent.

La rencontre avec la fille a lieu dans la maison de Jaïre. En Marc, comme en Luc, Jésus est accompagné de trois disciples, Pierre, Jacques et Jean, les mêmes qu’à la transfiguration (9,2) et à Gethsémani (14,33). Les parents sont présents et Jésus met dehors les pleureurs. En Mathieu (9,23-25), Jésus est seul. Avec tous ces personnages, il y a du jeu dans les images, selon le moment choisi ou l’angle de vision. La jeune fille, qui a douze ans, a parfois plutôt l’air d’une jeune femme ou d’une enfant. Jésus lui tient la main. Le décor, là aussi, peut être plus ou moins élaboré : lit et meubles, draps et vêtements, fenêtre et éclairage.

Comme deux rencontres de Jésus adviennent dans ces récits, l’une avec la femme et l’autre avec la fille, cette chronique contient plus d’images. D’abord (1-4), des œuvres comprenant les deux scènes ; puis (5-11), la rencontre avec la femme ; et enfin (12-18), celle avec la fille. Et nous nous promenons des temps antiques aux temps actuels.

  1. Sarcophage d’Adelphia, marbre, c.325-350, Musée Archéologique de Syracuse, Sicile, Italie. Des reliefs de scènes bibliques se retrouvent sur les sarcophages et constituent, avec les fresques de maisons chrétiennes et de catacombes, les plus anciennes œuvres d’art chrétien. Ici, dans les deux rencontres, nous avons trois personnages : pour la première, Jésus, la femme et un disciple ; pour l’autre, Jésus, la fille et son père. L’espace ne permet pas de mettre tout le monde ! La femme touche le vêtement de Jésus et celui-ci lui touche la tête. La fille est alitée et Jésus lui redonne vie à l’aide d’un bâton, signe de son autorité. Dans les deux scènes, Jésus, jeune homme imberbe, tient dans la main gauche un rouleau de la Parole.
  1. Mosaïque, 1179-1182, Cathédrale de Monreale, Sicile, Italie. Cette église est remplie de mosaïques de style byzantin, dont un cycle de la vie du Christ, incluant nos deux rencontres. Dans la première, les disciples et la foule sont présents. La femme, courbée, touche le vêtement de Jésus qui se tourne vers elle et la bénit. Jésus, nimbé et solennel, tient en main gauche un rouleau de la Parole. Dans l’autre, les trois disciples sont présents, ainsi que les parents et plusieurs proches et pleureurs. De sa main gauche, Jésus touche la main de la fille, que son père Jaïre désigne de la main. Jésus la bénit de la main droite et l’invite à s’éveiller. Elle sort de son sommeil et se soulève de son lit. La maison est bien montrée ; le lit et la couverture sont finement travaillées. Dans les deux scènes, un contact du regard, entre Jésus et la personne guérie, est établi.
  1. Miniatures, 1249-1250, Évangéliaire copte-arabe, folio 5, Bibliothèque de l’Institut catholique de Paris, France. Ce manuscrit d’Égypte a été copié par le moine Gabriel, qui deviendra patriarche d’Alexandrie (1268-1271). Les quatre évangiles sont écrits en caractères coptes et les commentaires en caractères arabes. Les enluminures, avec un fond doré, sont influencées par l’art islamique. Dans chacune des deux scènes, à gauche, on voit Jésus, tenant en main un rouleau de la Parole, et trois disciples; à droite, une foule, puis dans l’autre, les parents. La femme est courbée pour toucher le vêtement; la fille est étendue sur un lit. Il n’y a pas de décor. Étrangement, tous sont nimbés.
©Photo. R.M.N. / R.-G. Ojéda
  1. Paul, Jean et Herman de Limbourg, miniature, 1411-1416, Les Très Riches Heures du duc de Berry, Ms 65, Musée Condé, Chantilly, France. Jean, duc de Berry, a commandé ce livre d’heures aux frères de Limbourg, néerlandais. Après leur décès en 1216, d’autres artistes ont poursuivi le travail. Le style est le gothique international, avec des couleurs vives, dont un bleu très présent. Les paysages s’inspirent de lieux et d’édifices de France, peints avec finesse. Ici, nous ne sommes pas au bord de la mer. Jaïre s’adresse à Jésus, le supplie (cf. ses mains); à droite, on voit sa fille mourante dans un lit à baldaquin. Disciples et foule sont proches de Jésus. La femme, agenouillée, veut toucher son vêtement. Finalement, cette miniature intègre beaucoup d’éléments !
  1. Fresque, c.310-325, Catacombes des saints Marcellin et Pierre (martyrs en 304), Rome, Italie. Les catacombes étaient des cimetières souterrains où les chrétiens, comme d’autres, enterraient leurs morts. Des fresques étaient peintes dans ces caveaux, exprimant la foi chrétienne et l’espérance d’une vie nouvelle. Ici, seuls Jésus et la femme sont présents. Celle-ci, agenouillée, s’approche et touche le vêtement; Jésus se tourne vers elle et lui dit : « Ta confiance t’a sauvée, va en paix ». Les deux sont vêtus à la romaine ; Jésus, jeune homme imberbe aux pieds nus, porte la toge avec une bordure pourpre, signe d’un rang élevé. Déjà, au début même de l’art chrétien, il y inculturation.
  1. Mosaïque, 6e siècle, Basilique St-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, Italie. Cette église ancienne, une basilique au sens architectural, contient de nombreuses mosaïques de scènes bibliques. À gauche, un disciple désigne Jésus de la main, nous invitant à nous tourner vers lui, comme en d’autres mosaïques. La femme est à genoux devant Jésus, ce qui vient après avoir touché le vêtement. Jésus, jeune homme imberbe et bien mis, mais largement nimbé et portant de fines sandales, bénit la femme. À droite, témoins de la scène, trois figures, foule ou disciples.
  1. Miniature, c.1470-1480, Vie de Jésus Christ, Ms 976, folio 45, Bibliothèque Mazarine, Paris, France. Cet ouvrage, écrit en français, contient des textes de Jean Gerson (1363-1429), théologien et éducateur, qui fut chancelier de l’Université de Paris. On ne connait pas l’atelier qui a fait les enluminures. Le décor est rural et la scène semble se passer à l’intérieur et non dans la rue. À droite, Jaïre est à genoux pour supplier Jésus. À gauche, la femme, qui est bien vêtue, s’étend pour toucher le vêtement. Dans certains courants médiévaux, elle était identifiée à Marthe, sœur de Marie et Lazare. Jésus et ses disciples ont une allure rébarbative et semblent ennuyés ou peu réceptifs. Cela arrive.
  1. Louis de Boullogne le Jeune, 1695, Musée des Beaux-Arts, Rennes, France. Ce peintre de Paris, fils du graveur Louis Boullogne, fut nommé peintre du roi en 1724 et anobli. Ce tableau fut fait, avec d’autres, pour les Chartreux. C’est une œuvre construite avec un souci d’équilibre : les vêtements et le jeu de couleurs, l’architecture développée, les arbres et le ciel, la présence de plusieurs figures du récit. Jésus, au centre, irradie de lumière et bénit la femme. Celle-ci est à genoux devant lui mais touche son vêtement, avec respect. À gauche, Jean et Pierre ; près de Jésus, Jaïre implorant pour sa fille. D’autres figures évoquent la foule.
  1. Dirk Walker, 20e siècle, Canterbury United Methodist Church, Mountain Brook, Alabama, États-Unis. Cet artiste de l’Alabama peint en plusieurs domaines, comme les paysages, les sports, les cités. Il a fait une série de peintures spirituelles, dans un style qu’il qualifie de réalisme abstrait. La femme est aux pieds de Jésus avec crainte. Le blanc domine, unissant les figures.
Your Faith Has Healed You Luke 8 42 48
  1. Rebecca Brogan, 21e siècle, site jtbarts.com, Australie. Originaire de Minneapolis, cette artiste et photographe, vivant en Australie, se présente comme une chrétienne mais sans affiliation. Ici, ce qui est rare dans les images mais mentionné dans le texte de Marc, on est au bord de la mer! La foule est nombreuse et concentrée sur Jésus et la femme, tous deux en bleu, proches par le toucher et le regard. Les gens sont souriants, joyeux, ce qui est aussi rare. Peut-être est-ce l’air de la mer.
  1. Aaron et Alan Hicks, 21e siècle, site blackartdepot.com, États-Unis. Ces frères jumeaux, afro-américains de Chicago, travaillent ensemble comme artistes chrétiens. La femme est étendue plutôt qu’agenouillée, cherchant à toucher le vêtement de Jésus, dont on ne voit pas le visage. Elle est entourée de gens, dont un vieillard, mendiant ou malade. L’angle, le point de vue, est d’en bas, où se trouve cette femme. Cela donne à cette oeuvre une note percutante.
  1. Miniature, c.980, Codex Egberti, folio 25, Bibliothèque municipale de Trèves, Allemagne. Ce manuscrit a été réalisé par des moines de l’abbaye bénédictine de Reichenau pour l’archevêque de Trèves, Egbert. À gauche, on voit Jaïre, chef de synagogue, avec un compagnon, tous deux bien vêtus et chaussés, et deux disciples, Pierre et Jean. Jésus, de style antique, ayant en main gauche un livre, tient la fille de Jaïre par le bras droit, la tirant vers la vie. Celle-ci est dans un lit qui ressemble à un cercueil. Les deux se regardent avec intensité. L’habitat est une maison de pierre, au rideau ouvert.
  1. Vitale da Bologna, fresque, c.1360-1361, abbaye Pomposa, Codigoro, Italie. Ce peintre de Bologne, avec son atelier, a réalisé un ensemble de fresques dans l’église de ce monastère bénédictin près de Ferrare, au Nord de l’Italie. Jésus, accompagné de Pierre, Jacques et Jean, tend la main vers la fille, l’invitant à se lever. Elle répond en se relevant et tendant les mains vers lui. Les parents sont à son côté, le père la désignant à Jésus. Nous sommes dans une chambre. Dans un plat, près du lit, se trouve la nourriture. Plusieurs éléments du récit sont intégrés et la scène est très vivante.
  1. Miniature, 1372, Bible Historiale, Musée Meermanno, La Haye, Pays-Bas. Cette Bible est une traduction en français de textes de la Vulgate, avec des commentaires de Petrus Comestor, un théologien du 12e siècle, enseignant à Troyes et Paris. Ce manuscrit a été commandé pour le roi de France, Charles V. Les enluminures, nombreuses, ont été faites par l’atelier parisien du Maître des Boqueteaux. Les parents sont derrière leur fille étendue sur un lit. Jésus lui tient la main et la bénit ; elle est éveillée. Jésus et la fille communiquent par le regard. Les trois disciples sont à droite. Tout est là, sur un fond doré et bleu.
  1. Gabriel von Max, 1878, Musée des Beaux-Arts, Montréal, Canada. Cet artiste autrichien, formé à Prague et Vienne, s’est intéressé à l’anthropologie et au mysticisme. Seuls sont présents Jésus et la fille, de façon contrastée, avec le blanc et le noir, mais en proximité. La fille semble dormir ; Jésus lui tient la main. À gauche, sur le lit, des fleurs. Cette œuvre est travaillée mais dépouillée dans ce qu’elle contient. Il en émane un certain recueillement, une douceur.
  1. Albert von Keller, c.1886, Neue Pinakothek, Munich, Allemagne. Né en Suisse, formé à Munich, ce peintre a fait plusieurs portraits et scènes de genre et des tableaux religieux. Nous sommes ici devant une œuvre clairement expressionniste, dont il a fait plusieurs variantes. Les pleureurs sont présents et nombreux. La fille, à l’allure cadavérique, est vraiment morte, étalée sur une sorte de plateforme surélevée. Jésus, en rouge, ressort vivement, avec ses deux mains qui s’interrogent ou sont prêtes à l’action. La scène est dramatique.
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  1. Joel Kirk Richards, 2000, Springville Museum of Art, Utah, États-Unis. Cet artiste du Utah, membre de l’Église de Jésus-Christ des Saints-des-Derniers-Jours (Mormons), a réalisé des œuvres bibliques qui ont un style très personnel et saisissant (cf. chronique sur une équipe porteuse). On voit ici Jésus et la jeune fille, en contraste de blanc et noir; une ligne bleue suit Jésus. À l’arrière, quatre figures sont témoins de la scène. Les mains ressortent avec force.
  1. Paul Mann, 2011, site churchofjesuschrist.org, Etats-Unis. Cet illustrateur est aussi un Mormon. Ici, les gens sont vus de front, ce qui offre un point de vue inhabituel. Le père et la mère sont aux côtés de Jésus, concentré sur la fille dont il tient la main; les trois disciples sont présents. La fille, allongée, occupe tout l’espace du bas. À l’arrière, une ouverture … Peut-être pourrions-nous y entrer et nous laisser toucher par l’appel à s’éveiller et se lever …

Daniel Cadrin, o.p.


​Dessin à tracer et à colorier

Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une œuvre du peintre Gabriel von Max

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Rencontres avec Jésus – Marie debout à la croix

Adaptation numérique d’une œuvre du « Maître de la Vie de Marie »

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de la présence de Marie au pied de la croix.

MARIE DEBOUT À LA CROIX : Jean 19, 25-34

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 19

25 Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

28 Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. »

29 Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche.

30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

31 Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes.

32 Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus.

33 Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes,

34 mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Le commentaire qui suit a paru dans la chronique Marie des Écritures de la revue Notre-Dame du Cap, avril 2022, p.14, sous le titre : Notre-Dame de la Présence.

En ce temps de la Passion et de la Pâque du Seigneur, tenons-nous avec Marie, au pied de la croix. Dans l’Évangile de Jean, elle était présente au premier signe accompli par Jésus, à Cana. Elle est présente aussi à la fin, alors que Jésus va remettre l’esprit. Avec elle se trouvent trois autres femmes ainsi que le disciple bien-aimé de Jésus. Comme à Cana, Marie n’a pas de nom : c’est la mère de Jésus. Le disciple non plus n’est pas nommé. Les deux ne sont pas seulement des figures historiques mais évoquent la communauté chrétienne. Que fait Marie et que lui arrive-t-il?

Marie debout et solidaire

D’abord, Marie est là, debout près de la croix. Alors que la plupart des apôtres se sont enfuis et que leur chef Pierre a renié, Marie est là, fidèle, solidaire jusqu’au bout. Devant la souffrance et le rejet, elle n’abandonne pas Jésus et elle se tient avec dignité. Comme une Mère Courage. Devant les crises qui nous adviennent, elle nous invite ainsi à ne pas quitter la barque. Et elle nous apprend à nous montrer solidaires de nos frères et sœurs qui prennent des risques au nom de l’Évangile.

Marie mère de l’Église

Jésus confie le disciple à la mère et la mère au disciple. Au moment de partir, il se soucie encore des personnes qui lui sont proches. Il les voit, son regard demeure attentif, et il en prend soin jusqu’au bout. Mais le sens de cette remise mutuelle va plus loin. La mère et le disciple ont en commun une compréhension plus profonde de la personne et du mystère de Jésus. Le disciple bien-aimé, c’est lui qui, tout au long de l’évangile, saisit le sens des évènements. Il est la figure du disciple que chacun de nous est appelé à devenir.

Marie ici n’est plus seulement la mère de Jésus mais devient la mère des disciples. Une communauté nouvelle est en train de naître au pied de la croix. Pour poursuivre l’aventure spirituelle et risquée inaugurée par Jésus, nous avons besoin les uns des autres. Pour être accueillie, approfondie et communiquée, la Bonne Nouvelle requiert des liens communautaires et ecclésiaux.

En me tenant au pied de la croix, avec Marie et le disciple, je peux me recueillir et me demander : Qu’est-ce qui m’inspire particulièrement chez la mère ou chez le disciple? Qui m’est confié et à qui suis-je confié, pour que nous prenions soin les uns des autres?

Ô Marie, Notre-Dame de la Présence, toi qui t’es tenue debout et fidèle au pied de la croix, aide-moi à me tenir avec dignité et courage face aux épreuves. Apprends-nous à devenir plus solidaires des personnes et des groupes qui souffrent. Amen.

Images

Notre récit avec la mère de Jésus et le disciple bien-aimé, que nous appellerons Marie et Jean, est un des moments de la Crucifixion, vers la fin, faisant partie de la Passion. Il n’y a pas de scène plus représentée et importante que le Christ en croix dans l’art chrétien : de toutes les manières possibles, de la mosaïque à la miniature, en passant par le vitrail et la sculpture, et dans une large variété de styles. Mais autour même du Christ en croix, plusieurs scènes se passent et plusieurs personnages interviennent. Selon les époques et les lieux, selon les sensibilités religieuses et esthétiques, les accents n’ont pas été mis sur les mêmes éléments; et les visages du Christ sont bien différents. Les ouvrages sur ces sujets surabondent. Il y a aussi les chemins de croix, qui reprennent certaines des scènes évangéliques et en ajoutent d’autres.

Notre récit en Jean est court et contient des éléments qui lui sont propres : la présence de Marie et d’un disciple, debout près de la croix (v.25); le dialogue particulier entre Jésus et ces deux figures (v.26-27); le sang et l’eau coulant du côté de Jésus (v.34).

Les images de cette scène peuvent ne montrer que les trois figures principales, soulignant ainsi leur dialogue, ou d’autres figurants et intervenants (femmes, soldats, autres crucifiés, foule, …). Marie et Jean sont habituellement debout, plus rarement assis ou à genoux. Ils sont proches, ensemble, ou de chaque côté de la croix. Les postures de leur corps et de leurs mains varient peu. Marie de Magdala, présente à la scène, est parfois à genoux au pied de la croix.

Dans les œuvres les plus anciennes, Jésus est vivant, les yeux ouverts. À partir du 9e siècle, en Orient, il a les yeux fermés; il est mort mais plutôt comme endormi. En Occident, à partir surtout du 13e siècle, le Christ aux yeux fermés apparaît. Mais, avec le temps, il est montré comme vraiment mort, de façon plus dramatique et pathétique, ce que l’Orient n’adoptera pas. Jésus est sans couronne d’épines dans la tradition orientale.

Selon les époques et les styles, le contexte de la crucifixion (lieu, ville, paysage, objets) peut être montré avec détails ou évoqué ou simplement absent. Des éléments symboliques peuvent être soulignés : astres, anges, couleurs, crâne d’Adam, plantes, ….

Des images de cette scène ont déjà été présentées dans une chronique antérieure : Le disciple anonyme et aimé (avril 2022). On en voyait six: la mosaïque de San Clemente, une fresque de Fra Angelico, un chemin de croix d’Engelbert Mveng; des peintures de Michel Ciry, Richard Serrin et Macha Chmakoff. Elles demeurent intéressantes à voir. En voici douze autres, du 8e au 21e siècles, qui nous emmènent de Rome à l’Ukraine, passant, entre autres, par la Russie et le Japon.

  1. Fresque, c.741-752, Chapelle de Théodote, Église Santa Maria Antiqua, Rome, Italie. Cette église du 5e siècle fut la première sur le Forum romain. Voici un Christ vivant, aux yeux ouverts, tête penchée et vêtu d’un colobium, comme en d’autres crucifixions anciennes. La tunique laisse voir à gauche le coup de lance reçu. Ses bras en croix sont tout-à-fait horizontaux. Les mains de Marie sont relevées en prière, recevant la parole de Jésus. Jean porte dans sa main gauche un beau livre (son Évangile?). À droite de Jésus, se trouve le porte-lance Longinus, dont le nom est écrit; à sa gauche, le porte-roseau, sans nom. Des rochers sont à l’arrière et la lune et le soleil en haut.
  1. Mosaïque, c.1050, Monastère d’Hosias Loukas, Béotie, Grèce. Ce monastère du 10e siècle est célèbre pour son art byzantin (architecture, mosaïques, icones). Cette crucifixion est une œuvre dépouillée et simple, faite avec finesse. Elle montre un Christ aux yeux fermés et au corps courbé, sans couronne d’épines; le sang jaillir de son côté et de ses mains et pieds. Sous la croix, les paroles de Jésus à sa mère et au disciple. Marie, en peine, indique le Christ de sa main, l’offrant à notre contemplation. Jean est triste, se tenant la tête. Il n’y a pas de décor, sauf la lune et le soleil au-dessus.
  1. Miniature, c.1390, Le Pèlerinage de Jésus Christ, Ms1130, f.215v, Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris, France. Ce manuscrit a été écrit en français, vers 1358, par un moine cistercien, Guillaume de Digulleville, prieur de l’Abbaye de Chaalis. L’enluminure a été faite dans un atelier de Paris. Seuls les trois figures sont présentes, sans décor. Jésus en croix, aux longs bras étendus, est tourné vers Marie; ses yeux sont ouverts et son côté saigne, comme ses mains et pieds. Marie et Jean, en bleu et en rouge, sont tous deux assis, ce qui est rare; ils font le même geste des mains, désignant Jésus. Les trois sont unis, formant un triangle.
  1. École de Roublev, icône, c.1420-1450, Musée Andreï Roublev, Moscou, Russie. Saint Andreï Roublev (1370-1430), un moine, fut le maître incontesté de l’iconographie russe. Cette oeuvre d’un disciple s’inscrit dans cette grande tradition. Comme dans la 2e image, on voit un Christ paisible, aux yeux fermés et au corps courbé. Marie montre son fils et invite à le contempler. Jean est accoudé et attristé. Deux anges sont au-dessus de la croix; et au pied de celle-ci, le crâne d’Adam, premier homme. C’est une œuvre à la fois très dépouillée et élégante, centrée sur l’essentiel. Une lumière s’en dégage.
  1. Henrick Ter Brugghen, 1624-25, Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis. Ce peintre hollandais a séjourné en Italie et a été influencé par Le Caravage. Cette œuvre a été réalisée pour une église catholique d’Utrecht. Elle est plus dramatique et sombre. La figure du Christ, avec couronne d’épines, rappelle celle de Grunewald (retable d’Issenheim, 1515). Le sang du Christ est abondant, venant des mains et pieds et du coté. En bas, le crâne d’Adam, fréquent dans les crucifixions. Marie et Jean, debout, sont attristés et tournés vers Jésus, comme si ses paroles résonnaient encore. Leur allure est celle de simples gens du peuple. Les trois figures sont rapprochées. La lumière et les couleurs du ciel évoquent une éclipse solaire (cf. Mt 27,45 : les ténèbres).
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Voici une œuvre avec un angle original, comme il arrive souvent chez cet artiste français; il aurait été un bon cinéaste. Le point de vue est celui du Christ en croix. Le regard de Jésus est important dans les évangiles; il est même souligné jusqu’à la fin (Jn 19,26). Que voit-il? Marie et deux femmes debout, Marie de Magdala agenouillée au pied de la croix, Jean qui le regarde avec intensité; et puis les soldats, les Pharisiens et les Sadducéens bien visibles, des gens du peuple; et probablement parmi eux, discrètement, de loin, des disciples. Pendant que la mère et le disciple bien-aimé reçoivent les paroles de Jésus : voici ton fils, voici ta mère.
  1. Mikhaïl Nesterov, c.1900, Église Saint-Alexandre-Nevski, Abastumani, Géorgie. Ce peintre russe, formé à Moscou et à Saint-Pétersbourg, qui a beaucoup voyagé, a fondé le courant artistique russe du symbolisme religieux. Orthodoxe fervent, il a peint plusieurs fresques et tableaux dans des églises et monastères. Après 1917 et la Révolution, il a fait surtout des portraits. Le Christ, tête penchée et yeux fermés, repose en paix. Marie, vue de dos et portant un grand manteau blanc, est en pleurs. Jean, en rouge et blanc, est triste et songeur. Les deux sont liés. Dans ce drame émouvant, les figures sont de grandeur nature et proches. Deux anges se tiennent en haut à gauche. Sous les bras de Jésus, la lune et le soleil sont suggérés, et la ville de Jérusalem.
  1. JesusMafa, c.1973, Collectif pour la catéchèse, Cameroun. Dans cet ensemble de scènes évangéliques, le contexte est celui du peuple Mafa, au nord du Cameroun. Les illustrations finales ont été réalisées par l’artiste Bénédicte de la Roncière. Jésus, yeux fermés, est couronné d’épines mais non sanguinolent. Marie, en bleu, tête penchée et accompagnée d’une femme, tient la croix. Marie de Magdala est à genoux au pied de la croix. Jean, en blanc à gauche, tourne son regard vers Jésus. On voit les montagnes et les huttes, sous un ciel traversé de lumières.
  1. Sadao Watanabe, estampe, 1980, Brauer Museum of Art, Valparaiso University (Indiana), États-Unis. Cet artiste de Tokyo, baptisé à 17 ans, est réputé pour ses gravures de scènes des Évangiles, s’inspirant des techniques et de la tradition d’un art populaire japonais, le mingei. Cet art valorise la simplicité et l’accessibilité, ainsi que l’usage de matériaux naturels. Jésus, sur une croix rouge, avec un fond bleu, est paisiblement endormi, yeux fermés. Marie et Jean, agenouillés à ses pieds, sont recueillis en prière, méditant l’événement.
  1. Ambroise Gorelov & Jean-Baptiste Garrelou, fresque, 1996, Chapelle de la Dormition de la Mère de Dieu, Saint-Jean-en-Royans (Drôme), France. Les deux artistes, l’un moine et l’autre prêtre, font partie de l’atelier d’art orthodoxe Saint-Jean-Damascène. Cette chapelle de la Dormition relève de l’Église grecque orthodoxe. Nous avons ici comme une synthèse des éléments habituels dans l’icône de la crucifixion : Marie avec des femmes, montrant Jésus; Jean, tête accoudée, avec le centurion; la lune et le soleil, les anges, le crâne d’Adam, la ville de Jérusalem. Le filet de sang sort du côté de Jésus mais, par ailleurs, celui-ci ci a les yeux ouverts. Voici le roi de gloire.
  1. David Pastor Corbi, Stabat Mater, 2013, panneau latéral du retable de l’autel principal, Église Notre-Dame de l’Assomption, Guadalest (Province d’Alicante), Espagne. Ce peintre et illustrateur, né en 1971, est originaire de la ville d’Alicante, au sud-est de l’Espagne, sur la mer Méditerranée. Il a fait plusieurs œuvres pour des églises et il est lié aux Salésiens. Marie, à genoux, et Jean, debout, sont côte à côte. Jésus, yeux fermés et couronné, expose sa fragilité, plus que la puissance, par son corps. Les deux autres crucifiés sont évoqués par leur main. À droite, le centurion, et à gauche, le temple de Jérusalem, sous un ciel gris. Au pied de la croix, un livre ouvert …
  1. Icone ukrainienne Gutsul, 21e siècle, site etsy.com. Cette icone est écrite sur du verre, avec des couleurs vives. Elle provient du groupe ethnique Gutsul (ou Hutsul) de l’Ukraine, qui a ses traditions culturelles et se rattache à l’Église orthodoxe ukrainienne. Ces icônes domestiques sont présentes dans les maisons, mais on peut aussi les trouver dans des églises. Ici, Jésus est vivant et rayonnant. Marie et Jean, tous deux en rouge et bleu, sont recueillis. Le soleil souriant et la lune sont au rendez-vous. Les fleurs disent la joie pascale. Au pied même de la croix, voici comme une espérance…

Daniel Cadrin, o.p.


​​Dessin à tracer et à colorier

Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une œuvre du « Maître de la Vie de Marie »

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Rencontres avec Jésus – Nicodème

Illustration inspirée d’une œuvre du peintre néerlandais Crijn Hendricksz Volmarijn

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de son dialogue avec Nicodème.

NICODÈME ET LA RENCONTRE DES MAÎTRES : Jean 3, 1-21

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 3

01 Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs.

02 Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. »

03 Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. »

04 Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? »

05 Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

06 Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit.

07 Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut.

08 Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. »

09 Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? »

10 Jésus lui répondit : « Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ?

11 Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage.

12 Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ?

13 Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.

14 De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,

15 afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.

16 Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.

17 Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

18 Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

19 Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.

20 Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ;

21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

La rencontre de Jésus avec Nicodème a lieu à Jérusalem, où Jésus est allé pour la Pâque et a accompli des signes (Jn 2,23). Elle se passe la nuit, ce qui lui donne un climat plus secret et intime. Elle ne comprend pas d’action : les deux figures ne font que discuter. Nicodème est différent des personnages avec qui Jésus est habituellement en interaction : ce n’est pas un malade ou un pécheur, ni un disciple, publicain ou pêcheur, mais un notable, littéralement un chef des juifs. Il est membre du Sanhédrin, le Haut Conseil qui dirige la nation. Et il est engagé dans le mouvement religieux pharisien. Jésus a des débats avec plusieurs Pharisiens dans les Évangiles. Celui-ci se montre mieux disposé envers Jésus. Sans être croyant en sa messianité, il a la curiosité d’aller plus loin, tout en demeurant réservé. Nous y reviendrons.

Nicodème est présent en deux autres scènes des évangiles. En Jn 7, 50-52, alors que des membres du Sanhédrin veulent faire arrêter Jésus, il invite au respect de la Loi et du droit; et ainsi il protège Jésus. Pour cela, il se fait apostropher par les autres Pharisiens. En 19, 39-42, après la mort de Jésus, il participe à la descente de la croix et la mise au tombeau. Et sa contribution pour l’embaumement est plus que généreuse : 100 livres (33 kg) de myrrhe et aloès! Cela dit sa dévotion envers le roi messianique (Ps 44,9) et ses moyens. On voit ainsi la progression de Nicodème dans sa relation à Jésus : de la réserve et l’interrogation à la prise de position et à l’engagement. Dans ces deux textes, comme un refrain (7,50; 19,39), l’évangile mentionne que ce Nicodème naguère était allé trouver Jésus.

Revenons à sa première visite. Comme leader, on comprend qu’il aille de nuit : il ne veut pas être vu, se compromettre (cf. Jn 12,42). Mais il a des questions. Il reconnait une autorité à Jésus, qu’il appelle Rabbi (Maître). A partir des signes accomplis, il reconnait explicitement que Jésus est un didaskale (enseignant, docteur). Il le fait de façon plus générale que personnelle (nous savons que), mais c’est au moins un point de départ. Il pose deux questions à Jésus, qui portent sur le comment (v.4 et 9). Malgré son intérêt positif, il est clair qu’il ne saisit pas ce que dit Jésus. Celui-ci parle d’une naissance Le terme employé avec naissance est ambigu et peut signifier : de nouveau ou d’en haut. Nicodème l’interprète au premier sens, plus immédiat, et ses questions le montrent, alors que Jésus parle dans un sens plus spirituel d’une naissance de l’Esprit (3,8).

Ce genre de malentendu, d’incompréhension, est fréquent en Jean : ainsi avec la Samaritaine à propos de l’eau (4, 13-15). Il faut du temps, une démarche, pour en venir à croire. Jésus aussi reconnait Nicodème comme un Maître (didaskale) en Israël (3,10), ce qu’il est en fait. Mais cette parole de Jésus a quelque chose d’ironique : tu es maître, mais tu ne connais pas. Ce maitre en Israël est interpellé, mis au défi, par le Maître qui vient de la part de Dieu. L’eau est mentionnée (v.5) : certains exégètes l’interprètent au sens baptismal, mais il s’agirait plutôt de l’eau qui est Esprit (cf. Jn 4,14; 7, 38-39; Isaïe 44,3).

Le dialogue comme tel entre Jésus et Nicodème se termine en 3, 12. Le long passage qui suit (3, 13-21), est une réflexion théologique, insérée à cet endroit, qui est fort importante et profonde. Elle parle de l’amour de Dieu pour le monde, du Fils de l’homme élevé, du Fils de Dieu qui vient sauver et non juger, du croire de l’homme et de la vie éternelle. L’approche est par oppositions : terre-ciel, chair-esprit, monter-descendre, lumière-ténèbres, jugement-salut, …C’est un condensé de la foi chrétienne. Mais ce discours déborde la rencontre avec Nicodème, qui n’intervient plus. Nous avons ici un enseignement qui s’adresse au lecteur.

Nous pouvons nous retrouver de plusieurs manières dans la figure de Nicodème. Notre intérêt pour Jésus et nos questions, nos incompréhensions de la Parole et nos interprétations un peu bornées. Nos hésitations à nous montrer publiquement comme adepte de Jésus. Et puis, nos pas en avant, notre courage et notre honnêteté devant des positions hostiles à Jésus. Et notre dévotion, notre présence à la croix, avec conviction et générosité.

En quoi je reconnais mon parcours spirituel, ma recherche, dans l’itinéraire de Nicodème? Quels dialogues m’ont fait avancer dans ma relation à Jésus le Christ? Et en quelles nuits? Ou peut-être, en soirée ou en avant-midi, je pourrais quitter discrètement ma belle maison et mes certitudes, pour aller rencontrer, personnellement, ce Maitre qui m’intrigue et entrer ainsi, avec d’autres, sur un chemin imprévu et inespéré …

Images

Cette rencontre ne fait pas partie des grands succès au palmarès de l’iconographie chrétienne, comme les mages, la Samaritaine, les porteurs, etc. Il faut dire qu’elle ne comprend pas d’éléments visuels ou émotifs plus excitants : pas de guérison, de combat, de drame avec tristesse ou colère, d’événement inattendu qui réjouit, d’intervenants comme des anges et démons. Seulement deux hommes qui discutent; en plus de nuit. Et le contenu des discours est d’ordre théologique et un peu abstrait. C’est sûrement inspirant et profond; mais pour les effets spéciaux, c’est limité!

Toutefois, on trouve quelques images de cette rencontre : un peu au Moyen Âge, davantage au 17e siècle, et surtout à la fin du 19e et au début du 20e siècle. La nuit y devient un élément intéressant, mis en relief, car elle permet des jeux d’ombres et de lumières autour des deux personnages. On peut remarquer aussi le lieu de la rencontre : une chambre, un bureau, un jardin, parfois avec vue sur l’extérieur, la ville de Jérusalem. Au centre, on voit les deux Maitres, avec leur style de vêtement, les expressions de leurs visages et de leurs mains; et aussi la proximité ou l’écart, l’échange comme tel entre les deux. Ils sont debout, assis par terre, ou sur des chaises. Parfois des livres sont présents, matériaux du dialogue.

Par ailleurs, malgré la rareté de cette scène, la figure de Nicodème se retrouve en plusieurs œuvres d’artistes célèbres, mais portant sur la descente de croix et la mise au tombeau (Van der Weyden, Fra Angelico, Le Titien, Michel-Ange, …). Ainsi le Maître qui vint de nuit est finalement mis en lumière. On trouve aussi des icônes et portraits de saint Nicodème, qui est fêté le 31 août chez les catholiques et le 3 août chez les orthodoxes.

Voici quelques images de la rencontre de Jésus et Nicodème, œuvres du 13e au 21e siècle, de l’Égypte aux États-Unis.

  1. Miniature, 1249-1250, Évangéliaire copte-arabe, folio 66, recto, Bibliothèque de l’Institut catholique de Paris, France. Pour débuter, voici une œuvre spéciale. Ce manuscrit a été fait au Caire, en Égypte. Les quatre évangiles y sont écrits en caractères coptes, et les gloses (explications) en caractères arabes. Les enluminures ont un fond doré. Jésus et Nicodème sont assis par terre; les deux sont nimbés (saint Nicodème). Leurs mains en mouvement indiquent qu’ils sont en train de discuter. Ces deux figures ont un air oriental.
  1. Miniature, c.1327-1335, Holkham Bible, Add. Ms 46782, British Library, Londres, Angleterre. Ce manuscrit enluminé, en français anglo-normand, comprend plus de 230 miniatures, qui ont été réalisées avant l’écriture des textes, ce qui est rare. Cette Bible inclut des éléments de la Genèse, des Évangiles, de l’Apocalypse et d’écrits apocryphes. L’ouvrage, fait à Londres, a été commandité par un dominicain (nom inconnu). Les illustrations sont contextualisées dans l’Angleterre de l’époque. Nicodème est vêtu en scholar, avec la coiffe, l’habit, les chaussures; Jésus est nimbé et nu-pieds. Les deux maîtres sont debout, avec des couleurs semblables. Nicodème affirme, mains levées; Jésus argumente, mains vers Nicodème. La scène pourrait se passe à Oxford.
  1. Peter Paul Rubens, c.1610-1635, Musée des Beaux-Arts, Tournai, Belgique. Ce peintre flamand a joué un rôle important en histoire de l’art et fut aussi engagé comme diplomate. La nuit est évoquée par la lumière et le candélabre aux deux bougies. Les regards et les mains de Nicodème et Jésus, tous deux debout et habillés en rouge, sont expressifs : la main gauche de Jésus pointe vers le haut, la droite en avant; la gauche de Nicodème vers l’avant, dans l’autre sens, et sa droite vers son cœur. Un élément original : ils ne sont pas seuls! Des disciples sont présents : entre les deux, le jeune Jean qui écoute et Pierre qui nous regarde; derrière Nicodème, deux autres tournés vers Jésus.
  1. Crijn Hendricksz Volmarijn, c.1630-1645, Collection privée, Rotterdam, Pays-Bas. Ce peintre néerlandais, contemporain de Rembrandt et Vermeer, fut marqué par Le Caravage et son clair-obscur. Nous sommes ici assis autour de la table, pour un échange entre deux maîtres, dans un climat d’étude, comme les livres le montrent, et de confiance. Jésus explique, avec ses mots et ses mains; Nicodème, richement vêtu, écoute avec attention, main sur le cœur. Au centre, la lumière des deux bougies du chandelier rayonne sur les deux figures et sur les livres.
  1. Matthias Stom, c.1640-1650, Hessisches Landesmuseum, Darmstadt, Allemagne. Ce peintre flamand ou néerlandais, qui a travaillé en Italie, est à l’évidence de l’école du Caravage et fut influencé par Rubens. Il a peint surtout des scènes bibliques, dans le style de celle-ci. Jésus, une main vers le haut, et Nicodème, plutôt âgé, sont assis de face, un livre sur la table. Un grand Livre est au centre, porté par un serviteur. La lumière de l’unique bougie éclaire les visages et la scène.
  1. John Lafarge, 1880, Smithsonian American Art Museum, Washington, États-Unis. Cet artiste de New York provenait d’une famille française aisée. Il est célèbre pour ses vitraux, qu’on trouve dans des églises de diverses confessions de Boston, New York, Philadelphie, etc. Il a aussi exercé d’autres arts et fut co-fondateur de la Société des Artistes Américains. Ici, dans une ambiance nocturne mais un climat paisible, Jésus et Nicodème sont engagés dans un échange. Les deux sont assis mais Jésus est en position supérieure. Nicodème, pointant un texte sur ses genoux, présente son questionnement. Jésus écoute.
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français est très attentif au contexte, plus large et immédiat, et aux relations. Jésus et Nicodème sont assis par terre sur des tapis, proches l’un de l’autre; leurs têtes se rapprochent. Il y a une vivacité dans leur échange; Nicodème sourit. Le climat de cette rencontre est plus familier. Le lieu concret est bien montré, avec ses objets et même les sandales des deux figures. Jésus est vêtu de blanc, ce qui est habituel chez Tissot.
  1. Nikolaï Nikolaïevitch Gay (ou Ge), 1889, Galerie Tretiakov, Moscou, Russie. Après des études en mathématiques aux Universités de Kyiv et St-Pétersbourg, ce peintre russe s’est consacré à l’art, surtout aux scènes historiques et religieuses. Ses œuvres ont suscité des controverses, surtout sa Passion du Christ, jugée blasphématoire par les autorités religieuses (l’Église orthodoxe russe, qui l’a excommunié) et interdite par le pouvoir politique (le Tsar). Ce chrétien radical, proche de Tolstoï, a montré un Christ humain et souffrant dans un climat dur et tragique. Ici, dans une atmosphère sombre, Jésus et Nicodème sont face à face. Jésus tend la main avec énergie, l’œil vif. Nicodème regarde, étonné et interrogateur.
  1. Fritz von Uhde, c.1896, Collection privée, site artrenewal.org. Ce peintre allemand, à la frontière du réalisme et de l’impressionnisme, était soucieux de la nature et des gens du peuple (cf. Chronique antérieure sur Emmaüs). Luthérien engagé, il a cherché à présenter les scènes bibliques dans un contexte contemporain. Ici, la rencontre a lieu, la nuit, dans une sorte de bureau, avec des livres sur une table et un candélabre en haut à gauche. Jésus, jeune et assis sur une chaise, les mains déployées, est en train de présenter son propos à Nicodème, plus âgé, habillé comme un juriste et assis plus bas que Jésus.Il écoute avec attention et semble s’interroger.
  1. Henry Ossawa Tanner, 1899, Pennsylvania Academy of Fine Arts, Philadelphia, États-Unis; c.1924-27, collection privée. Ce peintre, fils de pasteur, fut le premier afro-américain à atteindre un statut international comme artiste, malgré le rejet vécu dans son pays. Il a fait plusieurs études et œuvres autour de Nicodème, dont ces deux de date éloignée. Dans la 1ère, sur une terrasse, de nuit, Jésus et Nicodème sont assis en discussion, la ville de Jérusalem en fond de scène; d’ailleurs cette peinture a été faite à Jérusalem même. On voit une urne à droite, suggestion symbolique. Dans la 2e, aussi sur une terrasse, le bleu domine. Jésus est assis sur un banc et Nicodème sur un tapis : c’est une relation maître-disciple. Nicodème, là aussi âgé et barbu, porte la kippa.
  1. Niels Larsen Stevns, 1918, Église de Vrensted, Hjorring, Danemark. Ce peintre danois a fait plusieurs œuvres religieuses. Il fut marqué par le courant rattaché au pasteur luthérien Nikolai Gruntvigt, insistant sur la Bible plus que la théologie et sur l’engagement du baptisé. Stevns a cherché à exprimer la foi chrétienne dans une approche artistique nettement moderne. Ce Nicodème est au centre d’un retable sur le Christ, lumière du monde, avec l’annonciation à gauche et la crucifixion à droite. Jésus et Nicodème sont proches, physiquement et par les couleurs. Le Christ est nimbé et rayonnant. Nicodème est réflexif. L’œuvre est remarquable par son unité et son expressivité.
  1. Georges Rouault, 1937, collection privée, site sacredartpilgrim.com. Ce peintre français, catholique, est considéré comme l’un des maitres de l’art sacré au 20e siècle. Il a intégré des courants anciens et contemporains mais il a développé un style personnel tout à fait unique. Jésus, intériorisé et dépouillé, se fait proche du sage et riche Nicodème. Il s’approche comme pour l’embrasser. Celui-ci est touché, comme son regard le suggère.
  1. Elsie Anna Wood, c.1940-50, Gospel Picture Books, Society for Promoting Christian Knowledge, Angleterre. Cette artiste de Londres, de famille baptiste, a illustré plusieurs livres et surtout la Bible. Dans son travail avec la SPCK, elle se considérait comme une missionnaire artiste. Elle est morte en 1978 à 91 ans. Comme Tissot, elle a voyagé et vécu en Terre sainte, observant les paysages et les gens. Elle est réputée pour son sens du naturel dans les postures et expressions des personnes. Ici, sous un portique avec le vaste ciel étoilé et la ville de Jérusalem à leurs pieds, Jésus et Nicodème sont engagés dans une sérieuse discussion, mais avec un air détendu, indiquant un climat de confiance. Nicodème présente ses questions à un Jésus attentif.
  1. Mike Moyers, 2020, site mikemoyersfineart.com, États-Unis. Cet artiste catholique du Tennessee voit son art comme de l’impressionnisme théologique. C’est pour lui sa façon de prêcher l’Évangile. Ici, sous un portique, Nicodème est vu de dos; on entrevoit sa barbe blanche. Jésus est au centre, porteur de lumière. Le bleu et le noir, avec la lune, font entrer dans le mystère de la nuit et d’une quête. …

Daniel Cadrin, o.p.


​​Dessin à tracer et à colorier

Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une œuvre du peintre néerlandais Crijn Hendricksz Volmarijn

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