Rencontres avec Jésus – Marthe et Marie

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers des points de vue de Marthe et Marie.

MARTHE ET MARIE, ENTRE SERVICE ET ÉCOUTE : Luc 10, 38-42

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 10

38 Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut.

39 Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.

40 Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. »

41 Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses.

42 Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Voici un court récit connu et inspirant : Jésus va visiter Marthe et Marie. Il ne se trouve que dans l’Évangile selon Luc. Il nous présente Jésus, le prêcheur itinérant et le prophète de la Parole, en route vers Jérusalem (9,51). Comme il l’a conseillé à ses disciples en mission (10, 5-7), Jésus prend le temps de s’arrêter et il se rend dans une maison. On passe ainsi de la route à la maison. Comment sera-t-il accueilli? Les deux femmes qui l’accueillent, Marthe et Marie, sont sœurs; Marthe semble l’aînée, car c’est sa maison. On ne les retrouve pas ailleurs en Luc. Mais elles sont présentes en Jean, avec leur frère Lazare (11,1-3; 12,1-3) à Béthanie; nous y reviendrons dans des chroniques ultérieures. Ici, le lieu n’est pas identifié : il entra dans un village.

La façon d’exercer l’hospitalité envers leur invité Jésus est présentée de manière contrastée. Marie écoute la parole de Jésus. Elle agit comme une disciple, assise aux pieds du Maître qui enseigne. Elle est centrée sur la personne de l’invité, en l’occurrence un prophète. Marthe est occupée par diverses tâches. De plus, elle critique sa sœur et demande même à Jésus d’intervenir dans leur querelle domestique. Son hospitalité n’est pas centrée sur l’essentiel, ce que Jésus lui rappelle. Par ailleurs, Jésus l’appelle deux fois par son nom, ce qui souligne le lien personnel.

On trouve un enjeu semblable dans les Actes du même Luc (6,2) où le service de la Parole et celui des tables sont mis en contraste. Pour Luc, la Parole est au coeur de toute son œuvre, depuis l’Évangile où Jésus l’annonce jusqu’aux Actes où elle est proclamée par les apôtres et se répand dans le monde. La Parole a priorité car tout naît de sa réception, de son écoute. Précédemment en Luc (8,21), Jésus a dit que sa mère et ses frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique. Cela est repris plus loin (11,28) : Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui l’observent.

On a parfois identifié les attitudes de Marie et de Marthe à la contemplation et à l’action, Marie ayant la meilleure part. En fait, ce qui compte chez Marie, c’est plutôt son écoute de la Parole et son hospitalité envers Jésus. Marie est centrée sur l’essentiel, d’où tout le reste peut venir. La contemplation et l’action s’enracinent dans l’écoute de la Parole. Le témoignage, la prière, la prédication, l’attention aux détresses, le partage, toutes ces expressions de la foi ont besoin de prendre racines dans le sol unique de la Parole de vie.

Ce récit nous pose une question simple : Où sont nos priorités? Quelle place la Parole, dans toutes ses formes, prend-elle dans nos vies? De quelles manières pourrions-nous rester branchés sur la source? De plus, Luc nous invite à nous interroger sur notre hospitalité, sur nos façons d’accueillir : Qu’est-ce qui est plus important : porter une attention réelle aux personnes ou rester concentrés dans nos préoccupations et tracas?

Et si Jésus arrivait chez nous, dans notre maison, que ferions-nous? Et si déjà, il était arrivé, présent sous un visage familier ou nouveau, installé au salon ou dans la cuisine, disponible pour une bonne conversation. Il vaut peut-être la peine de fermer la télé ou la tablette, le portable ou le cellulaire, d’oublier un instant de tout nettoyer et ranger. Et des porter attention à sa parole et à sa personne. Tant de préoccupations nous habitent, nous inquiètent, requièrent notre activité. Ces soucis sont réels et ne peuvent être niés. Mais pour mieux y faire face et ne pas nous enfermer dans l’immédiat, avec un regard sans horizon qui vite se décourage, nous avons besoin de porter attention à cette parole des Écritures. Et à cette parole qui vient aussi de nos proches ou de gens plus lointains, qui nous appellent à relever la tête, à garder confiance, à espérer. Écoute de la Parole et espérance sont liées.

Images

Dans l’histoire des images, celle de la rencontre de Jésus avec Marthe et Marie, en Luc, s’est développée surtout à partir du 16ème siècle. La scène se passe dans une maison, souvent autour de la table, ou à l’extérieur près de l’entrée. Le style et la grandeur de la maison, comme de la salle, peuvent varier. Des objets de cuisine, des plats et cruches, et des aliments, surtout du pain et des fruits, sont présents. Parfois un paysage est intégré.

Près de Jésus, on trouve les deux figures de Marthe et Marie, et souvent aussi des invités et des disciples. Marthe et Marie sont bien identifiables par leur posture physique : Marie assise ou agenouillée aux pieds de Jésus et Marthe debout, en activité. Marie a habituellement l’air plus jeune que Marthe. Jésus est plus fréquemment en conversation avec Marthe, à propos de Marie, comme dans le texte. Parfois, Jésus et Marie sont en dialogue et Marthe est un peu à distance.

Voici quelques oeuvres de styles différents, depuis le 16ème jusqu’au 21ème siècle.

  1. Jacopo Tintoretto, c.1560, Alte Pinakothek, Munich, Allemagne. Le Tintoret, peintre de Venise où il a passé sa vie, s’est inscrit dans le courant maniériste mais en développant un style très personnel : sens de la perspective, figures en mouvement, aspect dramatique. Ses angles de vue sont originaux, offrant un autre point de vue; il aurait été un excellent cinéaste! La scène se passe dans une grande maison, dont on voit l’entrée, avec un foyer à droite. Jésus et Marthe sont tournés vers Marie, que Marthe désigne du doigt. Les deux femmes sont élégamment vêtues. Les vêtements de Jésus et de Marie ont les mêmes couleurs. D’autres figures sont présentes, en conversation. La lumière baigne la scène, irradiant de Jésus.
  1. Diego Vélasquez, 1618, National Gallery, Londres, Angleterre. Ce peintre espagnol de Séville est une figure majeure en histoire de l’art. Nommé peintre royal, il a travaillé à la Cour de Madrid. Cette œuvre de jeunesse (il a 19 ans) est déjà complexe. À cette époque, il a fait des natures mortes et des scènes de genre, montrant la vie quotidienne. Dans celle-ci, une servante prépare un repas, avec œufs, ail et poisson; une femme aînée lui fait des remarques. Au fond, on voit une scène biblique, avec Jésus, Marie et Marthe, comme une peinture dans la peinture. Le décor de la pièce est dépouillé. On peut faire un parallèle entre la jeune servante, recevant les remontrances de l’ainée, et Marie entendant Marthe se plaindre. On peut aussi voir la servante au travail comme Marthe, critiquée par Jésus. La lumière éclaire les figures, les aliments et les objets.
  1. Johannes Vermeer, 1655, National Gallery of Scotland, Edinburg, Écosse. Ce peintre néerlandais de Delft est célèbre pour ses portraits, ses intérieurs avec fenêtre et son sens de la lumière. Il a fait peu d’oeuvres, mais chacune aujourd’hui vaut une fortune. De famille calviniste, il s’est converti au catholicisme à 21 ans (1653) et il a épousé une catholique; ils ont eu onze enfants. Ici, par son format, cette œuvre est sa plus grande et l’une de ses rares œuvres religieuses. Seules les trois figures sont présentes, formant un triangle. Marthe apporte un pain dans un panier; elle est en conversation avec Jésus, qui désigne Marie du doigt. Marie est assise, attentive. Au centre, la lumière rayonne, par le triangle blanc de la nappe.
  1. Ivan Rutkovych, icône, 1697-1699, Iconostase Nova Skvariava, Musée National de Lviv, Ukraine. Cet artiste ukrainien a fondé l’École iconographique de Zhovkva qui fut influente pour le renouveau de l’art de l’icône. Tout en s’inscrivant dans la tradition byzantine, il a intégré divers éléments de l’art européen contemporain, dont le baroque. Son iconostase pour l’Église de la Nativité-du-Christ à Zhovkva, maintenant au Musée de Lviv, est la plus estimée de l’Ukraine, un trésor national. Elle comprend sept rangées d’icônes. La rencontre de Jésus avec Marthe et Marie en fait partie. Jésus et Marie, tous deux assis, sont en conversation. Marthe, debout à droite avec son sceau, à l’écart, observe la scène. À gauche, des personnes sont au travail près d’un foyer. Qui est la figure debout au centre : un saint, un ange, un prince, Lazare?
  1. Thomas Clement Thompson, 1847, National Gallery of Ireland, Dublin, Irlande. Ce peintre de Belfast a travaillé comme portraitiste, d’abord à Dublin où il a été formé, puis à Londres où il s’est installé à partir de 1817. Il est un des fondateurs de la Royal Hibernian Academy. Les positions de chaque figure sont claires : Marie à genoux, les mains jointes, Marthe debout tenant un plat, et Jésus assis. L’œuvre est un peu étrange : les trois ont un air figé et regardent dans le vide, comme si le mouvement s’arrêtait. Au fond, des gens sont à table, dans cette vaste maison avec boiseries, rideaux et balcon.
  1. Paul Leroy, 1882, Musée des Beaux-Arts, Rouen, France. Cet artiste a vécu la première partie de sa vie à Odessa, aujourd’hui en Ukraine mais alors en Russie. En 1877, à 17 ans, il arrive à Paris où il poursuit sa formation de peintre. Il a beaucoup voyagé en Afrique du Nord (Algérie, Égypte, Tunisie) et en Turquie; il a appris l’arabe. En 1893, il fut l’un des fondateurs de la Société des Peintres Orientalistes Français. Il est réputé pour son dessin et son sens des couleurs. Ici, c’est une œuvre de jeunesse, mais impressionnante et travaillée dans le détail. Marthe et Jésus conversent à propos de Marie. Les couleurs des vêtements des trois figures sont contrastées.
  1. Henryk Siemiradski, 1886, Musée Russe, Saint-Pétersbourg, Russie. Cet artiste polonais est né près de Kharkiv en Ukraine, alors partie de l’Empire russe. Formé à Kharkiv et à Saint-Pétersbourg, il a vécu longtemps à Rome. Il a peint surtout des scènes de l’Antiquité et de la Bible. Ici, nous sommes à l’extérieur de la maison. On voit une table et un banc à l’entrée. Le paysage est développé, avec les plantes et les fleurs, le grand arbre et les oiseaux. Le tout baigne dans la lumière. Jésus et Marie sont en conversation, en première place. Marthe est carrément en retrait à gauche, à l’écart avec sa cruche, observant la scène. Cela donne un autre regard sur cette rencontre.
  1. Maurice Denis, 1896, Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg, Russie. Ce peintre français a été membre du groupe des Nabis, lancé par Paul Sérusier en 1888, sensible à la spiritualité et au symbolisme dans l’art. Catholique engagé, il fonde avec George Desvallières, en 1919, les Ateliers d’art sacré qui auront un rôle dans le renouveau. Ici, le cadre de la rencontre est un repas. Marthe debout porte un plateau de fruits (raisins et pommes, évoquant la rédemption). Marie est près d’elle, du même côté de la table, mais assise ou agenouillée devant Jésus. Les couleurs de leurs vêtements sont contrastées; mais Marie et Jésus ont les mêmes. Les trois ont la tête inclinée. Le paysage est celui de St-Germain-en-Laye, près de Paris, où l’artiste vivait. La coupe et la patène sur la table suggèrent une dimension eucharistique du repas. Au fond, Jésus et la Samaritaine près d’un puits sont esquissés. L’œuvre joue sur plusieurs registres.
  1. Robert Leinweber, c.1915, Museum of Fine Arts, Boston, États-Unis. Ce peintre allemand a été formé à Prague et Dresde. Il a vécu à Munich mais aussi plusieurs années en Tunisie. Il s’est spécialisé dans les scènes du Moyen-Orient et de la Bible, dans la ligne du courant orientaliste. Les trois figures sont alignées dans un espace extérieur : Marthe, avec sa cruche, debout et désignant Marie; celle-ci assise aux pieds de Jésus et un peu en recul; Jésus assis et regardant Marie. Là aussi, les vêtements de Marie et de Jésus ont la même couleur, en contraste avec Marthe. La lumière est omniprésente. Le cadre est celui d’un muret avec des plantes et d’une forêt, où quelqu’un marche.
  1. André Lecoutey, fresque, c.1937, réfectoire, Couvent dominicain St-Jean-Baptiste, Ottawa, Canada. Ce prêtre français, formé aux Ateliers d’art sacré, a vécu au Canada de 1946 à 1953. Il fut impliqué dans le renouveau de l’art sacré au Québec, avec Le Retable, à Joliette, regroupant plusieurs artistes; et il fut cofondateur de la revue Arts et Pensée. Cette belle et grande fresque, réalisée lors de son premier séjour au Canada, nous montre les trois figures, nimbées, autour d’une table : Marthe debout et servant, Marie agenouillée, et Jésus assis; une autre personne est au travail à l’arrière. L’armoire française au mur ajoute une note locale. Mais l’originalité de cette œuvre est de nous présenter ce qui n’a jamais été montré : Jésus qui va manger du maïs! Il ne semble pas trop surpris. C’est une inculturation unique : nous avons enfin le Seigneur au blé d’Inde.
  1. Gertrude Crête, 2000, encres acryliques sur papier, site interbible.org, Société Expo-Bible du Québec, Canada. Cette artiste québécoise, née près de Drummondville, était une Sœur de l’Assomption de la Sainte Vierge (s.a.s.v.). Elle est décédée en 2012, à l’âge de 97 ans. Formée aux Beaux-Arts à Québec et Montréal, elle a enseigné et a été active en plusieurs domaines : aquarelles, peintures, illustrations, verrières… Elle a réalisé une série, dont celle-ci fait partie : Les femmes de la Bible, porteuses du divin. On remarque la finesse du dessin et le jeu des couleurs. Les trois figures sont liées par le regard. Le gracieux paysage à l’arrière, le panier de fruits de Marthe, les fleurs de Marie, la cruche élancée et la table ronde, tout concourt à créer un espace de rencontre.
  1. Nathan Greene, 21ème siècle, site nathangreenestudio.com, États-Unis. Cet illustrateur originaire du Michigan, formé à Chicago, a travaillé pour plusieurs entreprises et maisons d’édition; il fut proche d’Harry Anderson, un artiste Adventiste réputé. Il fait maintenant des peintures de scènes bibliques, présentées en contexte contemporain ou de façon très vivante. Ses œuvres sont très utilisées dans les Églises nord-américaines. En celle-ci, le contexte de la rencontre est animé, avec des invités et un climat amical. Marthe et Jésus sont engagés dans un bon échange; la jeune Marie y porte attention. Dans l’espace restreint de cette demeure modeste, où tous les personnages sont rapprochés, la proximité de Jésus ressort. Comme s’il s’invitait chez nous …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Voici un dessin simplifié en style vitrail, à tracer et à colorier, librement inspiré d’images traditionnelles.

Rencontres avec Jésus – Zachée

Illustration de Zachée interpellé par Jésus, en style vitrail, inspiré de modèles traditionnels.

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de la conversion de Zachée.

ZACHÉE, DU PÉCHÉ AU SALUT, AUJOURD’HUI : Luc 19, 1-10

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 19

01 Entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait.

02 Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche.

03 Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille.

04 Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là.

05 Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »

06 Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie.

07 Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »

08 Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

09 Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.

10 En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Nous sommes à Jéricho. Jésus y a guéri un aveugle, Bartimée (cf. chronique précédente). Maintenant, il rencontre une personne fort différente, qui n’est ni mendiante, ni handicapée, mais au contraire riche et en santé. Mais Zachée est une figure paradoxale : il est à la fois riche et marginal, puissant et exclu. Il est non seulement un collecteur d’impôts mais aussi un dirigeant de ces entreprises financières qui travaillent pour l’occupant romain et s’enrichissent. Le peuple le déteste, les pharisiens le méprisent. Malgré sa richesse, Zachée est mis ainsi hors du cercle de la rectitude sociale et religieuse : c’est un pécheur, un impur. Et pourtant, Jésus va loger chez lui, brisant des frontières sacrées, choquant les politiquement corrects de son temps.

Quand nous lisons des textes où Jésus se fait proche des malades, des plus pauvres, des opprimés, cela nous touche mais ne nous choque plus vraiment : c’est là l’évangile, fait de solidarité et de libération. Mais ici, avec Zachée, c’est autre chose : Jésus se fait proche d’un exploiteur du peuple. S’il allait aujourd’hui chez le gérant d’une compagnie polluante ou chez un chef de la mafia, notre réaction serait probablement la même que celle de la foule dans le récit : elle est scandalisée ! Cette image de Jésus allant chez Zachée vient briser en nous des catégories toutes faites et bien-pensantes, enfermant les gens dans des positions fixes. Mais ce Zachée est lui aussi un exclu, d’une exclusion qui n’est pas économique mais culturelle et religieuse et qui le met à distance de Dieu et des autres.

Quand Jésus se fait proche de quelqu’un, une transformation advient, ce que la Bible appelle le salut. C’est ce qui arrive à Zachée : aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison. Ce salut n’est pas une réalité purement intérieure ou un beau thème. Dans ce récit de Luc, il prend plusieurs formes. Zachée décide de partager ses biens avec les pauvres et de réparer les torts : partage et justice, voilà le salut présent pour un riche. Et Jésus affirme que Zachée est lui aussi un fils d’Abraham : il le réintègre dans le réseau des relations humaines, comme membre du peuple de Dieu. Zachée n’est plus à l’écart, isolé et objet de mépris. Le salut touche ainsi les réalités les plus quotidiennes : le monde des relations humaines et de la circulation des biens.

Zachée a su accueillir Jésus et entrer dans une vie réconciliée. Cela ne lui arrive pas seulement de l’extérieur. Au début de son itinéraire, il y a chez lui une quête. Il voulait voir Jésus et, pour y réussir, il a vaincu les obstacles. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais l’initiative de Jésus le relance. Et Zachée va plus loin qu’un accueil festif : il assume ce salut dans sa vie personnelle, il refait des choix différents qui touchent son rapport aux biens et aux pauvres. Ainsi, même pour un riche, le salut est possible.

Plus tôt en Luc, un autre riche, aveugle bartimée en quête de vie éternelle, s’est approché de Jésus (18,18-23). Ce notable n’est pas un pécheur, méprisé, mais un honnête homme, respectueux de la Loi et de ses exigences morales et religieuses. Mais devant l’appel à partager ses biens avec les pauvres et à suivre Jésus, il préfère ses biens. Ce récit est suivi d’une discussion entre Jésus et les disciples sur la possibilité pour les riches d’être sauvés. Zachée est la réponse à cette question. Il n’est pas surprenant que Luc mentionne la joie de Zachée (19,6), en contraste avec la tristesse du notable (18,23). Avec le salut, vient la joie.

Ce salut est concret mais il a d’abord un visage : car c’est Jésus qui est entré dans la maison de Zachée. Le salut est d’abord quelqu’un, qui s’invite chez nous et vient bouleverser notre rapport au monde et à autrui, qui vient remettre les choses à l’endroit : les biens sont faits pour être partagés et non monopolisés; les êtres humains, dans leur dignité, sont faits pour vivre ensemble. Et ce salut n’est pas seulement pour hier ou demain : il advient aujourd’hui.

Quel que soit l’état de notre maison, l’opinion que les gens en ont, l’aujourd’hui de Dieu en Jésus vient nous visiter. Une visite attendue ou imprévue, qui invite à une transformation et qui laisse la marque de son passage. Quelque part en moi ou autour de moi, un Zachée en quête de salut est présent : quel est son visage ? Et si le salut, ou Jésus lui-même, venait loger chez moi, aujourd’hui, qu’est-ce que je ferais ? Ou me retrouvant dans cette foule scandalisée, quelle question peut-être monterait en moi, suite aux événements ?

Le salut est oeuvre de la liberté humaine, dans sa quête et ses choix, et de la grâce de Dieu qui vient nous visiter. Comme Zacharie le chante déjà en Luc (1, 68) dans le Benedictus : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple.

Images

La figure de Zachée est bien présente dans l’iconographie depuis le Moyen Âge. Elle offre une scène très animée dans le cadre d’une place urbaine, avec Jésus et un personnage controversé dans un arbre, une foule qui réagit vivement, puis une scène dans une maison.

Selon les images, des variations sont possibles : tous les personnages sont présents, sur une place de Jéricho, avec ses édifices ; ou seuls Jésus et Zachée dans l’arbre, avec parfois quelques autres figures ; ou Zachée seulement. Le sycomore aussi fait partie du récit ; c’est un grand figuier, qui s’étale et donne de l’ombre, avec des branches basses. L’arbre n’a pas toujours l’air d’un sycomore, mais il est là ! La scène dans la maison de Zachée est rarement montrée. Ce serait pourtant intéressant : il ne vivait sûrement pas dans un petit appartement mais dans une villa, qu’on imagine discrète et spacieuse.

Dans ce récit, le regard est important. Zachée veut voir Jésus et Jésus le regarde. La foule murmure après avoir vu Jésus allant chez Zachée. Des œuvres sont bien attentives à cette dimension, à ce jeu des regards.

L’histoire de Zachée est très populaire dans la catéchèse pour les enfants. Pour des raisons bien simples : Zachée est petit, il grimpe dans un arbre, il est curieux et joyeux ! Les enfants peuvent s’identifier à lui. Certes, les aspects plus choquants du personnage et de l’action de Jésus sont ainsi moins soulignés. Mais un enfant peut se sentir mis en marge par rapport aux grands ; et voici que Jésus s’intéresse à lui, lui parle, s’invite chez lui. Malgré les réactions de la foule, il est vu et traité par Jésus comme une personne.

Dans certaines œuvres médiévales de l’entrée de Jésus à Jérusalem (Rameaux), sur le parcours, un homme est juché dans un arbre, comme un clin d’œil rappelant Zachée. Mais la scène se passe à Jérusalem, non à Jéricho : ce n’est pas la rencontre de Luc 19.

Voici quelques œuvres, anciennes et récentes, nous montrant cette rencontre transformante.

  1. Fresque, c.1080-1090, Basilique San Angelo in Formis, Capoue, Italie. Cette église est couverte de fresques de style italo-byzantin, présentant des scènes et figures de l’Ancien et du Nouveau Testament. Elle a été construite par l’Abbé Didier de l’Abbaye du Mont-Cassin. Les fresques ont été faites par des artistes grecs de Constantinople et leurs élèves italiens ; leur bleu est renommé. La ville de Jéricho est évoquée par les murs et tours. Jésus, nimbé, tenant en main un écrit, est accompagné de disciples. Il s’adresse à Zachée, bien mis et grimpé dans l’arbre.
  1. Maître d’Antwerp, gravure sur bois, c.1485-1491, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas. Ce peintre flamand est célèbre pour son tryptique sur l’adoration des mages. On sait peu de choses de lui. Cette œuvre lui est attribuée. Deux scènes sont montrées. À droite, la rencontre autour de l’arbre (qui est un peu élémentaire) : Jésus est avec des disciples et d’autres personnes; ses mains sont tournées vers Zachée aux courtes jambes. À gauche, Zachée accueille Jésus dans sa maison pour un repas festif. Des disciples sont présents et Jésus est au centre.
  1. Jacopo Palma le Jeune, 1575, Fitzwilliam Museum, Cambridge, Angleterre. Cet artiste de Venise a été marqué par Titien et Le Tintoret, auxquels il a succédé comme peintre majeur de Venise. Il a abordé une variété de sujets. Cette œuvre en est une de jeunesse. Les personnages (Jésus et Zachée, des disciples et diverses figures) sont concentrés dans un espace, proches les uns des autres. L’arbre est simplement évoqué. On y trouve un souci de la richesse et de l’harmonie des couleurs, avec la lumière et le mouvement.
  1. Jan Luyken, gravure, 1708, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas. Ce graveur néerlandais, proche des Mennonites, a illustré plusieurs livres, de la Bible à l’histoire et aux métiers. Il était aussi écrivain et il a publié des poèmes. Nous avons ici une vue d’ensemble très vivante : la ville de Jéricho, sa porte et ses édifices; toute une foule avec sa diversité et ses activités; Jésus, avec des disciples, s’adressant à Zachée juché; et un sycomore impressionnant.
  1. James Tissot, c. 1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français a vécu en Terre Sainte et a mis en images les Évangiles avec une attention au contexte, au paysage et aux gens. La scène est vue de plus haut que Zachée, comme d’un balcon. On aperçoit Jésus, les disciples, la foule. Dans l’arbre, il y a aussi d’autres personnes que Zachée. Le sycomore est omniprésent et unifie le tout.
  1. William Hole, 1906, The Life of Jesus of Nazareth: Eighty Pictures, London, Eyre & Spottiswoode, Angleterre. Ce peintre écossais, du courant préraphaélite, a réalisé plusieurs ensembles de scènes historiques. Pour ses scènes bibliques, il a voyagé en Terre Sainte. L’arbre domine et organise l’espace. Zachée est tourné vers Jésus. Celui-ci et ses disciples, en blanc en bas, sont tournés vers lui. À l’avant-scène, des hommes ont l’air mécontents de ce contact. Les couleurs et formes, en interaction, donnent intensité et vivacité à la scène.
  1. Niels Larsen Stevns, 1913, Randers Museum of Art, Danemark. Ce peintre danois, de l’Église luthérienne, était un fervent croyant. Il a peint plusieurs scènes religieuses, dans un style moderne. Jésus, au centre en rouge, s’adresse à Zachée; les deux sont proches aussi par leurs couleurs. Plusieurs figures, aux visages concentrés à la Kierkegaard, sont en mouvement autour de cette rencontre. Les arbres et la lumière s’entremêlent. C’est un tableau très travaillé et intéressant. On a l’impression que la prochaine étape serait d’aller vers une approche cubiste.
  1. Soeur Mercedes, bas-relief en céramique, 2006, oratoire, Abbaye Notre-Dame-des-Neiges, Saint-Laurent-les-Bains, France. Saint Charles de Foucauld est entré chez les Trappistes dans ce monastère en 1890, où il a vécu sept mois. Il est revenu à quelques reprises et y a célébré sa première messe en 1901. La chapelle d’adoration, contenant des reliques du saint, a été érigée en 2006, après sa béatification. Sr Mercedes, bénédictine, a réalisé une série de bas-reliefs sur la vie de Jésus et celle de Charles de Foucauld. Cette rencontre de Jésus et Zachée est très touchante : les regards communiquent. Le sycomore est solide. Jésus est accompagné de Pierre et Jean.
  1. JesusMafa, c.1975, Collectif pour la catéchèse, Cameroun. Pour favoriser une appropriation des Évangiles par les jeunes, la scène est inculturée en contexte africain, avec les paysages et les édifices, les figures et le mode de vie. Tout le peuple est là. On peut remarquer la présence de plusieurs enfants. Jésus, en rouge au centre, interpelle Zachée, qui a l’air bien installé dans l’arbre.
  1. Berna, 2016, site evangile-et-peinture.com, Suisse. Bernadette Lopez a couvert tout le cycle liturgique avec ses œuvres vives et inspirantes. Cette image est originale et sympathique: elle nous montre Jésus et Zachée à ce moment particulier entre la rencontre au sycomore et l’accueil dans la maison. Ils marchent ensemble dans une rue de Jéricho. Zachée est visiblement plus petit !
  1. Theobule, 2019, site theobule.org, France. Ce site de catéchèse pour les enfants est réalisé par une équipe et rattaché aux Dominicains de Lille (Retraite dans la ville). On y trouve des outils pour la catéchèse, avec des dessins et vidéos, vivants et suggestifs. Ici, on voit d’abord la ville de Jéricho. Zachée, perché dans l’arbre, a un visage expressif.
  1. Pierre Lussier, dessin, 2022, site racef.art, Canada. Cet artiste de Québec, membre du Réseau Art Chrétien et Éducation de la Foi (Racef), dessine des scènes et figures bibliques avec finesse et intériorité. Ici, nous avons Jésus et Zachée dont les regards se rencontrent. La main droite de chacun est mise en évidence. Jéricho est suggéré à l’arrière. Une rencontre advient, aujourd’hui …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Voici un modèle simplifié à tracer et à colorier, en style vitrail, librement inspiré d’images traditionnelles.

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Rencontres avec Jésus – L’aveugle Bartimée

Jésus guérissant l’aveugle Bartimée, une adaptation en style vitrail inspirée d’une peinture du Maître de la Manne, un artiste des Pays-Bas du Nord vivant au XVe siècle

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de l’appel insistant de Bartimée, l’aveugle de Jéricho.

Bartimée, le disciple qui voit et qui marche : Marc 10, 46-52

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 10

46 Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin.

47 Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »

48 Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! »

49 Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »

50 L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.

51 Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »

52 Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Voici un autre aveugle. Il a un nom : Bartimée, fils de Timée. Il se tient à l’entrée de la ville de Jéricho. Le récit de sa guérison nous montre une vie transformée. Au début, Bartimée ne voit pas; en plus, il est assis au bord du chemin, il n’est même pas sur le che­min; et il mendie. A la fin, non seulement il voit mais aussi il est sur le chemin et il marche à la suite de Jésus ! Il est devenu un disciple. Entre le début et la fin de ce parcours, il a vécu une expérience de conversion, une transformation, qui comprend plusieurs étapes. C’est vraiment un itinéraire spirituel, qui peut ressembler aux nôtres, sur nos propres chemins.

D’abord, quand il est assis au bord du chemin, même s’il ne voit pas et ne bouge pas, il fait déjà quelque chose: il crie, il implore. Au moins il peut faire cela. Il y a déjà en lui une quête et un intérêt pour Jésus. Il fait appel à sa compassion. Sa demande est la même que celle de la Cananéenne (Mt 15,22) : Fils de David, aie pitié de moi. Mais sa quête de guérison rencontre des obstacles: beaucoup le rabrouent pour qu’il se taise. Devant cette adversité, il ne se laisse pas arrêter: il continue de crier, il insiste ! Là aussi comme la Cananéenne. Son désir le pousse du dedans, malgré le mur de silence que certains veulent bâtir entre lui et Jésus.

Son effort finalement n’est pas vain. Jésus l’entend et demande aux gens de l’appeler. Alors ces gens lui disent: Aie confiance, lève-toi, Jésus t’appelle. Cela est magnifique et dit bien que, pour aller à Jésus, nous avons besoin que d’autres nous appellent à la confiance et nous soutiennent. Notre propre force ne suffit pas. Nous avons besoin que des gens nous disent: « Jésus a entendu ton cri, il s’intéresse à toi; ne reste pas assis, passif et résigné à ta petite vie; reprends confiance, tiens-toi debout, tu n’es pas abandonné.» Jésus passe par ces relais, ces médiateurs, pour venir nous toucher.

De même, à notre tour, nous pouvons devenir pour d’autres ces voix qui les invitent à la confian­ce et à se lever, à sortir de leur aveuglement et de leur défai­tisme, car Jésus les appelle. À qui pourrais-je dire à mon tour: Aie confiance, lève-toi. Jésus t’appelle? N’est-ce pas le cœur, l’essentiel, de tout accompagnement, reçu ou donné ?

Mais il ne suffit pas d’entendre cet appel. Il faut ensuite agir nous-mêmes, faire notre part. C’est ce que fait Bartimée: il se lève avec élan et il va vers Jésus. Personne ne peut faire à sa place, à notre place, ce geste décisif de nous lever pour aller vers Jésus. L’énergie est revenue, Bartimée bondit, ou plutôt rebondit. Il est maintenant en mouvement. Mais il a fallu les étapes précédentes pour qu’il ose enfin bouger les pieds et se mettre sur le chemin, celui d’une vie nouvelle.

Puis vient le moment de la rencontre personnelle entre Jésus et Bartimée, avec son dialogue et sa guérison, où confiance, salut et transformation du regard sont liés. Ta foi t’a sauvé :ta confiance t’a rendu libre, elle t’a remis debout. Et Jésus appelle à nouveau Bartimée mais pour un envoi: Va, maintenant regarde et marche par toi-même, poursuis ta route, elle ne fait que commencer.

Après ce moment de rencontre, Bartimée voit: ce sont les yeux de la foi qui se sont ouverts à la suite de cette démarche et maintenant il peut suivre Jésus sur le chemin, celui de la mission, celui qui mène à Jérusalem et à la pâque. Chemin de rencontres, de recherches, de conflits, chemin qui demande liberté du coeur et courage, chemin où l’expérience croyante, espérante et aimante, nous fait avancer plus loin, jusqu’au bout.

Nous avons l’impression parfois d’être aveugles, de ne rien comprendre à la vie, ou encore d’être en marge, en dehors des réseaux; ou nous pouvons nous percevoir comme figés, incapables de faire un pas en avant. Et pourtant, des passages, des transformations peuvent advenir. Nous connaissons des personnes qui ont vécu de telles conversions et qui maintenant voient et avan­cent sur un chemin même difficile et risqué.

Cette histoire de Bartimée, c’est celle de tant de gens et c’est la nôtre, sur nos chemins, où que nous soyons ren­dus. Nous pouvons nous retrouver à l’une ou l’autre étape du parcours, criant au bord du chemin ou bondissant vers Jésus. En quoi je reconnais mon propre itinéraire dans celui de Bartimée? Nous ne sommes jamais en dehors du récit et de son itinéraire, appelés à nous lever, à voir et à marcher sur un chemin de conversion.

Images de Bartimée

Comme je l’ai mentionné dans une chronique précédente (l’aveugle-né, Jean 9), il y a plusieurs guérisons d’aveugle dans les Évangiles. Souvent, il est difficile d’identifier le texte précis à laquelle l’œuvre réfère ; à moins que le titre le précise ou que des indices soient donnés. En Marc 10, 46-52, l’aveugle s’appelle Bartimée et il mendie; les disciples et une foule sont présents ; et la scène se passe à Jéricho, sur le chemin.

Bartimée est habituellement à genoux devant Jésus qui le touche, parfois assis ou debout ; des éléments indiquent qu’il mendie. Rarement le voit-on s’élançant d’un bond vers Jésus ou, en finale, voyant et marchant. Des disciples sont présents et quelques curieux ; parfois une foule, comme le texte l’indique.

Dans le récit parallèle en Matthieu (20, 29-34), la même scène se déroule à Jéricho mais avec deux aveugles, ce qu’on trouve dans certaines œuvres.

Sur des sites parlant de l’aveugle Bartimée, on voit fréquemment des images d’une autre guérison, surtout celle de l’aveugle-né (Jn 9) ou de l’aveugle de Bethsaïde (Mc 8,22); l’inverse aussi advient. Je vais essayer d’éviter cette erreur, mais je ne garantis rien ! Voici donc quelques œuvres nous montrant (pour la plupart), la guérison de Bartimée.

  1. Nicolas Poussin, 1650, Musée du Louvre, Paris, France. Ce peintre français du classicisme, soucieux de l’histoire et de l’équilibre des formes et couleurs, a eu une influence durable en art. Il a vécu surtout à Rome. On a ici les deux aveugles de Jéricho (Mt, 20, 29-34). À droite, les disciples Pierre, Jacques et Jean. À gauche, une femme avec enfant qui donne une note de douceur et d’humanité à la scène. La figure de Jésus s’inspire d’une fresque de la catacombe de St-Calixte à Rome. Jéricho est évoqué par des éléments architecturaux, qui reprennent des édifices romains ; le paysage et la lumière sont soignés.
  1. William Blake, 1800, Yale Center for British Art, New Haven, États-Unis. Cet écrivain et artiste britannique, mystique et visionnaire, a laissé des oeuvres étonnantes et pensées de l’intérieur. Jésus, bien droit, au visage rayonnant, étend la main sans toucher Bartimée. Celui-ci, jeune et debout, à demi-nu, ayant laissé son manteau, tend la main vers Jésus. Les deux sont unis par le blanc. Des disciples sont présents. Il n’y a pas de foule. Jéricho n’est pas évoquée mais un paysage de ciel, montagne et terre. Au centre, les deux mains qui se rapprochent, comme une création nouvelle.
  1. Julius Schnorr von Carolsfeld, Bible in Pictures, Leipzig, 1860, Allemagne. Ce graveur et peintre allemand était membre du mouvement nazaréen, alliant art et spiritualité et marqué par la Renaissance. Luthérien, il a fait plusieurs illustrations de l’Ancien et du Nouveau Testament. Pierre et Jean sont à droite. Jésus, plus grand que les autres, touche l’aveugle. Bartimée, assez jeune et debout, avec sa canne, est soutenu par quelqu’un. La scène se passe à l’entrée de la ville.
  1. Johann Heinrich Stöver, sculpture en marbre, 1861, Église St-Jean, Erbach, Allemagne. Ce sculpteur néerlandais a vécu une partie de sa vie à Rome. Bartimée, jeune et peu vêtu, est à genoux, sa canne à ses pieds; Jésus le touche. Il n’y a personne d’autre. Bartimée est rarement présenté en sculpture.
  1. William Gale, 1865, (gravure par W.J.Allen), Collection privée, Brompton, Angleterre. Cet artiste de Londres, lié à l’école pré-raphaélite, a fait des scènes bibliques et mythologiques, ainsi que des portraits. Il a voyagé au Proche-Orient dans les années 1860. Ce Bartimée est plutôt unique : c’est vraiment un homme âgé à la barbe respectable! Avec la canne et le plat, il mendie à l’entrée de Jéricho. Une enfant est avec lui pour l’aider; elle tend la main.
  1. Carl Heinrich Bloch, 1871, Musée National, Copenhague, Danemark. Ce peintre danois, marqué par Rembrandt, a réalisé des scènes évangéliques avec des personnages en mouvement dans un contexte précis et un Christ impressionnant. Ses oeuvres ont été très diffusées. On voit ici les disciples et la foule. Bartimée, suppliant, tend les mains vers Jésus. Son manteau et son chapeau sont derrière lui; le plat à sa gauche indique sa mendicité. Des curieux se tiennent à l’entrée de Jéricho. L’ombre et la lumière sont travaillées.
  1. Harold Copping, c.1920, The Crown Series, Angleterre. Les oeuvres de ce peintre et illustrateur britannique sont très populaires dans les diverses Églises chrétiennes, à cause de leur style très vivant et expressif. Il a voyagé en Terre Sainte. Bartimée est en mouvement vers Jésus, des gens le soutiennent. La foule et les disciples sont présents à l’entrée de la ville de Jéricho. Jésus domine la scène.
  1. William Kurelek, Lord that I May See, 1955, Musée des Beaux-Arts de Montréal, Canada. Cet artiste albertain célèbre, venant d’une famille émigrante ukrainienne, a connu un parcours religieux complexe, de l’orthodoxie à l’athéisme puis au catholicisme. Cette oeuvre date de cette dernière période de conversion. Elle exprime à la fois sa quête et la figure implorante de Bartimée, comme le titre l’indique. Le paysage est dénudé, avec un long chemin, un arbre, un oiseau dans le ciel et deux petites figures qui montent la colline à droite. C’est une œuvre forte.
  1. Kees de Kort, What the Bible Tells Us, 1968, Dutch Bible Society, Pays-Bas. Cet artiste visuel néerlandais a publié plusieurs ouvrages d’illustrations bibliques, pour les enfants et pour les adultes. Elles ont été reprises dans plusieurs langues et pays. Les couleurs vives, les personnages expressifs, l’attention au récit biblique, les rendent à la fois très accessibles, signifiants, et touchants. Bartimée est au bord du chemin, mendiant, avec son plat et sa canne; Bartimée crie vers Jésus …
  1. Elizabeth Wang, c.2000, site radiantlight.org, Royaume Uni. Cette artiste britannique, convertie au catholicisme en 1968, quand elle était jeune adulte, est décédée en 2016. Ses scènes bibliques ont des couleurs vives et contrastées et des lignes simples. Elle a commenté ainsi cette oeuvre: « Lorsque quelqu’un m’a écartée et a refusé de m’aider, Jésus m’a regardée avec un beau sourire et une infinie bonté, tout comme il l’a fait lorsqu’il est allé saluer le mendiant aveugle au bord de la route ». La figure de Bartimée ressemble ici à celle de l’artiste.
  1. Berna, 2007, site évangile-et-peinture.com, Suisse. Bernadette Lopez, avec son sens habituel du mouvement et des couleurs, est aussi très attentive au texte biblique. On voit ici, ce qui est rare et très appréciable, Bartimée rejetant son manteau et se levant d’un bond pour aller vers Jésus. Avec un élan qui nous entraîne.
  1. Pamela Suran, 21e siècle, site pamelasuran.com, Israël. Cette artiste israélienne, qui vit à Jérusalem, fait partie du mouvement des Juifs Messianiques, reconnaissant Yeshua (Jésus) comme Messie. Elle est engagée avec son époux Shmuel au centre Jerusalem Vision, incluant un volet sur l’art prophétique contemporain. Jésus prend soin de l’aveugle, assis ; c’est Jésus qui est agenouillé. Des écritures hébraïques et grecques sont intégrées dans la base en bleu. Cela est très évocateur.

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Voici un dessin simplifié en style vitrail, à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture du Maître de la Manne.

Cliquer sur l’image pour l’agrandir et la sauvegarder!

Visionner le court montage réalisé d’après les dessins à colorier de la rencontre entre Jésus et la Cananéenne (au bas de l’article).

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Rencontres avec Jésus – La Cananéenne

Jésus et la Cananéeenne, une réinterpréttation numérique d’une peinture de Annibale Carraci

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de la persévérance de la Cananéenne.

La Cananéenne, une femme tenace et inventive : Matthieu 15, 21-28

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu – Chapitre 15

21 Partant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.

22 Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »

23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »

24 Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »

25 Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »

26 Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »

27 Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

28 Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Daniel Cadrin, o.p.

Jésus a rencontré la Samaritaine (Jn 4). Voici maintenant une autre rencontre avec une femme étrangère, non-juive, une Cananéenne. En Marc (7, 26), elle est grecque, syro-phénicienne de naissance. La scène se passe dans la région de Tyr et Sidon, au nord de la Galilée, territoire païen (Mt 10, 21-22); aujourd’hui, c’est au Liban.

Cette femme d’abord est audacieuse. Elle va vers Jésus, elle s’adresse à lui, alors qu’une double barrière l’en empêchait : une femme inconnue ne parle pas ainsi à un homme en public; encore moins à un homme juif, si elle est païenne (au sens biblique : non-juive). Mais elle implore Jésus pour sa fille malade, tourmentée. Elle est motivée : elle a souci de son enfant. Cela aide à foncer, à briser les barrières. Face à sa demande, comment réagit Jésus, lui si bon? Il ne lui répond même pas! Voici un visage de Jésus qui ne correspond pas aux belles images que nous nous sommes faites. Il faut dire que Jésus réagit ainsi avec d’autres, comme ces aveugles (Mt 9, 27-28) qui eux aussi doivent insister. Il est très sollicité et parfois cherche l’incognito et le retrait. Il n’est pas un automate.

Puis, les disciples s’en mêlent : fais quelque chose (la renvoyer ou l’exaucer). Ils réagissent non par souci altruiste, mais parce qu’elle les fatigue! Cela permet à Jésus d’expliquer son attitude : il ne vise pas à rejoindre tout le monde, à être partout. Son ministère est bien ciblé, il a des priorités. Il se concentre sur les gens perdus, souffrants, de son propre peuple, Israël, comme il a déjà invité les disciples à le faire (Mt 10, 5-6). Cela est déjà assez prenant. L’Église d’ailleurs en ses débuts fut composée seulement de juifs, non de païens. Ce texte reflète une évolution que l’Église des origines va prendre quelques décennies à vivre.

Devant Jésus qui ne l’inclut pas dans son agenda, la femme aurait pu se dire : Ah, je dois me résigner, tant pis pour ma fille; c’est toujours comme cela, … et s’en retourner chez elle en se lamentant. Mais ce n’est pas son genre! Elle rapplique avec un 2ème essai : elle se prosterne devant Jésus, elle appelle au secours. Cela dit qu’elle est motivée par la situation de sa fille, mais aussi autre chose : obscurément ou plus clairement, elle a perçu en Jésus une source de guérison, une source d’espérance. Alors, elle implore, elle cherche un salut.

Jésus répond en articulant encore plus nettement sa position. Sa réponse peut nous choquer. Mais l’image des enfants et des petits chiens exprime une distinction courante, pour un juif de ce temps, entre les enfants, ceux qui appartiennent au peuple de Dieu, et les autres, les païens. Pour les Juifs de l’époque, les chiens étaient vus comme des animaux non-domestiques, ne vivant pas dans la maison, comme des étrangers.

À mesure, la réponse de Jésus est devenue plus ferme et négative. Encore là, la Cananéenne ne lâche pas. 3ème essai : elle va montrer maintenant son imagination. Elle a rencontré un mur. Mais l’inventivité, c’est de ne pas tout de suite abandonner; c’est de chercher la brèche dans le mur par où entrer; c’est de trouver un autre scénario qui sorte des polarités excluantes. Par sa réponse, elle se fait une place dans l’espace du salut ; elle se glisse, avec sa fille, dans un univers qui semblait clos. Il faut dire que les Phéniciens, contrairement aux Juifs, avaient des petits chiens comme animaux de compagnie, qui faisaient partie de la maison. Cela aide à comprendre la réponse de la femme.

La réaction de Jésus reconnaît tout ce travail de la Cananéenne : Femme, ta foi (ta confiance) est grande. Une confiance non vague, inactive, mais faite d’inventivité, de courage, d’audace. Peut-être que Jésus n’avait pas grand chance devant une femme aussi déterminée et fine! Elle réussit à faire bouger Jésus dans sa façon de voir, à élargir son horizon. Jésus a aussi fait l’éloge de la foi d’un autre étranger plaidant pour un proche, le centurion (Mt 8,10), avec une guérison à distance. Avec le temps, les premières communautés vont accueillir les étrangers, les païens. Et aujourd’hui encore, toute évolution, toute ouverture à ceux et celles qui ne sont pas comme nous, prend du temps, rencontre des résistances et requiert une inventivité tenace. Les murs peuvent être percés.

Cet Évangile nous invite à ouvrir plus large les espaces de notre accueil social et ecclésial, pour toute personne en quête de vie, de guérison, pour soi et d’autres. Il nous invite aussi à nous laisser impressionner par cette Cananéenne, un modèle de grande foi. Une foi qui voit les obstacles et trouve moyen de les contourner, qui ne baisse pas rapidement les bras devant les refus ; une foi qui met en œuvre des ressources de vaillance et d’imagination pour ouvrir des chemins neufs. Parce que cette mère est motivée par sa relation concrète à sa fille en souffrance; et parce qu’elle a reconnu en Jésus une source de vie.

Cette Cananéenne ressemble à plusieurs de nos ancêtres et contemporaines, mères et grand-mères, célibataires ou religieuses, fondatrices de communautés, pionnières en projets sociaux, décidées et motivées, tenaces et inventives. J’ai déjà rencontré la Cananéenne? En quoi m’a-t-elle amené-e à m’ouvrir? Cela fait partie aussi de la suite de Jésus. Quelles fermetures, provenant de la tradition chrétienne ou du conformisme social, m’arrive-t-il de rencontrer et comment puis-je réussir à ouvrir des brèches? Il nous reste encore des frontières à traverser, culturelles, religieuses, relationnelles …

Images

La Cananéenne n’est pas aussi populaire que la Samaritaine. On la trouve dans des manuscrits médiévaux mais ses images se développent surtout à la période classique, aux 17e-18e siècles.

On y trouve habituellement Jésus et la femme, et des disciples plus ou moins nombreux, surtout Pierre et Jean. La femme peut être debout ou prosternée, les deux postures étant indiquées par le texte. Jésus la regarde ou se tient à distance, son regard tourné ailleurs. Des chiens sont souvent présents, en lien au dialogue entre Jésus et la femme. Le lieu, une terre étrangère, est parfois évoqué par des édifices antiques.

Voici quelques œuvres nous présentant cette rencontre inusitée :

  1. Miniature, Codex Egberti, folio 35, verso, c.980, Bibliothèque municipale de Trèves, Allemagne. Ce manuscrit a été réalisé par l’abbaye bénédictine de Reichenau pour Egbert, évêque de Trèves. Deux scènes sont présentées. Dans la première, la Cananéenne, debout, s’approche de Jésus qui ne la regarde pas ; il est entouré de Pierre et Jean. Dans la deuxième, elle s’incline et implore ; Jésus est tourné vers elle, ainsi que les deux disciples. Ces deux postures montrent que le texte a été bien lu. Chaque figure est identifiée par une écriture.
  1. Jean Colombe, miniature, 1485-1486, Les Très Riches Heures du Duc de Berry, Musée Condé, Chantilly, France. Plusieurs artistes ont contribué aux miniatures de ce manuscrit, commencé en 1410. Colombe a achevé l’œuvre, qui comprend 66 grandes miniatures et 65 petites. Le style est le gothique international. Les couleurs sont vives, le bleu très présent. Les paysages s’inspirent de lieux et édifices de France. La Cananéenne est une des 12 grandes miniatures de la partie sur Les heures de l’Année liturgique. En haut, la femme est agenouillée devant Jésus, qui est tourné vers Pierre et Jean. Élément plus rare, la fille souffrante est montrée dans la maison à droite. En bas, la Cananéenne est à nouveau agenouillée et implorante; Jésus et les disciples sont maintenant tournés vers elle.
  1. Icone orthodoxe, site orthochristian.com. Dans cette icône de la tradition grecque orthodoxe, on voit à gauche les disciples, Pierre et Jean en tête; au centre, Jésus répond à la Cananéenne, inclinée devant lui; les deux se regardent. Jésus tient en main un rouleau des Écritures. Élément plus original : à droite, la libération de la fille tourmentée, un démon sortant d’elle. À l’arrière, un rocher et des éléments architecturaux.
  1. Annibale Carraci, 1595, Hôtel de Ville, Parme, Italie. Ce peintre de Bologne a marqué l’histoire de la peinture par son style innovateur, un classicisme plus simple et expressif, dans la ligne du Concile de Trente. Jésus et la Cananéenne sont en conversation, au moment où celle-ci, agenouillée, parle des petits chiens, comme elle l’indique en pointant celui devant elle. Pierre est à droite de Jésus. Le paysage inclut des arbres et une architecture antique. Ces éléments se retrouveront dans les œuvres d’autres peintres.

Pietro del Po, gravure, d’après Carraci, c.1650-1670, Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis. Ce graveur, originaire de Palerme, a travaillé à Naples et Rome. Dans cette œuvre, on peut mieux voir les détails de la peinture de Carraci.

  1. Pieter Lastman, 1617, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas. Ce peintre néerlandais a séjourné en Italie et fut influencé par Le Caravage et Carraci. Il a développé un style dramatique et vivant, qui fut très apprécié aux Pays-Bas. Il a eu Rembrandt comme élève. La Cananéenne supplie Jésus; des petits chiens, charmants, sont près d’elle. Jésus montre des enfants mangeant du pain dans le coin gauche. Ainsi, les enfants, le pain et les petits chiens du texte sont présents. Pierre, avec Jean à droite, demande au Christ d’intervenir. D’autres scènes se passent aux portes de la ville. L’architecture antique est bien développée. À droite, debout et nous regardant, l’artiste lui-même!
  1. Rembrandt van Rijn, dessin, c.1650, Collection privée, Angleterre; dessin, c.1660, Albertina Museum, Vienne, Autriche. Durant cette décennie, la situation familiale et financière de Rembrandt fut difficile. Dans le premier dessin, la Cananéenne, debout à gauche, s’approche du groupe des disciples. Pierre réagit. Jésus ne la voit pas ou ne la regarde pas; Jean est à gauche de lui. Le décor est minimal. Dans le deuxième dessin, la Cananéenne est prosternée, elle implore Jésus. Celui-ci la regarde, ainsi que la plupart des disciples.
  1. Ilyas Basim Khuri Bazzi Rahib, miniature, 1684, Manuscrit W592, Walters Art Museum, Baltimore, États-Unis. Les miniatures de ce manuscrit des Évangiles, en arabe, ont été réalisées par un moine copte en Égypte. La Cananéenne est agenouillée mais bien droite, les mains tendues; un chien est à son côté. Jésus s’adresse à elle; Pierre et Jean sont derrière lui. À l’arrière-plan, des éléments architecturaux sont présents.
  1. Jean-Germain Drouais,1784, Musée du Louvre, Paris, France. Cette peinture est l’œuvre d’un jeune peintre français de 20 ans, élève de David, maître en scènes historiques. Elle lui valut le Grand prix de Rome. Mais sa brillante carrière fut courte : il mourut à 25 ans. Le style néo-classique se voit dans la rigueur géométrique, l’ombre et la lumière, les personnages en groupes qui s’équilibrent, le paysage à l’arrière. La Cananéenne est agenouillée et suppliante; le Christ garde une distance et ne la regarde pas. Les disciples sont près de lui; Pierre lui demande d’intervenir, Jean à son côté. À gauche, des gens qui considèrent la scène; à l’extrême-droite, un couple. L’architecture, ronde et triangulaire, cadrée dans un rectangle, évoque l’Antiquité romaine.
  1. Adolf Hölzel, 1926, Collection privée. Ce peintre allemand, qui est passé d’un art réaliste à une approche non-figurative, a fait des œuvres religieuses, à la frontière des deux courants. Ici, la Cananéenne est agenouillée devant Jésus; on voit peu son visage. À droite, un groupe de personnes semble l’accompagner. Jésus, avec deux disciples, est tourné vers elle. Le jeu entre les couleurs est travaillé.
  1. Sadao Watanabe, gravure, 1964, Smithsonian American Art Museum, Washington, États-Unis. Cet artiste chrétien japonais a dessiné et gravé des scènes des Évangiles selon des techniques et une tradition spécifique d’art populaire, le mingei. Les personnages bibliques, les habits et objets, les lieux et plantes, sont situés dans un contexte japonais. La Cananéenne tend les mains vers Jésus qui l’accueille, dans la splendeur du dessin et des couleurs.
  1. Robert Lentz, icône, 21e siècle, site trinitystores.com, États-Unis. Ce franciscain, originaire du Colorado, a reçu une formation dans la tradition iconographique byzantine. Cherchant à renouveler cet art, il a écrit plusieurs icônes de saints et saintes et de figures contemporaines, qui sont très connues et utilisées. La Cananéenne (Syro-phénicienne), vive et résolue, main levée, avec sa bague et son bracelet, nous regarde.
  1. Ally Barrett, 2017, site reverendally.org, Angleterre. Cette artiste britannique est prêtre de l’Église anglicane. Elle a été pasteure en paroisse et est maintenant aumônière d’un collège universitaire. Elle a publié plusieurs livres sur des questions pastorales. Ici, la Cananéenne, petite mais déterminée, touche Jésus pour qu’il écoute et saisisse sa demande. Un chien est présent, auquel s’accroche l’enfant. Des disciples sont proches de Jésus, dont deux plus visibles. À droite, la grand-mère prend soin des autres enfants, pour que la mère puisse faire sa demande à Jésus. Les pierres suggèrent ce qui peut faire tomber les petits (Mt 18,6). Le bleu de la robe évoque intentionnellement Marie, à Cana (Jn 2, 1-11) : « Marie, sa mère, lui a montré que son heure était venue et que le moment était venu pour lui d’accomplir son premier signe ».

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à vous inspirer de l’un ou de plusieurs des dessins ci-dessous pour créer une image et y ajouter quelques mots pour exprimer votre perception du sujet. Défi proposé cette semaine : Choisir quelques images de Jésus et de la Cananéenne et faire une petite séquence d’images en y inscrivant les extraits du dialogue qui sont les plus importants pour vous!

Tracés simplifiés à tracer et à colorier, librement inspirés de peintures traditionnelles de l’art chrétien. Cliquer sur les images pour les agrandir et les sauvegarder!

Ou ouvrir le fichier PDF ci-dessous pour faciliter l’impression des dessins :

Visionner un petit montage réalisé à partir de ces modèles à tracer et à colorier :

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