Rencontres avec Jésus – Les marchands du temple


Illustration d’après une gravure de Julius Schnorr von Carolsfel

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de son interaction avec les marchands installés dans le temple.

AU TEMPLE, ENTRE MÉNAGE ET MÉMOIRE : JEAN 2, 13-22

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 2

13 Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.

14 Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.

15 Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,

16 et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »

17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment.

18 Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »

19 Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »

20 Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »

21 Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

22 Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Dans les Écritures, certains lieux sont privilégiés pour la rencontre du Dieu vivant: la montagne, le désert, la route, mais aussi et beaucoup le temple, la maison de Dieu. C’est au temple de Jérusalem que Dieu se fait présent à son peuple rassemblé; c’est là que la louange et le culte se passent. Jésus le fréquente. Dans ces chroniques, il y a fait diverses rencontres: Siméon et Anne, des maîtres religieux, l’Adversaire, une veuve pauvre, une femme adultère, des Pharisiens, … Cette fois-ci, c’est plus mouvementé et la fête de Pâque est proche. Plusieurs se rendent à Jérusalem pour célébrer au temple en cette occasion, dont Jésus et ses disciples. Jérusalem, le Temple, la Pâque : nous sommes ainsi en plein coeur de la tradition religieuse, de ses lieux et temps sacrés.

À cette époque, la religion, qu’elle soit juive ou païenne, inclut habituellement et d’abord des sacrifices d’animaux dans les temples. Nous ne connaissons plus cette dimension mais elle était alors primordiale. Aux pèlerins, les marchands vendent des bœufs, des brebis, ou des colombes, selon leurs moyens, pour être sacrifiés par les prêtres au temple. Aux visiteurs venant de divers pays avec leur monnaie, les changeurs offrent celle qui est acceptée pour les échanges. Ce lieu est un centre économique actif et vital pour la ville de Jérusalem.

Mais voici que Jésus vient mettre le désordre dans cet univers bien réglé et codé. Comme les prophètes Isaïe et Jérémie, qui critiquaient un culte sans engagement personnel et faussé, Jésus fait le grand ménage. Il chasse tout ce monde et leurs affaires, comme si ce trafic n’avait pas sa place en un tel lieu saint, lieu de la présence de Dieu avec son peuple. Son geste prophétique en est un de purification, mais aussi il préfigure la fin d’une approche religieuse et le début d’un nouvel accès à Dieu. Dans les évangiles synoptiques (Mt 21,12-17; Mc 11, 15-19; Lc 19, 45-48) ce geste est présenté à la fin du ministère de Jésus et il précède sa Passion. Jean le met plutôt au commencement, juste après le premier signe de Jésus, celui de Cana et du vin de l’Alliance nouvelle. Ainsi, on voit au point de départ les enjeux autour de la personne et de l’action de Jésus. Et la scène au temple annonce déjà la finale de l’Évangile : la passion et la résurrection.

Mais il y a plus encore dans ce récit : il nous parle de l’expérience croyante. La foi n’est pas un regard qui voit immédiatement et directement le sens des événements. Elle requiert de faire un lien avec les Écritures, elle fait appel à une mémoire de la Parole. Les disciples se rappellent une parole de l’Écriture (Ps 69,10), qui les aide à saisir l’événement; une autre parole (Za 14, 21) est suggérée dans les propos de Jésus. Par deux fois (v.17, v.22), les disciples se souviennent de la Parole. Cela les fait entrer dans l’expérience croyante. Jésus accomplit des signes, mais ceux-ci en eux-mêmes ne produisent pas la foi. Ils invitent, ils éveillent, ils ouvrent un espace de signification. Mais une autre étape est nécessaire : le travail de mémoire, de rumination et de connections, qui se passe au cœur de chacun. En Jean (12,16; 14,26), c’est l’Esprit qui anime ce mouvement intérieur. On ne peut mieux dire le rôle fondamental des Écritures de la Première et de la Nouvelle Alliance pour relire les événements de nos vies et y découvrir un sens plus profond. Cette lumière de la Parole ouvre notre regard, le rend croyant.

Dans la deuxième partie (v.18), un débat s’ensuit entre Jésus et des responsables religieux. Ils lui demandent quelle est son autorité pour poser un tel geste. La réponse de Jésus, sur le temple détruit et relevé, les déroute. Ils la comprennent de façon littérale, immédiate. Ce malentendu est fréquent en Jean : on le voit avec Nicodème à propos de la naissance (3,4), avec la Samaritaine à propos de l’eau vive (4,11), avec une foule à propos du pain du ciel (6,34), avec Thomas à propos du chemin (14,5), et bien d’autres. Il y a dans ce procédé une pédagogie qui invite les lecteurs à dépasser leur première réaction et à devenir attentifs au mystère de Jésus, de sa présence et de son don.

Cette réponse de Jésus annonce que le vrai Temple du Dieu vivant, le haut-lieu de sa présence parmi son peuple, n’est plus un édifice mais une personne, dans son corps même, mort et ressuscité. Dieu se fait proche dans la croix et la gloire du Verbe fait chair. Et le Christ vivant, uni à tous ses disciples par son Esprit, nous rassemble avec lui en ce Temple. Cela est proche de l’image du Corps du Christ chez saint Paul. La présence de Dieu n’est plus liée à un lieu sacré mais à une personne, le Verbe de Vie, qui a fait sa demeure parmi nous. L’Église est sacrement de la présence de Dieu au cœur de l’univers. Ce signe n’est pas d’abord fait de pierres mais de visages, toutes ces personnes, aux quatre coins du monde, réunies en communautés fraternelles et engagées sur des chemins de passion et de compassion, de passages et de résurrections.

Cette action de Jésus au temple nous ouvre plusieurs pistes de réflexion. Dans quel bagage de mon expérience religieuse aurais-je besoin de faire un peu de ménage? Quelle Parole m’a aidé-e à comprendre un événement, un signe, dans ma vie? De quelle manière, avec qui, pourrais-je chercher à relire mon existence à sa lumière? Ou encore, en quoi les communautés de foi auxquelles je suis lié-e sont-elles Temple du Dieu vivant? Il vaut la peine de se rendre au temple, lieu de rencontres choquantes ou revigorantes : il est maintenant ouvert en tout temps, pour tous.

Images

Les images de la purification du temple se trouvent à toutes les périodes de l’histoire de l’iconographie chrétienne. C’est un récit avec de l’action et plusieurs figurants, ce qui est plus inspirant au plan visuel; en plus, avec des animaux et un site sacré. Il y a même de l’argent qui virevolte!

Jésus en est le centre, brandissant un fouet : il peut être montré comme un maitre, plus solennel, ou un prophète, plus virulent. Il est en mouvement. En ces circonstances dramatiques, son visage peut exprimer, ou non, divers sentiments, de la colère à la détermination. Plusieurs figures sont présentes dans ce récit : les marchands, les changeurs de monnaie, la foule, les chefs religieux, les disciples. Certaines peuvent être privilégiées et d’autres absentes. Elles sont habitées par des réactions de choc ou de peur. Il y a aussi des animaux, les brebis et les bœufs, ainsi que des oiseaux, les colombes; les artistes peuvent être inégalement doués pour les montrer. Cela fait beaucoup de monde, qui sont tous en mouvement!

Il y a aussi les objets associés aux marchands et aux changeurs : table, comptoir, monnaie, cage, outils divers. Le personnage premier de ce récit, en un sens, est le Temple lui-même, puisqu’il s’agit du passage du temple ancien au nouveau temple, le corps de Jésus. Comme lieu de l’action, avec tous ces personnages, le temple peut être montré de façon plus explicite ou plutôt évoqué par des éléments architecturaux. Parfois, il est complètement absent.

Évidemment, par-delà et à travers l’action vigoureuse de Jésus, il est plus difficile de faire voir des éléments centraux du récit en Jean : l’importance du souvenir, de la Parole qui fait relire les événements; le passage du temple de pierres au nouveau temple. Comment les suggérer? La présence des disciples peut y aider.

Voici des images de la purification du Temple, variées par les courants spirituels et artistiques dont elles témoignent, depuis le 6e siècle jusqu’à 2024.

  1. Miniature, 6e siècle, Évangéliaire de Rossano (Codex Purpureus Rossanensis), Ms EAB 644, Musée diocésain de Rossano, Calabre, Italie. Ce très ancien manuscrit, écrit en grec sur parchemin pourpre, contient les Évangiles de Matthieu et Marc et plusieurs enluminures, de style byzantin, sur la vie du Christ. Originaire d’Antioche de Syrie, il parvint à Rossano au 9e siècle. On voit ici les marchands, chassés, qui s’en vont avec leurs brebis, bœufs et colombes; l’un porte une cage. Les changeurs ramassent leur table et les monnaies, dont certaines sont répandues sur le sol. Jésus, barbu et nimbé, tenant encore le fouet dans sa main gauche, est en discussion avec les chefs religieux. Le temple est évoqué par les colonnes et le toit. Cette miniature comprend tous les éléments du récit, sauf les disciples.
  1. Miniature, c.998, Évangéliaire d’Otton III, Ms Clm 4456, fol. 119v, Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Allemagne. Ce manuscrit enluminé a été réalisé par le scriptorium de l’Abbaye de Reichenau pour Otton III, jeune empereur du Saint-Empire. La figure de Jésus reprend celle fréquente dans l’Antiquité : le jeune homme imberbe avec un nimbe cruciforme. Le fouet est levé dans sa main droite. Quatre marchands et changeurs sont tournés vers lui et le regardent; l’un d’eux porte une cage de colombes; une table est renversée. Deux autres s’en vont avec un bœuf; il semble que les brebis soient déjà sorties du cadre! Le temple est plus élaboré. Le tout sur fonds doré et diversité des couleurs.
  1. Mosaïque, c.1180-1190, Cathédrale Santa Maria Nuova, Monreale, Sicile, Italie. Cette église comprend plusieurs mosaïques de style byzantin, dont un cycle sur la vie du Christ. Sur fonds doré, Jésus, en Pantocrator, fouet levé dans la main droite, renverse la table des changeurs de la main gauche. Derrière lui, deux disciples, Pierre et Jean, sont témoins de la scène, pouvant se souvenir et faire des liens avec la Parole. Trois figures, dont l’une tient une cage de colombes, nous regardent plutôt que de regarder Jésus : pour nous faire signe? Sur la table, des monnaies et des vases. Les bœufs et brebis sont là, en bas à droite. À l’arrière, le temple et ses colonnes. Tous les éléments du récit sont présents, sauf les chefs religieux.
  1. Miniature, Psautier doré de Munich, c.1200, Ms Arundel 157, fol. 6v, British Library, Londres, Angleterre. Ce manuscrit a été fait dans un atelier d’Oxford, comme cadeau pour le mariage d’une noble dame, Margaret de Briouze (Braose). Il comprend un grand nombre de miniatures, avec un fonds doré, dont 91 pleines pages. Il témoigne du passage de l’art roman au gothique. Jésus là aussi est posé en maitre, fouet à la main droite et renversant de la main gauche les monnaies sur la table. L’une des trois figures, regardant Jésus, tient dans son manteau celles qui ont échappé à l’attaque. La troisième, regardant dans l’autre direction, tient en mains un objet dont l’identité m’échappe. Seules les brebis sont présentes, sympathiques; l’une d’elle regarde Jésus avec une tendre attention.
  1. Jan Sanders van Hemessen, 1556, Musée des Beaux-Arts de Nancy, France. Ce peintre flamand, influencé par la renaissance italienne et le réalisme nordique, a travaillé à Anvers, puis à Haarlem à partir de 1550. Ici, dans l’une de ses dernières œuvres, une impression de chaos et de vivacité émerge, grâce aux contrastes des couleurs et des corps tordus. C’est très composé, avec du mouvement et des personnages du peuple. Il y a vraiment beaucoup de monde au temple! Une colombe est visible au centre; au-dessus, une brebis dans les bras d’un homme; un bœuf se trouve en bas à droite. La scène comprend trois temps : à gauche en petit, Jésus discute avec les chefs religieux; à droite, ceux-ci se retirent; au centre se passe l’action. Jésus, en bleu sur les marches, tenant le fouet et dominant le tableau, est concentré et sans expression visible. L’architecture du temple est précise : c’est celle de la cathédrale d’Anvers.
  1. El Greco, c.1600-1610, National Gallery, Londres, Angleterre. Le peintre grec d’icônes, Domenikos Theotokopoulos, a vécu en Italie et en Espagne, intégrant les nouveaux courants de l’art occidental. Ses œuvres sont très construites, avec des formes élancées. Entre 1565 et 1615, il a fait plusieurs versions de la purification du temple, où l’on peut noter des continuités et des différences, dans le contenu et le style. Celle-ci est plus tardive. Jésus, au regard intense, en plein centre, est entouré de corps et de couleurs qui s’harmonisent. On ne voit pas les animaux à sacrifier et on distingue peu les vendeurs et changeurs. Certaines figures sont bien calmes et occupées à leurs affaires, dans tout ce mouvement. Pierre et Jean sont proches de Jésus. En arrière-plan du temple, la ville et ses édifices; en haut sur les murs du temple, en grisaille, deux scènes de l’Ancien Testament (Adam et Ève chassés du paradis et une autre, avec un fouet levé).
  1. Valentin de Boulogne, c.1618-1622, Galerie nationale d’Art antique (Barberini-Corsini), Rome, Italie. Ce peintre français a été formé à l’atelier de son père, puis en Italie chez Simon Vouet. Installé à Rome, à l’évidence il fut fortement influencé par Le Caravage : son clair-obscur, ses personnages issus du peuple, son sens dramatique. Ici, pas d’élément architectural, ni d’objets, ni d’animaux, sauf une colombe en haut à droite. Seulement des visages, dans la lumière et l’ombre. Ils sont tous tournés vers Jésus, le regardant avec effroi ou stupéfaction. Celui-ci, au fouet levé, est résolu dans son action, mais ne montre pas d’expression aisément lisible. Dans une œuvre de 1626, sur le même sujet, on retrouve des éléments semblables, mais avec une intensité dramatique et une obscurité plus soulignées.
  1. Jean-Baptiste Jouvenet, c.1706, Musée des Beaux-Arts de Lyon, France. Originaire de Rouen, cet artiste fut formé à Paris chez Charles Le Brun. Il a réalisé plusieurs travaux pour les institutions et résidences liées à la royauté. Ses œuvres religieuses ont été très admirées à son époque. Nous avons ici une scène très vivante, marquée par le sens des couleurs, la précision du dessin, et la composition complexe qui relie tous les éléments, figures et lieux. Les brebis, bœufs et colombes participent à ce mouvement. Le temple, les édifices et la rue offrent un contexte favorable. Jésus, au fouet levé, est central mais fait partie de la scène sans la dominer. À sa gauche, Pierre et d’autres disciples sont près de lui.
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français, qui a vécu sur place en Terre sainte, est très attentif à l’environnement dans les récits des Évangiles, dont il a illustré un très grand nombre. Nous voyons ici plusieurs colombes qui s’envolent; les brebis et bœufs sont déjà partis! À droite, une longue colonnade avec plusieurs passants et commerçants qui y circulent. À gauche, la main au front, un changeur s’en va avec sa table de service; à droite, des marchands partent avec leurs boites en mains. Il y a aussi des vendeurs de pains et de fruits, inquiets. Jésus est en blanc, selon la coutume de Tissot; mais ici, cette couleur, présente de plusieurs manières, unifie la scène. Le temple est bien montré, de façon plus détaillée.
  1. Philippe Lejeune, 1992, site apsp-palaiseau.fr (Rétrospective Philippe Lejeune), France. Ce peintre français, mort en 2014 à 89 ans, a été formé aux Ateliers d’art sacré (Maurice Denis, Georges Desvallières). Il a fait des vitraux dans plusieurs églises et a fondé l’École d’Étampes. Son œuvre, entre figuration et abstraction, ou l’inverse, s’inscrit dans une recherche spirituelle d’inspiration biblique. Ici, dans un espace dépouillé, on voit Jésus en blanc, avec un fouet, le regard tourné vers l’intérieur. Deux corps nus sont étendus, un homme et une femme. Une figure en rouge est debout en mouvement; un jeune homme est assis par terre, mi-nu. L’œuvre s’offre comme une énigme à déchiffrer ou invite à nous laisser toucher, quelque part dans notre quête.
  1. Andrei Mironov, 2012, site artmiro.ru, Russie. Ce peintre russe, iconographe et ancien soldat, est revenu à quelques reprises dans ces chroniques. Son art montre des figures très expressives et tisse plusieurs liens avec les textes bibliques. Ici, Jésus au centre, tête penchée, a une main dans l’ombre et l’autre dans la lumière. À ses pieds, un marchand ramasse l’argent éparpillé. À gauche, des figures qui évoquent l’Ancien Testament. À droite, comme l’indique l’artiste lui-même dans ses commentaires, voici Zachée le mendiant aveugle et la veuve pauvre qui a tout donné; devant elle, un changeur à genoux devant son argent. Des visages avec des expressions diverses; une brebis et aussi deux boucs, un bœuf et trois colombes. La lumière traverse de moitié le mur intérieur du temple.
  1. Berna, 2024, site évangile-et-peinture.org, Suisse. Les œuvres de Bernadette Lopez, avec leurs couleurs vives et leur élan, couvrent tout le cycle liturgique des dimanches. Le récit en Jean de la purification du Temple est l’évangile du 3e dimanche du Carême de l’Année B. Voici une oeuvre très récente. Tout est en mouvement : les brebis et colombes, les gens, et Jésus lui-même, ainsi que les couleurs. Je suis quelque part dans ce mouvement, troublé ou excité de ce déplacement. Je m’éloigne de quel temple ancien? Pour me rapprocher de quel nouveau temple?

Daniel Cadrin, o.p.


​Dessin à tracer et à colorier

Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une gravure de Julius Schnorr von Carolsfel.


Cliquer sur l’image pour l’agrandir et la sauvegarder!


Vivre les Évangiles de l’intérieur – La conversion de Saul

Une illustration inspirée d’une photo de participants mimant la scène dans laquelle Ananie impose les mains à Saul.

Cette fois-ci ce sont trois participants, Daniel, Anani et Wilfried qui ont choisi respectivement de se mettre dans la peau d’un des personnages de la scène de la conversion de Saul, à savoir un compagnon de Saul, Ananie et Saul, tel que raconté dans l’extrait suivant (Ac 22, 3-16) :

« Je suis Juif : né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville, j’ai reçu, à l’école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères ; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse, comme vous le faites tous aujourd’hui.J’ai persécuté à mort les adeptes de la Voie que je suis aujourd’hui ; je les arrêtais et les jetais en prison, hommes et femmes ; le grand prêtre et tout le conseil des Anciens peuvent en témoigner.

Eux-mêmes m’avaient donné des lettres pour nos frères et j’étais en route vers Damas : je devais faire prisonniers ceux qui étaient là-bas et les ramener à Jérusalem pour qu’ils subissent leur châtiment.

Donc, comme j’étais en route et que j’approchais de Damas, vers midi, une grande lumière venant du ciel m’enveloppa soudain.
Je tombai sur le sol, et j’entendis une voix qui me disait : ‘Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?’
Et moi je répondis : ‘Qui es-tu, Seigneur ? — Je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes.’

Mes compagnons voyaient la lumière, mais ils n’entendaient pas la voix de celui qui me parlait, et je dis : ‘Que dois-je faire, Seigneur ?’
Le Seigneur me répondit : ‘Relève-toi, va jusqu’à Damas, et là on t’indiquera tout ce qu’il t’est prescrit de faire.’
Comme je n’y voyais plus, à cause de l’éclat de cette lumière, mes compagnons me prirent par la main, et c’est ainsi que j’arrivai à Damas.

Or, Ananie, un homme religieux et fidèle à la Loi, estimé de tous les Juifs habitant la ville, vint me trouver et, arrivé auprès de moi, il me dit : ‘Saul, mon frère, retrouve la vue.’
Et moi, au même instant, je retrouvai la vue, et je le vis.

Il me dit encore : ‘Le Dieu de nos pères t’a destiné à connaître sa volonté, à voir celui qui est le Juste et à entendre la parole qui sort de sa bouche. Car tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant, pourquoi hésiter ? Lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de Jésus. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Chaque participant témoigne ce qui a été vécu lors de cette expérience :

Témoignage de Daniel dans le rôle d’un des compagnons de Saul:
« Dans la peau de ce serviteur qui a accompagné St Paul, voici mon témoignage:
Je suis touché et submergé de questions. Moi qui n’ai jamais été chrétien et voir mon maître Paul, être guéri miraculeusement de cette manière (par l’imposition des mains d’Ananie), me surprend et incite encore plus ma curiosité à savoir qui est cet être supérieur que suivent les chrétiens avec autant de ferveur.
Cette guérison renforce en moi mon choix de prière:
C’est ainsi que cet atelier a fait sens à ma vie. »

Témoignage d’Anani dans le rôle d’Ananias:
« Cette expérience vécue m’a fait ressentir une sorte d’appel ou d’invitation à obéir à la volonté divine. Je la ressens comme une faveur particulière qui m’est offerte en vue de participer à l’œuvre du Seigneur. Je la reçois aussi comme une grâce offerte pour reconnaître la toute puissance de Dieu devant ma petitesse humaine à obéir et à servir celui qui est le TOUT de ma vie. Il a décidé d’utiliser ma fragilité humaine pour ses œuvres de miséricordes divines. Je ne peux donc que le bénir et lui rendre gloire et louange.
Merci! »

Témoignage de Wilfried dans le rôle de Saul:
« Avant tout , je tiens à te remercier pour cet opportunité d’incarner le personnage de Saul. C’est une expérience gratifiante. »
« En ce qui concerne mon impression, voici un peu ce que je peux dire là dessus »:
« Ce que j’ai ressenti en incarnant ce personnage, c’est avant tout la bienveillance de Dieu. Le choix du personnage m’est venu spontanément, sans raison apparente, et j’avais déjà en tête ce passage biblique avant même que nous fassions un choix délibéré sur cet évangile. J’ai éprouvé à quel point Jésus incarne l’amour et comment Il peut transformer nos vies, peu importe notre passé ou ce que nous sommes. »

Merci à Clarisse qui a animé la rencontre!

Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude vis à vis de Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos.

Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.

Contact : alecoutedesevangiles@gmail.com

Pour en savoir plus sur l’activité pour « vivre les Évangiles de l’intérieur »! :


Rencontres avec Jésus – Les pharisiens


Illustration inspirée d’une œuvre de James Tissot

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de sa relation avec les pharisiens!

LES PHARISIENS ET JÉSUS : DU PERMIS AU POURQUOI : Matthieu 22, 15-22

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22, 15-22

15 Alors les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler.

16 Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens.

17 Alors, donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? »

18 Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?

19 Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier.

20 Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? »

21 Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

22 À ces mots, ils furent tout étonnés. Ils le laissèrent et s’en allèrent.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Dans les Évangiles, nous voyons Jésus appeler ses disciples, rencontrer des malades et des veuves, manger avec des publicains. Mais Jésus y rencontre aussi plusieurs figures qui s’opposent à lui ou gardent leur distance. Particulièrement les membres de mouvements religieux qui ont leurs propres points de vue et leurs adhérents. Cela donne lieu à des débats et parfois des polémiques. Nous pouvons autant nous identifier à eux qu’aux autres figures plus accueillantes : nous portons leurs questions et leurs doutes.

Ici en Matthieu, nous avons une controverse, i.e. une discussion entre Jésus et des leaders sur une question morale ou religieuse. On la retrouve en Marc (12, 13-17) et en Luc (20, 20-26). Deux groupes sont présents. Les Pharisiens, un mouvement de juifs pieux, cherchent à vivre la fidélité à Dieu par des pratiques encadrant la vie quotidienne; ils sont réservés face au pouvoir romain. Les Hérodiens forment un groupe plus politique, partisans d’Hérode Antipas, qui règne sur la Galilée; ils sont favorables au pouvoir romain. Ces deux groupes habituellement sont opposés l’un à l’autre. Mais ici, ils joignent leurs forces pour piéger Jésus. Ils ne veulent pas entrer avec lui dans un vrai débat mais le coincer. Leur première affirmation, par ailleurs, dit la vérité à propos de Jésus, même si ce n’est qu’une astuce rhétorique : Maître, tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu …  Voilà une confession de foi paradoxale!

Leur question relève de l’ordre du permis et du défendu. Elle est très précise dans son approche et demande une réponse claire : oui ou non, est-il permis? Allez, éclaire-nous. Si Jésus répond oui, il a l’air d’un collaborateur des Romains et le peuple n’aimera pas cela. S’il répond non, il se met dans le trouble du côté de l’autorité romaine. Dans les deux cas, les groupes s’empresseront de le dénoncer. On va t’avoir, petit prophète de Galilée…

Comme il le fait souvent dans les Évangiles, Jésus n’entre pas dans leur logique. Dans son regard sur le monde, il n’est pas un utopiste naïf. Il voit clair et tout de suite situe les choses en vérité : Hypocrites, vous essayez de me piéger! Il ne leur répond pas par oui ou non, ce qui ferait le jeu de leurs catégories étroites, mais par d’autres questions: Pourquoi? De qui est cette effigie? Il met ainsi une distance entre lui et le piège et il insère un temps de réflexion qui change l’enjeu.

Puis sa réponse vient, déroutante: elle n’est pas celle que les pharisiens et hérodiens attendaient. Il les appelle à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Jésus situe les choses autrement, non dans la logique du permis-défendu mais dans une perspective plus vaste, où Dieu est à l’horizon, où César est à sa place, où tout ne revient pas au même. Jésus déplace les enjeux et ramène à l’essentiel. Et il renvoie les gens à eux-mêmes, à leur choix personnel et à leur responsabilité. Ils ont eux-mêmes reconnu l’effigie de César. Il conclut par un appel qui les concerne : Vous, rendez à

Les deux groupes d’opposants sont étonnés (v.22); ils sont pris à leur propre piège! Mais ils ont dit vrai à propos de Jésus au début de leur intervention: Jésus enseigne le vrai chemin de Dieu. Et il le fait non seulement par le contenu de ses enseignements mais par ses approches, par les démarches qu’il met en oeuvre auprès de ses disciples, des foules, d’opposants, d’individus. Sa façon d’accompagner, d’éveiller et d’éduquer, est aussi importante que ce qu’il dit.

Ici, dans ce débat, il nous offre un chemin à suivre pour affronter certaines questions dans la société, dans l’Église, en nos milieux, et même celles que nous nous posons en dedans de nous. Quand nous lui demandons des réponses claires : oui ou non, qu’est-ce qui est permis et défendu? Il nous répond alors par de nouvelles questions, pour que nous sortions de notre monde étroit, pour que notre regard voit plus loin, pour que nous assumions notre liberté.

Sa Parole nous déroute et nous renvoie à nous-mêmes, à nos choix de vie, à nos responsabilités. Elle resitue nos recherches dans un horizon plus vaste, où Dieu est présent, où Dieu est premier. La Parole de Jésus nous fait entrer dans une autre logique, celle du Royaume. Passer du permis au pourquoi : voilà le vrai chemin de Dieu.

Images

Dans les controverses, autour de questions morales et religieuses, la parole prend plus de place que l’action. Sur le plan visuel, c’est moins attrayant ou inspirant! Par ailleurs, on peut y faire des portraits des individus et groupes qui discutent avec Jésus. Mais ici s’ajoute un élément concret plus précis : la pièce d’argent, un denier, à l’effigie de l’empereur romain, à l’époque Tibère. Dans les œuvres d’art, la présence de cette monnaie permet d’identifier la scène évangélique. Autrement, comme plusieurs controverses se trouvent dans les Évangiles, il n’est pas évident de savoir laquelle est montrée dans telle œuvre, à moins d’une citation explicite.

C’est surtout au 17e siècle que ce récit autour de l’impôt à payer a suscité l’intérêt des artistes, et de leurs commanditaires. Il y a sûrement des raisons d’ordre politique et religieux, liées à des enjeux sociaux et ecclésiaux, qui ont favorisé cet essor. Le titre est souvent : Denier de César, Tribut à César.

Dans les images, on peut porter attention à certains éléments. Comment les Pharisiens sont-ils présentés (leurs traits, attitudes, vêtements), sont-ils nombreux ou quelques uns? Entre autres, il est intéressant de noter la variété de leurs couvre-chefs : vient-elle de l’observation des gens du Proche-Orient et/ou de l’imagination des artistes ?! Quel visage de Jésus ressort (expression, geste, regard), ses disciples sont-ils avec lui? La pièce d’argent elle-même (habituellement petite). Quel est le lieu de la rencontre : est-il évoqué, absent, ou plus élaboré? Dans les Évangiles, la scène se situe dans l’enseignement de Jésus au Temple de Jérusalem.

Voici des œuvres du 15e au 21e siècle, et surtout du 17e, dont deux se trouvent au Canada (Rembrandt à Ottawa, Champaigne à Montréal).

  1. Vrancke van der Stockt, c.1455-1459, Tryptique de la Rédemption, détail, Musée du Prado, Madrid, Espagne. Cet artiste de Bruxelles s’inscrit dans la lignée de Roger van der Weyden, à qui il succéda comme peintre officiel de la ville. Son œuvre principale, le Tryptique de la Rédemption, porte sur la Crucifixion et le Jugement dernier et comprend plusieurs autres éléments dont cette grisaille sur le tribut à César. À gauche, Jésus lève une main vers le ciel et pointe l’autre vers la pièce de monnaie; Pierre, derrière lui, tient en main un boulier. À droite, on voit trois figures d’âge différent dont l’un montre à Jésus la pièce et en tient d’autres, près de sa bourse. Leurs vêtements et chapeaux sont élaborés. En bas, des citations de l’Évangile.
  1. Tiziano Vecellio (Le Titien), c.1516, Staatliche Kunstsammlungen, Dresde, Allemagne. Ce grand peintre de Venise a eu une longue vie (1488-1576). Cette oeuvre date de sa jeunesse, mais de l’année où il succéda à Bellini comme peintre de la ville. Maître du portrait, il ne montre que deux figures : un homme, avec une boucle à l’oreille, qui présente à Jésus une pièce de monnaie; et Jésus qui le regarde avec intensité. La monnaie est juste entre leurs deux mains. Les couleurs et la lumière soutiennent l’expressivité de la scène. Le tout est saisissant.
  1. Bartolomeo Manfredi, c.1610-1620, Galleria degli Uffizi, Florence, Italie. Originaire de Lombardie, Manfredi a vécu surtout à Rome. À l’évidence, il a été marqué par Le Caravage, dont il fut peut-être l’élève. Il a joué un rôle majeur pour répandre son influence en Italie et en France. Jésus et les sept personnages qui l’entourent sont tous situés dans un clair-obscur qui fait ressortir leurs visages. La discussion se fait surtout entre Jésus, vêtu de rouge, et l’homme en blanc, au turban, tenant la monnaie. La figure à droite semble nous regarder.
  1. Peter Paul Rubens, c.1612, Fine Arts Museum of San Francisco, État-Unis. Ce peintre flamand a séjourné en Italie et s’est familiarisé avec les œuvres de Raphael, Le Titien, Le Caravage. Par la suite, lui-même a marqué l’art occidental par son sens des couleurs. Son atelier d’Anvers fut très actif. Voici une oeuvre forte avec ses figures très diverses dans leurs positions et expressions, mais avec des regards intenses. Les têtes et ce qu’elles portent sont travaillées. Les regards vont dans toutes les directions. Jésus en rouge et lumineux éclaire la scène. Il tient la pièce d’argent en sa main droite. De l’autre, il indique le ciel : Rendez à Dieu … Cette œuvre est souvent utilisée pour montrer la controverse autour du denier de César.
  1. Joachim Wtewael, 1616, Collection privée. Ce peintre d’Utrecht aux Pays-Bas a été marqué par le courant maniériste. Il a fait plusieurs œuvres historiques et mythologiques. Celle-ci est de petite taille (16 x 25 cm). La scène est très animée. Plusieurs figures sont en mouvement et échangent entre elles. Un seul discute avec Jésus qui semble faire un pas de danse. La variété des couvre-chefs est intéressante. Des enfants sont présents. À la différence des œuvres précédentes, le lieu est souligné en arrière-fond : le temple avec son architecture complexe.
  1. Rembrandt van Rijn, 1629, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa. Cette œuvre a été faite alors que Rembrandt, âgé de 23 ans, n’était pas encore à Amsterdam mais dans sa ville natale de Leyde. Déjà les traits de son style unique se donnent à voir. Dans un temple sombre à la colonne impressionnante, Jésus est au centre et rayonne de lumière. Il est entouré de sept figures : celui près de lui tient la pièce de monnaie; le dernier à droite détourne le regard. D’autres à l’arrière sont témoins de la scène. Là aussi, Jésus lève la main vers le ciel pour inviter à rendre à Dieu ce qui est à Dieu.
  1. Bernardo Strozzi, 1630, Musée des Beaux-Arts de Budapest, Hongrie. Ce peintre de Gènes est entré chez les Capucins, qu’il quitta pour s’occuper de sa famille. Il ne réintégra pas la communauté, fut emprisonné, et s’enfuit à Venise; il y poursuivit sa carrière avec succès et fut surnommé le prêtre génois. Il a touché à tous les genres : fresques, portraits, scènes religieuses ou historiques … D’abord maniériste, il fut influencé par Le Caravage et surtout par Rubens. Jésus en rouge, qui a un air plus jeune, est engagé dans une discussion animée avec plusieurs Pharisiens; l’un d’eux tient la pièce d’une main et en tient d’autres dans la main près de sa bourse. Lumière et couleurs sont traitées avec attention, les figures sont expressives et vivantes. Un enfant à gauche nous regarde et établit le lien entre l’œuvre et nous.
  1. Philippe de Champaigne, c.1663-1665, Musée des Beaux-Arts de Montréal, Canada. Natif de Bruxelles et influencé par Rubens, ce peintre a travaillé en France. Comme Poussin, il fut un maître du style classique du 17e siècle, avec un souci d’équilibre et de rigueur, d’harmonie des couleurs et des formes. Très religieux, il fut proche de Port-Royal et du courant janséniste. Jésus est entouré de sept figures, concentrées et attentives à la discussion. Deux portent des phylactères (citations des Écritures) sur leur couvre-chef. L’un d’eux montre à Jésus la monnaie. Celui-ci, vêtu d’un bleu royal, pointe d’une main vers la monnaie et de l’autre vers le ciel. Son regard est déterminé. À droite, une ouverture montre ciel et nuages. Voici une œuvre faite avec soin.
  1. Gerbrand van den Eeckhout, 1673, Musée des Beaux-Arts de Lille, France. Ce peintre et graveur néerlandais a été formé à l’atelier de Rembrandt, dont il fut l’élève préféré. Un Pharisien, plus grand par son turban élevé, présente à Jésus la pièce de monnaie. Un enfant est assis à ses pieds. Jésus est au centre, main levée vers le ciel pour indiquer sa réponse (rendre à Dieu). Pierre, crâne nu, est près de lui. À gauche, livre en mains, un Maître est assis. À droite, deux figures discutent près d’une table; l’un est assis. La diversité des figures et de leurs attitudes, sans compter l’habituelle variété des couvre-chefs, donne de la vie à la scène. L’environnement est développé : murs et colonnes du temple, planchers de pierre et de bois.
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français a mis en images la majorité des scènes évangéliques, en les situant dans leur paysage et leur contexte qu’il a observés et étudiés. Un véritable groupe de leaders religieux entoure Jésus pour le prendre au piège. Ils sont sérieux, résolus, et bien-coiffés; plusieurs sont âgés. Jésus, en blanc comme il est fréquent chez Tissot, indique d’une main la pièce de monnaie et de l’autre pointe vers le ciel. Des témoins regardent à distance. Selon l’usage de Tissot, le tout est situé dans un cadre architectural détaillé.
  1. Jacek Malczewski, 1908, Musée National de Poznan, Pologne. Formé à Cracovie et à Paris, ce peintre a joué un rôle important dans l’art de son pays. Attaché à l’histoire de la Pologne, il a aussi contribué au développement du mouvement symboliste. Il a fait quelques œuvres religieuses. Comme celle de Titien, celle-ci s’inscrit dans l’art du portrait. Des visages très expressifs, campés, sans décor. L’homme à droite présente la pièce de monnaie tirée de sa bourse. Celui de gauche en tient une aussi. Jésus ne regarde pas mais pointe la pièce de sa main droite. De la gauche, il tient un bâton, celui du pèlerin. Le visage de Jésus est concentré vers l’intérieur. Il ressemble à celui de l’auteur, qui a fait plusieurs autoportraits. Son fils Rafal, lui aussi peintre, a émigré au Canada durant la 2e guerre mondiale; il est mort à Montréal en 1965.
  1. Berna, 2020, site évangile-et-peinture.org, Suisse. Avec ses images aux couleurs vives et aux figures en mouvement, Bernadette Lopez donne à voir tous les évangiles des trois années du cycle liturgique. Ici, à l’avant-scène, sur un fond jaune, une main présente la fameuse pièce de monnaie à l’effigie de César. Jésus regarde et la pointe du doigt. Sa bouche est ouverte : il offre sa parole à ses auditeurs. Autour de lui, on voit des visages attentifs, à l’écoute. À l’arrière, dans les couleurs mauves, d’autres se devinent : peut-être toi, et nous, appelés à passer du permis au pourquoi et à rendre à Dieu ce qui est à Dieu …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, inspiré d’une illustration de James Tissot.

Cliquer sur l’image pour l’agrandir et la sauvegarder!


Vivre les Évangiles de l’intérieur – Le retour du fils prodigue

Une illustration inspirée d’une photo de participants mimant la parabole du retour du fils prodigue auprès de son père après avoir dilapidé tous ses biens.

Cette fois-ci ce sont quatre participants, Léonie, Shane, Jean-Philippe et Teddy qui ont choisi respectivement de se mettre dans la peau d’un des personnages de la parabole des Évangiles sur le fils prodigue, à savoir la mère, le fils cadet, le père et le fils aîné, tel que raconté dans l’extrait suivant de l’Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc, chapitre 15, 11-32 :

11 Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils.

12 Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.

13 Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.

14 Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.

15 Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.

16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.

17 Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !

18 Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.

19 Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”

20 Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

21 Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”

22 Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,

23 allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,

24 car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.

25 Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.

26 Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.

27 Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”

28 Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.

29 Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.

30 Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !”

31 Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.

32 Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Chaque participant témoigne ce qui a été vécu lors de cette expérience :

Shane dans le rôle du fils cadet :
« Je suis rentré à moitié nu devant mon père, les vêtements déchirés, sans rien à manger ou affamé, les os qui se voyaient ou maigre ou squelettique , il me tient dans ses bras, je lui dit : « J’ai besoin de toi, j’ai besoin de toi ! ». Il ne dit rien, je pleure dans ses bras. En pleurant, il dit : « Mon fils est de retour, mon fils est revenu ». Il me tient, il me rassure.

Jean-Philippe dans le rôle du père :
« En jouant le rôle du père. J’avais le cœur remplis de compassion. Tout ce que je ressentais au fond c’était de le rassurer, de l’écouter et de lui faire ressentir qu’il était enfin à la maison, loin des troubles et des souffrances. Je voulais le voir heureux et plein de joie à nouveau. Compassion, écoute, amour et réjouissance sont les sentiments qui me traversèrent tout le long. »

Léonie dans le rôle de la mère :
« Durant cette scène, j’ai vécu un déchirement : d’un côté, la joie et le soulagement de revoir mon fils retrouvé, de l’autre, l’impuissance face à l’incompréhension et les doutes de mon fils embrumé. J’ai ressenti le désir d’une maman qui partage la joie la douleur. Je veux les aider, mais je ne peux que les confier dans la prière. Mon fils revenu, comment pourrais-je aller consoler son cœur ? Mon fils cadet, malgré L’Amour qui l’entoure, les mensonges et la honte refont surface en lui pour le culpabiliser. Mon fils aîné est physiquement proche, mais il est pris dans la brume de ses peurs. Comment puis-je rassurer son cœur? Toi seul, Père Créateur peut parler à chacun en profondeur.
À la fin de ma réflexion, j’ai réalisé que cela faisait écho à une prière que je faisais le matin même pour la grande Église du Christ au Québec… Tant d’églises sœurs, ne se connaissent pas, elles sont dans la peur ou l’incompréhension. Pourtant elles sont tellement aimées! Comment puis-je les porter? «Seigneur, apprends-moi à prier, apprend-moi à te les confier dans la confiance de ton amour surabondant!».

Teddy dans le rôle du fils aîné :
« J’ai toujours été auprès de mon père, j’ai toujours obéi, je suis resté quand mon frère est parti dilapider son héritage et aujourd’hui, mon père organise une fête en son honneur pour son retour ! A croire qu’il le préfère et l’aime plus qu’il ne m’aime ! Je suis furieux ! Je ne comprends pas, je ne peux me réjouir du retour de mon frère. Pour un rebelle mon père a fait tuer le veau gras, tout cela n’est qu’injustice. Il n’a jamais fait autant pour moi. Peu importe le dévouement dont je ferai preuve, j’aurai toujours la seconde place. »

Merci à Clarisse qui a animé la rencontre!

Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude vis à vis de Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos.

Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.

Pour en savoir plus sur l’activité pour « vivre les Évangiles de l’intérieur »! :

https://alecoutedesevangiles.art/2023/10/14/une-nouvelle-activite-pour-vivre-les-evangiles-de-linterieur/