Rencontres avec Jésus – Marie de Magdala

Illustration : réinterprétation numérique d’une fresque de Fra Angelico

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de Marie-Madeleine qui, la première, le voit dans sa dimension de Ressuscité!

MARIE DE MAGDALA, DISCIPLE ET APÔTRE : JEAN 20, 11-18

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 20

11 Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau.

12 Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus.

13 Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. »

14 Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus.

15 Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. »

16 Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître.

17 Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

18 Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Il y a plusieurs Marie dans les Évangiles. Le nom était courant à l’époque. Après Marie, mère de Jésus, la plus célèbre est Marie de Magdala. Elle est présente dans les quatre Évangiles, mais la figure qui en ressort est complexe, non-unifiée. De plus, avec le temps, pour divers motifs, tout un imaginaire s’est construit autour d’elle, qui déborde les Évangiles et fusionne plusieurs figures différentes.

Dans les Synoptiques, Marie de Magdala apparaît surtout à la Passion, comme une des femmes à la croix et au tombeau (Mt 27, 56. 61; Mc 15,40.47; 16,1; Lc 24, 10) et à qui le Christ apparaît (Mt 28,1.10; Mc 16,9; Lc 24,10). Et en Luc elle est mentionnée comme faisant partie du groupe de femmes qui accompagnait et soutenait Jésus (8,2-3), ce qui indique qu’elle était de milieu aisé. Elle vient de Magdala, une petite ville de Galilée au bord du lac de Tibériade. Il est dit d’elle qu’elle fut libérée de sept démons (Mc 16,9; Lc 8,3), ce qui indique qu’elle fut guérie d’une maladie puissante, grave, et non nécessairement d’une mauvaise vie! On l’a identifiée à la femme pécheresse qui oint les pieds de Jésus (Lc 7,37-38) ou la femme qui oint sa tête (Mt 26,7; Mc 14,3). En fait, celle-ci est anonyme.

En Jean, c’est plus clair. Celle qui verse le parfum sur les pieds de Jésus (12,3) est Marie de Béthanie, soeur de Marthe et Lazare, une femme de Judée, complétement autre que Marie de Magdala. Quant à celle-ci, elle apparait trois fois en Jean. Elle est au pied de la croix (19,25), avec le disciple bien-aimé et d’autres femmes, dont la mère de Jésus. Cela montre son courage et sa fidélité, contrairement aux apôtres qui ont fui. Elle est la première à se rendre au tombeau (20,1-2), à constater l’absence de Jésus et à le chercher. Elle court en informer Pierre et le disciple bien-aimé, qui courent au tombeau. Puis elle rencontre le Ressuscité, ce sur quoi notre attention va maintenant porter.

D’abord, où cela se passe-t-il? Dans un jardin, celui où le corps de Jésus a été déposé dans un tombeau neuf (19,41). Le récit de la Passion en Jean a commencé (18,1) dans un autre jardin, la nuit, où Jésus est arrêté. Jardin de la Passion, jardin de la Résurrection. Ces jardins en évoquent d’autres de la Bible, comme celui de la Genèse (Gn 2,8) et celui du Cantique des Cantiques (Ct 4,16; 5,1). Que se passe-t-il en ces jardins? Jésus demande à Marie : Qui cherches-tu? Lors de son arrestation, il avait demandé à deux reprises (18,4.7): Qui cherchez-vous? La Sulamite du Cantique cherche son bien-aimé (Ct 3,1-4); elle demande aux gardes : Avez-vous vu celui que mon cœur aime? En ce matin du premier jour, il s’agit pour Marie d’une recherche, d’une quête de Jésus le Vivant. Et nous, qui cherchons-nous en nos jardins, dans nos nuits froides et nos matins frais? En quels jardins? Et en ceux-ci, où regarder, quelles expériences explorer pour trouver qui nous cherchons?

Marie est dans une dynamique de la perte, du deuil; elle pleure. Elle ne peut reconnaître dans le jardinier celui qu’elle cherche. Pour que ses yeux de croyante s’ouvrent, elle a besoin d’être appelée personnellement, par son nom, et par cette voix unique du pasteur bon, du Maître qu’elle a suivi. Puis, elle entre dans une nouvelle étape comme disciple, celle de la relation au Ressuscité, et non d’abord au Jésus d’une présence plus immédiate, qu’elle doit laisser : Ne me retiens pas, ou Ne me touche pas. Vient ensuite la mission qui lui est confiée : annoncer aux autres disciples la résurrection du Seigneur, ce qu’elle fait. Où ai-je entendu mon nom? En quels jardins et lieux de moi-même cette voix m’a-t-elle touché? Et alors, à qui suis-je appelé, envoyée, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle?

Comme apôtre des apôtres, Marie de Magdala est la patronne des prêcheurs, et de l’Ordre des Prêcheurs (o.p.), dont je suis un frère. Nous la fêtons le 22 juillet; le pape François en a fait une fête pour toute l’Église, plus qu’une mémoire, en 2016. Mais aussi, nous avons notre Marie-Madeleine. Depuis la fin du 13e siècle, nous sommes les gardiens du sanctuaire de la Sainte-Baume, au sud de la France, en Provence. D’après des récits anciens, Marie, identifiée à Marie de Béthanie, serait venue avec Marthe, Lazare, et Maximin, son grand ami, pour évangéliser la région. Et elle aurait vécu en ermite dans cette grotte d’une falaise élevée. La Sainte-Baume fut un lieu majeur de pèlerinage au Moyen Age; et les visites y ont continué, dont celles de Charles de Foucauld, le nouveau saint, en 1900, 1901 et 1913. Dans la crypte de l’église de St-Maximin, on trouve un tombeau qui serait celui de Maximin et un autre, celui de son amie Marie; une femme du premier siècle y repose.

Tous ces récits provençaux sont charmants mais en laissent plusieurs sceptiques. Toutefois, comme disait un frère gardien de la Sainte-Baume, avec son accent provençal : « Je ne sais pas si elle était ici autrefois; mais ce que je sais, c’est que maintenant, elle y est ! »


Images de Marie de Magdala

Les images de Marie de Magdala sont très abondantes, depuis les miniatures médiévales jusqu’aux aux œuvres des peintres majeurs de chaque époque. Plusieurs présupposent la fusion des diverses figures mentionnées en une seule : la pécheresse pardonnée, anonyme, qui a oint Jésus; la sœur de Marthe et Lazare; la Marie libérée de ses fameux démons (bien identifiés!); celle qui accompagnait Jésus; celle présente à la croix et au tombeau; celle à qui le Christ apparaît, …

Une nouvelle personne est née de cette recomposition identitaire : Marie-Madeleine. Pour les artistes, c’est plus intéressant comme personnage. Enfin, voici une figure attirante, plus que des personnes pieuses et correctes! On l’a souvent montrée en courtisane avec de riches vêtements et de très longs cheveux, ou encore comme la pénitente dénudée et super repentante. On retrouve des courants semblables en littérature et au cinéma. Marie-Madeleine fait rêver. Mais des images montrent aussi simplement Marie de Magdala, une femme disciple et apôtre, croyante et attachée au Christ.

Les œuvres portant sur la rencontre au jardin sont fréquemment nommées Noli me tangere (Ne me retiens pas), à cause de la parole du Christ à Marie de Magdala. En voici quelques unes, du 13e au 21e siècles :

  1. Maitre Henri, miniature, c.1285, fol. 45v, Livre d’Images de Madame Marie, Bibliothèque nationale de France, Paris. Ce livre a été fait à Cambrai, au nord de la France, pour une riche et pieuse aristocrate, Marie de Rethel, d’où le titre; elle y apparaît dix fois. Ses 87 miniatures présentent des scènes de la vie du Christ et des saints. Ici, Jésus ressuscité et souriant montre ses plaies à Marie agenouillée; il porte l’étendard victorieux de la croix. Les deux figures sont unies par le regard et par le bleu. L’arbre évoque le jardin.
  1. Fra Angelico (Giovanni di Fiesole), fresque, c.1440-1442, cellule 1, Couvent San Marco, Florence, Italie. Pour le dominicain Fra Giovanni, cette œuvre est importante. C’est surtout lui qui l’a faite, et non d’abord l’équipe de son atelier. L’œuvre est à la fois simple et subtile. Le tombeau ouvert à gauche, avec son rectangle noir. Le Christ lumineux, avec les marques de la croix et son outil de jardinier. Marie agenouillée, les bras ouverts, belle et gracieuse. Ils communiquent par le regard. Le Christ lui dit : Ne me retiens pas. Et puis le jardin, qui est central : il évoque celui de la création, comme dans ses Annonciations. Le rouge des fleurs est fait de la même couleur que celui du sang du Christ sur la croix. Ainsi création, incarnation, passion et résurrection s’inscrivent dans un même mystère, celui du salut. Cette théologie est exprimée picturalement.
  1. Bartolomeo della Porta, c.1505-1506, Musée du Louvre, Paris, France. Ce peintre dominicain a repris l’atelier de Fra Angelico à Florence. Il s’inscrit dans les nouveaux courants du 16e siècle. À gauche, la résurrection est évoquée; à droite, les femmes au tombeau. Le Christ et Marie sont en mouvement l’un vers l’autre mais avec une certaine réserve du Christ. Les deux figures sont élégantes. Le paysage est varié (arbres, ville, eau, montagne) et peint avec finesse.
  1. André Abellon, partie de prédelle, c.1430, Chapelle Saint Éloi, Basilique Ste-Marie-Madeleine, St-Maximin-la-Sainte-Baume, France. Cet autre dominicain, originaire de St-Maximin, fut prédicateur, prieur et peintre. Il a laissé plusieurs œuvres dans l’église mentionnée en fin du commentaire, où se trouverait le tombeau de Marie, dans la crypte. Cette église gothique fut construite à partir du 14e siècle pour accueillir ce tombeau et les nombreux pèlerins. La scène montre le Christ et Marie, avec les traits habituels, dans un paysage au grand arbre et à la mer proche.
  1. Lavinia Fontana, 1581, Galerie des Offices, Florence, Italie. Cette peintre de Bologne, formée à l’atelier de son père, fut une des premières femmes à connaitre une véritable carrière artistique, avec ses portraits et ses sujets religieux et mythologiques. Elle a peint la chapelle St-Hyacinthe de l’église Santa Sabina des Dominicains à Rome. Le pape Clément VIII l’a nommée peintre de la cour pontificale. Elle a aussi donné naissance à onze enfants. Ici, Jésus a l’air d’un solide jardinier, avec chapeau et pelle. Marie porte les aromates et ouvre les bras. En fond de scène, les femmes et l’ange au tombeau; le paysage évoque la ville de Jérusalem.
  1. Claude Gellée, dit Le Lorrain, 1681, Musée Städel, Francfort-sur-le-Main, Allemagne. Originaire de Lorraine, il fut d’abord pâtissier et on lui attribue l’invention de la pâte feuilletée! Il se retrouve à Rome où il se forme comme peintre et passera sa vie. Il se spécialise dans les paysages, les ports, avec une grande attention à la lumière. Il aura par la suite une grande influence en art. Cette oeuvre est une de ses dernières. On voit à droite le tombeau, l’ange et deux femmes; à gauche, Christ le jardinier et Marie. Ils sont situés dans un vaste paysage impressionnant, ce qui est assez unique.
  1. Alexandre Andreïevitch Ivanov, Musée Russe, Saint-Pétersbourg, Russie. Ce peintre de Saint-Pétersbourg, de style néo-classique, a passé une bonne partie de sa vie à Rome. Il a fait plusieurs scènes bibliques, dont sa plus célèbre : L’Apparition du Christ au peuple (cf. Chronique sur Jean Baptiste). L’Apparition du Christ à Marie Madeleine a un côté dramatique, un peu théâtral, avec des contrastes de couleur et lumière, sur un fond noir, et le mouvement des deux personnages. La scène est le moment où le Christ dit : Ne me retiens pas.
  1. Maurice Denis, 1895, Musée départemental Maurice Denis, St-Germain-en-Laye, France. Ce peintre du groupe des Nabis, marqué par le symbolisme et l’Art Nouveau, a fondé les Ateliers d’Art sacré, qui ont eu un rôle important pour le renouveau de l’art chrétien au 20e siècle. Le jardin prédomine, avec un arbre de vie au milieu. Marie est agenouillée, le Christ a les bras ouverts. Le tout est à la fois joyeux et recueilli.
  1. Jozef Sekalski, gravure, 1947, Scottish National Gallery of Modern Art, Edinburg, Écosse. Ce peintre polonais, imprimeur et graveur, a travaillé en Écosse. Le Christ et Marie sont tous deux debout, ce qui est rare, et communiquent par le regard. Marie a l’allure d’une paysanne. Au loin, les trois croix sur le mont; puis une route, avec trois figures (Emmaüs?). L’arbre, à l’avant, est coupé, mais une nouvelle pousse apparaît, celle de l’espérance.
  1. Anne-Marie Forest, 21e siècle, Joliette, Canada. Cette artiste et catéchète est membre du Réseau Art chrétien et Éducation de la foi, regroupant des artistes visuels de diverses régions du Québec. L’œuvre montre le moment où le Christ s’approche de Marie, concentrée sur sa perte et sa recherche, et va l’appeler par son nom. Le jardin et les deux figures sont présentés avec délicatesse et intériorité, invitant à la méditation.
  1. Emmaus O’Herlihy, dyptique, Apostola Apostolorum, 2015, Aquinas Priory, Toronto, Canada. Ce bénédictin irlandais a vécu chez les Dominicains de Toronto. Ses œuvres sont grandes et fortes par leur expression et leur appel. Marie de Magdala est en mouvement pour aller annoncer la résurrection du Christ aux apôtres. Son visage est résolu, ses mains portent la mission. Ses vêtements suggèrent l’habit des Dominicains, dont elle est la patronne.
  1. Katerina Kuziv, 21e siècle, site iconart-gallery.com, Ukraine. Cette jeune artiste de Lviv en Ukraine est engagée dans un renouveau de l’iconographie. Le bleu est très présent dans ses œuvres. Ici, à droite, la croix est visible et le jardin est évoqué par les plantes. Le Christ confie une mission à Marie, qui la reçoit avec attention. Katerina voit ainsi le sens et le but de son art: « Le temps où je crée l’icône est ma façon de prier, de m’interroger, de chercher, le temps d’être avec Dieu, devant Dieu, … Le but est d’exprimer « l’incarnation » de la Parole de Dieu dans une image visuelle, où un contact avec la réalité de Dieu doit avoir lieu pour éveiller un désir de Dieu, … »

Daniel Cadrin, o.p.


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Marie-Madeleine et Jésus

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