Rencontres avec Jésus – La femme condamnée et sauvée

Illustration librement inspirée d’une peinture de Lucas Cranach l’Ancien

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de la femme accusée d’adultère puis sauvée par Jésus!

LA FEMME SAUVÉE : Jean 8, 1-11

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 8

01 Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers.

02 Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.

03 Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu,

04 et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.

05 Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »

06 Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.

07 Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »

08 Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.

09 Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.

10 Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »

11 Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Il y a les rencontres entre Jésus et ses premiers disciples, comme André et Pierre, proches de lui. Mais il y a aussi ces rencontres occasionnelles, uniques, entre Jésus et différentes personnes, en chemin, sur les places, dans des maisons. L’une d’elles est avec une femme dite adultère, au 5e dimanche du Carême de l’Année C, celle de Luc. Le récit est dans l’évangile de Jean (8,1-11), mais il est considéré comme n’appartenant pas à celui-ci, dont il était absent dans les anciens manuscrits. Son style est plus proche de celui de Luc. Mais, ce qui est sûr, il fait partie du Nouveau Testament et offre une inspiration très évangélique.

La scène se passe au Temple, au coeur de la vie religieuse du peuple, et Jésus est en train d’enseigner. Et voici qu’une femme menacée de mort est mise au centre de l’action. Des scribes et pharisiens, armés de la Loi, sont décidés à la condamner. Jésus, à qui on demande de prendre position, est pris entre les deux. Une victime, des accusateurs, un juge. Une scène tendue, où la victime et le juge, la femme et Jésus, sont tous deux pris dans un piège, celui des accusateurs qui ont l’initiative de l’action. Elle est accusée d’adultère, mais il n’y a pas d’époux, trompé ou trompeur.

Dans cette histoire, la femme est mise au centre. Mais, pour les accusateurs, elle n’est qu’un instrument au service de leur visée première : prendre Jésus au piège et pouvoir ainsi le mettre en accusation, en situation de délit face à la Loi. Cette femme est ainsi réduite à un objet, sans existence propre, sans parole, utilisée pour condamner un autre. Et Jésus est mis à l’épreuve et piégé : s’il condamne la femme, ses prétentions de miséricorde envers les pécheurs perdront leur crédibilité. S’il l’acquitte, il se condamne lui-même. Nous sommes dans un vrai cercle de violence : la femme est utilisée pour condamner Jésus et Jésus est utilisé pour condamner la femme.

Mais le dénouement est surprenant. À la fin, tous s’en vont; il n’y a plus ni victime, ni accusateurs, ni juge. L’univers de la menace et de la condamnation s’est écroulé. Tous sont dénoués de ce qui les attachait, délivrés du poids de mort qui les enfermait dans un cercle de violence. La femme a retrouvé sa dignité et elle parle; elle est un sujet humain. Et Jésus reste libre. Quelle approche de Jésus a permis ce dénouement? L’action et la parole de Jésus en cette scène ne relèvent pas d’abord de l’habileté d’un juriste qui sait trouver la faille et s’en sortir. Jésus engage tous les participants dans un débat plus profond, celui de la vérité de leur condition humaine. Il change l’horizon et l’enjeu du procès.

Il le fait d’abord non pas par sa parole, mais par son corps et son geste. Les scribes sont entrés en scène dans un mouvement d’attaque; ils sont puissants, armés de leur certitude. Jésus s’abaisse, il incline la tête vers la terre, et il écrit sur le sol, on ne sait trop quoi. Par son geste, Jésus brise cet élan agressif. Il ne répond pas sur le même ton, dans la même logique que ses adversaires. Jésus intègre dans le débat un temps d’arrêt, de prise de conscience, comme un silence méditatif. Puis il se redresse, il relève la tête. Cette gestuelle rappelle la trajectoire même de sa vie, le mystère pascal, de l’abaissement à la résurrection.

C’est seulement à l’intérieur de cette dramatique que peut venir la parole. Celle-ci n’accuse pas mais elle fait entrer dans une autre dynamique, où il n’y a pas personne en extériorité, pouvant juger de l’extérieur. Que celui d’entre vous … Les scribes ne sont plus des accusateurs devant une condamnée; tous sont inclus dans la quête d’authenticité, de vérité sur soi. Puis, avec la femme, Jésus procède de la même manière : l’abaissement et le redressement et la parole qui met en mouvement, qui appelle à faire la vérité et à se mettre en marche : Va et désormais ne pèche plus. Parole qui remet debout et qui appelle à se tenir, à faire face aux défis de la vie qui continue. Et puis Jésus lui-même participe à ce débat de l’intérieur, car c’est une mise à l’épreuve qu’il doit traverser. Dans sa parole à la femme, il s’inclut : moi aussi …

C’est ainsi que se brisent le cercle de violence et de mort et le piège des condamnations. Par le temps d’arrêt qui décentre et recentre, par la prise de conscience d’une solidarité qui inclut tous, qui fait émerger la vérité plus profonde de notre existence. Et alors les catégories d’accusateur, de victime et de juge montrent leur insuffisance. Au lieu d’un procès, nous nous retrouvons dans un processus de conversion, qui dépasse les jugements extérieurs.

Ce récit évoque des scènes presque semblables qui se déroulent encore aujourd’hui. On pense à ces femmes dans certains pays où une loi rigoureuse et injuste est prête à les sacrifier. Mais aussi, cette histoire touche des situations actuelles où la condamnation d’autrui motive les actes, que ce soit dans l’excitation médiatique ou dans le quotidien des familles et des milieux de travail. Climat de peur et de menace, goût de piéger autrui, de l’humilier publiquement, victimes silencieuses qui n’ont plus le statut de sujets humains. Et des témoins appelés à porter un jugement qui ne savent pas toujours comment réagir et briser cet encerclement. Toi, qui es-tu pour jeter la première pierre? nous demande Jésus. Et quelle approche, ressortant du récit, pourrais-je favoriser lors de situations tendues?

Images de la femme sauvée

Cette scène est présente à partir du 9e siècle, dans des manuscrits, et demeure rare au Moyen Âge. Elle prend de l’envol à partir de la fin du 15e siècle et sera populaire et abondante aux derniers siècles. Elle est dramatique : il y a un enjeu de vie et de mort, avec une tension, une violence prête à passer à l’action. Les figures sont bien campées : la femme, les accusateurs, Jésus, et la foule autour. Cela se passe au temple, lieu sacré. Et aussi, simplement, ce récit porte à réfléchir, personnellement, avant de juger les autres. Il ouvre un espace de questionnement et de liberté qui demeure inspirant dans la diversité des époques et des cultures.

Des images reprennent tous les personnages et le contexte, pour en faire une scène très animée; d’autres se centrent plus sur Jésus et la femme. Certaines œuvres montrent le moment de l’accusation, d’autres le retrait des gens avant la finale, et d’autres le dialogue à la fin entre Jésus et la femme. Plus rarement, on trouve seulement Jésus ou la femme.

On peut voir Jésus debout, ou se penchant, se relevant, écrivant sur le sol. La femme est debout ou à genoux ou assise, parfois en pleurs. Dans le texte, elle est debout : à la fin, Jésus se relève pour lui parler. Elle peut être tenue de près par des gardes ou des pharisiens, avoir les mains liées, à l’avant ou à l’arrière, être habillée avec élégance et légèrement dénudée. Puisqu’il s’agit d’adultère, c’est une femme mariée; mais elle est souvent présentée comme une courtisane.

Les accusateurs sont des hommes, habituellement avec une allure agressive, hostile; fréquemment, des soldats les accompagnent. Parfois, des femmes sont dans la foule et des disciples sont présents avec Jésus.

Voici plusieurs œuvres, depuis le 16e siècle, où certains de ces éléments se retrouvent.

  1. Lorenzo Lotto, c.1527-1529, Musée du Louvre, Paris, France. Originaire de Venise, Lotto a travaillé à Bergame, Rome et dans les Marches. Homme très religieux, il est entré en fin de vie chez les frères de Loretto. La scène est dramatique, chargée de tensions. Les gens, aux visages agressifs et désagréables, sont serrés autour de Jésus, dans un climat propice à la violence. Des soldats tiennent la femme par sa robe et ses cheveux; elle cherche à se protéger. La lumière l’entoure, venant du Christ au centre. Celui-ci est calme, il ne cède pas à la pression, ce qui est bien fidèle au récit. Les couleurs sont riches. Les figures sont à notre hauteur, pour nous inclure.
  1. Pieter Brueghel l’Ancien, grisaille, 1565, Courtauld Institute of Art, Londres, Angleterre. Ce peintre flamand, sensible aux paysages et à la vie quotidienne, a marqué son époque. Jésus écrit sur le sol (en néerlandais): Que celui qui est sans péché… La femme, au centre, gracieuse et digne, est bien différente des autres personnages; elle tient les doigts croisés. Cette œuvre est une des trois grisailles faites par Brueghel. Cette technique, avec ses divers gris, ses ombres et lumières, accentue la dramatique de la scène, mais autrement que par les couleurs.
  1. Valentin de Boulogne, c.1620, J. Paul Getty Museum, Los Angeles, États-Unis. Ce peintre français s’inscrit dans la lignée du Caravage, avec son clair-obscur et ses figures individualisées dont les modèles viennent du peuple. La femme, aux mains liées, est entourée de soldats, jeunes, armés et métalliques. À droite, les accusateurs, plus âgés, dont l‘un à lunettes. Le moment est celui où Jésus a parlé; et les réactions indiquent que sa parole a des effets. La lumière touche Jésus et la femme.

  1. Rembrandt van Rijn, 1644, National Gallery, Londres, Angleterre. Dans ce grand espace du temple, avec des nuances de couleurs, on voit les colonnes, l’autel, des chandelles. La lumière est sur la femme et Jésus. Celui-ci est plus grand que les autres figures, sa présence s’impose. Ses disciples sont proches de lui. La femme pleure, entourée d’hommes âgés; une main la désigne, un garde est derrière elle. Pendant que cette scène se déroule, des gens sont affairés à leurs rites et activités.
  1. William Blake, aquarelle, c.1805, Boston Museum of Fine Arts, États-Unis. Ce poète et artiste célèbre, de Londres, a créé une œuvre littéraire et picturale originale, inspirée de la Bible et de ses visions. Le temple est évoqué mais sans détail. Il n’y a pas de foule. Les accusateurs vus de dos, sans visage, s’en vont, ce qui indique le pouvoir de la parole de Jésus. La femme se tient droite et digne, mais ses mains sont encore attachées. Jésus se penche pour écrire, il ne se met pas à genoux, ce qui physiquement n’est pas facile! La ressemblance entre Jésus et la femme indique leur proximité spirituelle.
  1. Vassili Polenov, 1887-1888, Musée Russe, Saint-Pétersbourg, Russie. Ce peintre russe a séjourné en Italie, en France et au Proche-Orient. Il s’intéressait à la vie quotidienne des gens et au paysage. Il a travaillé plusieurs années sur cette imposante toile, qu’il considérait comme sa grande œuvre. Elle a été achetée par le tsar Alexandre III. Les personnages sont nombreux; plusieurs sont des figures précises des évangiles. Jésus enseigne à l’entrée du temple; ses disciples et des auditeurs sont proches de lui. Voici qu’une foule agressive arrive avec la jeune femme apeurée. Ils demandent à Jésus de la condamner. Celui-ci, dont Polenov souligne l’humanité, fera face à la meute.
  1. Eero Järnefelt, 1908, Église Saint-Pierre, Lieto, Finlande. Ce peintre a été formé à Saint-Pétersbourg et Paris. La Finlande a fait partie de l’Empire russe jusqu’en 1917. Ses œuvres montrent les paysages de son pays et la vie des gens. On voit ici des hommes belliqueux, prêts à lancer des pierres. Élément plus rare : une femme et des enfants sont témoins de la scène. Ces figures sont en blanc, comme Jésus et la femme. Cela se passe à l’extérieur, avec un champ et un arbre sec. Jésus va relever la femme par terre.
  1. Max Beckmann, 1917, Saint Louis Art Museum, Missouri, États-Unis. Beckmann est un des principaux artistes allemands du 20e siècle. Influencé, entre autres, par Brueghel, Rembrandt et Blake, et par l’expressionnisme, il demeure un créateur très individuel. Son oeuvre, avec ses formes distordues, est une vive critique sociale. Mis au ban par le parti nazi, il fuit l’Allemagne en 1937 et vivra aux Pays-Bas, puis aux États-Unis. La femme a les yeux fermés et les mains jointes; elle est en prière. Des soldats sont autour, l’un avec des pierres; un clown au doigt accusateur se moque d’elle. Jésus, au centre, avec ses mains, la protège face à cette haine. Oeuvre faite à son retour de guerre.
  1. Liz Lemon Swindle, 2003, site lizlemonswindle.com, États-Unis. Cette artiste, de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Mormons), peint des œuvres religieuses très expressives, dont les figures sont actuelles. Ici, Jésus et la femme sont au sol : la femme est agenouillée et repliée; Jésus réflexif est en train d’écrire (en hébreu). Les autres personnages les entourent, surtout par leurs mains.
  1. Louis Glanzman, illustration, dans Richard Rohr & Louis Glanzman, Soul Brothers, Orbis Books, 2004. Les illustrations de cet américain de Virginie ont paru dans plusieurs livres et grands magazines. Elles sont renommées et portent beaucoup sur l’histoire américaine, ancienne et récente. Mais il a aussi publié sur les femmes du Nouveau Testament et les hommes de la Bible. Ici, Jésus écrit (en anglais): Forgive ... Pardonne.
  1. Marko Yvan Rupnik, mosaïque, 2009, crypte de l’Église San Pio da Pietralcina, San Giovanni Rotondo, Pouilles, Italie. C’est dans cette église qu’est enterré le célèbre capucin Padre Pio, canonisé en 2002. Toute l’église est couverte des mosaïques du jésuite slovène; c’est son œuvre la plus développée, accomplie de 2009 à 2014. Jésus et la femme sont tous deux au sol en conversation. Les gens se retirent.
  1. Macha Chmakoff, 21e siècle, site chmakoff.com, France. Dans ses œuvres, cette peintre et psychanalyste, de Lyon, formée en théologie, veut exprimer « le mystère de la Révélation ». Elle a plusieurs publications. Jésus écrit sur le sol, aux pieds de la femme. La parole de Jésus vient de retentir. Des gens se retirent. La femme et Jésus, les deux en blanc, sont engagés dans une rencontre, qui relève et sauve …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à créer un petit montage en assemblant des images ci-dessous et en ajoutant quelques mots.

Tracés simplifiés à tracer et à colorier, librement inspirés de peintures traditionnelles de l’art chrétien. Cliquer sur les images pour les agrandir et les sauvegarder!

Voici un exemple de montage réalisé d’après les même dessins :


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Rencontres avec Jésus – Simon Pierre

Jésus invite Simon Pierre à le suivre, une illustration librement inspirée d’une peinture de Le Caravage

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers du regard de Simon qui sera appelé Pierre par la suite!

PIERRE, PÊCHEUR ET LEADER : Mc 1, 16-18; Luc 5, 1-11

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 1

16 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs.

17 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »

18 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 5

01 Or, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.

02 Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.

03 Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.

04 Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. »

05 Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »

06 Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer.

07 Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.

08 A cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »

09 En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ;

10 et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

11 Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Simon Pierre est très présent et actif dans les Évangiles et les Actes des Apôtres : l’appel de Jésus à le suivre, la confession de foi, le rôle de responsable et ses interventions, le cercle intime de Jésus, la dernière Cène, le reniement et le pardon, le deuxième appel (Jn 21), la première communauté à Jérusalem et la mission. Puis la mort en croix, comme son frère André.

Quand il est appelé, il est le chef d’une petite entreprise familiale de pêche. C’est un homme débrouillard, qui a de l’élan et de l’initiative. Il a aussi ses limites : l’inconstance et la conformité à la majorité. En Marc (1, 16-18) et en Matthieu, Jésus l’appelle à le suivre, ainsi que son frère André, en plein milieu de leur travail de pêcheurs. Mais de même qu’André a droit à un appel personnalisé en Jean (cf. chronique précédente sur André), Simon lui aussi a droit à son récit où Jésus l’appelle personnellement, en Luc (5,1-11). Allons-y voir.

C’est encore une histoire de pêche! Elle commence et se termine au bord d’un lac. Elle commence avec une foule qui écoute la Parole de Dieu et elle se termine avec des pêcheurs qui laissent tout pour suivre Jésus. Entre ce début et cette fin, une série d’interactions ont lieu qui nous éloignent du rivage et de la foule, de plus en plus, et finalement nous y ramènent. Mais les pêcheurs qui reviennent, entre-temps, ont été transformés. Certes, leur pêche a été bonne, mais, c’est curieux, ils abandonnent leur métier! Récit complexe, qui nous parle en fait d’un itinéraire spirituel et de ses étapes, d’une avancée de plus en plus profonde non d’abord sur le lac mais surtout dans l’engagement croyant, aujourd’hui encore.

Le récit est rythmé par trois appels de Jésus à Simon. Le premier est moins risqué: Jésus lui demande de quitter le rivage et d’avancer un peu. Simon n’hésite pas. S’éloignant ainsi de la foule, Jésus et Simon se rapprochent. Le deuxième appel est plus déconcertant: Jésus demande à Simon d’avancer au large, en eau profonde, et de jeter les filets. Cette fois-ci, en pêcheur expéri­menté, Simon indique d’abord sa réticence: on a déjà essayé et cela n’a pas marché! Mais Simon prend le risque de faire con­fiance en la parole de Jésus, qu’il appelle Maître. Et, surprise, ce risque porte fruit: la pêche est abondante, inespérée, et Simon doit demander de l’aide. C’est alors que survient le point tournant de sa démarche : il découvre en Jésus la présence du Dieu vivant qui s’est fait proche de lui. Il en est bouleversé. Ce qui lui arrive le dépasse. Il donne maintenant à Jésus le titre de Seigneur: il reconnaît qu’en Jésus, Dieu vient le visiter. Expérience de foi, expérience transformante, celle d’une révélation du visage de Dieu, qui déstabilise.

Le récit ne s’arrête pas à ce bouleversement. Un troisième appel se fait entendre qui touche maintenant une mission à recevoir. Jésus appelle Simon à dépasser sa crainte et à deve­nir pêcheur d’hommes. L’expérience de foi mène à un enga­gement. Parce que Simon a avancé dans sa découverte de Jésus, une responsabilité lui est confiée. Il devient ainsi disciple-missionnaire; il est maintenant pleinement engagé à la suite de Jésus. Mais cette réponse est venue au bout d’une démarche, avec ses éta­pes. Simon est revenu sur le rivage, mais sa vie a changé. Toutefois, il ne cesse pas d’être qui il est: il reste un pêcheur. L’expérience acquise, les habiletés dévelop­pées, vont maintenant lui servir dans son apostolat. Jésus lui demande de faire un nouveau travail de pêcheur, car c’est ce que Simon connaît. Ses ressources seront désormais au servi­ce de l’Évangile. Ainsi suivre Jésus ce n’est pas abandonner qui nous sommes, nos dons; c’est plutôt les donner.

Cet itinéraire peut rejoindre le nôtre, dans l’une ou l’autre de ses étapes. Il peut nous inviter à prendre le risque de la con­fiance, à dépasser nos peurs. Peut-être sommes-nous encore sur le rivage, dans la foule, regardant et écoutant cet homme dont la parole est uni­que mais n’osant encore aller plus loin. Ou comme Simon, sommes-nous prêts à prendre un risque à cause de cette parole, même si nous avons peine à croire qu’une vie abondante peut en surgir. Ou sommes-nous dans un moment de boule­versement, ne sachant comment poursuivre cette expérience. Il est sûr que l’appel de Jésus nous prendra tels que nous som­mes et devenons. Comme Simon Pierre, c’est avec notre histoire et nos dons que nous nous met­tons à la suite de Jésus.

La foule se pressait autour de Jésus pour écouter la Parole de Dieu, dit Luc au tout début de l’évangile. Ce récit est l’histoire d’une écoute de la Parole, dans toutes ses étapes et toutes ses conséquences. Quand la Parole est vraiment écoutée, elle change une vie.

Images de Simon Pierre

Comme dans les Évangiles et les Actes, Pierre est très présent dans l’iconographie. Ses traits sont assez constants : barbe et cheveux gris ou blancs, corps robuste. On le reconnaît vite dans les images de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. En plus, il a ses attributs : les clefs du Royaume (Mt 16, 19), la barque évoquant son métier et l’Église, le rouleau ou le livre rappelant la Parole (parfois avec une citation de la confession de foi), le coq pour son reniement, la croix pour son martyre. Depuis l’Antiquité, on trouve aussi des œuvres montrant Pierre et Paul côte à côte : ils sont les deux piliers aux origines de l’Église, qui ont donné leur vie.

Voici diverses images où Pierre est présent, entre la barque sur le lac et le denier repas, et quelques autres épisodes de sa vie. Plusieurs œuvres viennent d’artistes d’Europe de l’Est, pour faire écho aux événements qui s’y déroulent actuellement.

  1. Mosaïque, 6e siècle, Église Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, Italie. Jésus appelle Pierre et André, en plein travail de pêcheur. Jésus, avec un nimbe cruciforme, a les traits d’un jeune homme imberbe, ce qui est fréquent dans l’Antiquité. Pierre, avec sa barbe et ses cheveux gris, a des traits qui vont perdurer tout au long de l’histoire de l’art chrétien. Qui accompagne Jésus, à sa droite avec une allure de magistrat romain? Peut-être le commanditaire de l’œuvre.
  1. Raphaël Sanzio, carton, 1515-1516, Victoria and Albert Museum, Londres, Angleterre. Voici un des cartons faits par Raphaël, figure majeure de la peinture, pour un ensemble de tapisseries (soie et laine) à la Chapelle Sixtine, qui ont été réalisées par l’Atelier Pieter Coecke van Aelst de Bruxelles (1519) et sont maintenant au Musée du Vatican. Le paysage est développé, avec le lac et une ville, des poissons, des oiseaux qui ont un sens symbolique en lien à la vie de l’Église. Pierre est agenouillé, André debout, les autres travaillent. La tapisserie est plus colorée et lumineuse que le carton.
  1. Jacopo Bassano, 1545, National Gallery, Washington, États-Unis. Cet artiste vénitien se situe dans le courant maniériste, avec ses couleurs vives, ses mouvements et son expressivité. Ici, dans la composition du tableau, on voit l’influence de Raphaël. La scène est très vivante, avec le paysage du lac, Pierre agenouillé, André au centre avec sa cape verte au vent, et les autres ramassant les poissons.
  1. Vladimir Borovykovsky, 1787, Galerie Tretyakov, Moscou, Russie. Cet artiste ukrainien, de Myrhorod, fut un portraitiste réputé dans l’Empire russe. Il a fait aussi des oeuvres religieuses. On voit ici Pierre avec les clefs et le livre; l’ombrage est accentué.
  1. Taras Shevchenko, Libération de l’apôtre Pierre de prison, 1833, Taras Shevchenko National Museum, Kyiv, Ukraine. Cet écrivain et peintre ukrainien très doué a joué un rôle majeur dans le réveil national de l’Ukraine et la promotion de sa langue. Il s’est engagé contre l’impérialisme russe et a connu la prison et l’exil; le tsar lui a interdit de peindre et d’écrire. Ce dessin, fait à 19 ans, évoque Actes 5,19.
  1. Nikolaï Gay, La dernière Cène, 1863, Musée Russe, Saint-Pétersbourg, Russie. Gay est un peintre russe qui allia réalisme et innovation. Sa Cène dramatique, qui s’éloigne des approches habituelles, a suscité la controverse. Elle est centrée sur la trahison de Judas, à droite, dont le visage est caché. À gauche, Jean est près d’un Jésus réflexif et triste. Pierre se tient debout, baigné de lumière et indigné. Chrétien critique, marqué par Tolstoï, Gay réalisera plus tard une série sur la Passion du Christ, en exprimant avec force la dureté et le tragique. Les réactions seront le choc et le scandale. Il sera excommunié par l’Église orthodoxe russe.
  1. Henryk Siemiradski, Les torches de Néron, 1876, National Museum, Cracovie, Pologne. Ce peintre polonais est né près de Kharkiv en Ukraine. Il a travaillé dans l’Empire russe et s’est spécialisé dans les grandes scènes historiques et bibliques. Cette œuvre, avec tous ses personnages et détails, porte sur la persécution des chrétiens par l’Empereur romain Néron. Pierre en fut une des victimes et mourut crucifié, même si la figure en haut à droite lui ressemble.
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Selon son usage, Tissot est attentif au contexte des récits évangéliques et aussi au texte. Pierre est prosterné devant Jésus, saisi d’une crainte religieuse devant la visite du Dieu vivant. Des camarades qui sont venus l’aider, suite à la pêche abondante, sont affairés dans l’autre barque.
  1. Joaquin Sorolla, Je suis le pain de vie, 1897, Museo Lladro, Valencia, Espagne. Ce peintre espagnol est célèbre pour ses nombreuses scènes au bord de la mer, animées et pleines de lumière et couleurs. Ici, ces éléments se retrouvent dans une scène biblique, assez rare : Jésus prêche depuis une barque. La foule, avec des enfants, est à l’écoute. Pierre et deux autres disciples sont derrière Jésus dans la barque.
  1. William Kurelek, When evening came, he sat down with his twelve disciples, 1960-1963, Niagara Falls Art Gallery, Canada. Ce grand artiste canadien est né en Alberta en 1927 d’une famille ukrainienne immigrée. Son art est expressif et sensible aux enjeux culturels. Ce chrétien de l’Église orthodoxe ukrainienne, devenu catholique en 1957, a réalisé des œuvres religieuses, dont une série sur La Passion du Christ. Cette Cène, avec les disciples étendus, est plus proche de la réalité historique. Pierre est le premier à gauche de Jésus.
  1. Marko Ivan Rupnik, mosaïque, 2004, Chapelle de la Nonciature apostolique, Paris, France. Ce jésuite de Slovénie a réalisé de grands ensembles de mosaïques, dont celui de la Chapelle Redemptoris Mater au Vatican, en 1999. Ici, Pierre sort de la barque et regarde Jésus, et nous en même temps.

  1. Lyuba Yatskiv, icônes, Pierre et Paul, 21e siècle, Lviv, Ukraine; La dernière Cène, 2016, site nowaikona.pl.Cette artiste ukrainienne, née à Lviv en 1977, est engagée dans un renouveau de l’art iconographique. Dans la première icône, Pierre tient en mains les clefs et le rouleau. Dans la Cène, évoquant la trahison et le don, il est le premier à droite de Jésus. Conjuguant la tradition et la modernité, Yatskiv réalise des œuvres remarquables. Cette fidélité créatrice est à l’image de son peuple; forte et fragile, elle est actuellement menacée. Portons-la dans notre prière et notre solidarité …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Jésus invite Simon Pierre à le suivre. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Le Caravage.
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Rencontres avec Jésus – André, le premier appelé


Jésus appelle les pêcheurs André et Simon, une illustration librement inspirée d’une peinture de Duccio di Buoninsegna

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci en la personne d’André que Jésus appelle en tout premier!

ANDRÉ, LE PREMIER APPELÉ : Mc 1, 16-18; Jn 1, 35-42

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 1, 16-18

14 Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ;

15 il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

16 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs.

17 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »

18 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 1, 35-42

37 Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus.

38 Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »

39 Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).

40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.

41 Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.

42 André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

La figure de l’apôtre André est associée à celle de son frère Simon (Pierre). Tous les deux sont des pêcheurs (Mc 1,16), qui viennent de Bethsaïde (Jn 1,44) en Galilée, et ils ont une maison commune (Mc 1,29); leur père s’appelle Jean (Jn 1,42). Et surtout, dans les évangiles de Marc et de Matthieu, ils sont les premiers disciples de Jésus, les premiers qu’il appelle (Mc 1,16-18).

André fait ainsi partie des quatre premiers appelés, avec Simon son frère et Jacques et Jean, deux autres frères (Mc 1, 19), dont le père est Zébédée. Dans ce groupe privilégié, on trouve ainsi deux couples de frères et ils sont tous pêcheurs. Ils partagent un même univers social, culturel et religieux; ils forment un premier noyau de disciples qui se comprennent et sont déjà liés. On voit que Jésus a fait des choix dans son approche. On retrouve le quatuor ensemble avec Jésus, dans la maison de Capharnaüm (Mc 1,29). Au Mont des Oliviers (Mc 13,3), ils interrogent Jésus à propos du signe de la fin. Et André se retrouve évidemment dans les listes des apôtres (Mt, 10,2; Mc 3,18; Lc 6,14; Ac 1,13).

André le Protoclet, une illustration librement inspirée d’une peinture de Lippo d’Andrea.

Dans tout cela, la figure d’André ne ressort pas tellement! Il est plutôt un figurant. Sauf dans l’Évangile de Jean où il apparaît comme un individu, avec des actions qui lui sont propres. André est le premier appelé (Jn 1,40), d’où le surnom qui lui est donné dans la tradition: le Protoclet. Disciple de Jean Baptiste, qui a désigné Jésus comme l’Agneau de Dieu, André se met à la suite de Jésus, avec un autre. Après sa rencontre avec Jésus, il va ensuite amener son frère Simon Pierre à celui-ci (Jn 1,41).

Lors de la multiplication des pains (Jn 6,8-9), c’est André qui signale à Jésus la présence d’un garçon qui a quelques pains et poissons. Même si André est sceptique face à cette petite quantité pour nourrir une foule, c’est ce peu provenant d’un jeune qui sera source de vie en abondance. Et il restera douze paniers, pour le peuple à venir.

Quand quelques Grecs, à Jérusalem, veulent voir Jésus (Jn 12, 20-22), ils s’adressent à Philippe. Celui-ci le dit à André et les deux le disent à Jésus. Philippe et André viennent tous deux de Bethsaïde; ils ont ainsi un lien entre eux. André s’inscrit ici dans une chaîne de communication, où il s’agit de voir Jésus.

Revenons au récit de l’appel d’André, le Protoclet. Il est très inspirant et nous rend attentifs à plusieurs aspects de la vocation, mot qui signifie appel. Des visages et des relations, des regards et des déplacements, voilà ce que l’Évangile de Jean nous présente pour parler d’itinéraires de vocations. L’appel et la réponse à l’appel s’inscrivent à l’intérieur de réseaux et mettent des personnes en mouvement. Cette série de courtes scènes est très cinématographique. On imagine des gros plans sur des visages, qui s’échangent des regards, et des prises de vue qui saisissent l’étonnement et l’intérêt, le mouvement des corps d’un lieu à l’autre, d’une personne à l’autre.

Cette histoire de vocations ne commence pas à zéro. Elle est déjà commencée. Nous avons deux personnes, dont André, qui sont déjà disciples de Jean Baptiste, qui sont avec lui, dans sa mouvance spirituelle. Les deux sont engagés dans un mouvement de réforme religieuse et morale, autour d’un homme de Parole, un prophète qui appelle à se convertir. Les deux ont déjà fait un pas, ils ont exprimé une décision de changer l’horizon de leur vie. Mais ce qui est un point d’arrivée, suite à une démarche personnelle, devient ici un point de départ pour un nouvel engagement. Ils sont allés à Jean Baptiste : c’est lui qui les envoie maintenant à un autre. Il pose son regard sur Jésus, lui-même en mouvement, un Jésus qui va et qui vient. Il le nomme d’un titre fort : Agneau de Dieu.

Les deux d’abord écoutent cette parole. Le prophète, qui sert de médiateur, est crédible à leurs yeux. Puis ils se déplacent, ils se mettent en marche, à la suite de Jésus que Jean Baptiste a regardé. Maintenant, c’est au tour de Jésus de se tourner vers ces deux et de regarder à son tour. Il leur pose une question, qui va à l’essentiel : Que cherchez-vous? Il voit des personnes en recherche et il les invite à nommer leur quête. Le dialogue est amorcé. Les deux, à leur tour, comme Jean Baptiste, donnent un titre à cet homme Jésus : ils l’appellent Maître. Ils veulent connaître son lieu, sa demeure, ce qui évoque une symbolique centrale dans l’Évangile de Jean. Et Jésus maintenant les appelle à se déplacer encore : venez. Le regard est encore présent : vous verrez, par vous-mêmes.

Les deux passent ensuite à l’action. Ils se déplacent avec Jésus et ils voient où il demeure. Ils trouvent réponse à leur quête. Et enfin, le mouvement s’arrête pour un temps; un jour de présence, où simplement être avec Jésus. Autrement, l’histoire de ces vocations ne pourrait se poursuivre avec profondeur. Mais la dynamique de l’appel ne s’arrête pas là. André devient à son tour médiateur auprès d’une nouvelle personne de son réseau familial et de métier, Simon. Il lui annonce ce qu’il a vu et vécu. Et il fait un pas de plus : il donne un autre titre à Jésus, il le nomme Messie, Christ (Jn 1,41). Son temps de présence avec Jésus, là où il demeure, lui a fait découvrir plus profondément l’identité de celui qu’il a d’abord vu comme un Maître. Puis Simon et André vont à Jésus, pour que Simon voie par lui-même, à son tour. Mais c’est Jésus qui pose son regard sur Simon et qui voit en lui plus que Simon ne peut voir en lui-même. Et Jésus lui donne un nouveau nom : Céphas (Pierre).

Des regards et des déplacements, des noms et des appellations, des réseaux et des relais, voilà de quoi est fait un itinéraire de vocation, l’histoire d’un appel et d’une réponse. Cette série de courtes scènes, vives et animées, avec des visages en mouvement, liés les uns aux autres, est dense. Une chose est sûre : moi qui lis ces scènes et les projette sur mon écran intérieur, je suis quelque part dans ce récit d’appels. Mon histoire de vie et de vocation peut y trouver une dynamique qui aide à reconnaître mon propre parcours. Et ces paroles et ces regards, ces étapes et ces déplacements, m’appellent à poursuivre plus loin mon récit. Jusqu’au lieu secret, comme André. Et à communiquer ma découverte, comme André.

Images d’André

L’iconographie d’André est abondante. D’abord en lien au récit de l’appel des pêcheurs, que l’on retrouve à toutes les époques; et dans une moindre mesure, à celui de l’appel d’André en Jean, qui est toutefois bien présent dans la période contemporaine. Dans ces diverses œuvres, André fait partie d’un groupe, à la pêche ou sur la route; et son allure est celle d’un homme mûr et costaud.

Mais beaucoup d’œuvres montrant André relèvent plutôt de la suite de sa vie, qui n’est pas dans les Évangiles. Il serait allé en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie, en Ukraine, et serait mort martyr à Patras, en Péloponnèse. Comme Pierre, il serait mort crucifié, lors de la persécution de Néron, mais sur une croix en X, nommée croix de Saint André. Il est considéré comme le premier patriarche de Constantinople et saint patron de l’Église d’Orient, en parallèle avec Pierre pour l’Église de Rome. Il est aussi patron de l’Église roumaine, de l’Écosse, et de bien des lieux et groupes. Tout cela a suscité des vitraux, sculptures, tableaux, de la figure individuelle d’André, habituellement avec sa croix.

Voici quelques œuvres qui montrent la variété des figures et des époques :

  1. Codex Aureus Epternacensis, folio 20, recto, c.1020-1030, Musée National Germanique, Nuremberg, Allemagne. Cet Évangéliaire a été fait à l’Abbaye d’Echternach, ville autrefois allemande et maintenant située au Luxembourg; l’abbaye fut supprimée lors de la Révolution française. Le manuscrit est appelé Livre d’or car ses lettres sont écrites en or. La figure de Jésus est celle du jeune imberbe, qui remonte à l’Antiquité chrétienne. Les deux frères, pêcheurs, se ressemblent; André est celui de droite.
  1. Duccio di Buoninsegna, panneau de la prédelle de la Maesta (Sienne), 1308-1311, National Gallery of Art, Washington, États-Unis. Duccio est marqué par l’art byzantin mais aussi par les nouveaux courants, avec des personnages plus individualisés et en mouvement. Jésus appelle Pierre et André, au beau milieu de leur travail de pêche; on voit la tunique un peu retroussée et le filet. Les poissons sont nombreux. Pierre est en bleu et André en rouge.
  1. Colin Nouailhier, émail, c.1560-1570, Musée du Louvre, Paris, France. Cette œuvre est rare. D’abord, c’est un émail, fait par un des grands experts de Limoges, au 16e siècle. Et elle présente la scène (Jn 6, 8-9) où André sert d’intermédiaire entre un garçon qui a quelques pains et poissons et Jésus. L’enfant les remet à André qui les remet à Jésus. André est au centre de l’œuvre. La suite est aussi présentée, la multiplication des pains et la distribution aux gens; et André est actif.
  1. Le Caravage, La vocation de saint Pierre et saint André, c.1603-1606, Coll. Royale, Buckingham Palace, Angleterre. Ce tableau suscite plusieurs questions. On voit Pierre à gauche, avec des poissons en mains, André au milieu, et Jésus à droite, imberbe comme dans la tradition antique. Ou bien s’agit-il de trois apôtres : Pierre, André et Jean? Et quelle est la scène évangélique? L’appel des pêcheurs : mais ils ne sont pas dans leur barque. L’appel d’André et d’un autre en Jean 1,35-40 : mais que fait Pierre qui n’était pas là? En tout cas, André au centre a l’air bien pensif : Dans quoi je m’embarque? Ou trouve-t-il que son frère Pierre prend trop de place? Autre question : cette œuvre est-elle de Caravage ou d’un disciple, ou est-ce une copie? La question est encore débattue, pour ce tableau d’un peintre italien hors-la-loi, aux mains d’une famille royale célèbre

5. Le Caravage, Le crucifiement de saint André, c.1607, Metropolitan Museum of Art, États-Unis. On retrouve l’art du Caravage, avec ses ombres et lumières, ses personnages vivants, son sens dramatique. C’est une descente de la croix orthogonale, le début du détachement d’André. L’homme en armure et au chapeau de plume, en bas à droite, pourrait être le Comte de Benevente, un espagnol vice-roi de Naples, qui a commandité l’œuvre. À gauche, une femme âgée, figure fréquente dans l’art du Caravage, comme un témoin attentif. À gauche de l’homme en armure, un espace libre, pour le spectateur.

6. Yoan de Gabrovo, icône, 19e siècle, Hadzhi Nikoli Inn Museum, Veliko Tarnovo, Bulgarie. On attribue à André des voyages en Bulgarie où il aurait prêché l’évangile et formé des communautés. Cette superbe icône exprime cet attachement à Saint André.

7. Vitrail, 1945, Chapelle Saint-André, Église Saint-Eustache, Paris, France. Ce beau vitrail fait partie d’un ensemble commandité par la Société de la charcuterie française, fondée en 1809, dont les saints patrons sont André et Antoine et qui célèbre dans cette chapelle. Deux attributs d’André sont soulignés : le filet, qui rappelle son métier, et la croix, qui évoque son martyre.

8. Harry Anderson, L’appel de Pierre et André, c.1960-1970, Church History Museum, Salt Lake City, États-Unis. Cet artiste américain de l’Église Adventiste du 7ème Jour a aussi fait plusieurs œuvres pour l’Église des Saints-des-Derniers-Jours (Mormons). Cette toile, avec son style réaliste et très vivant, rend bien le contexte de cet appel de pêcheurs en plein travail. André est le grand gaillard, debout dans la barque.

9. JesusMafa, c.1975, Collectif pour la catéchèse, Cameroun. La scène est inculturée en contexte africain, avec le village, le paysage et les personnages. À droite Jean Baptiste, en retrait, et à gauche Jésus. Les deux disciples de Jean Baptiste se dirigent vers Jésus, qui leur dit, comme sa main l’indique : Venez et voyez.

10, Cerezo Barredo, 1999, site servicioskoinonia.org/cerezo/indexAgraf.html. Ce clarétain espagnol a travaillé dans plusieurs pays d’Amérique latine. Son œuvre met en relief le peuple, ses espoirs et ses luttes. Il a été surnommé le peintre de la libération. Il a illustré tous les dimanches du cycle liturgique. Ici, nous voyons Jean Baptiste à l’arrière et Jésus à l’avant; entre eux, les deux premiers disciples, dont André et l’autre non-identifié en Jean. Le récit est actualisé : les disciples sont deux jeunes, un garçon et une fille. Ou demeures-tu? demandent-ils à Jésus, qui leur répond : Venez et voyez.

11. Berna, 2017, site évangile-et-peinture, Suisse. Les œuvres de Bernadette Lopez couvrent aussi tous les dimanches du cycle liturgique, avec un grand sens des couleurs. Jean Baptiste indique Jésus à ses deux disciples. Ils vont laisser Jean Baptiste et suivre Jésus.

12. Francis Hoyland, Voici l’Agneau de Dieu, 2009, Angleterre. Cet artiste originaire de Birmingham a réalisé plusieurs œuvres sur la vie du Christ. Ici, Jean Baptiste désigne Jésus comme l’Agneau de Dieu à ses disciples qui se dirigent alors vers Jésus, accompagnés d’un chien. Jésus se tourne vers eux. La scène se passe au bord de l’eau. La suite nous appartient …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Jésus appelle les pêcheurs André et Simon. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Duccio di Buoninsegna.
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André, un modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Lippo d’Andrea.
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Rencontres avec Jésus – Jean le Baptiste

Le baptême de Jésus par Jean Baptiste, illustration librement inspirée d’une peinture de Joachim Patinir

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers du regard que Jean Baptiste pose sur Jésus!

JEAN LE DÉRANGEANT : Luc 3, 10-22

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 3

10 Les foules lui demandaient : « Que devons-nous donc faire ? »

11 Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »

12 Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? »

13 Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »

14 Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »

15 Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ.

16 Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.

17 Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

18 Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

19 Hérode, qui était au pouvoir en Galilée, avait reçu des reproches de Jean au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et au sujet de tous les méfaits qu’il avait commis.

20 À tout cela il ajouta encore ceci : il fit enfermer Jean dans une prison.

21 Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit.

22 L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Une voix se fait entendre. Elle nous parle de partage, de justice, de non-violence. C’est la voix d’un prophète radical et libre, qui vient réveiller et déranger. Jean le baptiseur, Jean le dérangeant, Jean à la parole qui parle vrai. Il vient aussi encourager, redonner courage, car il annonce quelqu’un à venir, quelqu’un à attendre comme la réalisation d’une promesse.

Des gens vont à lui avec des questions sur leur vie. Que faire? Comment vivre dans ce monde confus et agité? Il entend ces questions, les quêtes et souffrances qu’elles expriment. Ses réponses sont claires et honnêtes et elles vont à l’essentiel. En même temps, il fait plus que proposer des pistes pour vivre. Il annonce quelqu’un et il ne se prend pas pour cet autre qui ira plus loin que lui. Il prépare sa venue. Et la meilleure façon de se préparer à recevoir cette grande visite, c’est une pratique de partage, de justice, de non-violence. Ainsi, il ouvre un avenir à espérer.

Prophète radical, Jean critique vivement les puissances politi­ques et religieuses, mais il accueille à sa suite les gens de toutes classes et origines, qu’ils soient publicains, pharisiens, prosti­tuées, étrangers. Jean s’attend à ce que le Messie qui doit venir agisse avec puissance et fracas. Le grand ménage s’en vient. Attention, ça va chauffer, comme un feu qui purifie. Le temps des mensonges et de la corruption arrive à sa fin. Aux gens qui désespéraient d’un changement, il annonce un revirement de situations. Plus tard (Lc 7,18-19), il sera surpris par l’approche de Jésus, différente de la sienne.

Jean baptise Jésus. Le baptême comme tel n’est pas raconté. Tout se passe après le baptême, en Luc de même qu’en Mt et Mc; en Jn, il n’y a pas de récit du baptême mais le témoignage de Jean Baptiste (Jn 1,32-34). Jésus, à ce moment-clé de sa vie, est en prière. Comme il le sera en Luc à tous les moments importants de sa vie, du choix des disciples à l’abandon au Père sur la croix, de la gloire sur la montagne de la transfiguration à l’épreuve au mont des Oliviers. Jésus est lié à son peuple, il n’est pas un spirituel concentré sur sa seule aventure personnelle. Il est baptisé par Jean, il entre avec son peuple dans ce mouvement de renouveau. Le ciel s’ouvre: cela signifie que la communication est rétablie entre la terre et le monde de Dieu. Et tout cela est approuvé par les plus hautes autorités, avec la présence de l’Esprit évoquée par une colombe et celle du Père suggérée par la voix, qui est celle des Écritures, citant Is 42,1 ou le Ps 2,7.

Jean a initié un mouvement religieux qui a marqué les origines de notre foi chrétienne. Jésus lui-même a été influencé par lui, par sa parole, par son baptême, par son appel à la conversion. Il a commencé sa vie publique comme disciple de ce Jean. Il suivra sa propre voie, unique, mais il reprendra plusieurs aspects du message et du style de Jean : l’annonce du Règne de Dieu, son ouverture à toute personne, son attention aux pécheurs et aux exclus, et sa liberté. Ainsi, Jésus lui-même va s’inscrire dans une lignée, pour aller plus loin encore.

La figure de ce Jean surgit aussi de notre propre mémoire, de notre histoire, car il est patron des Canadiens-français et sa fête est même devenue fête nationale. Mais ce Jean des évangiles n’est pas un enfant frisé et gentil, un doux berger. Sa peau est rude, marquée par les vents et le souffle du désert. Il est un adulte, prophète, audacieux et libre. Courageux devant les pouvoirs, il ne cèdera pas face aux conformismes et il en paiera le prix de sa vie, comme celui-là même qu’il annonçait. Homme de parole, homme de la Parole, il est l’une des figures les plus for­tes de la Bible, tant dans ses grandeurs que dans ses faiblesses. Peut-être sa vigueur effraie-telle nos spiritualités toutes intérieures et confortables ou risque-t-elle de mettre en désordre nos petits mondes bien ordonnés, où tout doit être tranquille et harmonieux ?

Voici une figure dérangeante, réveillante, qui vient nous sortir de nos habitudes et de notre indifférence. Et si nous laissions sa voix, qui vient de nos origines et du plus profond de nous, nous toucher quelque part, là où notre cœur est froid et notre tête confuse, là où nous sommes engourdis. Nous qui aujourd’hui nous inscrivons dans cette longue lignée, comme croyants, et aussi comme citoyens d’une culture dont le patrimoine n’est pas seulement ou d’abord fait de pierres et de documents, mais de convictions sur la dignité de la vie humaine, d’une ouverture face à plus grand que nous et d’une attente face à l’avenir. Nous pouvons nous demander : En quoi l’appel de Jean le Baptiste me dérange-t-il ? À quel changement m’invite-t-il? Et en quelles voix aujourd’hui sa voix se fait-elle entendre?

Images de Jean Baptiste

Dans les arts visuels, on trouve plusieurs figures de Jean le Baptiste : prêchant aux foules et parfois leur pointant du doigt Jésus qui vient; baptisant des gens, souvent dénudés, prêts à entrer dans l’eau ou en sortant; baptisant Jésus, seul avec lui ou entouré. D’autres œuvres montrent seulement Jean Baptiste, comme figure importante, surtout en sculpture et vitrail. Son style d’habit indique qu’il est un homme du désert, dépouillé, un prophète.

Dans le récit du baptême, avec Jean et Jésus, deux autres figures sont présentes : l’Esprit, symbolisé par une colombe, ce qui est plus simple à montrer; le Père, par la voix des cieux (celle des Écritures) mais sans visage; il est rarement évoqué.

Les lieux rattachés à Jean sont le désert et le fleuve Jourdain. Plusieurs artistes ont mis en scène des foules, avec des personnages illustrant la diversité des gens qu’il attirait, dans des paysages qui varient, du rocailleux au bucolique.

Dans ses attributs, objets ou signes qui indiquent sa vie et son identité, on trouve le bâton, celui du pèlerin, du marcheur, et souvent l’agneau à ses pieds. Jean a dit : Voici l’agneau de Dieu (Jn 1,29) en désignant Jésus. Cet agneau signale son rôle de précurseur, d’annonceur du Messie. Mais cet agneau a donné naissance à des quiproquos ou du moins des confusions, faisant de Jean un berger!

Dans l’iconographie de Jean Baptiste, d’autres scènes sont aussi présentes : Jean enfant avec son cousin Jésus; sa mort tragique (il est décapité); au pied de la croix avec Marie, les deux figures qui font le lien entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Mais elles ne sont pas incluses ici.

Voici quelques œuvres montrant certains des aspects soulignés.

  1. Mosaïque, fin du 5e siècle, coupole, Baptistère des Aryens, Ravenne, Italie. La figure de Jésus est celle d’un jeune homme imberbe, fréquente dans l’Antiquité. Sa nudité est une affirmation théologique, celle de l’humanité de Jésus. Jean pose la main sur sa tête; l’Esprit, la colombe, verse de son bec une huile d’onction. L’homme âgé à gauche, qui verse l’eau depuis une outre, personnifie le fleuve Jourdain; c’est une figuration courante dans la culture antique et intégrée ici. La voix du ciel n’est pas évoquée. La scène est entourée du cercle des apôtres, chacun avec la couronne de gloire.
  1. Herrade de Landsberg, miniature, c.1167-1185, Hortis Deliciarum, Strasbourg, France. Cet ouvrage (Jardin des Délices) est la première encyclopédie réalisée par une femme, l’Abbesse Herrade de l’Abbaye Mont St-Odile en Alsace. Elle a aussi fait les miniatures. Aux éléments semblables à l’œuvre précédente, s’ajoutent des anges en service, une colonne avec la croix et le Père évoqué en haut par les mains du demi-cercle. Le fleuve Jourdain est présent mais en plus petit, dans l’eau. Jésus est vraiment plongé dans l’eau, jusqu’au cou!
  1. Andrea Pisano, bronze, 1330, porte-sud, Baptistère de Florence, Italie. Cette porte du baptistère dédié à Jean Baptiste, patron de Florence, comprend dix scènes de sa vie. Au baptême, on retrouve des éléments des œuvres de l’Antiquité. Jésus est un adulte barbu, autre figure présente aussi aux 5e-6e siècles. Un ange à gauche est en service.
  1. Paolo Veronese, c.1562, Galerie Borghese, Rome; c.1583, Palais Pitti, Florence, Italie. Dans l’œuvre à gauche, le maître vénitien montre Jean prêchant à des gens et indiquant Jésus qui vient. Il porte un étendard sur lequel est écrit Ecce (Voici). Des femmes sont présentes; près de l’épaule de celle agenouillée, un enfant nous regarde. Dans l’œuvre à droite, Jésus agenouillé et costaud reçoit le baptême; avec des anges en service, une femme qui regarde Jean, une colombe rayonnante. Dans les deux œuvres, les vêtements sont élaborés et les scènes encadrées par des arbres.
  1. Alexander Ivanov,1837-1857, Galerie Tretyakov, Moscou, Russie. Ivanov a peint plusieurs scènes bibliques; celle-ci est son œuvre majeure, longtemps travaillée : L’apparition du Christ au peuple. On y voit des gens d’âge et de condition diverses venir à Jean, incluant soldats et pharisiens; et certains se font baptiser. À la gauche de Jean Baptiste, qui tient une croix, trois futurs apôtres (Jean, André, Nathanaël). Jean montre le Christ qui s’approche, dans un vaste paysage qui le fait ressortir
  1. James Tissot, c,1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. L’œuvre à gauche montre Jean prêchant dans un décor désertique et indiquant à la foule Jésus qui vient. Tissot, un artiste français qui a vécu en Terre sainte, est attentif aux paysages et au contexte. À droite, dans le baptême au Jourdain, Jean est vu de dos : l’accent est ainsi mis sur Jésus, la figure centrale. Ces approches expriment picturalement la position et la parole de Jean.
  1. Statuette, carton, 19ème siècle, Musée national des Beaux-Arts du Québec, Québec, Canada. Voici une figure qui fut présente depuis la fin du 19ème siècle dans les processions de la St-Jean-Baptiste au Canada-français le 24 juin. Un enfant mignon, avec un agneau, comme s’il était un petit berger. Le contraste est grand avec l’œuvre qui suit.
  1. Pablo Gargallo, bronze, 1933, jardin du Baltimore Museum of Art, États-Unis. Ce sculpteur catalan, marqué par le cubisme, fut un innovateur influent. Cette œuvre, sa dernière avant sa mort, s’intitule : Le Prophète. Elle exprime avec force la passion et la radicalité de Jean, bouche ouverte, qui appelle au changement et annonce le jugement.
  1. Jeanne Vanasse, polyptique, 1996, Cathédrale St-Jean-Baptiste de Nicolet, Canada. Cette religieuse des Sœurs de l’Assomption, pionnière en arts visuels et maintenant centenaire, a présenté ainsi son œuvre : « Comme le Mystère Pascal, le Baptême est centré sur la croix et la résurrection où Jésus apparaît comme Ressuscité, habillé d’eau et de lumière … L’humanité se remet en marche vers le fleuve aux purifiantes eaux au-dessus desquelles plane l’Esprit-Saint. »
  1. John Nava, tapisseries, 2002, Cathédrale de Los Angeles, États-Unis. Ces cinq tapisseries de 14 mètres de hauteur, d’un artiste californien, sont au-dessus du font baptismal de cette nouvelle cathédrale, la plus grande des États-Unis. Au centre de cette œuvre impressionnante, à la fois simple et spectaculaire, Jean et Jésus, et l’eau. Et vers le haut, des formes circulaires, évoquant le mystère d’une Présence …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Le baptême de Jésus par Jean Baptiste. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Joachim Patinir.
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