Parcours – Kounlayvanh Sundara

Dans ce nouveau parcours d’artiste, nous accueillons Kounlayvanh Sundara, une autre artiste profondément engagée dans son art et sa foi!

Comment vivre l’évangile de nos jours ?
S’inscrire à une majeure en dessin et peinture à l’université de Concordia en premier lieu. La suite, on verra ! Pourquoi ? Parce que la Parole est vivante ! Elle est nourrissante, apaisante et joyeuse. Elle goûte le miel. C’est un vrai délice. C’est effectivement une des plus belles découvertes de ma vie. Elle m’inspire. Voilà ! Le dessin, la peinture et la sculpture sont des moyens pour moi de mieux connaître celui qui se cache dans la Parole.


Un aperçu de la pratique artistique de Kounlayvanh Sundara au travers de deux de ses œuvres récentes réalisées dans le cadre d’une exposition du RACEF:

Avant que le coq chante

J’ai passé l’année à méditer un passage de la Passion où Jésus annonce à Pierre qu’il le reniera, et ce qui m’a touché dans ce passage c’est le mot « annoncer ».
Il annonce à Simon Pierre que ça va se passer, parce qu’il l’aime tellement…
Ce que j’aime dans cette scène : en la lisant et en la méditant, j’ai réalisé comment Jésus était doux, il était bon, doux et humble de cœur.

Photos et croquis préparatoires à la création de l’œuvre

Kounlayvanh Sundara nous a généreusement partagé quelques étapes de son processus de création.

J’ai demandé à mes enfants de jouer la scène parce que j’avais besoin de modèles.
La Parole, elle est vivante et c’était important pour moi de voir comment on la vivait cette parole-là.
J’étais contente de partager l’Évangile avec mes enfants… parce que je devais peindre une toile, et quand on a fait cette scène, le Seigneur était là ! Il y avait de la joie, nous avons tellement ris en jouant cette scène!
Au début du processus du printemps à l’automne 2024, je ruminais ce passage biblique avec difficulté. Je ne l’aimais pas car j’étais intimidé par ce passage, parce que mes relations me font souffrir – rejet, abandon, mépris, incompréhension… que de déception, soit de soi-même ou de l’autre.
Je choisis un autre passage biblique plus facile mais le processus technique de peinture avait déjà commencé en classe. J’ai donc persévéré.
Du coup vers la fin novembre les choses ont changé. Les mots s’éclairent et s’adoucissent. La Parole est devenue vivante. Mon cœur est touché par la miséricorde : Ô Seigneur tu es là ! Tu me guides et moi je ne le savais pas, comme le disait Saint-Augustin. Je crois que ce passage biblique m’a choisie. Je réalise que c’est seulement vers la fin du processus de création que j’ai commencé à mieux comprendre l’annonce de Jésus à Pierre. Je suis surtout touchée par la manière que Jésus annonce à Pierre ses faiblesses et le danger de la nuit. Jésus dit la vérité de notre vie avec amour et tendresse. Il est toujours là près de nous quoi qu’il arrive. Amen.

Avant que le coq chante – Œuvre finale

Avant que le coq chante – une peinture de Koulayvanh Sundara

Huile sur toile – 2024

L’œuvre s’inspire d’un passage biblique de Mathieu 26: 33-34

Pierre prit la parole et lui dit : « Même si tous les autres t’abandonnent, moi je ne t’abandonnerai jamais. »
Jésus lui répondit : « Je te le déclare, c’est la vérité: cette nuit même, avant que le coq chante, tu auras prétendu trois fois ne pas me connaître. »

Commentaire de Koulayvanh

C’est dans le calme du clair de la lune que Jésus, le chemin, la vérité, et la vie, s’approcha de Pierre pour lui annoncer qu’il va le renier. Mais Pierre sûr de lui-même insiste plus que jamais, il n’abandonnera jamais son ami, car il l’aime profondément. Jésus, doux et humble de cœur, écoute Pierre avec patience.



Cent-cinquante-trois

Le fait que je participe avec les artistes du RACEF à l’exposition « Chemin de croix, chemin de vie » fut pour moi une vraie année de catéchèse. Dans la peinture « Cent-cinquante-trois »
Jésus est ressuscité… et il rencontre ses disciples au lac de Tibériade.

Photos et croquis préparatoires à la création de l’œuvre

J’ai encore demandé à mes fils de me servir de modèles… et ce que j’aime dans cet Évangile, c’est quand Jean dit : « C’est le Seigneur ! » … et Pierre saute dans l’eau.
On a une scène, on est dans le bateau. J’ai cherché à comprendre ce passage : ce sont des rencontres personnelles avec le Seigneur… pour chaque personne.
Ici on voit aussi la miséricorde de Jésus parce que Pierre l’avait renié… mais il revient vers lui.
Le seigneur revient toujours vers ceux qui l’aiment. Il sent que nous on l’aime.

Le vert, c’est le quotidien, le mauve c’est l’attente, On attend…
Je voulais aussi absolument avoir un ciel rose parce que c’est le matin que le Seigneur s’est manifesté.
Là ils s’échangent des mots, puis ils lancent le filet… et pouf! là il y a des poissons.
Je voulais absolument mettre un filet, mais un filet blanc, très éclairé, où on voit les poissons, parce que c’est le filet de la foi.
J’avais mis aussi Saint Thomas parce qu’il ne croyait pas, mais là avec cette pêche miraculeuse, il croit encore plus…

Cent-cinquante-trois – Œuvre finale
Cent-cinquante-trois, une peinture de Kounlayvanh Sundara

Huile sur toile – 2024

L’œuvre s’inspire d’un passage biblique de Jean 21, 4-7

Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : ‘’C’est le Seigneur ! ’’. Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau.

Commentaire de Koulayvanh

Au lever du jour Jésus est sur le rivage. Quelques mots d’échanges et la vie s’active.


Les oeuvres de Kounlayvanh Sundara décrites dans cet article sont exposées dans l’exposition itinérante du RACEF intitulée : « Chemin de croix, chemin de vie ». Restez branchés sur le site du RACEF pour être informés des nouveaux lieux de diffusion de l’expo.


Parcours – Jacques Houle

Dans ce nouveau parcours d’artiste, nous accueillons un prêtre-artiste, fervent dans sa foi comme dans son art, et profondément engagé!

Jacques Houle est religieux-prêtre chez les Clercs de Saint-Viateur. Pendant ses études secondaires et collégiales, il fréquente à Joliette l’atelier de Max Boucher.  Il y apprend le dessin, la peinture, la sculpture, la céramique et l’émaillage. Il s’est initié à la gravure à Paris avec Joëlle Serve et a exploré l’univers de l’aquarelle en travaillant avec Albert Rousseau. Souvent il privilégie ce médium qu’il rehausse de plombagine ou de crayon chinois.

Depuis une trentaine d’années, il oeuvre dans le domaine de l’Art Sacré aménageant ou réaménageant des lieux de cultes et en  créant des mobiliers liturgique. Les techniques qu’il a apprises tout comme la réflexion plus théorique qu’il a du faire sont mises au service d’une dimension trop oubliée: beauté, lieux et espaces construisent l’être chrétien
.


Un aperçu de la pratique artistique de Jacques Houle au travers de trois de ses oeuvres récentes:

La flagellation

Un corps meurtri et lacéré

– Acrylique sur toile –

Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé.  Jn 19:01
    Sur mon dos des laboureurs ont creusé leurs sillons. 
Ps 129:3


Il s’agissait d’un corps véritable, un corps d’homme, le corps de Jésus, celui que Marie lui avait donné. Un corps meurtri et déchiré sans ménagement par les soldats de Pilate.

Cette toile s’est comme imposée dans sa facture. Une portion de toile couleur de peau lacérée comme son dos,  un jeux de bandes latérales rappelant des lanières tachées de sang… Je voulais que ce soit à la fois réaliste comme l’a été la matérialité des faits mais évoqué avec la sobriété du récit. D’ailleurs les récits de la Passion sont d’une retenue et d’une discrétion qui toujours m’impressionne.


La dérision

– Acrylique et feuille d’or sur toile –

Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge.
Avec des épines ils tressèrent une couronne et la posèrent sur sa tête.
Ils lui mirent un roseau dans la main droite.
Pour se moquer ils disaient: «Salut, roi des Juifs». 
Mt 27: 29-30

Du rouge pour évoquer la pourpre royale. Un roseau en guise de sceptre où j’ai mis de la feuilles d’or pour en faire un véritable insigne monarchique en dérision des moqueurs. À la place des épines, du fil barbelé avec ce qu’il peut évoquer de cruauté dont sont victimes ces femmes, ces hommes, ces enfants qu’on enferme dans des camps de réfugiés.


Vous le verrez en Galilée

– Acrylique sur toile –

    Il est ressuscité d’entre les morts
    et voici qu’il vous précède en Galilée.
    C’est là que vous le verrez
.    Mt 28:7

Ce n’est pas en restant prostré dans le noir du tombeau que le Ressuscité se donne à voir, c’est en sortant vers la lumière, ce que le jaune dominant de la toile veut évoquer. Il y a aussi ce vert tapissé de fleur, celui de la verte Galilée au climat agréable, au sol riche et aux ressources végétales abondantes. La riante Galilée! C’est là que Jésus Ressuscité donne rendez-vous. Là où il y a la vie, où il y a ceux qui croient à la vie et qui engagent le combat pour la sauver.


Mon processus créatif

Quand je regarde mon actuelle production, celle qui est devenue mienne depuis que je fréquente le RACEF, je constate que je fais davantage place à l’univers religieux. Et je suis un peu étonné compte tenu de la formation que j’ai eue en fréquentant pendant huit ans l’atelier libre du peintre- sculpteur Max Boucher, en m’initiant à la gravure, en côtoyant Albert Rousseau et Wilfrid Corbeil. Un parcours qui a fait de moi un aquarelliste-paysagiste, avec tout de même le souci d’aller à l’essentiel. Je cherche à traduire l’atmosphère, à retrouver la structure d’un paysage, à en faire quelque chose de graphique. J’ai encore plaisir à m’asseoir dans un coin tranquille avec mon carnet d’esquisses et une petite boîte d’aquarelle – en voyage je les ai toujours avec moi – même si depuis quelques années les pinceaux sont un peu au repos. En fait je me suis davantage adonné au travail du designer en concevant des espaces cultuels et en réalisant du mobilier liturgique.

Par ailleurs, depuis que j’ai été invité à joindre le RACEF en 2017 j’ai fait mien les défis que nous nous sommes donnés. Les rencontres et les partages vécus avec quelques-uns des artistes qui composent le réseau m’ont conduit à oser m’aventurer sur un autre terrain, celui qui fait passer de la Parole à l’image. Et le défi est de taille: se laisser pénétrer par un passage d’Évangile pour ensuite laisser jaillir une oeuvre.

Mon langage pictural a-t-il alors changé? Sans doute, j’utilise de plus en plus l’acrylique mais l’aquarelliste n’est jamais loin, le traitement s’en ressent. Le graveur non plus n’est pas loin. Tout de même j’ai eu à produire des images comme je n’avais pas l’habitude de le faire. J’ai adapté mon approche sans pour autant négliger ce que je cherchais déjà, simplifier, aller à l’essentiel en me dégageant d’un premier niveau de lecture.

Je pense à de hautes toiles que j’ai peintes comme des bannières inspirées d’une thématique un peu particulière, celle des temps liturgiques: le Carême, Pâques, la Pentecôte, l’Avent. À première vue elles sont abstraites, la couleur domine. Elle s’est comme imposée.

Pour une autre série de tableaux inspirés cette fois de la Passion du Christ et de sa Résurrection, j’ai cherché à réduire la représentation en ne retenant que des objets, une sensation ou un contraste lumineux. Dans une toile évoquant la dérision dont Jésus est victime, du rouge suggère la pourpre royale. J’y ai esquissé un roseau en guise de sceptre que j’ai recouvert de feuilles d’or pour en faire un véritable insigne monarchique en dérision des moqueurs. À la place d’épines pour tresser une couronne du fil barbelé avec ce qu’il peut évoquer de cruauté dont sont victimes ces femmes, ces hommes, ces enfants qu’on enferme dans des camps de réfugiés.

Pour rappeler la flagellation de Jésus, son corps meurtri et blessé s’est imposé pour se retrouver dans la facture même de la toile. Une large portion est de couleur chair. Je l’ai littéralement lacérée. Un jeux de bandes latérales rappelle des lanières tachées de sang. Je voulais que ce soit à la fois réaliste comme l’a été la matérialité des faits mais évoquée avec la sobriété du récit. D’ailleurs les récits de la Passion sont d’une retenue et d’une discrétion qui toujours m’impressionnent.

Pour aborder la Résurrection, me sont revenus en mémoire ces mots de l’ange: Vous le verrez en Galilée. Du noir esquisse l’ouverture du tombeau comme si on était encore à l’intérieur. Mais ce n’est pas en restant prostré dans le noir du tombeau que le Ressuscité se donne à voir, c’est en sortant vers la lumière. Pour le dire j’ai utilisé un jaune de cadmium éclatant. Il y a aussi au bas de la toile un aplat de vert tapissé de petites taches évoquant des fleurs. C’est la verte Galilée au climat agréable, au sol riche et aux ressources végétales abondantes. La riante Galilée! C’est là que Jésus Ressuscité donne rendez-vous. Là où il y a la vie, où il y a ceux qui croient à la vie et qui engagent le combat pour la sauver.

Magie des images baignées d’Écriture.


Les oeuvres de Jacques Houle décrites dans cet article seront prochainement exposées à la Basilique Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières, au Québec.

Vous êtes cordialement invité.e.s à visiter cette nouvelle exposition itinérante du RACEF intitulée : « Chemin de croix, chemin de vie ». Restez branchés sur le site du RACEF pour être informés des nouveaux lieux de diffusion de l’expo.


Parcours – Pamela Chrabieh

Dans ce nouveau parcours d’artiste, nous vous proposons un contenu unique, d’une part le survol du processus de création, comme dans les autres articles, mais aussi un regard complémentaire sur le contexte de création qui influence la nature de l’œuvre.

Pamela Chrabieh est une artiste visuelle libano-canadienne. Son parcours artistique, profondément marqué par les guerres au Liban, mêle iconographie traditionnelle revisitée et techniques contemporaines pour aborder des thèmes comme la mémoire de guerre, les droits des femmes et la construction de la paix. Pamela fait partie de ces rares artistes qui avec audace embrassent les explorations picturales de l’art contemporain sans renier leur héritage culturel chrétien.

Pamela nous présente deux œuvres qui s’inspirent directement du contexte vécu par l’artiste dans son pays. Elle témoigne :

« Dans un Liban pris dans l’étau d’une violence cyclique, où la douleur collective et individuelle s’entrelace avec la quête d’une identité partagée, ces illustrations transcendent leur portée spirituelle. Elles deviennent des miroirs d’une société brisée, aspirant à une résilience incarnée. Comme ces disciples unis par le souffle divin malgré leurs blessures, les illustrations sont un appel aux Libanais-es à se rassembler, à porter en eux-elles la douleur d’un passé tumultueux et l’espoir fragile mais brûlant d’un avenir différent. Ces flammes, comme autant de fragments d’une promesse, murmurent à un peuple épuisé que la lumière peut encore jaillir des décombres, que le cycle de la guerre peut être brisé, et que l’espérance n’est pas une illusion mais un acte de foi révolutionnaire. »

Les deux oeuvres suivantes de Pamela font partie de l’exposition itinérante « Chemin de croix, chemin de vie » du RACEF.

L’ardente attente

« L’ardente attente », une oeuvre de Pamela Chrabieh

Actes des Apôtres 1:13-14
Actes des Apôtres 2:1-3

Au Cénacle, l’attente prend feu dans le silence et la prière. Marie et les disciples, silhouettes stylisées et transcendées par une lumière intérieure, incarnent l’espoir ardent d’un monde renouvelé. Les flammes qui descendent ne sont pas seulement des langues de feu divin, mais des éclats de promesses tissées dans la foi et la persévérance. L’image devient un espace sacré où chaque visage raconte l’histoire d’une humanité en quête de sens, aspirant à une transformation profonde. Elle murmure à nos cœurs que dans les ténèbres les plus épaisses, une lumière, aussi infime soit-elle, peut briser l’emprise du désespoir. Cette scène invite à l’attente active, à un renouvellement personnel et collectif.

La promesse enflammée

« La promesse enflammée », une oeuvre de Pamela Chrabieh

Jean 20:21-22
Luc 24:49
Actes des Apôtres 1:8

Le Christ ressuscité, source de vie et de lumière, s’élève au centre, portant les stigmates du sacrifice et de la victoire sur la mort. Son geste d’envoi de l’Esprit s’étend comme une étreinte universelle, un souffle qui transcende le visible pour guérir les âmes blessées. Les visages des disciples, figés dans une extase iconographique, traduisent une joie mêlée d’émerveillement, une profonde reconnaissance du mystère qui transforme leur souffrance en mission. Les flammes qui descendent du ciel ne consument pas, elles transforment : elles incarnent le passage de la mort à la vie, de l’éclatement à l’unité. Cette scène est un rappel puissant que la foi ne se contente pas de contempler, mais agit, guérit et restaure.

Technique et/ou matériaux employés

Art iconographique hybride. Sketch préliminaire sur papier puis dessin numérique avec Procreate.

Style artistique

Le style artistique de ces illustrations peut être qualifié de néo-iconographique ou iconographie contemporaine abstraite. Il s’inspire des principes de l’art iconographique traditionnel (comme dans les icônes byzantines et syriaques), tout en les réinterprétant avec une approche moderniste et abstraite. Voici quelques caractéristiques qui définissent ce style :

  1. Racines dans l’iconographie traditionnelle : Les figures sont stylisées, avec des traits simplifiés et une absence de réalisme naturaliste, reflétant les codes de l’iconographie sacrée.
  2. Abstraction et géométrie : Les lignes, les formes et les motifs géométriques renforcent l’aspect contemporain tout en créant une profondeur symbolique.
  3. Palette de couleurs audacieuse : Des tons chauds et vibrants (comme le doré, le rouge, et le bleu profond) rappellent les icônes anciennes, tout en adoptant des contrastes modernes pour attirer l’attention.
  4. Symbolisme spirituel : Chaque élément visuel a une signification sacrée (flammes, lumière, halos), évoquant la transcendance et la connexion divine.
  5. Éléments dynamiques : Contrairement aux icônes traditionnelles souvent statiques, ce style introduit un sens de mouvement et de fluidité, comme dans la descente de l’Esprit ou les rayons lumineux.

Au sujet de la création artistique dans un pays en guerre

Pamela Chrabieh est également écrivaine, elle témoigne en des mots éloquents de la réalité de la vie quotidienne au Liban :

On vit dans un pays où mourir en route vers quelque part, n’importe quel quelque part, est devenu une option banale du quotidien. Une sorte de clause non écrite du contrat social : « Serez-vous disponible pour mourir demain, entre le café et l’e-mail ? » Il suffit d’être au mauvais endroit. Mauvais timing. Mauvais trottoir. Mauvais voisin.

On continue à se répéter qu’on est une nation. Comme un mantra pour ne pas vomir. En réalité, on est une juxtaposition de territoires anxieux, isolés, surveillés ou oubliés. Le Sud ? Une ligne de front à géométrie variable, bonne à effacer. Trop loin pour déranger Beyrouth pendant l’happy hour. La Bekaa ? Un code postal aux contours nébuleux. Pratique pour les bouteilles, utile pour les bombes. Quant à la capitale, elle s’agite encore entre deux brunchs sponsorisés et trois notes vocales alarmistes, en espérant que les éclats ne franchiront pas le périphérique émotionnel.

Et l’armée ? Présente. Digne. Debout. Mais condamnée à rester dans les clous. Pas question d’avoir une armée armée – ça risquerait de déranger les équilibres sacrés.

Et pendant ce temps-là, le peuple… eh bien, il s’éparpille. Entre ceux qui défendent une résistance armée, ceux qui sont contre, et ceux qui veulent juste que leur série Netflix ne soit pas interrompue par une alerte rouge ou une coupure d’électricité. Il y a d’autres ‘ceux’ aussi.

Les fractures sont franches, franchies, effondrées. Communautaires, politiques, existentielles. Les lignes de faille des années 70 et 80 ne sont jamais parties. Elles dorment à peine, comme des bêtes sous la cendre. On sent le retour possible du cauchemar – affrontements civils, milices de quartier, barrages improvisés, regards soupçonneux. Tout est là. Juste sous la peau.

Et puis il y a cette impression collective étrange : comme si la nation tout entière était en périménopause. Les bouffées de chaleur, on les a. Les insomnies, l’irritabilité chronique, les hémorragies idéologiques, les contractions identitaires. On attend de vieillir un peu, d’atteindre ce stade supposé de sagesse… Mais ici, rien ne passe. Rien ne se stabilise. Le corps national refuse de vieillir avec grâce. Il s’accroche à ses hormones de guerre, à ses spasmes de division. On est bloqués entre deux âges. Pas encore capables d’assumer la transformation. Pas encore prêts à lâcher le sang.

Et au milieu de cette absurdité abyssale : l’art. Ce foutu miracle têtu. Pas un luxe. Pas une thérapie. Pas une promesse. Juste un acte de présence. Une manière de creuser du sens à mains nues dans un pays qui s’effondre en accéléré. Plusieurs artistes, ici, ne sont pas décoratifs. Ils tiennent debout dans la poussière. Ils ouvrent des espaces, contre toute logique. Ils organisent des expos avec trois projecteurs et dix-sept coupures de courant. Ils écrivent, peignent, chantent, sculptent des ruines en cris esthétiques. Ils savent que ça ne renverse rien. Mais ils savent aussi que sans ça, il ne resterait plus rien à sauver.

Est-ce que ça suffit ? Bien sûr que non. Mais qu’est-ce qui suffit, aujourd’hui ? Les conférences internationales ? Les condamnations molles ? Les appels au calme à minuit quand la ville explose à l’aube ? L’art n’est pas une solution, mais c’est une forme de désobéissance poétique. Une manière de dire : « Je ne me rends pas. Pas aujourd’hui. »

Alors voilà. On vit dans une colonie plurielle. Superposée. Entrelacée. Certains jours, sous tutelle régionale. D’autres, sous occupation mentale. Une souveraineté purement administrative, parfois folklorique. Une indépendance qui prend l’eau dès qu’on lui pose une question un peu sérieuse. On survit entre deux frappes, deux ministres en cavale, deux illusions carbonisées. On enseigne encore la géographie du pays à nos enfants, tout en leur apprenant à rêver ailleurs. Très vite. Très loin. En silence.

Peut-être qu’un jour, on deviendra un vrai pays. Avec une armée libre, un territoire qu’on n’efface pas sur les écrans tactiques, une justice qui ne demande pas la permission, un art qui ne soit pas une tentative désespérée de beauté dans un champ de ruines. Peut-être. Dans trois, quatre générations. Et encore, là, c’est l’optimisme qui parle. Si les drones, missiles, et kalashnikovs laissent quelque chose. Si le cynisme ne finit pas par tout étouffer.


Pamela Chrabieh est chercheuse, activiste, écrivaine, et cofondatrice et directrice de Kulturnest, un espace culturel basé au Liban. Avec de plus de 25 ans d’expérience pluridisciplinaire et internationale, elle a enseigné dans des universités au Canada, au Liban et aux Émirats arabes unis (2004-2021), mené des recherches académiques (2001-présent), et travaillé en direction artistique, communication créative et gestion de projets dans des domaines variés tels que l’éducation, les arts, la bioéthique et les dialogues interreligieux et interculturel. Docteure en sciences des religions et théologie (Université de Montréal, 2005) et d’un DESS en Arts plastiques-Restoration des icônes (ALBA, Université de Balamand) et titulaire d’un master et de nombreuses certifications, elle est aussi une artiste pluridisciplinaire ayant exposé dans plusieurs pays. Lauréate de nombreux prix, elle est également une activiste engagée pour la paix et la justice. Son art hybride reflète les intersections identitaires dans un contexte global, visant à rendre visible l’invisible et à tisser des récits culturels inclusifs.

Parcours – Annette Huot

Nous continuons notre série d’articles dans le cadre de notre toute nouvelle rubrique présentant des parcours d’artistes chrétiens.

Partager le processus de création d’œuvres illustrant les Évangiles est pour nous une manière de transmettre et de perpétuer la pratique de l’art chrétien.

La formule est simple : nous proposons aux artistes d’écrire un texte détaillant le processus de création d’une œuvre ou de plusieurs œuvres portant sur des scènes des Évangiles. En accompagnant leur texte de photos de leurs œuvres et si possible des différentes étapes de création de l’œuvre.

Cette fois-ci, dans cette troisième rubrique, nous avons invité l’artiste Annette Huot à partager son processus de création :

Pour comprendre ma façon de travailler comme artiste, il faut faire le lien avec mon parcours de vie. Les arts visuels ont toujours fait partie de mes intérêts par le biais de divers ateliers auprès d’artistes professionnels et lors de mes études en sciences à l’université. Parallèlement à une formation scientifique (Baccalauréat (1975) et Doctorat en Biochimie (1978), Certificat en Environnement (1997)) s’est ajoutée au fil des ans une formation en Sciences humaines (Certificat en pédagogie collégiale (1997) et Maîtrise en éducation (1997)).

A la retraite après quarante années d’enseignement au niveau collégial et universitaire, l’idée de retourner aux études s’est traduite par une inscription en 2022 en Arts visuels au Cégep de Joliette. Je voulais au départ améliorer surtout le dessin mais ça m’a amenée plus loin… Des cours de dessin, couleur, peinture, photographie, sculpture et histoire de l’art ont permis d’améliorer ma créativité et d’ouvrir de nouveaux horizons.

Un jour, lors de ces études, j’ai rencontré Anne-Marie Forest du RACEF à la Cathédrale de Joliette, voisine du Cégep. Elle m’a parlé de ce groupe d’artistes en art religieux et c’est ainsi que j’en suis devenue membre.

Mes premières peintures à l’huile durant les années soixante-dix représentaient surtout des paysages. Durant les années 1980 à 2000, j’ai adopté l’acrylique car je trouvais l’huile toxique dans l’air environnant mes jeunes enfants. Par la suite, avec l’arrivée du substrat Yupo en 1999, de nouvelles possibilités s’offraient pour une création plus intuitive et moins rationnelle de mes peintures. Ce substrat de polypropylène, à l’épreuve de l’eau et résistant aux taches, déchirures et gondolements est idéal pour les techniques d’aquarelle et d’encre. Il demande cependant un lâcher-prise de la part de l’artiste car il ne peut plus tout contrôler. En effet comme il n’absorbe ni l’eau ni les pigments, l’œuvre se construit par l’artiste et par elle-même!

De par ma formation scientifique et de chercheure, j’étais très rationnelle et je voulais me détacher de cet aspect de moi pour faire une plus grande place à l’intuition dans ma peinture.
En appliquant les couleurs sur le Yupo, c’est la sensibilité de la journée qui s’exprime. De cette abstraction produite par les formes, les couleurs et les textures, naissent des éléments figuratifs qui ne demandent qu’à éclore. La plupart du temps, les sujets ne sont donc pas consciemment choisis mais plutôt développés par la suite. Le fait de travailler avec le Yupo m’a obligée à explorer des sujets bien plus variés que les paysages et m’a permis de m’améliorer comme artiste en dépassant mes limites. En résumé, le point commun de mon parcours de vie est l’intérêt pour l’exploration et la recherche qui relie la carrière scientifique, l’enseignement et le goût pour les arts. Je suis donc devenue comme artiste, une synthèse de toutes ces expériences.

PROCESSUS DE CRÉATION DES ŒUVRES « RABBOUNI! » ET « LE TOMBEAU OUVERT »

Le tombeau ouvert


L’œuvre « Le tombeau ouvert », est la première que j’ai faite pour le RACEF. Je l’ai choisie parce que j’aime beaucoup le roc, les pierres et les minéraux. Durant plusieurs années, avec une amie géologue, nous partions à la recherche de roches et minéraux. J’en ai fait toute une collection. Comme le tombeau de Jésus a été creusé dans le roc, c’est ce qui m’a attiré au départ. L’aquarelle sur le Yupo se prête particulièrement bien à la création de textures imitant le roc et les pierres. Cette œuvre me permettait donc d’être en terrain connu en utilisant toutes mes aptitudes à travailler l’aquarelle sur le Yupo. Plusieurs textures minérales à peu près impossibles à réaliser avec l’acrylique et l’huile sur toile le sont avec cette technique. C’était donc idéal pour cette œuvre et en plus, j’étais en terrain connu, je me sentais en confiance et j’ai donc débuté par un croquis au crayon graphite:


Puis, j’ai fait des essais de texture qui me permettraient d’exécuter l’œuvre qui au départ ressemblait aux images ci-dessous, plutôt abstraite. Par la suite, certains éléments ont émergé. Je me laissais guider par les textures créées sur le Yupo par les pigments d’aquarelle et d’eau ainsi que par le croquis que je ne devais pas perdre de vue.


Lentement, par petits ajouts, retraits et tâtonnements, l’image du tombeau ouvert a commencé à se former. Patience, encore patience, souci des détails, lâcher-prise ! Plusieurs détails sont venus s’ajouter comme le montre l’évolution dans les deux figures suivantes du processus. Mais ce n’était pas terminé, il fallait continuer d’améliorer, de rendre « vivantes », j’allais dire « vibrantes » toutes ces pierres, ce roc ! Après tout, c’était le tombeau de Jésus que j’étais en train de peindre.


Il manquait cependant cette petite touche mystérieuse, cette lumière comme une vapeur de lumière parsemée de petits pigments dorés (visibles seulement sur l’œuvre physique) dans la porte du tombeau. Vapeur de lumière comme une trace laissée par le corps lumineux de Jésus ressuscité. C’est ce que j’ai trouvé le plus difficile à faire, car aussitôt qu’on touche à l’aquarelle qui a séché sur le Yupo, on altère tout ce qui est en dessous, à moins d’user d’une extrême délicatesse et de s’y reprendre à plusieurs fois. Je tenais beaucoup à ce détail mais à un moment donné, je me désespérais d’y arriver. Je me suis retournée vers l’image de Jésus que j’ai dans l’atelier et je lui ai dit : « Jésus, aide-moi, j’ai confiance en toi ! ». J’étais fatiguée mais j’ai fait un dernier essai. Il me fallait laisser sécher et il était tard. Je suis revenue le lendemain matin et j’ai versé des larmes en voyant le résultat. Ça y était enfin, j’avais eu de l’aide… Alors, voici l’œuvre terminée, construite non seulement par l’artiste et l’œuvre elle-même mais avec l’aide de l’Esprit :


« Le tombeau ouvert« , une oeuvre d’Annette Huot
 

La première œuvre aquarelle était donc terminée, j’étais contente du résultat. Alors, j’ai débuté le croquis de la seconde :

« Rabbouni »


Début novembre à mi-novembre 2024 : j’ai vécu une période de procrastination. Je repoussais continuellement le début du travail avec l’aquarelle sur le Yupo, j’étais stressée. En voulant représenter Marie-Madeleine et Jésus, je dérogeais du lâcher-prise total auquel j’étais habituée depuis une vingtaine d’années. Je sortais encore une fois de ma zone de confort et cela m’a apporté beaucoup d’insécurité tout au long de la réalisation de l’œuvre. J’ai enfin réussi à surmonter ce sentiment et cette attitude qui avait duré une semaine environ. J’ai débuté en mettant en place sur mon abstraction les positions du tombeau et des deux personnages. J’ai fait le tombeau en premier. J’avais moins peur, je venais d’en faire une œuvre complète. Puis, j’ai fait les éléments de paysage, là aussi, je me sentais plus à l’aise grâce à ma période « paysages » des années soixante-dix à quatre-vingt dix.


Mi-novembre 2024 : A chaque jour quand je viens travailler l’œuvre dans mon atelier, je demande à l’esprit saint de m’aider et je prononce : « Jésus, j’ai confiance en toi ». J’ai beaucoup de peurs de ne pas rendre vraiment cette scène du matin de la résurrection. J’y mets tout mon cœur et mon ardeur. Le tombeau et les montagnes sont bien amorcés mais je sais que je devrai les améliorer. La recherche de la source de la lumière me préoccupe. Elle arrive de l’horizon un peu à gauche du centre de l’œuvre. Elle poursuit son chemin à travers les collines, éclaire le côté gauche du tombeau puis arrive aux personnages. Je dois en tenir compte dans la façon d’éclairer les personnages. J’ai ensuite une autre période de procrastination, je me sentais incompétente pour faire des personnes qui s’approchent de la réalité. Dans les faits, faire des visages en aquarelle sur Yupo est vraiment très difficile. Surtout si on essaie qu’ils soient très figuratifs. Beaucoup de pensées négatives sur ma capacité à réussir cette œuvre m’assaillaient. Je demande alors l’aide d’en haut. Je mets la musique de Mozart. Et …j’ose enfin débuter le personnage de Jésus ! J’esquisse aussi très finement la silhouette de Marie-Madeleine en trempant mon pinceau mouillé et dessinant avec lui sur les pigments aquarelle déjà en place. J’améliore ensuite Jésus, je peins quelques fleurs du bouquet dans son bras droit. Je veux ce personnage de l’œuvre comme un Jésus avec un corps de lumière, un vrai corps car on sait qu’il sera touché par Thomas, qu’il mangera avec les disciples d’Emmaüs. Mais il est aussi un corps de lumière car ressuscité. J’essaie de rendre le plus possible cette double identité dans le personnage. Rendre lumineux tout en conservant l’aspect d’un corps. En ce sens, Jésus doit être plus lumineux que Marie-Madeleine dont surtout le visage sera plus illuminé. Je me sens un peu soulagée, je suis quand-même satisfaite de mon personnage de Jésus même si j’ai dû lutter contre des idées négatives qui me retardaient dans ma peinture. Je sais bien que je vais le retoucher plus tard.

Je débute alors plus sérieusement la silhouette de Marie-Madeleine. Je l’imagine assez jeune, cheveux longs bien sûr. Elle a tellement pleuré lorsqu’elle ne retrouvait plus le corps de Jésus. Elle était désespérée. Elle apportait les aromates pour le soin du corps. Il ne faut pas que j’oublie de peindre un vase d’aromates. Je l’imagine aussi jolie, brune. Elle est accroupie et probablement qu’elle l’était encore plus il y a un moment, pleurant son Jésus disparu dont le corps avait été enlevé du tombeau. Marie-Madeleine n’a pas un corps de lumière, elle a seulement un corps de chair, j’ai voulu faire ses vêtements plus opaques, lumineux là où la lumière arrive bien sûr mais moins lumineux que ceux de Jésus. Je n’oublie pas de mettre le vase d’aromates, probablement en albâtre. Je retravaille quelques détails, par exemple, les oliviers en fleurs au printemps, quelques détails dans les collines, les pierres à gauche du tombeau. Je n’ai jamais vu de vrais oliviers, alors j’ai dû me documenter, regarder des photographies. Je suis assez contente de ceux que j’ai peints.

Quand Jésus se présente, elle est certaine qu’il s’agit du jardinier et lui demande où il a transporté le corps. Alors Jésus lui dit : « Marie » et elle le reconnaît en s’exclamant : « Rabbouni ! ». Dans le décor, les arbres à l’arrière de Jésus sont des oliviers en fleurs. C’est le printemps, le jardin regorge de fleurs. J’ai voulu mettre un bouquet dans la main et le bras droit de Jésus. Les fleurs représentent la joie, la vie. On pourrait imaginer qu’il va offrir ce bouquet à Marie-Madeleine pour lui signifier d’arrêter de pleurer, pour la rassurer qu’il est bien vivant tel qu’il l’avait promis.


Fin novembre 2024 : et voilà, j’ai terminé, oui, je sens que j’ai terminé. Je ne croyais pas y arriver, il y a eu beaucoup de découragement, mais je n’ai jamais cessé de poursuivre malgré tout, d’ajouter et d’enlever à plusieurs reprises des petits détails. Le résultat y est. Il me reste la finition, fixer les pigments aquarelle sur le Yupo puis vernir. Au moment de photographier, je sais qu’il est difficile de prendre de bonnes photographies car la surface du yupo est réfléchissante, le rendu est habituellement décevant pour moi. Je voulais que les 2 personnages ainsi que le tombeau soient mis en évidence, que Jésus soit lumineux et que le visage de Marie-Madeleine s’éclaire quand elle a dit Rabbouni ! Le fait d’avoir peint Jésus me rappelle lorsque j’avais 11 ans, en classe, j’avais dessiné le visage de Jésus avec sa couronne d’épines. La professeure l’avait mis en haut du tableau pour le reste de l’année scolaire. C’est un beau souvenir qui vient de surgir et qui était enfoui bien loin dans ma mémoire. Je réalise, émue, que Jésus était dans ma vie depuis tout ce temps !


« RABBOUNI ! », une oeuvre d’Annette Huot


PROCESSUS DE CRÉATION DE L’ŒUVRE « PASSAGE »


Lors des rencontres pour la planification de l’exposition « Chemin de croix : Chemin de vie », nous avons voulu comme groupe d’artistes mettre l’accent sur un chemin de croix qui n’est plus seulement la condamnation, l’agonie, la crucifixion et la mort de Jésus mais aussi sur sa résurrection, d’où « Chemin de vie » qui s’est ajouté à la dénomination habituelle de « Chemin de croix ». Je parcourais tous les versets bibliques concernant ces évènements et il me semblait qu’il manquait un trait d’union entre « Chemin de croix » et Chemin de vie ». Par cette œuvre « Passage » j’ai voulu illustrer ce trait d’union, cet entre-deux s’étendant entre la mort de Jésus le vendredi et sa résurrection le matin du dimanche de Pâques. Il n’y a pas de verset biblique relatant cette période mais nous retrouvons quelques mots y référant dans la prière du « Je crois en Dieu ». Ainsi, nous disons en parlant de Jésus : « a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité… ». Pour nous, la mort représente le néant, le froid, la noirceur, la peur aussi. D’où le noir prédominant dans l’œuvre et le froid de la surface du panneau de PVC sur laquelle l’œuvre est imprimée. Nous entrons dans l’œuvre par un encadrement noir comme nous entrons dans la mort dans la noirceur, comme quand Jésus est descendu aux enfers. Mais, Jésus par le sacrifice de sa vie sur la croix est justement venu nous ouvrir ce passage vers nos résurrections. Ainsi, après cette période transitoire de grande noirceur, nous pouvons voir apparaître des rayons de lumière nous guidant vers ce fameux passage vers la vie éternelle promise par Jésus. Jésus ressuscité est lumière, c’est pourquoi cette œuvre est faite à partir de lumière et non de peinture par pigments.


LE CORPS DEVIENT LE PINCEAU QUI PEINT AVEC LA LUMIÈRE

Dans un studio de photographie dont le sol et le mur étaient recouverts de toile noire, je me suis revêtue de vêtements noirs auxquels j’avais cousu des petites lumières de couleurs différentes comme le montre la première photographie (position stationnaire). Une caméra Nikon D 3100 a été utilisée et les photographies furent prises en longue exposition de 10 à 15 secondes. La photographie finale de l’œuvre a été imprimée sur un panneau de PVC noir de 24 X 24 pouces.

En position stationnaire, il n’y a pas de traces de lumière, seulement la position et la couleur de chaque lumière sur la personne vêtue de noir. Quand le mouvement s’amorce, de petites traces se forment et plus les mouvements prennent de l’amplitude, plus les traces de lumière sont longues comme le montre la dernière photographie. L’œuvre passage a été obtenue par ce processus danse/lumière/photographie longue exposition.


Position stationnaire


Après plusieurs essais et mises au point, je me suis mise à danser lentement au début puis plus rapidement et avec d’amples mouvements. Plusieurs photographies ont été prises par une aide technique. L’une de ces photographies est devenue l’œuvre « PASSAGE » car elle représentait pour moi ce qu’est le passage entre la mort et la vie.


« PASSAGE« , une oeuvre d’Annette Huot

Les oeuvres d’Annette Huot décrites dans cet article sont exposées durant les mois d’été à l’église Saint-Jacques de Montcalm, du jeudi au dimanche de 11 h à 17 heures.
102 rue St Jacques, à St Jacques, (Québec)
https://racef.art/2025/07/08/leglise-de-saint-jacques-accueille-chemin-de-croix-chemin-de-vie/

Vous êtes cordialement invité.e.s à visiter cette nouvelle exposition itinérante du RACEF intitulée : « Chemin de croix, chemin de vie ».

Restez branchés sur le site du RACEF pour être informés des nouveaux lieux de diffusion, l’expo se retrouvera au Cap-de-la-Madeleine en automne 2025.