Rencontres avec Jésus – André, le premier appelé


Jésus appelle les pêcheurs André et Simon, une illustration librement inspirée d’une peinture de Duccio di Buoninsegna

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci en la personne d’André que Jésus appelle en tout premier!

ANDRÉ, LE PREMIER APPELÉ : Mc 1, 16-18; Jn 1, 35-42

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 1, 16-18

14 Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ;

15 il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

16 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs.

17 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »

18 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 1, 35-42

37 Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus.

38 Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »

39 Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).

40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.

41 Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.

42 André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

La figure de l’apôtre André est associée à celle de son frère Simon (Pierre). Tous les deux sont des pêcheurs (Mc 1,16), qui viennent de Bethsaïde (Jn 1,44) en Galilée, et ils ont une maison commune (Mc 1,29); leur père s’appelle Jean (Jn 1,42). Et surtout, dans les évangiles de Marc et de Matthieu, ils sont les premiers disciples de Jésus, les premiers qu’il appelle (Mc 1,16-18).

André fait ainsi partie des quatre premiers appelés, avec Simon son frère et Jacques et Jean, deux autres frères (Mc 1, 19), dont le père est Zébédée. Dans ce groupe privilégié, on trouve ainsi deux couples de frères et ils sont tous pêcheurs. Ils partagent un même univers social, culturel et religieux; ils forment un premier noyau de disciples qui se comprennent et sont déjà liés. On voit que Jésus a fait des choix dans son approche. On retrouve le quatuor ensemble avec Jésus, dans la maison de Capharnaüm (Mc 1,29). Au Mont des Oliviers (Mc 13,3), ils interrogent Jésus à propos du signe de la fin. Et André se retrouve évidemment dans les listes des apôtres (Mt, 10,2; Mc 3,18; Lc 6,14; Ac 1,13).

André le Protoclet, une illustration librement inspirée d’une peinture de Lippo d’Andrea.

Dans tout cela, la figure d’André ne ressort pas tellement! Il est plutôt un figurant. Sauf dans l’Évangile de Jean où il apparaît comme un individu, avec des actions qui lui sont propres. André est le premier appelé (Jn 1,40), d’où le surnom qui lui est donné dans la tradition: le Protoclet. Disciple de Jean Baptiste, qui a désigné Jésus comme l’Agneau de Dieu, André se met à la suite de Jésus, avec un autre. Après sa rencontre avec Jésus, il va ensuite amener son frère Simon Pierre à celui-ci (Jn 1,41).

Lors de la multiplication des pains (Jn 6,8-9), c’est André qui signale à Jésus la présence d’un garçon qui a quelques pains et poissons. Même si André est sceptique face à cette petite quantité pour nourrir une foule, c’est ce peu provenant d’un jeune qui sera source de vie en abondance. Et il restera douze paniers, pour le peuple à venir.

Quand quelques Grecs, à Jérusalem, veulent voir Jésus (Jn 12, 20-22), ils s’adressent à Philippe. Celui-ci le dit à André et les deux le disent à Jésus. Philippe et André viennent tous deux de Bethsaïde; ils ont ainsi un lien entre eux. André s’inscrit ici dans une chaîne de communication, où il s’agit de voir Jésus.

Revenons au récit de l’appel d’André, le Protoclet. Il est très inspirant et nous rend attentifs à plusieurs aspects de la vocation, mot qui signifie appel. Des visages et des relations, des regards et des déplacements, voilà ce que l’Évangile de Jean nous présente pour parler d’itinéraires de vocations. L’appel et la réponse à l’appel s’inscrivent à l’intérieur de réseaux et mettent des personnes en mouvement. Cette série de courtes scènes est très cinématographique. On imagine des gros plans sur des visages, qui s’échangent des regards, et des prises de vue qui saisissent l’étonnement et l’intérêt, le mouvement des corps d’un lieu à l’autre, d’une personne à l’autre.

Cette histoire de vocations ne commence pas à zéro. Elle est déjà commencée. Nous avons deux personnes, dont André, qui sont déjà disciples de Jean Baptiste, qui sont avec lui, dans sa mouvance spirituelle. Les deux sont engagés dans un mouvement de réforme religieuse et morale, autour d’un homme de Parole, un prophète qui appelle à se convertir. Les deux ont déjà fait un pas, ils ont exprimé une décision de changer l’horizon de leur vie. Mais ce qui est un point d’arrivée, suite à une démarche personnelle, devient ici un point de départ pour un nouvel engagement. Ils sont allés à Jean Baptiste : c’est lui qui les envoie maintenant à un autre. Il pose son regard sur Jésus, lui-même en mouvement, un Jésus qui va et qui vient. Il le nomme d’un titre fort : Agneau de Dieu.

Les deux d’abord écoutent cette parole. Le prophète, qui sert de médiateur, est crédible à leurs yeux. Puis ils se déplacent, ils se mettent en marche, à la suite de Jésus que Jean Baptiste a regardé. Maintenant, c’est au tour de Jésus de se tourner vers ces deux et de regarder à son tour. Il leur pose une question, qui va à l’essentiel : Que cherchez-vous? Il voit des personnes en recherche et il les invite à nommer leur quête. Le dialogue est amorcé. Les deux, à leur tour, comme Jean Baptiste, donnent un titre à cet homme Jésus : ils l’appellent Maître. Ils veulent connaître son lieu, sa demeure, ce qui évoque une symbolique centrale dans l’Évangile de Jean. Et Jésus maintenant les appelle à se déplacer encore : venez. Le regard est encore présent : vous verrez, par vous-mêmes.

Les deux passent ensuite à l’action. Ils se déplacent avec Jésus et ils voient où il demeure. Ils trouvent réponse à leur quête. Et enfin, le mouvement s’arrête pour un temps; un jour de présence, où simplement être avec Jésus. Autrement, l’histoire de ces vocations ne pourrait se poursuivre avec profondeur. Mais la dynamique de l’appel ne s’arrête pas là. André devient à son tour médiateur auprès d’une nouvelle personne de son réseau familial et de métier, Simon. Il lui annonce ce qu’il a vu et vécu. Et il fait un pas de plus : il donne un autre titre à Jésus, il le nomme Messie, Christ (Jn 1,41). Son temps de présence avec Jésus, là où il demeure, lui a fait découvrir plus profondément l’identité de celui qu’il a d’abord vu comme un Maître. Puis Simon et André vont à Jésus, pour que Simon voie par lui-même, à son tour. Mais c’est Jésus qui pose son regard sur Simon et qui voit en lui plus que Simon ne peut voir en lui-même. Et Jésus lui donne un nouveau nom : Céphas (Pierre).

Des regards et des déplacements, des noms et des appellations, des réseaux et des relais, voilà de quoi est fait un itinéraire de vocation, l’histoire d’un appel et d’une réponse. Cette série de courtes scènes, vives et animées, avec des visages en mouvement, liés les uns aux autres, est dense. Une chose est sûre : moi qui lis ces scènes et les projette sur mon écran intérieur, je suis quelque part dans ce récit d’appels. Mon histoire de vie et de vocation peut y trouver une dynamique qui aide à reconnaître mon propre parcours. Et ces paroles et ces regards, ces étapes et ces déplacements, m’appellent à poursuivre plus loin mon récit. Jusqu’au lieu secret, comme André. Et à communiquer ma découverte, comme André.

Images d’André

L’iconographie d’André est abondante. D’abord en lien au récit de l’appel des pêcheurs, que l’on retrouve à toutes les époques; et dans une moindre mesure, à celui de l’appel d’André en Jean, qui est toutefois bien présent dans la période contemporaine. Dans ces diverses œuvres, André fait partie d’un groupe, à la pêche ou sur la route; et son allure est celle d’un homme mûr et costaud.

Mais beaucoup d’œuvres montrant André relèvent plutôt de la suite de sa vie, qui n’est pas dans les Évangiles. Il serait allé en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie, en Ukraine, et serait mort martyr à Patras, en Péloponnèse. Comme Pierre, il serait mort crucifié, lors de la persécution de Néron, mais sur une croix en X, nommée croix de Saint André. Il est considéré comme le premier patriarche de Constantinople et saint patron de l’Église d’Orient, en parallèle avec Pierre pour l’Église de Rome. Il est aussi patron de l’Église roumaine, de l’Écosse, et de bien des lieux et groupes. Tout cela a suscité des vitraux, sculptures, tableaux, de la figure individuelle d’André, habituellement avec sa croix.

Voici quelques œuvres qui montrent la variété des figures et des époques :

  1. Codex Aureus Epternacensis, folio 20, recto, c.1020-1030, Musée National Germanique, Nuremberg, Allemagne. Cet Évangéliaire a été fait à l’Abbaye d’Echternach, ville autrefois allemande et maintenant située au Luxembourg; l’abbaye fut supprimée lors de la Révolution française. Le manuscrit est appelé Livre d’or car ses lettres sont écrites en or. La figure de Jésus est celle du jeune imberbe, qui remonte à l’Antiquité chrétienne. Les deux frères, pêcheurs, se ressemblent; André est celui de droite.
  1. Duccio di Buoninsegna, panneau de la prédelle de la Maesta (Sienne), 1308-1311, National Gallery of Art, Washington, États-Unis. Duccio est marqué par l’art byzantin mais aussi par les nouveaux courants, avec des personnages plus individualisés et en mouvement. Jésus appelle Pierre et André, au beau milieu de leur travail de pêche; on voit la tunique un peu retroussée et le filet. Les poissons sont nombreux. Pierre est en bleu et André en rouge.
  1. Colin Nouailhier, émail, c.1560-1570, Musée du Louvre, Paris, France. Cette œuvre est rare. D’abord, c’est un émail, fait par un des grands experts de Limoges, au 16e siècle. Et elle présente la scène (Jn 6, 8-9) où André sert d’intermédiaire entre un garçon qui a quelques pains et poissons et Jésus. L’enfant les remet à André qui les remet à Jésus. André est au centre de l’œuvre. La suite est aussi présentée, la multiplication des pains et la distribution aux gens; et André est actif.
  1. Le Caravage, La vocation de saint Pierre et saint André, c.1603-1606, Coll. Royale, Buckingham Palace, Angleterre. Ce tableau suscite plusieurs questions. On voit Pierre à gauche, avec des poissons en mains, André au milieu, et Jésus à droite, imberbe comme dans la tradition antique. Ou bien s’agit-il de trois apôtres : Pierre, André et Jean? Et quelle est la scène évangélique? L’appel des pêcheurs : mais ils ne sont pas dans leur barque. L’appel d’André et d’un autre en Jean 1,35-40 : mais que fait Pierre qui n’était pas là? En tout cas, André au centre a l’air bien pensif : Dans quoi je m’embarque? Ou trouve-t-il que son frère Pierre prend trop de place? Autre question : cette œuvre est-elle de Caravage ou d’un disciple, ou est-ce une copie? La question est encore débattue, pour ce tableau d’un peintre italien hors-la-loi, aux mains d’une famille royale célèbre

5. Le Caravage, Le crucifiement de saint André, c.1607, Metropolitan Museum of Art, États-Unis. On retrouve l’art du Caravage, avec ses ombres et lumières, ses personnages vivants, son sens dramatique. C’est une descente de la croix orthogonale, le début du détachement d’André. L’homme en armure et au chapeau de plume, en bas à droite, pourrait être le Comte de Benevente, un espagnol vice-roi de Naples, qui a commandité l’œuvre. À gauche, une femme âgée, figure fréquente dans l’art du Caravage, comme un témoin attentif. À gauche de l’homme en armure, un espace libre, pour le spectateur.

6. Yoan de Gabrovo, icône, 19e siècle, Hadzhi Nikoli Inn Museum, Veliko Tarnovo, Bulgarie. On attribue à André des voyages en Bulgarie où il aurait prêché l’évangile et formé des communautés. Cette superbe icône exprime cet attachement à Saint André.

7. Vitrail, 1945, Chapelle Saint-André, Église Saint-Eustache, Paris, France. Ce beau vitrail fait partie d’un ensemble commandité par la Société de la charcuterie française, fondée en 1809, dont les saints patrons sont André et Antoine et qui célèbre dans cette chapelle. Deux attributs d’André sont soulignés : le filet, qui rappelle son métier, et la croix, qui évoque son martyre.

8. Harry Anderson, L’appel de Pierre et André, c.1960-1970, Church History Museum, Salt Lake City, États-Unis. Cet artiste américain de l’Église Adventiste du 7ème Jour a aussi fait plusieurs œuvres pour l’Église des Saints-des-Derniers-Jours (Mormons). Cette toile, avec son style réaliste et très vivant, rend bien le contexte de cet appel de pêcheurs en plein travail. André est le grand gaillard, debout dans la barque.

9. JesusMafa, c.1975, Collectif pour la catéchèse, Cameroun. La scène est inculturée en contexte africain, avec le village, le paysage et les personnages. À droite Jean Baptiste, en retrait, et à gauche Jésus. Les deux disciples de Jean Baptiste se dirigent vers Jésus, qui leur dit, comme sa main l’indique : Venez et voyez.

10, Cerezo Barredo, 1999, site servicioskoinonia.org/cerezo/indexAgraf.html. Ce clarétain espagnol a travaillé dans plusieurs pays d’Amérique latine. Son œuvre met en relief le peuple, ses espoirs et ses luttes. Il a été surnommé le peintre de la libération. Il a illustré tous les dimanches du cycle liturgique. Ici, nous voyons Jean Baptiste à l’arrière et Jésus à l’avant; entre eux, les deux premiers disciples, dont André et l’autre non-identifié en Jean. Le récit est actualisé : les disciples sont deux jeunes, un garçon et une fille. Ou demeures-tu? demandent-ils à Jésus, qui leur répond : Venez et voyez.

11. Berna, 2017, site évangile-et-peinture, Suisse. Les œuvres de Bernadette Lopez couvrent aussi tous les dimanches du cycle liturgique, avec un grand sens des couleurs. Jean Baptiste indique Jésus à ses deux disciples. Ils vont laisser Jean Baptiste et suivre Jésus.

12. Francis Hoyland, Voici l’Agneau de Dieu, 2009, Angleterre. Cet artiste originaire de Birmingham a réalisé plusieurs œuvres sur la vie du Christ. Ici, Jean Baptiste désigne Jésus comme l’Agneau de Dieu à ses disciples qui se dirigent alors vers Jésus, accompagnés d’un chien. Jésus se tourne vers eux. La scène se passe au bord de l’eau. La suite nous appartient …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Jésus appelle les pêcheurs André et Simon. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Duccio di Buoninsegna.
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André, un modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Lippo d’Andrea.
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Rencontres avec Jésus – Jean le Baptiste

Le baptême de Jésus par Jean Baptiste, illustration librement inspirée d’une peinture de Joachim Patinir

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers du regard que Jean Baptiste pose sur Jésus!

JEAN LE DÉRANGEANT : Luc 3, 10-22

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 3

10 Les foules lui demandaient : « Que devons-nous donc faire ? »

11 Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »

12 Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? »

13 Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »

14 Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »

15 Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ.

16 Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.

17 Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

18 Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

19 Hérode, qui était au pouvoir en Galilée, avait reçu des reproches de Jean au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et au sujet de tous les méfaits qu’il avait commis.

20 À tout cela il ajouta encore ceci : il fit enfermer Jean dans une prison.

21 Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit.

22 L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Une voix se fait entendre. Elle nous parle de partage, de justice, de non-violence. C’est la voix d’un prophète radical et libre, qui vient réveiller et déranger. Jean le baptiseur, Jean le dérangeant, Jean à la parole qui parle vrai. Il vient aussi encourager, redonner courage, car il annonce quelqu’un à venir, quelqu’un à attendre comme la réalisation d’une promesse.

Des gens vont à lui avec des questions sur leur vie. Que faire? Comment vivre dans ce monde confus et agité? Il entend ces questions, les quêtes et souffrances qu’elles expriment. Ses réponses sont claires et honnêtes et elles vont à l’essentiel. En même temps, il fait plus que proposer des pistes pour vivre. Il annonce quelqu’un et il ne se prend pas pour cet autre qui ira plus loin que lui. Il prépare sa venue. Et la meilleure façon de se préparer à recevoir cette grande visite, c’est une pratique de partage, de justice, de non-violence. Ainsi, il ouvre un avenir à espérer.

Prophète radical, Jean critique vivement les puissances politi­ques et religieuses, mais il accueille à sa suite les gens de toutes classes et origines, qu’ils soient publicains, pharisiens, prosti­tuées, étrangers. Jean s’attend à ce que le Messie qui doit venir agisse avec puissance et fracas. Le grand ménage s’en vient. Attention, ça va chauffer, comme un feu qui purifie. Le temps des mensonges et de la corruption arrive à sa fin. Aux gens qui désespéraient d’un changement, il annonce un revirement de situations. Plus tard (Lc 7,18-19), il sera surpris par l’approche de Jésus, différente de la sienne.

Jean baptise Jésus. Le baptême comme tel n’est pas raconté. Tout se passe après le baptême, en Luc de même qu’en Mt et Mc; en Jn, il n’y a pas de récit du baptême mais le témoignage de Jean Baptiste (Jn 1,32-34). Jésus, à ce moment-clé de sa vie, est en prière. Comme il le sera en Luc à tous les moments importants de sa vie, du choix des disciples à l’abandon au Père sur la croix, de la gloire sur la montagne de la transfiguration à l’épreuve au mont des Oliviers. Jésus est lié à son peuple, il n’est pas un spirituel concentré sur sa seule aventure personnelle. Il est baptisé par Jean, il entre avec son peuple dans ce mouvement de renouveau. Le ciel s’ouvre: cela signifie que la communication est rétablie entre la terre et le monde de Dieu. Et tout cela est approuvé par les plus hautes autorités, avec la présence de l’Esprit évoquée par une colombe et celle du Père suggérée par la voix, qui est celle des Écritures, citant Is 42,1 ou le Ps 2,7.

Jean a initié un mouvement religieux qui a marqué les origines de notre foi chrétienne. Jésus lui-même a été influencé par lui, par sa parole, par son baptême, par son appel à la conversion. Il a commencé sa vie publique comme disciple de ce Jean. Il suivra sa propre voie, unique, mais il reprendra plusieurs aspects du message et du style de Jean : l’annonce du Règne de Dieu, son ouverture à toute personne, son attention aux pécheurs et aux exclus, et sa liberté. Ainsi, Jésus lui-même va s’inscrire dans une lignée, pour aller plus loin encore.

La figure de ce Jean surgit aussi de notre propre mémoire, de notre histoire, car il est patron des Canadiens-français et sa fête est même devenue fête nationale. Mais ce Jean des évangiles n’est pas un enfant frisé et gentil, un doux berger. Sa peau est rude, marquée par les vents et le souffle du désert. Il est un adulte, prophète, audacieux et libre. Courageux devant les pouvoirs, il ne cèdera pas face aux conformismes et il en paiera le prix de sa vie, comme celui-là même qu’il annonçait. Homme de parole, homme de la Parole, il est l’une des figures les plus for­tes de la Bible, tant dans ses grandeurs que dans ses faiblesses. Peut-être sa vigueur effraie-telle nos spiritualités toutes intérieures et confortables ou risque-t-elle de mettre en désordre nos petits mondes bien ordonnés, où tout doit être tranquille et harmonieux ?

Voici une figure dérangeante, réveillante, qui vient nous sortir de nos habitudes et de notre indifférence. Et si nous laissions sa voix, qui vient de nos origines et du plus profond de nous, nous toucher quelque part, là où notre cœur est froid et notre tête confuse, là où nous sommes engourdis. Nous qui aujourd’hui nous inscrivons dans cette longue lignée, comme croyants, et aussi comme citoyens d’une culture dont le patrimoine n’est pas seulement ou d’abord fait de pierres et de documents, mais de convictions sur la dignité de la vie humaine, d’une ouverture face à plus grand que nous et d’une attente face à l’avenir. Nous pouvons nous demander : En quoi l’appel de Jean le Baptiste me dérange-t-il ? À quel changement m’invite-t-il? Et en quelles voix aujourd’hui sa voix se fait-elle entendre?

Images de Jean Baptiste

Dans les arts visuels, on trouve plusieurs figures de Jean le Baptiste : prêchant aux foules et parfois leur pointant du doigt Jésus qui vient; baptisant des gens, souvent dénudés, prêts à entrer dans l’eau ou en sortant; baptisant Jésus, seul avec lui ou entouré. D’autres œuvres montrent seulement Jean Baptiste, comme figure importante, surtout en sculpture et vitrail. Son style d’habit indique qu’il est un homme du désert, dépouillé, un prophète.

Dans le récit du baptême, avec Jean et Jésus, deux autres figures sont présentes : l’Esprit, symbolisé par une colombe, ce qui est plus simple à montrer; le Père, par la voix des cieux (celle des Écritures) mais sans visage; il est rarement évoqué.

Les lieux rattachés à Jean sont le désert et le fleuve Jourdain. Plusieurs artistes ont mis en scène des foules, avec des personnages illustrant la diversité des gens qu’il attirait, dans des paysages qui varient, du rocailleux au bucolique.

Dans ses attributs, objets ou signes qui indiquent sa vie et son identité, on trouve le bâton, celui du pèlerin, du marcheur, et souvent l’agneau à ses pieds. Jean a dit : Voici l’agneau de Dieu (Jn 1,29) en désignant Jésus. Cet agneau signale son rôle de précurseur, d’annonceur du Messie. Mais cet agneau a donné naissance à des quiproquos ou du moins des confusions, faisant de Jean un berger!

Dans l’iconographie de Jean Baptiste, d’autres scènes sont aussi présentes : Jean enfant avec son cousin Jésus; sa mort tragique (il est décapité); au pied de la croix avec Marie, les deux figures qui font le lien entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Mais elles ne sont pas incluses ici.

Voici quelques œuvres montrant certains des aspects soulignés.

  1. Mosaïque, fin du 5e siècle, coupole, Baptistère des Aryens, Ravenne, Italie. La figure de Jésus est celle d’un jeune homme imberbe, fréquente dans l’Antiquité. Sa nudité est une affirmation théologique, celle de l’humanité de Jésus. Jean pose la main sur sa tête; l’Esprit, la colombe, verse de son bec une huile d’onction. L’homme âgé à gauche, qui verse l’eau depuis une outre, personnifie le fleuve Jourdain; c’est une figuration courante dans la culture antique et intégrée ici. La voix du ciel n’est pas évoquée. La scène est entourée du cercle des apôtres, chacun avec la couronne de gloire.
  1. Herrade de Landsberg, miniature, c.1167-1185, Hortis Deliciarum, Strasbourg, France. Cet ouvrage (Jardin des Délices) est la première encyclopédie réalisée par une femme, l’Abbesse Herrade de l’Abbaye Mont St-Odile en Alsace. Elle a aussi fait les miniatures. Aux éléments semblables à l’œuvre précédente, s’ajoutent des anges en service, une colonne avec la croix et le Père évoqué en haut par les mains du demi-cercle. Le fleuve Jourdain est présent mais en plus petit, dans l’eau. Jésus est vraiment plongé dans l’eau, jusqu’au cou!
  1. Andrea Pisano, bronze, 1330, porte-sud, Baptistère de Florence, Italie. Cette porte du baptistère dédié à Jean Baptiste, patron de Florence, comprend dix scènes de sa vie. Au baptême, on retrouve des éléments des œuvres de l’Antiquité. Jésus est un adulte barbu, autre figure présente aussi aux 5e-6e siècles. Un ange à gauche est en service.
  1. Paolo Veronese, c.1562, Galerie Borghese, Rome; c.1583, Palais Pitti, Florence, Italie. Dans l’œuvre à gauche, le maître vénitien montre Jean prêchant à des gens et indiquant Jésus qui vient. Il porte un étendard sur lequel est écrit Ecce (Voici). Des femmes sont présentes; près de l’épaule de celle agenouillée, un enfant nous regarde. Dans l’œuvre à droite, Jésus agenouillé et costaud reçoit le baptême; avec des anges en service, une femme qui regarde Jean, une colombe rayonnante. Dans les deux œuvres, les vêtements sont élaborés et les scènes encadrées par des arbres.
  1. Alexander Ivanov,1837-1857, Galerie Tretyakov, Moscou, Russie. Ivanov a peint plusieurs scènes bibliques; celle-ci est son œuvre majeure, longtemps travaillée : L’apparition du Christ au peuple. On y voit des gens d’âge et de condition diverses venir à Jean, incluant soldats et pharisiens; et certains se font baptiser. À la gauche de Jean Baptiste, qui tient une croix, trois futurs apôtres (Jean, André, Nathanaël). Jean montre le Christ qui s’approche, dans un vaste paysage qui le fait ressortir
  1. James Tissot, c,1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. L’œuvre à gauche montre Jean prêchant dans un décor désertique et indiquant à la foule Jésus qui vient. Tissot, un artiste français qui a vécu en Terre sainte, est attentif aux paysages et au contexte. À droite, dans le baptême au Jourdain, Jean est vu de dos : l’accent est ainsi mis sur Jésus, la figure centrale. Ces approches expriment picturalement la position et la parole de Jean.
  1. Statuette, carton, 19ème siècle, Musée national des Beaux-Arts du Québec, Québec, Canada. Voici une figure qui fut présente depuis la fin du 19ème siècle dans les processions de la St-Jean-Baptiste au Canada-français le 24 juin. Un enfant mignon, avec un agneau, comme s’il était un petit berger. Le contraste est grand avec l’œuvre qui suit.
  1. Pablo Gargallo, bronze, 1933, jardin du Baltimore Museum of Art, États-Unis. Ce sculpteur catalan, marqué par le cubisme, fut un innovateur influent. Cette œuvre, sa dernière avant sa mort, s’intitule : Le Prophète. Elle exprime avec force la passion et la radicalité de Jean, bouche ouverte, qui appelle au changement et annonce le jugement.
  1. Jeanne Vanasse, polyptique, 1996, Cathédrale St-Jean-Baptiste de Nicolet, Canada. Cette religieuse des Sœurs de l’Assomption, pionnière en arts visuels et maintenant centenaire, a présenté ainsi son œuvre : « Comme le Mystère Pascal, le Baptême est centré sur la croix et la résurrection où Jésus apparaît comme Ressuscité, habillé d’eau et de lumière … L’humanité se remet en marche vers le fleuve aux purifiantes eaux au-dessus desquelles plane l’Esprit-Saint. »
  1. John Nava, tapisseries, 2002, Cathédrale de Los Angeles, États-Unis. Ces cinq tapisseries de 14 mètres de hauteur, d’un artiste californien, sont au-dessus du font baptismal de cette nouvelle cathédrale, la plus grande des États-Unis. Au centre de cette œuvre impressionnante, à la fois simple et spectaculaire, Jean et Jésus, et l’eau. Et vers le haut, des formes circulaires, évoquant le mystère d’une Présence …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Le baptême de Jésus par Jean Baptiste. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Joachim Patinir.
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Rencontres avec Jésus au temple

Jésus à l’age de 12 ans, au milieu des docteurs de la loi. Image librement inspirée d’une ancienne illustration.

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de l’accueil des docteurs de la loi, lors du recouvrement de Jésus au temple.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 2 , 40-52

40 L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

41 Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque.

42 Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume.

43 À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents.

44 Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances.

45 Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher.

46 C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions,

47 et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.

48 En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! »

49 Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »

50 Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.

51 Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements.

52 Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.


DES PARENTS, DES MAÎTRES, ET UN ADO

Par Daniel Cadrin, o.p.

Commentaire de l’Évangile

Le récit de Luc nous parle d’un jeune et de ses parents, d’un jeune en fugue et de ses parents inquiets. Deux trajectoires sont présentées. Un enfant arrive à l’âge de la maturité (12 ans), de la responsabilité personnelle. Il prend distance par rapport à sa famille; il quitte l’enfance et prend son propre chemin, qui le mène au Temple de Jérusalem.

Au temple, Jésus est assis au milieu des maîtres, les didascales, spécialistes des Écritures et de la Loi; il les écoute et les interroge, écrit Luc. Mais lui aussi répond à leurs questions : Tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur l’intelligence de ses réponses. En un lieu si solennel et avec un tel auditoire, le jeune Galiléen n’a pas l’air égaré ou intimidé; il se débrouille très bien!

Pendant ce temps, des parents pieux, qui font le pèle­rinage annuel à Jérusalem, se mettent à la recherche de cet enfant, pourtant un bon garçon, qu’ils ont perdu dans la foule et qui les a laissés sans même les avertir! Ils sont angoissés, quel parent ne le serait pas? Et quand ils le trouvent, après trois jours d’appréhension, ils sont stupé­faits: qu’est-ce que leur petit fait là avec les Maîtres?

Les retrouvailles donnent lieu à un affrontement: la mère demande pourquoi? Elle cherche la motivation de la fugue mais elle l’interprète comme un geste posé contre eux, les parents, dont elle met en évidence la souffrance. Le fils est vu comme un enfant qui leur appartient, qui ne se situe que par rapport à eux, sans vie propre. Le fils répond par un autre pourquoi qui exprime sa prise de distance, brisant le rapport de possession et créant un nouvel espace. Il a maintenant sa propre aventure à vivre, reliée à un autre Père et à une autre maison, le Temple. Toutefois, la rencontre ne se termine pas par une rupture. Les parents ne comprennent pas mais la mère garde les évé­nements dans la mémoire du coeur. Le jeune demeure dans la dépendance des parents (v.51). Mais sa croissance continue, physique, morale et religieuse, refrain qui encadre ce récit (v, 40 et 52).

Voilà un récit familier, celui d’un jeune qui advient à sa propre vocation, qui vit le passage vers une vie qui est sien­ne et commence à sortir de l’orbite familiale; il s’aventure à discuter à égalité avec des adultes savants. Et celui de parents qui réagissent comme bien des parents: ils sont inquiets, ils ne saisissent pas trop leur jeune et ils doivent apprendre à s’en détacher, à le laisser suivre sa route. Mais alors que vient faire ce texte dans l’évangile de Luc? Simple anecdote sur le développement psycho-religieux de Jésus, avec l’admiration des maîtres et la confusion des parents? Cela est présent mais secondaire dans la perspective de cet évan­gile. En regardant le récit avec attention, on s’aperçoit qu’il fourmille d’indices qui en font plus qu’une anecdote: c’est un récit proprement évangélique, qui parle de Jésus et d’un autre passage.

Cette histoire met ensemble plusieurs thèmes essentiels en Luc. Les lieux et temps sont significatifs: Jérusalem et le temple, la fête de la Pâque; à cette occasion, la population de la ville doublait. L’évangile de Luc commence au temple à Jérusalem (1,9) et s’y termine (23,54). Le contexte de la fugue est celui du pèlerinage à Jérusalem: l’évangile est structuré autour de la montée de Jésus à Jérusalem, i.e. de la route qui mène à la passion. Le sommet de cette montée aura comme temps la fête de la Pâque; notre récit d’ailleurs fait même allusion aux trois jours pour retrouver Jésus perdu. La première parole de Jésus en Luc (2, 49) est ici et elle parle de son Père : Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père?  Et quelle sera la dernière parole de Jésus en Luc (23,46) ? « Mon Père, entre tes mains je remets mon esprit », lors de l’autre Pâque à Jérusalem.

Le récit de Luc est ainsi plus qu’une histoire touchante. Au moment où Jésus entre dans le début de sa vie adulte, Luc nous fait entrevoir, en une sorte d’anticipation, son iden­tité et sa mission, sa vocation profonde. Comme une première saisie du chemin qu’il prendra et suivra jusqu’au bout, d’une Pâque à l’autre, dans la fidélité à son Père. Une nou­velle famille en naîtra, enfants d’un même Père, famille de ceux qui cherchent Jésus et le trouvent au jour de résur­rection. Famille universelle, rassemblant dans la maison du Père tous ceux, frères et sœurs, qui écoutent la Parole et la mettent en pratique (8,21); famille pouvant même inclure des maîtres et des parents!

Après la lecture de ce récit, je peux me demander ce qui me rejoint particulièrement dans ces situations et dans les réactions des parents et des maîtres. Et qu’est-ce que ce récit m’aide à mieux saisir de Jésus et de son parcours? Mais aussi, si j’étais présent-e à ces échanges au temple, parmi les maîtres, quelle question je poserais à Jésus?

Images

Même si les œuvres à propos de ce récit ne sont pas surabondantes, elles sont présentes depuis le Moyen Âge. Au 19e siècle, avec les courants intéressés au contexte et à l’histoire, le cadre du temple est bien développé. Au 20e siècle, cette scène se retrouve dans plusieurs ouvrages religieux pour les jeunes, car voici un Jésus qui n’est ni un enfant ni un adulte et en qui ils peuvent se reconnaitre.

Le récit se passe dans le Temple de Jérusalem, au moment de la grande fête de Pâque, ce qui est intéressant au plan artistique. Le temple peut être montré avec maints détails : l’architecture, les colonnes, les gens et les activités à l’intérieur, la vie autour de ce lieu central pour la vie religieuse, sociale et économique de Jérusalem. Il peut aussi être seulement évoqué. Et plus rarement, il est absent, pour des raisons liées au contenu ou au style.

Dans cette scène, à part le temple, nous avons trois personnages : Jésus, les parents, les maîtres. Les œuvres varient dans leur choix : elles montrent Jésus et les parents, ou Jésus et les maîtres, ou même les trois! Jésus est âgé de 12 ans, mais il n’en a pas toujours l’air. On peut noter sa posture et ses expressions, comme aussi sa coupe de cheveux et son habillement, ce qui compte pour un ado!

Dans ses échanges avec les maitres, ceux-ci peuvent être en cercle autour de lui, suggérant des discussions animées. Ou Jésus peut être placé devant eux, comme à un examen devant des autorités, une soutenance de thèse! Ou au-dessus d’eux, comme étant lui-même un maître. Les réactions diverses des maitres sont souvent exprimées : l’intérêt, la curiosité, la surprise, l’interrogation, la méfiance, … On peut deviner la mise à distance devant ce petit jeune qui leur fait la leçon ou encore le plaisir de la conversation avec un jeune qui saisit vite. Les enseignants comprennent bien ces réactions! Les habits des maitres indiquent la façon dont on imaginait ou projetait l’allure des docteurs de la Loi.

Dans le dialogue avec les parents, ceux-ci habituellement se montrent préoccupés, comme le texte l’indique, car ils peinent à comprendre leur jeune.

Voici des œuvres d’époques et de styles différents.

  1. Duccio di Buoninsegna, 1308-1311, Museo dell’Opera del Duomo, Sienne, Italie. Ce grand peintre siennois est marqué par l’art byzantin mais aussi par les nouveaux styles de Giotto et Cimabue. Les parents sont bien présents à gauche, mains levés, surpris et questionnant. Les maitres, avec un air perplexe, sont situés de chaque côté de Jésus, qui est légèrement au-dessus d’eux. Le temple, avec ses colonnes, a une structure d’édifice médiéval, avec un très beau carrelage et même des statues!
  1. Simone Martini, 1342, Walker Art Gallery, Liverpool, Angleterre. Cet autre artiste siennois a été élève de Duccio. Ici, il n’y a que la sainte famille et pas de décor. Jésus, bras croisés, visage fermé, a le maintien d’un ado qui s’affirme, un peu buté, qui se tient droit devant Marie, qui a un livre à la main et l’autre main tournée vers Jésus. Joseph, l’air très inquiet, une main sur l’épaule de Jésus et l’autre vers Marie, sert de médiateur entre le jeune et la mère! Il négocie une réconciliation. Voici une image ancienne, médiévale, mais plus naturelle et expressive que bien des oeuvres modernes.
  1. Paolo Veronese, c.1566-1567, Musée du Prado, Madrid, Espagne. Ce célèbre peintre de Venise a un grand sens des couleurs et du mouvement. Le temple est impressionnant, solennel. Jésus est nettement le maitre qui enseigne, assis plus au-dessus qu’au milieu; et il n’a plus l’air d’un enfant. Les maîtres sont en interaction, la scène est animée. On devine les parents qui arrivent à l’arrière.
  1. William Holman Hunt, 1860, Birmingham Museum, Angleterre. Ce peintre londonien est un des fondateurs du mouvement pré-raphaélite, attentif au naturel, aux symboles, et aux détails. Nous sommes en plein temple. On voit les diverses réactions des maîtres et en même temps le dialogue entre Jésus et ses parents. À droite, à l’entrée du temple, la ville de Jérusalem, un mendiant, des ouvriers; et en haut, une colombe qui fait son entrée. Voici une œuvre complexe, très riche et suggestive.
  1. Vasily Polenov, 1896, Galerie Tretyakov, Moscou, Russie. Cet artiste russe, marqué par Véronèse, a peint plusieurs scènes des évangiles avec vivacité et profondeur et un souci du contexte historique. Jésus, au centre, attentif et assis sur le sol, est entouré des maitres, assis comme lui et intéressés, dont l’un est dur d’oreille! Ici et là dans le temple, des gens sont occupés à leurs propres activités. À droite, des chaussures au sol, la ville de Jérusalem; puis Marie qui arrive, entre deux colonnes, suivie de Joseph.
  1. Harry Anderson, c.1950-1960, États-Unis. Les œuvres de ce peintre de l’Église adventiste, avec son style réaliste et vivant, sont très utilisées par les Églises américaines. Les maîtres entourent Jésus, qui semble bien jeune; ils sont intéressés et engagés dans la conversation. Celui qui se tient debout à droite est plus interrogatif.
  1. Jacques le Scanff, La Bible pour les jeunes. La nouvelle alliance, Cerf, 1967 (1981, 2e édition). Cet artiste français a illustré l’ancienne et la nouvelle alliance de cette Bible, avec des textes du fr. A.-M. Cocagnac, o.p., bibliste et chansonnier. Les personnages sont plus actualisés et proches, pour rejoindre un public jeune. La relation entre Jésus et les maîtres est sympathique, fidèle au texte de Luc. Un des maîtres a un rouleau des Écritures à la main. Les parents arrivent à l’arrière.
  1. Éric de Saussure, Bible illustrée, Presses de Taizé, 1968. Ce frère de Taizé a fait aussi des peintures et vitraux, alliant simplicité et force d ’expression. Le contraste est frappant entre Jésus, petit et charmant, et les maîtres, devant lui et imposants, qui ont des expressions diverses (intérêt, perplexité), l’un interrogeant Jésus avec un texte en main. Contraste du rouge et du noir, avec le blanc qui sert de trait d’union entre les maîtres, Jésus et la Parole.

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Selon notre expérience, une des meilleures façons de se plonger dans le vécu de cette rencontre, c’est de la dessiner. Peu importe la manière, quelques traits et un peu de couleur peuvent suffire. Que l’on copie, trace ou colorie un modèle, l’important est de prendre un temps d’intériorité pour se familiariser avec le sujet. Aucun besoin d’avoir de l’expérience, il n’est pas ici question de performance artistique ni d’habileté. C’est une activité de contemplation à laquelle le dessin nous convie.

Vous pouvez utiliser une des images publiées dans cet article comme source d’inspiration, ou consulter les nombreuses images disponibles sur Internet sur le thème « Recouvrement de Jésus au temple », ou encore imprimer les modèles simplifiés ci-dessous pour les tracer et les colorier.

Jésus à l’age de 12 ans, au milieu des docteurs de la loi. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une ancienne illustration.
Cliquer sur l’image pour l’agrandir et la sauvegarder!
Jésus à l’age de 12 ans, au milieu des docteurs de la loi. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Franz Von Rohden.
Cliquer sur l’image pour l’agrandir et la sauvegarder!

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Rencontres avec Jésus – Anna la prophétesse

Anne la prophétesse lors de la présentation de Jésus au temple

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de l’accueil de la prophétesse Anne, lors de la présentation de l’enfant Jésus au temple.

AVEC ANNE, CÉLÉBRER ET ÉVANGÉLISER : LUC 2, 25-39

Extrait de de l’évangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 2, concernant Anne :

36 Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage,

37 demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.

38 Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.


Commentaire de l’Évangile

NDLR : Nous reprenons ici une partie de la mise en contexte de la présentation de Jésus au temple, déjà publiée lors du dernier article, et propre à la rencontre de Syméon et de Anne.

Par Daniel Cadrin, o.p.

La Présentation de Jésus au Temple est un récit dense et inspirant Il est propre à Luc. La scène se passe dans un contexte solennel, au cœur même de la vie religieuse du peuple juif : le Temple de Jérusalem, haut-lieu du culte et de la présence du Dieu vivant. Elle comprend des personnages significatifs : des parents, Marie et Joseph ; un enfant, Jésus; deux prophètes âgés, Syméon et Anne; et d’autres anonymes. On se retrouve ainsi avec trois générations! Heureusement qu’ils se rencontraient à leur époque. Aujourd’hui, une telle rencontre pourrait-elle encore se tenir, avec les règles changeantes affectant les familles et lieux de culte ?! Peut-être se verraient-ils en secret …

Revenons à notre récit. Les parents sont des fidèles respectueux de leur tradition religieuse; la Loi est mentionnée à cinq reprises. Ils accomplissent les rites prévus, touchant la purification de la mère et la présentation de l’enfant. Ce sont des gens de condition modeste, comme leur don (deux tourterelles) l’indique.

Le centre de tout ce récit est Jésus. Qui est-il? Les titres sont nombreux, indiqués par les révélations de Syméon et Anne et leurs fondements dans les Écritures : Christ (Messie), salut, lumière des nations, gloire d’Israël, signe de contradiction, libérateur de Jérusalem. Syméon et Anne ont en commun d’être des prophètes, des aînés, et des témoins d’une longue attente.

De plus, dans la vie de l’Église, ce récit se rattache à plusieurs fêtes. Dès l’antiquité chrétienne, la Présentation de Jésus était célébrée, 40 jours après la Nativité. Depuis le Moyen Âge, elle a été associée à la Chandeleur, la fête des chandelles, avec des rites de lumière et diverses coutumes locales. Depuis 1997, Jean-Paul II a fait du 2 février la Journée de la vie consacrée, soulignée par des activités dans les communautés religieuses et diocèses. Au Québec, c’est aussi le Jour de la Marmotte! Dans le rosaire, la Présentation de Jésus est le quatrième mystère joyeux. La prière de louange de Syméon (2, 29-32), le Nunc dimittis, fait partie de la Liturgie des Heures; elle est récitée chaque soir à la prière de Complies. Avec tout cela, il y a de quoi s’occuper !

La prophétesse Anne

Comme Syméon, Anne est une femme pieuse. Elle fréquente le temple, elle observe des pratiques religieuses de base, la prière et le jeûne. Et elle est prophétesse, habitée par l’Esprit Saint, sachant saisir le sens des événements et témoigner d’une espérance.

Mais d’autres traits particuliers lui sont attribués par Luc. Son âge est indiqué, quatre-vingt-quatre ans, ce qui est très vénérable! Son statut social : elle est veuve depuis longtemps. Le nom de son père, Phanuel, mais non le nom de son mari! Et sa tribu d’origine, celle d’Aser, ce qui est très rare dans le Nouveau Testament. Seules trois autres figures y ont droit : Joseph (Lc 2,4; 3,33), de la tribu de Juda; Barnabé (Ac 4,36), de celle de Lévi; et Paul (Ph 3,5), de celle de Benjamin.

Peu de femmes dans la Bible sont qualifiées de prophétesses. L’une d’elles est significative en rapport avec Anne : c’est Myriam (Ex 15,20), la sœur de Moïse et d’Aaron (Michée 6,4). À la naissance de Moïse (Ex 2,4.7), elle veille sur cet enfant, fragile, qui sera le libérateur de son peuple. Après le passage de la Mer des Roseaux (Ex 15,20-21), elle chante la gloire du Seigneur, qui a jeté à la mer cheval et cavalier.

Ceci rejoint le trait principal de la prophétesse Anne : elle loue Dieu pour la naissance de Jésus et elle l’annonce! Comme Zacharie (Lc 1, 67-70), père de Jean-Baptiste, qui prophétise : le salut va venir, Dieu est fidèle à sa promesse, les Écritures vont s’accomplir. Anne est la première évangélisatrice : aux personnes en attente de libération, elle annonce la Bonne Nouvelle que le salut commence. En cet enfant, le Règne de Dieu se fait proche. Dieu visite son peuple.

Plusieurs aspects de cette figure étonnante peuvent nous inspirer. C’est une femme très âgée, fidèle dans sa foi au Dieu vivant, mais aussi qui est demeurée en attente, le cœur ouvert, et non indifférente ou blasée. Elle invite les gens à garder confiance, à ne pas abandonner l’espérance. Nous connaissons des femmes comme elle, qui sont des piliers dans bien des familles et communautés. Il vaut la peine de les écouter. En me plaçant du côté des auditeurs d’Anne, je peux me demander : quelle expression son visage exprime-t-il? Dans ses paroles, qu’est-ce qui vient me toucher, me surprendre, me réjouir?

Par son attitude, espérante et réjouie, et par son action, son annonce joyeuse de la Bonne nouvelle du salut en cet enfant fragile, à quoi Anne m’invite-elle, dans mes milieux, et aussi en moi-même?

Images de la Présentation

Depuis le Moyen Âge, les images de la Présentation de Jésus au Temple sont nombreuses. À cause de l’importance de la fête et des coutumes et rites qui l’entourent, comme indiqué plus haut. Et aussi à cause du sujet lui-même, suggestif pour des artistes : un cadre impressionnant, le Temple de Jérusalem; un enfant qui est lumière et des parents insérés dans la vie de leur peuple; des personnes âgées émues et heureuses.

Voici quelques points d’attention dans ces images. Qui est présent? Les personnages principaux, Marie et Joseph, l’enfant Jésus, Syméon et Anne, peuvent être tous présents, ou seulement quelques uns. Anne parle à plusieurs personnes (v.38), qui peuvent ou non être incluses; des figurants peuvent s’ajouter.

L’âge de Jésus peut varier, de bébé de quelques mois à un enfant comme tel. Il est souvent en interaction avec Syméon ou avec les regardants. Il est entouré de lumière et il est porté par Marie ou par Syméon. Le costume et la coiffure de ce dernier indiquent son statut comme homme religieux juif. Habituellement, Joseph porte les tourterelles. Le lieu du Temple peut être suggéré par des éléments architecturaux, plus ou moins élaborés, ou simplement il n’est pas intégré.

Images d’Anne

  1. Jean de Chelles, sculpture du tympan, c.1260, façade nord, portail du cloître, Notre-Dame-de-Paris, France. Cette œuvre est une des quatre scènes de l’enfance de Jésus. Marie soutient l’enfant et le présente à Syméon qui le prend, au-dessus d’une petite colonne. Joseph porte la corbeille des tourterelles. Anne, entre Joseph et Marie, est présente, dignement habillée comme une dame de son âge et de son rang.
  1. Giotto di Bondone, fresque, c.1304-1306, Chapelle Scrovegni, Padoue, Italie. Cette œuvre du grand maître médiéval fait partie d’une suite de scènes de la vie du Christ. L’enfant Jésus, dans les bras de Syméon, veut retourner à sa mère, qui lui tend les bras; c’est une présentation très naturelle! Joseph a les tourterelles en mains, une femme inconnue à sa droite. Un nouveau personnage s’est joint au-dessus de la scène : un ange. À droite, Anne est en train d’expliquer l’événement, avec une citation des Écritures à la main : la promesse s’est accomplie. Elle est vraiment une prophétesse. La structure à colonnes évoque le Temple.
  1. Martine-Marie Roy, osb, icône, Abbaye Sainte-Marie-des-Deux-Montagnes, Ste-Marie-sur-le-Lac, Canada. Syméon tient l’enfant dans ses bras. Celui-ci, qui est au centre de l’icône et qui a l’air d’un petit homme, lui tend la main. Joseph tient les tourterelles, Marie a un air méditatif; les deux sont sur un espace vert. Anne se tient près de Syméon, comme témoin de l’événement Cette œuvre s’inscrit dans la tradition iconographique de l’École de Novgorod; parfois Anne, à la même place, tient une citation des Écritures. Les éléments architecturaux là aussi évoquent le Temple.
  1. Alvaro Pires d’Evora, 1430, Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis. Ce peintre d’origine portugaise a travaillé en Italie, dans le style gothique international. Cette œuvre faisait partie de la prédelle d’un retable, probablement d’une église de Pise. Les cinq figures principales sont nimbées. Marie présente l’enfant à Syméon; l’enfant est tourné vers sa mère. Joseph est là à gauche mais sans les tourterelles, rendues dans les mains du serviteur tonsuré. Anne est imposante, la plus grande du groupe. Prophétesse, elle tient en main le rouleau des Écritures qui donnent sens à l’événement : la venue du salut. Les vêtements et couleurs sont travaillés avec finesse. L’architecture des lieux reflète celle de l‘Italie du 15e siècle, mais avec un fond verdoyant, traversé de lumière.
©Photo. R.M.N. / R.-G. Ojéda
  1. Jean Colombe, miniature, Les Très Riches Heures du duc de Berry, folio 63r, 1485-1486, Musée Condé, Chantilly, France. Cette miniature fait partie de la section : Les heures de la Vierge. Avec ses dames de compagnie, dont l’une apporte les tourterelles, Marie porte l’enfant et le présente à Syméon, assis, avec un linge où déposer l’enfant sacré. Anne est à ses côtés portant le chandelier, au-dessus de l’enfant, lumière des nations. Joseph est retenu ailleurs, pris dans la circulation? Le tout se passe à l’intérieur d’une architecture d’église de l’époque. Le texte latin en bas de l’image est celui du Nunc dimittis, la prière de Syméon.
  1. Rembrandt van Rijn, c.1627-1629, Musée Kunsthalle, Hambourg, Allemagne. Cette Présentation est une oeuvre de jeunesse, différente de celle qui fut la dernière œuvre de Rembrandt (cf. chronique précédente). Syméon, avec l’enfant sur ses genoux, parle avec Marie du signe de contradiction qu’il sera; et celle-ci a un air méditatif. Joseph, à genoux, vu de dos, porte le panier des tourterelles. Anne est debout et bras levés, en surprise et bénédiction devant cet enfant. Par sa position, elle surplombe et unifie l’ensemble des personnages. La lumière baigne la scène. Une colonne du Temple est bien visible, ainsi qu’à droite, une chandelle.
  1. Philippe de Champaigne, 1648, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Voici une œuvre d’un grand peintre de l‘époque classique en France, soucieux de l’histoire, d’équilibre et de rigueur; elle était destinée à l’église St-Honoré de Paris. Dans un espace bien construit, montrant l’entrée du Temple, et même à l’arrière le grand-prêtre, chaque personnage a sa place. Seuls Marie, Joseph et Jésus ont une auréole. Au centre, Syméon tient l’enfant, bien tranquille, et bénit Dieu. À sa droite, se trouvent Joseph, avec les tourterelles, et Marie à la fois recueillie et tendue vers l’enfant. À sa gauche, Anne est en train de parler de l’enfant, qu’elle pointe du doigt, à des gens surpris et admiratifs.
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Attentif au contexte historique, Tissot situe bien la scène dans le Temple, ses murs et colonnes, avec une foule variée. En haut des marches, Marie et Joseph, portant les tourterelles, sont devant Syméon qui soulève et offre l’enfant. Anne en bas, de dos et bras étendus, annonce la joyeuse nouvelle aux gens qui expriment diverses réactions. Le tout est très vivant et rend la solennité du moment.
  1. Berna, 2005, site www-evangile-et-peinture.org, Suisse. Bernadette Lopez a fait plusieurs Présentation, chacune remplie de couleurs et de lumière. Ici, nous voyons Syméon soulevant l’enfant, qui touche son visage. Mais s’approchant, nous voyons une femme bien âgée et courbée, avec sa canne. Voici Anne la prophétesse qui, à son tour, vient célébrer la venue de Jésus, lumière des nations.
  1. Jan van ‘t Hoff, 21e siècle, Dordrechtl, Pays-Bas. Cet artiste néerlandais, qui a son atelier dans la ville de Dordrechtl, a peint plusieurs scènes bibliques. Ici, Syméon et Anne, ces deux personnes âgées et espérantes, habitées par l’Esprit, sont visiblement remplies de joie. La source en est l’enfant au centre, paisible et lumineux. Les parents, à droite, sont attentifs. Le décor est simple, une colonne signifiant le Temple. Le visage d’Anne, la prophétesse ridée, est vraiment radieux. Elle nous invite à nous réjouir avec elle …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Nous sommes invités à vivre de l’intérieur la rencontre entre Anne et Jésus.

Selon notre expérience, une des meilleures façons de se plonger dans le vécu de cette rencontre, c’est de la dessiner. Peu importe la manière, quelques traits et un peu de couleur peuvent suffire. Que l’on copie, trace ou colorie un modèle, l’important est de prendre un temps d’intériorité pour se familiariser avec le sujet. Aucun besoin d’avoir de l’expérience, il n’est pas ici question de performance artistique ni d’habileté. C’est une activité de contemplation à laquelle le dessin nous convie.

Vous pouvez utiliser une des images publiées dans cet article comme source d’inspiration, ou consulter les nombreuses images disponibles sur Internet sur le thème « Anne la prophétesse lors de la présentation de Jésus au temple », ou encore imprimer le modèle simplifié ci-dessous pour le tracer et le colorier.

Anne accueillant Jésus lors de la présentation au temple, modèle simplifié à tracer et à colorier.
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