Rencontres avec Jésus – L’aveugle-né

Illustration : réinterprétation numérique d’une icône orthodoxe

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de la guérison de l’aveugle de naissance

L’AVEUGLE-NÉ, TÉMOIN AUTHENTIQUE ET COURAGEUX : JEAN 9, 1-41

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 9

01 En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance.

02 Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »

03 Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.

04 Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler.

05 Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »

06 Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,

07 et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

08 Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »

09 Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. »

10 Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »

11 Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »

12 Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

13 On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.

14 Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.

15 À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »

16 Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.

17 Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »

18 Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents

19 et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »

20 Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle.

21 Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »

22 Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.

23 Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

24 Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »

25 Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. »

26 Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »

27 Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »

28 Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.

29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »

30 L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.

31 Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.

32 Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.

33 Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »

34 Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

35 Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »

36 Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »

37 Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »

38 Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.

39 Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

40 Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »

41 Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

par Daniel Cadrin, o.p.

Voir, ne pas voir, croire. Qui voit, qui est aveugle ? La guérison d’un aveugle-né en Jean est un magnifique texte sur ces liens entre voir, ne pas voir, et croire, dans leurs liens et tensions. Le récit de la guérison comme telle prend peu de place (v. 1-7). L’événement sert de point de départ à une série de réactions et d’interprétations contrastées, se croisant et s’affrontant, autour de l’identité de Jésus (v. 8-41). L’aveugle en est le pivot, lui qui apparaît à chaque scène pour être interrogé et donner son témoignage.

Cet aveugle guéri est un témoin remarquable par son authenticité. Il ne dit pas plus que ce qu’il saisit, mais il ne dit pas moins. Il n’esquive pas les questions et n’en rajoute pas au récit. Là où il est rendu, il affirme ce qu’il peut affirmer, sans compromis ni rigidité, en toute honnêteté. Cette intégrité n’est pas immobi­le. Elle grandit à mesure du récit, qui présente ainsi un itiné­raire de foi, depuis la reconnaissance de l’action de l’homme Jésus jusqu’à la confession de foi en Jésus Seigneur et Fils de l’Homme, en passant par des étapes intermédiaires, identi­fiant Jésus comme prophète et homme de Dieu.

À mesure, la parole de ce témoin devient plus hardie et articulée. Non seulement elle rend compte de l’événement, ainsi au début, mais elle en vient à réfléchir l’événement et à questionner les autres dans le débat final avec les pharisiens. La vive droiture de cet aveu­gle qui voit l’amène à affronter l’adversité et l’exclusion. Son témoignage mené jusqu’au bout, dans une fidélité courageu­se et réfléchie, sans concession ni fuite, le conduit à risquer sa vie, comme Jésus lui-même. Durant tout ce parcours, celui qui ne voyait pas est passé peu à peu du « je vois » à « je crois ». II est pleinement devenu un témoin.

Autour de cet itinéraire croyant, qui est fait non seulement de réception d’un don mais aussi de progression et de prise de parole, d’autres attitudes sont présentées en contraste. Elles montrent la diversité conflictuelle des réactions et interpré­tations face à un même événement, qui en lui-même ne suf­fit pas à produire la foi.

  • Les voisins sont curieux et s’interro­gent sur le comment des choses, sans plus. Ils s’intéressent à l’anecdotique, un peu dans le style parfois des médias.
  • Les pharisiens vont plus loin. Ils enquêtent, discutent, mais à partir d’une vision religieuse très déterminée, qui ne s’ouvre pas ici à un autre point de vue. C’est au nom même de leur position religieuse qu’ils vont refuser le témoignage de l’aveugle guéri, car il met en cause leur approche dans sa fixité. Leur propre assurance de voir les rend de plus en plus aveugles à ce qui advient, alors même que l’aveugle fait la démarche inverse et voit de plus en plus.
  • Quant aux parents, ils recon­naissent l’événement mais refusent de s’engager personnel­lement, par peur précise Jean. Voici des croyants qui ne veulent pas se mouiller.

À travers ces réactions si diverses, et celle de l’aveugle lui-même avec ses étapes, une sorte de tableau vivant est présenté des réponses possibles face à l’événe­ment, qui est finalement Jésus lui-même. Nous sommes quelque part dans ce récit. Si nous sommes attentifs à ces attitudes, nous pouvons y reconnaître les nôtres, celles de notre passé ou de notre présent, les passages que nous avons vécus de la peur à la prise de position et au risque, ou de la curiosité à la reconnaissance de la présence de Dieu. Ou nous pouvons voir aussi nos propres fixités, nos refus de faire place à la nouveauté de l’Évangile à certains moments de notre vie. Cela vaut pour les individus mais aussi pour les communautés et institutions, tant sociales qu’ecclésiales. Il y a des façons de croire qui font voir et par­ler, de mieux en mieux, mais d’autres peuvent rétrécir la vue, de plus en plus, jusqu’à l’aveuglement.

En quoi je me reconnais dans le cheminement de l’aveugle et aussi dans les réactions des autres ? Ou encore j’ai déjà rencontré ce témoin authentique, qui m’a inspiré : quel était son visage ? Jésus est la lumière du monde : il y a de quoi rendre grâce à chaque jour, même de nuit.

Images

Il y a plusieurs guérisons d’aveugle dans les Évangiles. Ainsi, seulement en Matthieu : 9, 27-32 ; 12,22 ; 15, 30-31 ; 20, 29-34 ; 21,14. Certaines sont plus générales, sans détail particulier. D’autres sont plus identifiables. En Marc 10, 46-52, l’aveugle s’appelle Bartimée ; les disciples et une foule sont présents ; et la scène se passe à Jéricho, sur le chemin (nous en parlerons dans une chronique ultérieure). En Jean 9, il s’agit d’un aveugle-né ; les disciples et des Pharisiens opposants sont présents ; l’aveugle est envoyé à la piscine de Siloé.

Dans l’iconographie chrétienne, on trouve des images de guérisons d’aveugle depuis l’Antiquité, de façon stable. Mais souvent, il est difficile d’identifier le texte précis à laquelle l’œuvre réfère ; à moins que le titre le précise ou qu’un indice soit donné. Pour le récit de l’aveugle-né, des indices l’indiquent clairement : la piscine est évoquée par une fontaine ou un point d’eau ; les opposants sont manifestes ; l’aveugle guéri témoigne publiquement. Il y aurait aussi le rôle des voisins et celui des parents, mais je ne connais pas d’images les montrant.

Sur des sites parlant de l’aveugle-né en Jean 9, on voit fréquemment des images d’une autre guérison, surtout celle de Bartimée ; l’inverse aussi advient. Je vais essayer d’éviter cette erreur, mais je ne garantis rien ! Voici donc quelques œuvres nous montrant (pour la plupart), la guérison de l’aveugle-né.

  1. Mosaïque, 6e siècle, Basilique St-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, Italie. Les quatre personnages se tiennent debout, devant nous, tous bien vêtus, avec des fines sandales. Pierre et Jean sont de chaque côté. Jésus, jeune imberbe, figure fréquente dans l’Antiquité, touche les yeux de l’aveugle, qui a son bâton.
  1. Miniature, 10e siècle, Codex Egberti. Bibliothèque de Trèves, Allemagne. Ce lectionnaire comprend 51 miniatures de la vie du Christ, réalisées par des moines de l’Abbaye de Reichenau pour Egberti, archevêque de Trèves. Deux apôtres sont à gauche ; le Christ antique et nimbé bénit l’aveugle un peu courbé, tenant son bâton. La piscine de Siloé est évoquée à droite, avec l’eau qui coule depuis un oiseau. Plusieurs pieds débordent du cadre.
  1. Fresque, c.1072-1087, Basilique Sant’Angelo in Formis, Capoue, Italie. Cette basilique romane est dédiée à Saint Michel Archange. Elle est couverte de fresques de style byzantin, offrant un vaste programme de scènes bibliques et de figures saintes. Ici, on retrouve des éléments s’inscrivant dans la tradition qui précède. À gauche, les apôtres Pierre et Jean. Au centre, le Christ au nimbe cruciforme touche l’aveugle, courbé avec son bâton. À droite, la piscine de Siloé comme un baptistère, avec une source d’eau vive. Le bleu domine (le fond, l’eau, les vêtements).
  1. Icone orthodoxe roumaine, site cuvantul-ortodox.ro, Roumanie. Le texte signifie : guérison de l’aveugle de naissance. Pierre est à gauche ; Jésus touche les yeux de l’aveugle au bâton, qui va à la piscine de Siloé. Le Christ est plus grand que les autres, comme dans les images précédentes. Mais des fleurs et un arbre s’ajoutent.
  1. El Greco, c.1570, Galleria Nazionale, Parme, Italie. Le peintre grec Domenikos Theotokopoulos a d’abord écrit des icônes byzantines. Puis il a vécu en Italie et en Espagne où il a intégré divers courants artistiques. Cette oeuvre de jeunesse est une des trois versions qu’il a faites (Dresde, Parme, New York), chacune avec ses variantes. La scène, qui se passe au temple, est très construite, la perspective travaillée. A gauche, les disciples, avec Jésus et l’aveugle à genoux ; à droite, les Pharisiens qui critiquent. De chaque côté, une figure de dos montre du doigt à gauche le ciel et à droite Jésus agissant. A l’extrême-gauche, en haut, comme une signature, la figure d’un jeune homme, surnommé Le Grec.

  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français, qui a vécu en Terre Sainte, a illustré tout le Nouveau Testament avec le souci de l’exactitude historique et du respect du texte. Ici, dans la première œuvre, on voit l’aveugle qui se lave à la piscine de Siloé. Dans l’autre, ce qui est assez rare, l’aveugle guéri témoigne avec conviction devant les Pharisiens et désigne Jésus à droite.
  1. William James Webb, gravure, 1896, Bible Pictures and Stories, Partridge and Co, London, Angleterre. Ce peintre et illustrateur anglais était lié au mouvement pré-raphaélite. Ici, comme chez Tissot, on trouve l’aveugle allant à la piscine, en bas à gauche, puis témoignant devant les Pharisiens.
  1. Harold Copping, 1910, The Copping Bible, Religious Tract Society, London, Angleterre. Cet artiste britannique a illustré plusieurs livres et particulièrement la Bible. Ses œuvres, avec leur souci de réalisme et d’émotion, ont été très utilisées par les diverses Églises chrétiennes. Il a voyagé au Proche-Orient pour mieux connaitre le contexte. Ici, l’aveugle est à la piscine de Siloé; quelqu’un tient son bâton et le retient par sa ceinture. Plusieurs personnes sont présentes. La scène est très vivante.
  1. Françoise Burtz, années 1990, site francoiseburtz.org, France. Cette artiste alsacienne, formée en théologie, a été impliquée dans la catéchèse pour adultes Mess’AJE, alliant la Bible et l’art. Son style particulier et reconnaissable s’inscrit dans une démarche artistique qui se veut théologique et catéchétique. Jésus nimbé touche les yeux de l’aveugle. Les mains ressortent.
  1. Andrei Mironov, 2009, site artmiro.ru, Russie. Ce peintre russe, déjà présenté dans ces chroniques, a le sens de l’expression dramatique. Jésus et l’aveugle sont seuls. Il est possible que ce soit l’aveugle de Bethsaïda (Mc 8,22). Mais la lumière éclaire l’aveugle, comme Jésus lumière du monde.
  1. Jorge Cocco Santangelo, 2014, Church History Museum, Salt Lake City, États-Unis. Ce peintre originaire de l’Argentine est membre de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Mormons). Il a développé un style qui lui est propre, le sacrocubisme, s’inspirant de l’art cubiste pour traiter des sujets sacrés. Ici, à gauche, des Pharisiens distants ; à droite des disciples qui vénèrent Jésus. Au centre, Jésus touchant les yeux de l’aveugle. Le jeu entre les lignes, les couleurs et les formes est impressionnant.
  1. Julia Stankova, 2021, site juliastankova.com, Bulgarie. Cette iconographe bulgare, elle aussi déjà présentée dans ces chroniques, s’inscrit dans la tradition de l’icône avec une approche personnelle. On retrouve ici plusieurs éléments des 2e-3e-4e images, mais avec des changements : il n’y a que Jésus et l’aveugle ; et l’eau vive, avec l’arbre, est au centre. Cela rappelle son icône de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine, avec le puits et l’arbre au centre…

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à vous inspirer du dessin ci-dessous pour créer une image et y ajouter quelques mots pour exprimer votre perception du sujet.

Tracé simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une icône orthodoxe. Cliquer sur l’image pour l’agrandir et la sauvegarder!

Visionner le montage réalisé à partir de ce modèle :


Partager

Nous sommes toutes et tous, quelque soit l’âge et la culture, invités à témoigner de la façon dont nous percevons notre rencontre avec Jésus au travers des personnages qu’il croise dans les Évangiles.

Partagez vos images et témoignages directement sur le groupe Facebook « Rencontres avec Jésus »:

https://www.facebook.com/groups/1330277570759795

Abonnez-vous tout au bas de cette page pour rester informés de chaque nouvelle invitation à vivre les « Rencontres avec Jésus »!


Rencontres avec Jésus – La samaritaine

Illustration : réinterprétation numérique d’une peinture de Angelika Kauffmann

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de son dialogue avec la samaritaine!

LA SAMARITAINE, DU DIALOGUE À LA MISSION : JEAN 4, 5-42

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 4

05 Il arrive donc à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.

06 Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi.

07 Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »

08 – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions.

09 La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.

10 Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »

11 Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ?

12 Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »

13 Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ;

14 mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »

15 La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »

16 Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »

17 La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari :

18 des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »

19 La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !…

20 Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »

21 Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.

22 Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.

23 Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.

24 Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »

25 La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »

26 Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »

27 À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »

28 La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :

29 « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »

30 Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui.

31 Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. »

32 Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »

33 Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »

34 Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.

35 Ne dites-vous pas : “Encore quatre mois et ce sera la moisson” ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,

36 le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.

37 Il est bien vrai, le dicton : “L’un sème, l’autre moissonne.”

38 Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. »

39 Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait. »

40 Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours.

41 Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui,

42 et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Le récit de la rencontre entre Jésus et la femme de Samarie, au puits de Jacob, est très riche en pistes spirituelles, théologiques et pastorales. Je le lis surtout à partir d’un angle : celui de l’évangélisation et de l’accompagnement d’une recherche spirituelle, avec ses étapes.

Tout d’abord, une remarque sur le contexte, qu’il importe de souligner. Au temps de Jésus, les rapports entre Juifs et Samaritains étaient tendus, à cause d’une longue histoire, avec ses aspects politiques, culturels et religieux. Ils avaient des points communs, mais la méfiance et la distance régnaient.

Jésus rencontre la Samaritaine autour d’un puits. Voici que lui, un homme juif, il adresse la parole à une femme samaritaine. Il brise ainsi une double barrière, il ouvre une brèche. Elle en est surprise; et les disciples aussi le seront (v.27). Mais Jésus lui demande quelque chose. Il ne lui parle pas d’abord pour la sermonner ou raviver le conflit : il lui demande à boire. Dans l’évangélisation, il s’agit d’aller vers les gens malgré les barrières, les conformismes, et d’oser leur demander quelque chose.

Il s’ensuit une longue conversation, un dialogue, qui montre le cheminement de cette femme vers la foi en Jésus, avec ses étapes. Mais le point de départ, c’est un lieu de rencontre important dans la vie des gens: un puits, un point d’eau. Cela nous invite à nous demander : Où sont les points d’eau, autour desquels un contact peut se faire, là où une rencontre peut advenir? Un lieu, un événement (naissance, mariage, mort), un organisme du milieu, un site sur le web, …

Il y a progression dans la foi de cette femme, à partir du contact établi entre Jésus et elle, en ce lieu de rencontre, autour d’une question bien concrète: j’ai soif. Le premier échange est plein de malentendus entre les deux, ce qui est fréquent dans l’Évangile de Jean. Puis on passe à un dialogue qui touche sa vie personnelle, ses maris : on parle des vraies affaires! Ensuite, le dialogue proprement spirituel sur les enjeux de la foi en Dieu peut venir. Suite à cela, son croire en Jésus a grandi comme les titres qu’elle lui donne l’indiquent : un Juif (v.9), un prophète (v.19), le Christ (v.19).

Ainsi, pour découvrir et rencontrer vraiment Jésus le Christ, il faut du temps, des étapes, des approches différentes. On commence souvent par ne pas se comprendre. Mais vient un temps où une parole plus personnelle, un récit de vie, intervient, qui resitue autrement, en vérité, le dialogue. Jésus éclaire la vie, il connaît les coeurs, et il ne lui fait pas de reproches. Il reconnaît la vérité de sa vie et l’invite à le faire. Puis, l’échange sur les questions de fonds, sur Dieu, peut enfin se faire. Le terrain a été débroussaillé.

Mais aussi, tout est lié à une recherche chez cette femme: elle a soif d’une eau vivifiante. Autrement, rien ne se passe. C’est cela qu’il faut savoir toucher. De sa soif, on passe finalement à la quête du vrai Dieu, à adorer en Esprit, qui n’est pas prisonnier d’un lieu ou du passé mais est offert. Il y a ainsi tout un itinéraire spirituel jusqu’à la pleine reconnaissance de Jésus, avec des étapes, une parole échangée, des questions, des découvertes.

Mais la Samaritaine n’en reste pas là: elle en parle à ses voisins, elle devient elle-même missionnaire, annonçant le Christ et donnant le goût de le rencontrer. Comme Marie de Magdala, elle devient apôtre qui annonce la Bonne Nouvelle. C’est la dynamique de l’évangélisation : les gens touchés par l’Évangile le communiquent à d’autres. Les voisins sont touchés par son témoignage, puis ils vont rencontrer le Christ lui-même. Et ils le reconnaissent comme Sauveur du monde (v.42), un titre très fort. Et le processus va se poursuivre.

Monde de l’évangélisation avec ses étapes, ses relais, plusieurs intervenants, le tout centré sur la rencontre du Christ et son eau vive. Dans quel moment de cet itinéraire je reconnais mon propre parcours spirituel? Certains dialogues m’ont fait avancer? Et à mon tour, à qui pourrais-je donner le goût de rencontre le Christ vivant ? Sans oublier que non seulement nous sommes en quête, mais le Père aussi cherche des adorateurs (v.23).

Images de la Samaritaine

Dès le 4e siècle, dans les fresques des catacombes de Rome, on trouve la rencontre au puits entre Jésus et la Samaritaine. La scène est déjà inculturée : les deux, par leurs vêtements et coupes de cheveux, ont l’air de Romains! Elle a été reprise et populaire à toutes les époques; et aujourd’hui, elle est montrée dans la diversité des cultures.

Au début du récit (v.6), Jésus est assis au bord du puits. C’est ainsi qu’on le voit dans toutes les images. La Samaritaine est parfois debout, parfois assise. La scène peut être montrée à son début, quand Jésus demande à boire, ou plus loin dans l’échange. Des éléments indiquent le lieu de rencontre : le puits, les cruches, l’eau, la corde. On trouve habituellement un paysage montrant un mont, en lien au dialogue sur l’adoration et la montagne (v.20-22); parfois une ville, un temple.

Voici quelques œuvres, du 12e au 21e siècle. Elles ont un trait commun : elles ont toutes été réalisées par des femmes.

  1. Herrade de Landsberg, miniature, c.1167-1185, Hortus Deliciarum, Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg, France. Herrade a été Abbesse du monastère Mont St-Odile en Alsace. Elle a écrit, en latin, et illustré le Jardin des Délices, première encyclopédie faite par une femme. L’original a été détruit en 1870, dans un incendie lié à la guerre; il reste des calques et copies. Ici, ce qui est assez unique, tous les personnages du récit sont présents : Jésus, la femme, mais aussi les disciples (v.8.27) et les Samaritains (v.28.39) à qui elle annonce le Christ; tous bien identifiés. Jésus est assis, ce qui peut être aussi la position de l’enseignant; la femme est debout. Le puits et l’eau, la cruche et la corde sont bien visibles.
  1. Lavinia Fontana, 1607, Museo di Capodimento, Naples, Italie. Cette peintre de Bologne (cf. Chronique précédente sur Marie de Magdala) fut une pionnière comme femme dirigeant un atelier. La Samaritaine, debout, est élégante et attentive. Le Christ, assis, a l’air un peu rêveur, tout en conversant avec elle. Le puits, la cruche et la corde sont présents, avec un paysage montrant une ville fortifiée et la campagne.
  1. Artemisia Gentileschi, 1637, Collection privée. Née à Rome et formée à l’atelier de son père, cette peintre fut marquée par Le Caravage et le courant baroque. Elle a travaillé à Florence, Rome, Londres et surtout Naples. Elle fut à l’époque très réputée pour ses portraits et ses figures bibliques, à la fois réalistes et expressifs, aux couleurs vives. Ici, la Samaritaine est une femme bien en chair, solide et attentive. Les deux sont assis au puits et ils discutent. Le paysage comprend une ville à droite, un ciel nuageux, des arbres qui encadrent la scène; et les éléments habituels, le puits, la cruche, la corde.
  1. Angelica Kauffmann, 1796, Neue Pinakothek, Munich, Allemagne. Née en Suisse d’une famille autrichienne et formée en Italie, cette peintre fut très célèbre pour ses portraits et ses scènes historiques et mythologiques. Elle a vécu en Angleterre et surtout à Rome, avec de nombreux liens dans les réseaux politiques et artistiques de l’époque. Jésus et la femme, tous deux assis, sont engagés dans un dialogue; les deux sont vêtus de rouge. Le paysage, avec le mont, évoque la Samarie; le puits, la cruche et la corde nous rassurent par leur présence : c’est bien la Samaritaine!
  1. Arthur-Marie, 1965, Sœurs de Ste-Anne, Lachine, Canada. Cette religieuse artiste a fait une œuvre originale : plusieurs femmes sont présentes au puits, avec leurs formes élancées, leur cruche, et le jeu des couleurs. La tête du chameau à droite, comme un clin d’oeil, ajoute une touche humoristique. Jésus est assis à droite, sous un arbre, avec son bâton de pèlerin, échangeant avec la Samaritaine. Les montagnes offrent un fonds vert avec deux lignes qui convergent vers une femme portant une cruche.
  1. Evelyne Breault, 1982, Sœurs Notre-Dame-du-Bon-Conseil, Chicoutimi, Canada. Voici l’œuvre d’une autre religieuse québécoise, décédée en 2014 à l’âge de 100 ans (cf. Chronique sur les disciples d’Emmaüs). Jésus et la Samaritaine sont clairement engagés dans une intéressante conversation, autour du puits, avec ses cruches. Les figures sont fines et expressives. La Samarie et son mont sont évoqués à l’arrière.
  1. Huibing He, 1988, site avisualfaith.blogspot.com. Cette artiste chinoise est devenue chrétienne en 1980, à 26 ans. Docteure en théologie, elle est pasteure de l’Église méthodiste unie et intègre l’art dans son ministère. Le texte en chinois, en haut à droite, est une citation de Jean. Il y a le puits et la cruche, mais Jésus et la Samaritaine sont tous deux immergés dans l’eau. Une lumière émane de cette œuvre remarquable, comme une eau vive.
  1. Lucille Therrien, c.1990-2000, Sœurs de la Charité-de-Saint-Louis, Lévis, Canada. Cette religieuse, décédée à 91 ans en 2011, avait son atelier à Lévis, ma ville natale. Dans la première image, la Samaritaine se rend au puits avec sa cruche. Puis dans l’autre, la rencontre avec Jésus a lieu. Celui-ci a une allure diaconale (tissu rouge sur le côté). Sous un ciel gris et lumineux, un temple au fonds évoque la quête de Dieu et l’adoration.
  1. Hanna-Cheriyan Varghese, 2007, site hanna-artwork.com, Malaysie. Cette artiste chrétienne (cf Chronique sur les disciples d’Emmaüs), décédée en 2008, a mis en images plusieurs scènes bibliques. Ici, Jésus demande à boire et la Samaritaine est surprise. Les cercles du fonds et du puits accentuent le sens d’une quête, en mouvement. Commentant des œuvres sur la Samaritaine, Varghese a dit: « Aucune inclinaison de culture, race, genre ou religion ne nous empêchera de recevoir l’eau « vivante » du Dieu d’amour et de compassion ».
  1. Berna, 2010, site evangile-et-peinture, Suisse. Bernadette Lopez, qui a été présente à quelques reprises dans cette chronique, a couvert l’ensemble des dimanches et fêtes du cycle liturgique, avec ses couleurs joyeuses, ses formes en mouvement et la lumière. Ici, Jésus, assis, demande à boire à la Samaritaine.
  1. Liz Lemon Swindle, 21e siècle, site lizlemonswindle.com, États-Unis. Membre de l’Église des Saints-des-Derniers-Jours (Mormons), cette artiste a réalisé des oeuvres touchantes et personnelles, avec une sensibilité au monde actuel (cf. Chronique sur la femme sauvée). Jésus et la Samaritaine sont assis en conversation, autour du puits, de l’eau et des cruches. Jésus touche la femme à l’épaule. La scène baigne dans la lumière.
  1. Julia Stankova, 2019, site juliastankova.com, Bulgarie. Cette iconographe bulgare (cf Chronique sur Thomas) veut conjuguer l’inscription dans la tradition byzantine et la création personnelle. Jésus et la Samaritaine sont assis de chaque côté du puits, en conversation, avec l’arbre de vie au centre. Elle lui offre l’eau, leurs mains se rapprochent. Les couleurs de leurs vêtements sont les mêmes, exprimant une proximité. Une rencontre a lieu ….

Daniel Cadrin, o.p


Dessins à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à vous inspirer de l’un ou de plusieurs des dessins ci-dessous pour créer une image et y ajouter quelques mots pour exprimer votre perception du sujet. Défi proposé cette semaine : Choisir plusieurs représentations de Jésus et de la Samaritaine et faire une petite séquence d’images en y inscrivant les extraits du dialogue entre Jésus et la samaritaine qui sont les plus importants pour vous!

Tracés simplifiés à tracer et à colorier, librement inspirés de peintures traditionnelles de l’art chrétien. Cliquer sur les images pour les agrandir et les sauvegarder!

Ou ouvrir le fichier PDF ci-dessous pour faciliter l’impression des dessins :

À titre d’exemple, vous trouverez ci-dessous un court montage, entièrement réalisé d’après ces dessins à colorier. En guise d’illustration au dialogue tout simple mais tellement inspirant entre Jésus et la samaritaine


Partager

Nous sommes toutes et tous, quelque soit l’âge et la culture, invités à témoigner de la façon dont nous percevons notre rencontre avec Jésus au travers des personnages qu’il croise dans les Évangiles.

Partagez vos images et témoignages directement sur le groupe Facebook « Rencontres avec Jésus »:

https://www.facebook.com/groups/1330277570759795

Abonnez-vous tout au bas de cette page pour rester informés de chaque nouvelle invitation à vivre les « Rencontres avec Jésus »!


Rencontres avec Jésus – Marie de Magdala

Illustration : réinterprétation numérique d’une fresque de Fra Angelico

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de Marie-Madeleine qui, la première, le voit dans sa dimension de Ressuscité!

MARIE DE MAGDALA, DISCIPLE ET APÔTRE : JEAN 20, 11-18

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 20

11 Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau.

12 Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus.

13 Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. »

14 Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus.

15 Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. »

16 Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître.

17 Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

18 Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Il y a plusieurs Marie dans les Évangiles. Le nom était courant à l’époque. Après Marie, mère de Jésus, la plus célèbre est Marie de Magdala. Elle est présente dans les quatre Évangiles, mais la figure qui en ressort est complexe, non-unifiée. De plus, avec le temps, pour divers motifs, tout un imaginaire s’est construit autour d’elle, qui déborde les Évangiles et fusionne plusieurs figures différentes.

Dans les Synoptiques, Marie de Magdala apparaît surtout à la Passion, comme une des femmes à la croix et au tombeau (Mt 27, 56. 61; Mc 15,40.47; 16,1; Lc 24, 10) et à qui le Christ apparaît (Mt 28,1.10; Mc 16,9; Lc 24,10). Et en Luc elle est mentionnée comme faisant partie du groupe de femmes qui accompagnait et soutenait Jésus (8,2-3), ce qui indique qu’elle était de milieu aisé. Elle vient de Magdala, une petite ville de Galilée au bord du lac de Tibériade. Il est dit d’elle qu’elle fut libérée de sept démons (Mc 16,9; Lc 8,3), ce qui indique qu’elle fut guérie d’une maladie puissante, grave, et non nécessairement d’une mauvaise vie! On l’a identifiée à la femme pécheresse qui oint les pieds de Jésus (Lc 7,37-38) ou la femme qui oint sa tête (Mt 26,7; Mc 14,3). En fait, celle-ci est anonyme.

En Jean, c’est plus clair. Celle qui verse le parfum sur les pieds de Jésus (12,3) est Marie de Béthanie, soeur de Marthe et Lazare, une femme de Judée, complétement autre que Marie de Magdala. Quant à celle-ci, elle apparait trois fois en Jean. Elle est au pied de la croix (19,25), avec le disciple bien-aimé et d’autres femmes, dont la mère de Jésus. Cela montre son courage et sa fidélité, contrairement aux apôtres qui ont fui. Elle est la première à se rendre au tombeau (20,1-2), à constater l’absence de Jésus et à le chercher. Elle court en informer Pierre et le disciple bien-aimé, qui courent au tombeau. Puis elle rencontre le Ressuscité, ce sur quoi notre attention va maintenant porter.

D’abord, où cela se passe-t-il? Dans un jardin, celui où le corps de Jésus a été déposé dans un tombeau neuf (19,41). Le récit de la Passion en Jean a commencé (18,1) dans un autre jardin, la nuit, où Jésus est arrêté. Jardin de la Passion, jardin de la Résurrection. Ces jardins en évoquent d’autres de la Bible, comme celui de la Genèse (Gn 2,8) et celui du Cantique des Cantiques (Ct 4,16; 5,1). Que se passe-t-il en ces jardins? Jésus demande à Marie : Qui cherches-tu? Lors de son arrestation, il avait demandé à deux reprises (18,4.7): Qui cherchez-vous? La Sulamite du Cantique cherche son bien-aimé (Ct 3,1-4); elle demande aux gardes : Avez-vous vu celui que mon cœur aime? En ce matin du premier jour, il s’agit pour Marie d’une recherche, d’une quête de Jésus le Vivant. Et nous, qui cherchons-nous en nos jardins, dans nos nuits froides et nos matins frais? En quels jardins? Et en ceux-ci, où regarder, quelles expériences explorer pour trouver qui nous cherchons?

Marie est dans une dynamique de la perte, du deuil; elle pleure. Elle ne peut reconnaître dans le jardinier celui qu’elle cherche. Pour que ses yeux de croyante s’ouvrent, elle a besoin d’être appelée personnellement, par son nom, et par cette voix unique du pasteur bon, du Maître qu’elle a suivi. Puis, elle entre dans une nouvelle étape comme disciple, celle de la relation au Ressuscité, et non d’abord au Jésus d’une présence plus immédiate, qu’elle doit laisser : Ne me retiens pas, ou Ne me touche pas. Vient ensuite la mission qui lui est confiée : annoncer aux autres disciples la résurrection du Seigneur, ce qu’elle fait. Où ai-je entendu mon nom? En quels jardins et lieux de moi-même cette voix m’a-t-elle touché? Et alors, à qui suis-je appelé, envoyée, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle?

Comme apôtre des apôtres, Marie de Magdala est la patronne des prêcheurs, et de l’Ordre des Prêcheurs (o.p.), dont je suis un frère. Nous la fêtons le 22 juillet; le pape François en a fait une fête pour toute l’Église, plus qu’une mémoire, en 2016. Mais aussi, nous avons notre Marie-Madeleine. Depuis la fin du 13e siècle, nous sommes les gardiens du sanctuaire de la Sainte-Baume, au sud de la France, en Provence. D’après des récits anciens, Marie, identifiée à Marie de Béthanie, serait venue avec Marthe, Lazare, et Maximin, son grand ami, pour évangéliser la région. Et elle aurait vécu en ermite dans cette grotte d’une falaise élevée. La Sainte-Baume fut un lieu majeur de pèlerinage au Moyen Age; et les visites y ont continué, dont celles de Charles de Foucauld, le nouveau saint, en 1900, 1901 et 1913. Dans la crypte de l’église de St-Maximin, on trouve un tombeau qui serait celui de Maximin et un autre, celui de son amie Marie; une femme du premier siècle y repose.

Tous ces récits provençaux sont charmants mais en laissent plusieurs sceptiques. Toutefois, comme disait un frère gardien de la Sainte-Baume, avec son accent provençal : « Je ne sais pas si elle était ici autrefois; mais ce que je sais, c’est que maintenant, elle y est ! »


Images de Marie de Magdala

Les images de Marie de Magdala sont très abondantes, depuis les miniatures médiévales jusqu’aux aux œuvres des peintres majeurs de chaque époque. Plusieurs présupposent la fusion des diverses figures mentionnées en une seule : la pécheresse pardonnée, anonyme, qui a oint Jésus; la sœur de Marthe et Lazare; la Marie libérée de ses fameux démons (bien identifiés!); celle qui accompagnait Jésus; celle présente à la croix et au tombeau; celle à qui le Christ apparaît, …

Une nouvelle personne est née de cette recomposition identitaire : Marie-Madeleine. Pour les artistes, c’est plus intéressant comme personnage. Enfin, voici une figure attirante, plus que des personnes pieuses et correctes! On l’a souvent montrée en courtisane avec de riches vêtements et de très longs cheveux, ou encore comme la pénitente dénudée et super repentante. On retrouve des courants semblables en littérature et au cinéma. Marie-Madeleine fait rêver. Mais des images montrent aussi simplement Marie de Magdala, une femme disciple et apôtre, croyante et attachée au Christ.

Les œuvres portant sur la rencontre au jardin sont fréquemment nommées Noli me tangere (Ne me retiens pas), à cause de la parole du Christ à Marie de Magdala. En voici quelques unes, du 13e au 21e siècles :

  1. Maitre Henri, miniature, c.1285, fol. 45v, Livre d’Images de Madame Marie, Bibliothèque nationale de France, Paris. Ce livre a été fait à Cambrai, au nord de la France, pour une riche et pieuse aristocrate, Marie de Rethel, d’où le titre; elle y apparaît dix fois. Ses 87 miniatures présentent des scènes de la vie du Christ et des saints. Ici, Jésus ressuscité et souriant montre ses plaies à Marie agenouillée; il porte l’étendard victorieux de la croix. Les deux figures sont unies par le regard et par le bleu. L’arbre évoque le jardin.
  1. Fra Angelico (Giovanni di Fiesole), fresque, c.1440-1442, cellule 1, Couvent San Marco, Florence, Italie. Pour le dominicain Fra Giovanni, cette œuvre est importante. C’est surtout lui qui l’a faite, et non d’abord l’équipe de son atelier. L’œuvre est à la fois simple et subtile. Le tombeau ouvert à gauche, avec son rectangle noir. Le Christ lumineux, avec les marques de la croix et son outil de jardinier. Marie agenouillée, les bras ouverts, belle et gracieuse. Ils communiquent par le regard. Le Christ lui dit : Ne me retiens pas. Et puis le jardin, qui est central : il évoque celui de la création, comme dans ses Annonciations. Le rouge des fleurs est fait de la même couleur que celui du sang du Christ sur la croix. Ainsi création, incarnation, passion et résurrection s’inscrivent dans un même mystère, celui du salut. Cette théologie est exprimée picturalement.
  1. Bartolomeo della Porta, c.1505-1506, Musée du Louvre, Paris, France. Ce peintre dominicain a repris l’atelier de Fra Angelico à Florence. Il s’inscrit dans les nouveaux courants du 16e siècle. À gauche, la résurrection est évoquée; à droite, les femmes au tombeau. Le Christ et Marie sont en mouvement l’un vers l’autre mais avec une certaine réserve du Christ. Les deux figures sont élégantes. Le paysage est varié (arbres, ville, eau, montagne) et peint avec finesse.
  1. André Abellon, partie de prédelle, c.1430, Chapelle Saint Éloi, Basilique Ste-Marie-Madeleine, St-Maximin-la-Sainte-Baume, France. Cet autre dominicain, originaire de St-Maximin, fut prédicateur, prieur et peintre. Il a laissé plusieurs œuvres dans l’église mentionnée en fin du commentaire, où se trouverait le tombeau de Marie, dans la crypte. Cette église gothique fut construite à partir du 14e siècle pour accueillir ce tombeau et les nombreux pèlerins. La scène montre le Christ et Marie, avec les traits habituels, dans un paysage au grand arbre et à la mer proche.
  1. Lavinia Fontana, 1581, Galerie des Offices, Florence, Italie. Cette peintre de Bologne, formée à l’atelier de son père, fut une des premières femmes à connaitre une véritable carrière artistique, avec ses portraits et ses sujets religieux et mythologiques. Elle a peint la chapelle St-Hyacinthe de l’église Santa Sabina des Dominicains à Rome. Le pape Clément VIII l’a nommée peintre de la cour pontificale. Elle a aussi donné naissance à onze enfants. Ici, Jésus a l’air d’un solide jardinier, avec chapeau et pelle. Marie porte les aromates et ouvre les bras. En fond de scène, les femmes et l’ange au tombeau; le paysage évoque la ville de Jérusalem.
  1. Claude Gellée, dit Le Lorrain, 1681, Musée Städel, Francfort-sur-le-Main, Allemagne. Originaire de Lorraine, il fut d’abord pâtissier et on lui attribue l’invention de la pâte feuilletée! Il se retrouve à Rome où il se forme comme peintre et passera sa vie. Il se spécialise dans les paysages, les ports, avec une grande attention à la lumière. Il aura par la suite une grande influence en art. Cette oeuvre est une de ses dernières. On voit à droite le tombeau, l’ange et deux femmes; à gauche, Christ le jardinier et Marie. Ils sont situés dans un vaste paysage impressionnant, ce qui est assez unique.
  1. Alexandre Andreïevitch Ivanov, Musée Russe, Saint-Pétersbourg, Russie. Ce peintre de Saint-Pétersbourg, de style néo-classique, a passé une bonne partie de sa vie à Rome. Il a fait plusieurs scènes bibliques, dont sa plus célèbre : L’Apparition du Christ au peuple (cf. Chronique sur Jean Baptiste). L’Apparition du Christ à Marie Madeleine a un côté dramatique, un peu théâtral, avec des contrastes de couleur et lumière, sur un fond noir, et le mouvement des deux personnages. La scène est le moment où le Christ dit : Ne me retiens pas.
  1. Maurice Denis, 1895, Musée départemental Maurice Denis, St-Germain-en-Laye, France. Ce peintre du groupe des Nabis, marqué par le symbolisme et l’Art Nouveau, a fondé les Ateliers d’Art sacré, qui ont eu un rôle important pour le renouveau de l’art chrétien au 20e siècle. Le jardin prédomine, avec un arbre de vie au milieu. Marie est agenouillée, le Christ a les bras ouverts. Le tout est à la fois joyeux et recueilli.
  1. Jozef Sekalski, gravure, 1947, Scottish National Gallery of Modern Art, Edinburg, Écosse. Ce peintre polonais, imprimeur et graveur, a travaillé en Écosse. Le Christ et Marie sont tous deux debout, ce qui est rare, et communiquent par le regard. Marie a l’allure d’une paysanne. Au loin, les trois croix sur le mont; puis une route, avec trois figures (Emmaüs?). L’arbre, à l’avant, est coupé, mais une nouvelle pousse apparaît, celle de l’espérance.
  1. Anne-Marie Forest, 21e siècle, Joliette, Canada. Cette artiste et catéchète est membre du Réseau Art chrétien et Éducation de la foi, regroupant des artistes visuels de diverses régions du Québec. L’œuvre montre le moment où le Christ s’approche de Marie, concentrée sur sa perte et sa recherche, et va l’appeler par son nom. Le jardin et les deux figures sont présentés avec délicatesse et intériorité, invitant à la méditation.
  1. Emmaus O’Herlihy, dyptique, Apostola Apostolorum, 2015, Aquinas Priory, Toronto, Canada. Ce bénédictin irlandais a vécu chez les Dominicains de Toronto. Ses œuvres sont grandes et fortes par leur expression et leur appel. Marie de Magdala est en mouvement pour aller annoncer la résurrection du Christ aux apôtres. Son visage est résolu, ses mains portent la mission. Ses vêtements suggèrent l’habit des Dominicains, dont elle est la patronne.
  1. Katerina Kuziv, 21e siècle, site iconart-gallery.com, Ukraine. Cette jeune artiste de Lviv en Ukraine est engagée dans un renouveau de l’iconographie. Le bleu est très présent dans ses œuvres. Ici, à droite, la croix est visible et le jardin est évoqué par les plantes. Le Christ confie une mission à Marie, qui la reçoit avec attention. Katerina voit ainsi le sens et le but de son art: « Le temps où je crée l’icône est ma façon de prier, de m’interroger, de chercher, le temps d’être avec Dieu, devant Dieu, … Le but est d’exprimer « l’incarnation » de la Parole de Dieu dans une image visuelle, où un contact avec la réalité de Dieu doit avoir lieu pour éveiller un désir de Dieu, … »

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à vous inspirer de l’un ou de plusieurs des dessins ci-dessous pour créer une image et y ajouter quelques mots pour exprimer votre perception du sujet.

Tracés simplifiés à tracer et à colorier, librement inspirés de peintures traditionnelles de l’art chrétien. Cliquer sur les images pour les agrandir et les sauvegarder!

Ouvrir le fichier PDF ci-dessous pour faciliter l’impression des dessins :

Voir un exemple de montage réalisé d’après les modèles ci-dessus :

Marie-Madeleine et Jésus

Partager

Nous sommes toutes et tous, quelque soit l’âge et la culture, invités à témoigner de la façon dont nous percevons notre rencontre avec Jésus au travers des personnages qu’il croise dans les Évangiles.

Partagez vos images et témoignages directement sur le groupe Facebook « Rencontres avec Jésus »:

https://www.facebook.com/groups/1330277570759795

Abonnez-vous tout au bas de cette page pour rester informés de chaque nouvelle invitation à vivre les « Rencontres avec Jésus »!


Rencontres avec Jésus – Thomas

Une réinterprétation d’une fresque de Luca Signorelli sur le thème de Thomas touchant les blessures de Jésus.

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de Thomas que Jésus invite sur le chemin de la foi!

Thomas, le sceptique devenu croyant : Jean 20, 19-31

Extrait de l’Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

19 Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

20 Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

21 Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.

23 À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.

25 Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

26 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »

27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

28 Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

30 Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.

31 Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

La figure de Thomas fait réagir. Ce disciple, qui a besoin de voir et de toucher pour croire, suscite la sympathie ou la réserve. Certains se reconnaissent en lui, comme s’il anticipait une réaction moderne face à l’affirmation croyante. Notre culture valorise comme sources d’autorité l’expérience personnelle et le primat du concret, du vérifiable. N’est réel que ce que j’ai perçu et ce qui est observable. En cela, Thomas nous est contemporain. Les affirmations des autres disciples ne lui suffisent pas; elles parlent d’une réalité qui n’est pas visible et tangible et qu’il n’a pas expérimentée. Son doute nous semble raisonnable et même exemplaire.

D’autres voient plutôt Thomas comme un contre-modèle, moderne aussi mais disant bien les limites de notre culture. Il est la figure de l’homme borné et enfermé dans son petit monde, inconscient de la grandeur du réel, qui déborde nos perceptions. Voilà bien le mâle occidental, obsédé par la raison, incapable d’écouter ce que les autres disent et ne prenant en compte que les exigences de l’efficacité pragmatique. Ou d’un autre point de vue, Thomas est le sceptique fermé à l’expérience spirituelle et religieuse, l’incrédule de service qui fait mieux ressortir, en contraste, la valeur de notre piété.

Pauvre Thomas! Il a le dos large pour porter nos revendications d’identification et nos distances critiques. Mais que sait-on de lui? Qu’est-ce que l’Évangile de Jean nous en dit, pour compléter son portrait? C’est lui qui avait dit à Jésus, annonçant son départ (14,5): nous ne savons pas où tu vas, comment saurions-nous le chemin? Réaction de bon sens mais un peu étroite! Mais Thomas est capable d’élan et de don. Dans le récit de Lazare, il dit (11,16): allons mourir avec lui, mais là encore il n’a pas saisi ce que disait Jésus! Un Thomas bien humain, ni tout-à-fait rigoureux ou fermé, mais qui a du chemin à faire. Mais nos réactions face à Thomas expriment des saisies qui ne sont pas sans fondement dans le texte de Jean, si on le considère dans son ensemble.

Ce récit s’inscrit dans les manifestations de Jésus le vivant au jour de Pâques. Tout est concentré en un jour, de l’apparition à Marie de Magdala jusqu’à la Pentecôte où le Ressuscité envoie son Esprit sur les disciples rassemblés en un lieu clos. Et ce jour, le premier de la semaine, il est toujours actuel. La présence du Ressuscité advient quand les disciples sont rassemblés; elle est expérience de paix, refrain repris trois fois dans ce passage. Pour les disciples et Thomas, sont mis en évidence les mains et le côté de Jésus, qui renvoient à sa mort en croix. Et qu’est-ce que croire? L’entrée dans le croire ne relève pas du mode de l’évidence. Signes, visage, paroles, expériences de paix, et la mémoire de la croix, sont offerts à notre regard, pour qu’il s’ouvre et interpréte. Comme aujourd’hui. Mais ce croire est aussi éminemment une expérience personnelle. En Jean, il n’est jamais question de la foi. Ce n’est pas un thème général ou un objet à prendre et garder. Ce dont il est question, c’est d’un verbe, croire, qui demande toujours un sujet : les disciples, Thomas, vous, et ceux à venir. Ces derniers sont d’ailleurs qualifiés d’heureux; cette béatitude nous est adressée.

Le verbe croire ne peut exister en lui-même. Il devient actif et agissant quand un individu, un groupe, est placé devant lui et lui fait donner sa mesure, celle d’une rencontre et d’une vie en abondance : ils commencèrent à croire, nous croyons, elle croyait, vous croirez. Cette approche de Jean rejoint une requête de notre temps. Elle souligne la dimension personnelle et expérientielle de l’itinéraire croyant. À Thomas, le Seigneur dit : non pas aie la foi, mais sois croyant. Et Thomas, par sa réponse, indique qu’il entre dans cette expérience, personnellement : mon Seigneur et mon Dieu. Et il n’a plus besoin de toucher à Jésus; ses yeux de croyant se sont ouverts. C’est la parole de Jésus et sa présence de paix qui l’amènent à croire.

Par ailleurs, une limite de Thomas demeure, qui est nôtre aussi. La difficulté à faire confiance en la parole d’autrui, quand il n’y a pas de réalité visible, évidente, qui nous contraigne presque à croire. La parole d’autrui est fragile, située, elle n’a pas l’éclat du miracle, mais elle est aussi signe offert pour que nous croyions et ayions la vie. Paroles de Marie de Magdala aux disciples, la première à annoncer le Ressuscité, puis paroles des disciples à Thomas : paroles qui communiquent un esprit transformant et une découverte personnelle, parole des témoins qui ont transmis jusqu’à nous la nouvelle d’une rencontre. Quels signes, quelle paix, et quelle autre parole me sont offerts, à voir et entendre?

Thomas lui-même, par la suite, est parti sur les routes, très loin dit la tradition, jusqu’aux Indes, pour communiquer cette paix et témoigner d’une croix glorieuse. Et encore aujourd’hui, il est là quelque part, cherchant à répondre à des gens qui lui demandent des preuves. Les seuls signes qu’il peut offrir, c’est lui-même et la communauté des siens, une paix qui se transmet, et la croix donneuse de vie. Et un appel à ouvrir le regard et à changer d’horizon, pour être heureux.

Images de Thomas

La figure de Thomas est présente dans l’iconographie dès le Moyen Âge, Elle demeure présente de façon stable, sans être majeure. Certaines œuvres montrent l’assemblée des disciples avec Thomas et ses réactions; les disciples sont parfois bien alignés pour entrer tous dans le cadre. D’autres montrent seulement Thomas et le Christ ressuscité, ou avec quelques disciples.

Le texte de Jean ne mentionne pas que Thomas touche les mains et le côté de Jésus, mais plusieurs œuvres le montrent. Visuellement, c’est plus intéressant de procéder ainsi et cela correspond à l’invitation de Jésus à Thomas. Par ailleurs, c’est parfois à la limite du bon goût. Quant à Jésus ressuscité, il est présenté dans sa gloire, lumineux, avec les marques de la croix.

Le lieu de la rencontre est suggéré, surtout dans les œuvres incluant les autres disciples. Il est peu évoqué dans les œuvres n’incluant que Thomas et le Christ.

Voici quelques œuvres anciennes et récentes, dont plusieurs d’Europe de l’Est :

  1. Relief, c.1150, cloître, Abbaye St-Dominique de Silos, Espagne. Ce monastère bénédictin, situé en Castille, a un cloître roman réputé. Dans ce relief, tous les apôtres sont présents, avec des attributs en mains. Le Christ lève le bras droit pour que Thomas touche son côté, C’est une œuvre élégante et touchante.
  1. Tabernacle de Cherves, c.1220-1230, intérieur de la porte droite, Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis. Cette œuvre remarquable, en cuivre et émail, a été fabriquée à Limoges. Elle appartenait au prieuré de Gandory, dans la région de Cognac, de l’Ordre de Grandmont. Dans une ovale, on voit Thomas touchant le côté du Christ ressuscité, couronné.
  1. Franciszek Smuglewicz, 1800, Musée National, Varsovie, Pologne. Ce peintre polonais-lituanien, de Varsovie, marqué par le classicisme et le baroque, a peint des scènes historiques. À partir de 1797, il demeure à Vilnius; la Lituanie vient d’entrer dans l’Empire russe. Ici, les apôtres ont l’air ébahi et des visages travaillés par la vie. Le Christ, au centre, est jeune et rayonnant de lumière. Thomas, qui n’est plus un jeune homme, touche son côté avec précaution. Le Christ le prend par l’épaule.
  1. Carl Heinrich Bloch, 1881, Museum of National History, Frederiksborg, Danemark. Ce peintre de Copenhague, marqué par Rembrandt, a fait plusieurs scènes de la vie du Christ, qui ont été et demeurent populaires. Ici, trois apôtres sont près de Jésus. Thomas est agenouillé, bouleversé, il ne touche pas Jésus. Celui-ci, vêtu de blanc, est lumineux.
  1. Eduard von Gebhardt, c.1900, collection privée, Allemagne. Originaire d’Estonie, alors dans l’Empire russe, ce peintre a été formé à St-Pétersbourg, puis s’est installé à Düsseldorf en Allemagne. Il a peint des scènes bibliques, avec un souci de réalisme et d’expression des sentiments. Les apôtres, avec des visages d’hommes du peuple, sont surpris et tournés vers Jésus. Thomas, l’air bouleversé, se détourne de Jésus : il devient croyant. Jésus, vêtu de noir, ce qui est rare, tient son bras. Le lieu de la rencontre est bien montré, une solide maison.
  1. Michel Ciry, c.1970-1990, Musée Michel Ciry, Varangeville-sur-Mer, Normandie, France. Ce peintre, compositeur et écrivain, exprime sa foi chrétienne à travers son art. Les personnes y sont souvent seules et en recherche. Ici, Thomas, avec son air inquiet et attentif, touche les mains de Jésus, qu’on ne voit pas.
  1. Jacek Andrzej Rossakiewicz, 1990, Pologne. Pour ce peintre polonais, mort en 2016, qui est aussi philosophe et architecte, l’art est lié à la quête spirituelle. Ses œuvres sont marquées par la Bible. Celle-ci fait partie d’une série de quinze peintures sur la passion selon Jean. Thomas est agenouillé près du Christ. Les deux ont les yeux fermés. Quatre autres apôtres sont présents, yeux ouverts. Le tout est méditatif et inspirant.
  1. Andrei Mironov, 2010, site artmiro.ru. Ce peintre russe de Riazan, au sud de Moscou, a été marqué par son expérience militaire. Outre des portraits, son oeuvre est religieuse, avec des peintures et icônes. Elle s’inspire de la tradition mais y intègre une certaine étrangeté, qui dépayse. Ici, les apôtres sont tous en profonde réflexion. Le Christ, à l’air dubitatif, s’éloigne nettement des figures habituelles du ressuscité. Et Thomas, le seul dont on ne voit pas le visage, le regarde.
  1. Ulyana Tomkevych, 21e siècle, site iconart-gallery.com. Cette artiste de Lviv en Ukraine s’inscrit dans la tradition de l’art ukrainien des icônes, mais avec le souci d’une attention à son expérience personnelle et sa recherche de Dieu. Ici, tous les apôtres sont là, chacun avec son expression, comme dans l’image no 1. Thomas, qui a l’air plus jeune, touche le côté du Christ, qui lève le bras droit et est nimbé de vert.
  1. Julia Stankova, 2014, site jukiastankova.com, Bulgarie. Cette artiste de Sophia en Bulgarie, qui est aussi ingénieure et formée en théologie, peint des icônes et des œuvres religieuses. Elle commente ainsi celle-ci : « Saint Thomas est le seul disciple qui a besoin de toucher la blessure de Jésus, comme un sculpteur qui sculpte sa foi dans la matière. En sculptant sa foi, il crée en fait son propre visage spirituel. Il existe ainsi dans deux mondes à la fois, séparés par l’arbre de la connaissance. Par sa présence dans le Nouveau Testament, saint Thomas jette les bases de l’idée que l’art peut être un chemin spirituel. » Oui, l’art peut l’être …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à vous inspirer de l’un ou de plusieurs des dessins ci-dessous pour créer une image et y ajouter quelques mots pour exprimer votre perception du sujet.

Tracés simplifiés à tracer et à colorier, librement inspirés de peintures traditionnelles de l’art chrétien. Cliquer sur les images pour les agrandir et les sauvegarder!

Ouvrir le fichier PDF ci-dessous pour faciliter l’impression des dessins :

Voici un exemple de montage réalisé d’après les même dessins :


Partager

Nous sommes toutes et tous, quelque soit l’âge et la culture, invités à témoigner de la façon dont nous percevons notre rencontre avec Jésus au travers des personnages qu’il croise dans les Évangiles.

Partagez vos images et témoignages directement sur le groupe Facebook « Rencontres avec Jésus »:

https://www.facebook.com/groups/1330277570759795

Abonnez-vous tout au bas de cette page pour rester informés de chaque nouvelle invitation à vivre les « Rencontres avec Jésus »!