Une illustration inspirée d’une photo de participants mimant la scène dans laquelle Ananie impose les mains à Saul.
Une nouvelle participation à l’activité “Vivre les Évangiles de l’intérieur”!
Cette fois-ci ce sont trois participants, Daniel, Anani et Wilfried qui ont choisi respectivement de se mettre dans la peau d’un des personnages de la scène de la conversion de Saul, à savoir un compagnon de Saul, Ananie et Saul, tel que raconté dans l’extrait suivant (Ac 22, 3-16) :
« Je suis Juif : né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville, j’ai reçu, à l’école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères ; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse, comme vous le faites tous aujourd’hui.J’ai persécuté à mort les adeptes de la Voie que je suis aujourd’hui ; je les arrêtais et les jetais en prison, hommes et femmes ; le grand prêtre et tout le conseil des Anciens peuvent en témoigner.
Eux-mêmes m’avaient donné des lettres pour nos frères et j’étais en route vers Damas : je devais faire prisonniers ceux qui étaient là-bas et les ramener à Jérusalem pour qu’ils subissent leur châtiment.
Donc, comme j’étais en route et que j’approchais de Damas, vers midi, une grande lumière venant du ciel m’enveloppa soudain. Je tombai sur le sol, et j’entendis une voix qui me disait : ‘Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?’ Et moi je répondis : ‘Qui es-tu, Seigneur ? — Je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes.’
Mes compagnons voyaient la lumière, mais ils n’entendaient pas la voix de celui qui me parlait, et je dis : ‘Que dois-je faire, Seigneur ?’ Le Seigneur me répondit : ‘Relève-toi, va jusqu’à Damas, et là on t’indiquera tout ce qu’il t’est prescrit de faire.’ Comme je n’y voyais plus, à cause de l’éclat de cette lumière, mes compagnons me prirent par la main, et c’est ainsi que j’arrivai à Damas.
Or, Ananie, un homme religieux et fidèle à la Loi, estimé de tous les Juifs habitant la ville, vint me trouver et, arrivé auprès de moi, il me dit : ‘Saul, mon frère, retrouve la vue.’ Et moi, au même instant, je retrouvai la vue, et je le vis.
Il me dit encore : ‘Le Dieu de nos pères t’a destiné à connaître sa volonté, à voir celui qui est le Juste et à entendre la parole qui sort de sa bouche. Car tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant, pourquoi hésiter ? Lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de Jésus. »
Chaque participant témoigne ce qui a été vécu lors de cette expérience :
Témoignage de Daniel dans le rôle d’un des compagnons de Saul: « Dans la peau de ce serviteur qui a accompagné St Paul, voici mon témoignage: Je suis touché et submergé de questions. Moi qui n’ai jamais été chrétien et voir mon maître Paul, être guéri miraculeusement de cette manière (par l’imposition des mains d’Ananie), me surprend et incite encore plus ma curiosité à savoir qui est cet être supérieur que suivent les chrétiens avec autant de ferveur. Cette guérison renforce en moi mon choix de prière: C’est ainsi que cet atelier a fait sens à ma vie. »
Témoignage d’Anani dans le rôle d’Ananias: « Cette expérience vécue m’a fait ressentir une sorte d’appel ou d’invitation à obéir à la volonté divine. Je la ressens comme une faveur particulière qui m’est offerte en vue de participer à l’œuvre du Seigneur. Je la reçois aussi comme une grâce offerte pour reconnaître la toute puissance de Dieu devant ma petitesse humaine à obéir et à servir celui qui est le TOUT de ma vie. Il a décidé d’utiliser ma fragilité humaine pour ses œuvres de miséricordes divines. Je ne peux donc que le bénir et lui rendre gloire et louange. Merci! »
Témoignage de Wilfried dans le rôle de Saul: « Avant tout , je tiens à te remercier pour cet opportunité d’incarner le personnage de Saul. C’est une expérience gratifiante. » « En ce qui concerne mon impression, voici un peu ce que je peux dire là dessus »: « Ce que j’ai ressenti en incarnant ce personnage, c’est avant tout la bienveillance de Dieu. Le choix du personnage m’est venu spontanément, sans raison apparente, et j’avais déjà en tête ce passage biblique avant même que nous fassions un choix délibéré sur cet évangile. J’ai éprouvé à quel point Jésus incarne l’amour et comment Il peut transformer nos vies, peu importe notre passé ou ce que nous sommes. »
Merci à Clarisse qui a animé la rencontre!
Participez à votre tour!
Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude vis à vis de Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos.
Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.
Contact : alecoutedesevangiles@gmail.com
Pour en savoir plus sur l’activité pour « vivre les Évangiles de l’intérieur »! :
Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de sa relation avec les pharisiens!
LES PHARISIENS ET JÉSUS : DU PERMIS AU POURQUOI : Matthieu 22, 15-22
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22, 15-22
15 Alors les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler.
16 Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens.
17 Alors, donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? »
18 Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
19 Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier.
20 Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? »
21 Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
22 À ces mots, ils furent tout étonnés. Ils le laissèrent et s’en allèrent.
Dans les Évangiles, nous voyons Jésus appeler ses disciples, rencontrer des malades et des veuves, manger avec des publicains. Mais Jésus y rencontre aussi plusieurs figures qui s’opposent à lui ou gardent leur distance. Particulièrement les membres de mouvements religieux qui ont leurs propres points de vue et leurs adhérents. Cela donne lieu à des débats et parfois des polémiques. Nous pouvons autant nous identifier à eux qu’aux autres figures plus accueillantes : nous portons leurs questions et leurs doutes.
Ici en Matthieu, nous avons une controverse, i.e. une discussion entre Jésus et des leaders sur une question morale ou religieuse. On la retrouve en Marc (12, 13-17) et en Luc (20, 20-26). Deux groupes sont présents. Les Pharisiens, un mouvement de juifs pieux, cherchent à vivre la fidélité à Dieu par des pratiques encadrant la vie quotidienne; ils sont réservés face au pouvoir romain. Les Hérodiens forment un groupe plus politique, partisans d’Hérode Antipas, qui règne sur la Galilée; ils sont favorables au pouvoir romain. Ces deux groupes habituellement sont opposés l’un à l’autre. Mais ici, ils joignent leurs forces pour piéger Jésus. Ils ne veulent pas entrer avec lui dans un vrai débat mais le coincer. Leur première affirmation, par ailleurs, dit la vérité à propos de Jésus, même si ce n’est qu’une astuce rhétorique : Maître, tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu … Voilà une confession de foi paradoxale!
Leur question relève de l’ordre du permis et du défendu. Elle est très précise dans son approche et demande une réponse claire : oui ou non, est-il permis? Allez, éclaire-nous. Si Jésus répond oui, il a l’air d’un collaborateur des Romains et le peuple n’aimera pas cela. S’il répond non, il se met dans le trouble du côté de l’autorité romaine. Dans les deux cas, les groupes s’empresseront de le dénoncer. On va t’avoir, petit prophète de Galilée…
Comme il le fait souvent dans les Évangiles, Jésus n’entre pas dans leur logique. Dans son regard sur le monde, il n’est pas un utopiste naïf. Il voit clair et tout de suite situe les choses en vérité : Hypocrites, vous essayez de me piéger! Il ne leur répond pas par ouiou non, ce qui ferait le jeu de leurs catégories étroites, mais par d’autres questions: Pourquoi? De qui est cette effigie? Il met ainsi une distance entre lui et le piège et il insère un temps de réflexion qui change l’enjeu.
Puis sa réponse vient, déroutante: elle n’est pas celle que les pharisiens et hérodiens attendaient. Il les appelle à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Jésus situe les choses autrement, non dans la logique du permis-défendu mais dans une perspective plus vaste, où Dieu est à l’horizon, où César est à sa place, où tout ne revient pas au même. Jésus déplace les enjeux et ramène à l’essentiel. Et il renvoie les gens à eux-mêmes, à leur choix personnel et à leur responsabilité. Ils ont eux-mêmes reconnu l’effigie de César. Il conclut par un appel qui les concerne : Vous, rendez à …
Les deux groupes d’opposants sont étonnés (v.22); ils sont pris à leur propre piège! Mais ils ont dit vrai à propos de Jésus au début de leur intervention: Jésus enseigne le vrai chemin de Dieu. Et il le fait non seulement par le contenu de ses enseignements mais par ses approches, par les démarches qu’il met en oeuvre auprès de ses disciples, des foules, d’opposants, d’individus. Sa façon d’accompagner, d’éveiller et d’éduquer, est aussi importante que ce qu’il dit.
Ici, dans ce débat, il nous offre un chemin à suivre pour affronter certaines questions dans la société, dans l’Église, en nos milieux, et même celles que nous nous posons en dedans de nous. Quand nous lui demandons des réponses claires : oui ou non, qu’est-ce qui est permis et défendu? Il nous répond alors par de nouvelles questions, pour que nous sortions de notre monde étroit, pour que notre regard voit plus loin, pour que nous assumions notre liberté.
Sa Parole nous déroute et nous renvoie à nous-mêmes, à nos choix de vie, à nos responsabilités. Elle resitue nos recherches dans un horizon plus vaste, où Dieu est présent, où Dieu est premier. La Parole de Jésus nous fait entrer dans une autre logique, celle du Royaume. Passer du permis au pourquoi : voilà le vrai chemin de Dieu.
Images
Dans les controverses, autour de questions morales et religieuses, la parole prend plus de place que l’action. Sur le plan visuel, c’est moins attrayant ou inspirant! Par ailleurs, on peut y faire des portraits des individus et groupes qui discutent avec Jésus. Mais ici s’ajoute un élément concret plus précis : la pièce d’argent, un denier, à l’effigie de l’empereur romain, à l’époque Tibère. Dans les œuvres d’art, la présence de cette monnaie permet d’identifier la scène évangélique. Autrement, comme plusieurs controverses se trouvent dans les Évangiles, il n’est pas évident de savoir laquelle est montrée dans telle œuvre, à moins d’une citation explicite.
C’est surtout au 17e siècle que ce récit autour de l’impôt à payer a suscité l’intérêt des artistes, et de leurs commanditaires. Il y a sûrement des raisons d’ordre politique et religieux, liées à des enjeux sociaux et ecclésiaux, qui ont favorisé cet essor. Le titre est souvent : Denier de César, Tribut à César.
Dans les images, on peut porter attention à certains éléments. Comment les Pharisiens sont-ils présentés (leurs traits, attitudes, vêtements), sont-ils nombreux ou quelques uns? Entre autres, il est intéressant de noter la variété de leurs couvre-chefs : vient-elle de l’observation des gens du Proche-Orient et/ou de l’imagination des artistes ?! Quel visage de Jésus ressort (expression, geste, regard), ses disciples sont-ils avec lui? La pièce d’argent elle-même (habituellement petite). Quel est le lieu de la rencontre : est-il évoqué, absent, ou plus élaboré? Dans les Évangiles, la scène se situe dans l’enseignement de Jésus au Temple de Jérusalem.
Voici des œuvres du 15e au 21e siècle, et surtout du 17e, dont deux se trouvent au Canada (Rembrandt à Ottawa, Champaigne à Montréal).
Vrancke van der Stockt, c.1455-1459, Tryptique de la Rédemption, détail, Musée du Prado, Madrid, Espagne. Cet artiste de Bruxelles s’inscrit dans la lignée de Roger van der Weyden, à qui il succéda comme peintre officiel de la ville. Son œuvre principale, le Tryptique de la Rédemption, porte sur la Crucifixion et le Jugement dernier et comprend plusieurs autres éléments dont cette grisaille sur le tribut à César. À gauche, Jésus lève une main vers le ciel et pointe l’autre vers la pièce de monnaie; Pierre, derrière lui, tient en main un boulier. À droite, on voit trois figures d’âge différent dont l’un montre à Jésus la pièce et en tient d’autres, près de sa bourse. Leurs vêtements et chapeaux sont élaborés. En bas, des citations de l’Évangile.
Tiziano Vecellio (Le Titien), c.1516, Staatliche Kunstsammlungen, Dresde, Allemagne. Ce grand peintre de Venise a eu une longue vie (1488-1576). Cette oeuvre date de sa jeunesse, mais de l’année où il succéda à Bellini comme peintre de la ville. Maître du portrait, il ne montre que deux figures : un homme, avec une boucle à l’oreille, qui présente à Jésus une pièce de monnaie; et Jésus qui le regarde avec intensité. La monnaie est juste entre leurs deux mains. Les couleurs et la lumière soutiennent l’expressivité de la scène. Le tout est saisissant.
Bartolomeo Manfredi, c.1610-1620, Galleria degli Uffizi, Florence, Italie. Originaire de Lombardie, Manfredi a vécu surtout à Rome. À l’évidence, il a été marqué par Le Caravage, dont il fut peut-être l’élève. Il a joué un rôle majeur pour répandre son influence en Italie et en France. Jésus et les sept personnages qui l’entourent sont tous situés dans un clair-obscur qui fait ressortir leurs visages. La discussion se fait surtout entre Jésus, vêtu de rouge, et l’homme en blanc, au turban, tenant la monnaie. La figure à droite semble nous regarder.
Peter Paul Rubens, c.1612, Fine Arts Museum of San Francisco, État-Unis. Ce peintre flamand a séjourné en Italie et s’est familiarisé avec les œuvres de Raphael, Le Titien, Le Caravage. Par la suite, lui-même a marqué l’art occidental par son sens des couleurs. Son atelier d’Anvers fut très actif. Voici une oeuvre forte avec ses figures très diverses dans leurs positions et expressions, mais avec des regards intenses. Les têtes et ce qu’elles portent sont travaillées. Les regards vont dans toutes les directions. Jésus en rouge et lumineux éclaire la scène. Il tient la pièce d’argent en sa main droite. De l’autre, il indique le ciel : Rendez à Dieu … Cette œuvre est souvent utilisée pour montrer la controverse autour du denier de César.
Joachim Wtewael, 1616, Collection privée. Ce peintre d’Utrecht aux Pays-Bas a été marqué par le courant maniériste. Il a fait plusieurs œuvres historiques et mythologiques. Celle-ci est de petite taille (16 x 25 cm). La scène est très animée. Plusieurs figures sont en mouvement et échangent entre elles. Un seul discute avec Jésus qui semble faire un pas de danse. La variété des couvre-chefs est intéressante. Des enfants sont présents. À la différence des œuvres précédentes, le lieu est souligné en arrière-fond : le temple avec son architecture complexe.
Rembrandt van Rijn, 1629, Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa. Cette œuvre a été faite alors que Rembrandt, âgé de 23 ans, n’était pas encore à Amsterdam mais dans sa ville natale de Leyde. Déjà les traits de son style unique se donnent à voir. Dans un temple sombre à la colonne impressionnante, Jésus est au centre et rayonne de lumière. Il est entouré de sept figures : celui près de lui tient la pièce de monnaie; le dernier à droite détourne le regard. D’autres à l’arrière sont témoins de la scène. Là aussi, Jésus lève la main vers le ciel pour inviter à rendre à Dieu ce qui est à Dieu.
Bernardo Strozzi, 1630, Musée des Beaux-Arts de Budapest, Hongrie. Ce peintre de Gènes est entré chez les Capucins, qu’il quitta pour s’occuper de sa famille. Il ne réintégra pas la communauté, fut emprisonné, et s’enfuit à Venise; il y poursuivit sa carrière avec succès et fut surnommé le prêtre génois. Il a touché à tous les genres : fresques, portraits, scènes religieuses ou historiques … D’abord maniériste, il fut influencé par Le Caravage et surtout par Rubens. Jésus en rouge, qui a un air plus jeune, est engagé dans une discussion animée avec plusieurs Pharisiens; l’un d’eux tient la pièce d’une main et en tient d’autres dans la main près de sa bourse. Lumière et couleurs sont traitées avec attention, les figures sont expressives et vivantes. Un enfant à gauche nous regarde et établit le lien entre l’œuvre et nous.
Philippe de Champaigne, c.1663-1665, Musée des Beaux-Arts de Montréal, Canada. Natif de Bruxelles et influencé par Rubens, ce peintre a travaillé en France. Comme Poussin, il fut un maître du style classique du 17e siècle, avec un souci d’équilibre et de rigueur, d’harmonie des couleurs et des formes. Très religieux, il fut proche de Port-Royal et du courant janséniste. Jésus est entouré de sept figures, concentrées et attentives à la discussion. Deux portent des phylactères (citations des Écritures) sur leur couvre-chef. L’un d’eux montre à Jésus la monnaie. Celui-ci, vêtu d’un bleu royal, pointe d’une main vers la monnaie et de l’autre vers le ciel. Son regard est déterminé. À droite, une ouverture montre ciel et nuages. Voici une œuvre faite avec soin.
Gerbrand van den Eeckhout, 1673, Musée des Beaux-Arts de Lille, France. Ce peintre et graveur néerlandais a été formé à l’atelier de Rembrandt, dont il fut l’élève préféré. Un Pharisien, plus grand par son turban élevé, présente à Jésus la pièce de monnaie. Un enfant est assis à ses pieds. Jésus est au centre, main levée vers le ciel pour indiquer sa réponse (rendre à Dieu). Pierre, crâne nu, est près de lui. À gauche, livre en mains, un Maître est assis. À droite, deux figures discutent près d’une table; l’un est assis. La diversité des figures et de leurs attitudes, sans compter l’habituelle variété des couvre-chefs, donne de la vie à la scène. L’environnement est développé : murs et colonnes du temple, planchers de pierre et de bois.
James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français a mis en images la majorité des scènes évangéliques, en les situant dans leur paysage et leur contexte qu’il a observés et étudiés. Un véritable groupe de leaders religieux entoure Jésus pour le prendre au piège. Ils sont sérieux, résolus, et bien-coiffés; plusieurs sont âgés. Jésus, en blanc comme il est fréquent chez Tissot, indique d’une main la pièce de monnaie et de l’autre pointe vers le ciel. Des témoins regardent à distance. Selon l’usage de Tissot, le tout est situé dans un cadre architectural détaillé.
Jacek Malczewski, 1908, Musée National de Poznan, Pologne. Formé à Cracovie et à Paris, ce peintre a joué un rôle important dans l’art de son pays. Attaché à l’histoire de la Pologne, il a aussi contribué au développement du mouvement symboliste. Il a fait quelques œuvres religieuses. Comme celle de Titien, celle-ci s’inscrit dans l’art du portrait. Des visages très expressifs, campés, sans décor. L’homme à droite présente la pièce de monnaie tirée de sa bourse. Celui de gauche en tient une aussi. Jésus ne regarde pas mais pointe la pièce de sa main droite. De la gauche, il tient un bâton, celui du pèlerin. Le visage de Jésus est concentré vers l’intérieur. Il ressemble à celui de l’auteur, qui a fait plusieurs autoportraits. Son fils Rafal, lui aussi peintre, a émigré au Canada durant la 2e guerre mondiale; il est mort à Montréal en 1965.
Berna, 2020, site évangile-et-peinture.org, Suisse. Avec ses images aux couleurs vives et aux figures en mouvement, Bernadette Lopez donne à voir tous les évangiles des trois années du cycle liturgique. Ici, à l’avant-scène, sur un fond jaune, une main présente la fameuse pièce de monnaie à l’effigie de César. Jésus regarde et la pointe du doigt. Sa bouche est ouverte : il offre sa parole à ses auditeurs. Autour de lui, on voit des visages attentifs, à l’écoute. À l’arrière, dans les couleurs mauves, d’autres se devinent : peut-être toi, et nous, appelés à passer du permis au pourquoi et à rendre à Dieu ce qui est à Dieu …
Daniel Cadrin, o.p.
Dessin à tracer et à colorier
Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, inspiré d’une illustration de James Tissot.
Cliquer sur l’image pour l’agrandir et la sauvegarder!
Une illustration inspirée d’une photo de participants mimant la parabole du retour du fils prodigue auprès de son père après avoir dilapidé tous ses biens.
Une nouvelle participation à l’activité “Vivre les Évangiles de l’intérieur”!
Cette fois-ci ce sont quatre participants, Léonie, Shane, Jean-Philippe et Teddy qui ont choisi respectivement de se mettre dans la peau d’un des personnages de la parabole des Évangiles sur le fils prodigue, à savoir la mère, le fils cadet, le père et le fils aîné, tel que raconté dans l’extrait suivant de l’Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc, chapitre 15, 11-32 :
11 Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.
13 Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
14 Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.
15 Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
17 Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
18 Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
19 Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”
20 Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
21 Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”
22 Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
23 allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
24 car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.
25 Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
26 Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.
27 Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”
28 Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.
29 Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
30 Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !”
31 Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
32 Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »
Chaque participant témoigne ce qui a été vécu lors de cette expérience :
Shane dans le rôle du fils cadet : « Je suis rentré à moitié nu devant mon père, les vêtements déchirés, sans rien à manger ou affamé, les os qui se voyaient ou maigre ou squelettique , il me tient dans ses bras, je lui dit : « J’ai besoin de toi, j’ai besoin de toi ! ». Il ne dit rien, je pleure dans ses bras. En pleurant, il dit : « Mon fils est de retour, mon fils est revenu ». Il me tient, il me rassure.
Jean-Philippe dans le rôle du père : « En jouant le rôle du père. J’avais le cœur remplis de compassion. Tout ce que je ressentais au fond c’était de le rassurer, de l’écouter et de lui faire ressentir qu’il était enfin à la maison, loin des troubles et des souffrances. Je voulais le voir heureux et plein de joie à nouveau. Compassion, écoute, amour et réjouissance sont les sentiments qui me traversèrent tout le long. »
Léonie dans le rôle de la mère : « Durant cette scène, j’ai vécu un déchirement : d’un côté, la joie et le soulagement de revoir mon fils retrouvé, de l’autre, l’impuissance face à l’incompréhension et les doutes de mon fils embrumé. J’ai ressenti le désir d’une maman qui partage la joie la douleur. Je veux les aider, mais je ne peux que les confier dans la prière. Mon fils revenu, comment pourrais-je aller consoler son cœur ? Mon fils cadet, malgré L’Amour qui l’entoure, les mensonges et la honte refont surface en lui pour le culpabiliser. Mon fils aîné est physiquement proche, mais il est pris dans la brume de ses peurs. Comment puis-je rassurer son cœur? Toi seul, Père Créateur peut parler à chacun en profondeur. À la fin de ma réflexion, j’ai réalisé que cela faisait écho à une prière que je faisais le matin même pour la grande Église du Christ au Québec… Tant d’églises sœurs, ne se connaissent pas, elles sont dans la peur ou l’incompréhension. Pourtant elles sont tellement aimées! Comment puis-je les porter? «Seigneur, apprends-moi à prier, apprend-moi à te les confier dans la confiance de ton amour surabondant!».
Teddy dans le rôle du fils aîné : « J’ai toujours été auprès de mon père, j’ai toujours obéi, je suis resté quand mon frère est parti dilapider son héritage et aujourd’hui, mon père organise une fête en son honneur pour son retour ! A croire qu’il le préfère et l’aime plus qu’il ne m’aime ! Je suis furieux ! Je ne comprends pas, je ne peux me réjouir du retour de mon frère. Pour un rebelle mon père a fait tuer le veau gras, tout cela n’est qu’injustice. Il n’a jamais fait autant pour moi. Peu importe le dévouement dont je ferai preuve, j’aurai toujours la seconde place. »
Merci à Clarisse qui a animé la rencontre!
Participez à votre tour!
Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude vis à vis de Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos.
Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.
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Pour en savoir plus sur l’activité pour « vivre les Évangiles de l’intérieur »! :
Illustration librement inspirée d’une icône traditionnelle
Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de la conversion de Paul
Sur la route, Paul rencontre le Ressuscité : Actes 9, 1-19
Évangile de Jésus-Christ – Actes 9, 1-19
01 Saul était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le grand prêtre
02 et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait des hommes et des femmes qui suivaient le Chemin du Seigneur, il les amène enchaînés à Jérusalem.
03 Comme il était en route et approchait de Damas, soudain une lumière venant du ciel l’enveloppa de sa clarté.
04 Il fut précipité à terre ; il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? »
05 Il demanda : « Qui es-tu, Seigneur ? » La voix répondit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes.
06 Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire. »
07 Ses compagnons de route s’étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient la voix, mais ils ne voyaient personne.
08 Saul se releva de terre et, bien qu’il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. Ils le prirent par la main pour le faire entrer à Damas.
09 Pendant trois jours, il fut privé de la vue et il resta sans manger ni boire.
10 Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananie. Dans une vision, le Seigneur lui dit : « Ananie ! » Il répondit : « Me voici, Seigneur. »
11 Le Seigneur reprit : « Lève-toi, va dans la rue appelée rue Droite, chez Jude : tu demanderas un homme de Tarse nommé Saul. Il est en prière,
12 et il a eu cette vision : un homme, du nom d’Ananie, entrait et lui imposait les mains pour lui rendre la vue. »
13 Ananie répondit : « Seigneur, j’ai beaucoup entendu parler de cet homme, et de tout le mal qu’il a fait subir à tes fidèles à Jérusalem.
14 Il est ici, après avoir reçu de la part des grands prêtres le pouvoir d’enchaîner tous ceux qui invoquent ton nom. »
15 Mais le Seigneur lui dit : « Va ! car cet homme est l’instrument que j’ai choisi pour faire parvenir mon nom auprès des nations, des rois et des fils d’Israël.
16 Et moi, je lui montrerai tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon nom. »
17 Ananie partit donc et entra dans la maison. Il imposa les mains à Saul, en disant : « Saul, mon frère, celui qui m’a envoyé, c’est le Seigneur, c’est Jésus qui t’est apparu sur le chemin par lequel tu venais. Ainsi, tu vas retrouver la vue, et tu seras rempli d’Esprit Saint. »
18 Aussitôt tombèrent de ses yeux comme des écailles, et il retrouva la vue. Il se leva, puis il fut baptisé.
19 Alors il prit de la nourriture et les forces lui revinrent. Il passa quelques jours à Damas avec les disciples
La rencontre de Paul de Tarse avec le Christ ressuscité sur la route de Jérusalem à Damas est très connue et commentée. Elle est importante pour Luc car elle revient trois fois dans les Actes des Apôtres : comme récit fait par le narrateur, en Ac 9, 1-19; comme discours de Paul au peuple à Jérusalem, en Ac 22, 1-16; comme discours de Paul au roi Agrippa à Césarée, en Ac 26, 9-18. Entre ces trois histoires de rencontre, dans le même livre, il y a des points communs et des différences, qui ont été étudiés. Mais nous allons plutôt nous concentrer sur l’expérience de Paul.
Paul est un jeune juif de Tarse, formé dans les Écritures et la Loi, instruit dans la culture grecque, et exerçant un métier manuel. Pieux et fervent, il est membre du mouvement pharisien et opposé au nouveau mouvement qui affirme que Jésus de Nazareth est le Messie (le Christ). C’est une position qui se tient : ce Jésus est mort en croix, il est impensable qu’il soit l’Envoyé de Dieu. Paul est activement engagé dans la persécution de ces disciples de Jésus. Il connait leur histoire, il n’y croit pas et il la considère nocive pour son peuple. Mais sur la route, il fait l’expérience d’une rencontre : une lumière l’enveloppe, il tombe par terre et une voix l’interpelle, celle de Jésus le vivant. Ses compagnons sont pris de stupeur. Paul se relève, il ne voit plus. Il est conduit par la main à Damas où intervient Ananie.
Qu’est-ce que cette expérience change chez Paul? Déjà il croit au Dieu créateur et libérateur et il espère la résurrection à venir. S’il rencontre Jésus, qui est mort crucifié, cela signifie alors qu’il est vivant, que Dieu l’a ressuscité. Pour Paul, cela a un sens simple et clair, qui est pour lui une révélation. Jésus est le Messie, le Christ! Cela signifie aussi que les derniers temps sont arrivés. Et alors, tout va basculer peu à peu dans sa vision du monde, de Dieu, de l’histoire, et de sa propre vie. Le rôle joué par Ananie, qui baptise Paul, souligne l’importance de la communauté, qui accueille ce nouveau disciple.
C’est un point tournant, mais ce n’est qu’un début pour Paul. Il faudra des années de maturation et d’apprentissage avant qu’il ne devienne d’abord collaborateur de Barnabé comme formateur (Ac 11, 25-26), puis comme missionnaire (Ac 13,2-4) et finalement un leader (Ac 15, 36-40), avec son équipe. Déjà, dans son expérience sur la route, comme une semence qui va grandir, se trouve affirmé le lien primordial entre Jésus et ses disciples : en les persécutant, Paul persécute Jésus (9, 4-5). Plus tard, cela donnera la communauté comme corps du Christ (1 Co 13,27).
Ce récit des Actes, écrit par Luc, est une source importante et inspirante pour connaître l’expérience de Paul. Mais nous avons accès à d’autres sources plus directes, venant de Paul lui-même : ses Lettres! Dans celles-ci, Paul en parle non de façon narrative mais plus existentielle et personnelle. Dans Ga 1, 11-17, son vocabulaire est celui des prophètes dans leur récit de vocation : Paul parle d’appel, de révélation, de mission confiée. Dans Ph 3, 12-14, il emploie le langage sportif de la course et parle du Christ qui l’a saisi en chemin. Dans 1 Co 15,8, c’est une apparition du Ressuscité, faisant suite à celles aux Douze et à d’autres disciples. En chaque cas, il s’agit d’une expérience intime et profonde de la grâce de Dieu. Il y a un avant et un après.
Au cours de l’histoire, plusieurs personnes ont vécu des rencontres du Ressuscité qui ont transformé leur vie, de saint Augustin à Simone Weil. Ces expériences fortes varient selon leur intensité, le contexte, et la façon de les comprendre. Mais elles ne sont pas réservées à quelques uns. Nous aussi, sur nos chemins, des lumières sont venues nous toucher et éblouir, des appels se font fait entendre. Des visages du Christ se sont révélés et des missions nous ont été confiées. Quelles sont ces expériences, brèves ou progressives, qui ont marqué mon parcours, même si elles sont moins fulgurantes que celle de Paul? En quel lieu et en quel temps de ma vie ai-je été saisie-e? Quelles en furent les sources et les racines, les fruits et les fleurs? Et pour ces rencontres transformantes, ces visitations, nous pouvons rendre grâce au Dieu vivant, par celui que Paul nommait Notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 1,2).
Images
Dès la période antique, on trouve des images de Paul de Tarse dans des fresques, mosaïques et autres oeuvres. Celles de sa rencontre transformante sur le chemin de Damas apparaissent à la fin de cette période, se développent au Moyen Âge et prolifèrent aux 15e-17e siècles.
Mais au 12e siècle, advient un point tournant. Un nouveau personnage apparaît, qui n’était jamais présent auparavant dans les oeuvres d’art et les écrits spirituels : le cheval! Il n’est pas dans le texte biblique, ce que tous les siècles précédents avaient bien compris. Alors pourquoi l’introduire? Cela se comprend dans le cadre médiéval de la chevalerie. Être un chevalier est prestigieux. Faire tomber Paul de son cheval accentue l’expérience de transformation qu’il vit. Il tombe de haut, socialement et religieusement. Les ordres mendiants refusaient d’utiliser le cheval pour voyager. Voilà donc une option spirituelle qui se comprend dans un contexte particulier. Sauf que le cheval, une fois arrivé, va s’installer pour de bon dans l’image! Indépendamment du sens premier de son apparition et prenant parfois plus de place que Paul. Et pour les artistes, peindre un cheval est intéressant, avec l’attention à l’anatomie, aux mouvements, etc. Avec le temps, les artistes qui suivent vont mettre un cheval parce que cela va de soi, comme par automatisme.
Avec le temps aussi, ces images vont influencer la lecture même du texte biblique, où les gens projetteront un cheval dans le récit et présumeront que Paul en tombe. Cela dit la force des images. Tout un jeu de liens et d’interprétation entre le sujet lecteur, les images déjà-là et le texte biblique. Toutefois, certains artistes plus familiers avec la Bible, du Moyen Âge à aujourd’hui, éviteront de se conformer à ce stéréotype pictural.
Dans le récit, Paul tombe, d’un cheval ou non. Voici des éléments visuels auxquels porter attention : sa posture physique, son âge, ses vêtements, ses attributs (qui se retrouvent dans ses diverses images : livre de la Parole, épée de son martyr, bâton du pèlerin); les réactions de ses compagnons; l’environnement de l’événement (route, villes, nature). Et comment le Christ qui se révèle à Paul est-il montré, ou non: par un signe (rayon, main), des paroles, par un visage et un corps. Le défi plus grand, c’est de faire pressentir ou plutôt entrevoir, car c’est visuel, l’expérience profonde au cœur de cette rencontre qui va changer la vie de Paul.
Voici des œuvres qui jouent avec tous ces éléments, avec ou sans cheval, cherchant à exprimer le renversement de Paul.
Cosmas Indicopleustès, miniature, 9e siècle, Topographie chrétienne, Ms gr. 699, fol. 83v, Biblioteca Apostolica, Vatican. Cet ouvrage, qui porte sur la géographie et la Bible, a été rédigé au 6e siècle par un marchand grec d’Antioche, vivant à Alexandrie, un négociant chrétien qui a beaucoup voyagé. Cette miniature fait partie d’une copie (appelée Vaticanus) faite à Constantinople au 9e siècle, qui comprend dix tomes. Elle s’inspire d’une illustration de l’ouvrage du 6e siècle. On y voit la séquence, avec quatre figures de Paul : à gauche, les deux rayons venant du ciel vers Paul et ses compagnons, puis Paul prosterné à terre dans une attitude religieuse; à droite, Ananie (nimbé) s’occupant de Paul; au centre, hors-récit, un portrait de Paul, avec le livre de la Parole. En haut, les deux villes : à gauche, Jérusalem; à droite, Damas.
Miniature, 845-846, Bible de Vivien, Ms lat. 1, fol. 386v, Bibliothèque Nationale de France, Paris, France. Ce manuscrit a été réalisé à l’Abbaye Saint-Martin de Tours, sous la direction du comte Vivien de Tours, pour l’empereur Charles le Chauve. Le texte (en latin) est celui de la Vulgate. Il comprend huit miniatures en pleine page dont celle-ci. La séquence est développée : Paul touché par les rayons de lumière venant de la main du ciel; Paul renversé à terre et levant quant même sa main; Paul aveugle amené par la main à Damas; Ananie éveillé et touché par les rayons de lumière venant de la main du ciel; Ananie imposant la main à Paul pour lui rendre la vue. En bas de la page, non-inclus dans cette image, Paul prêchant (Ac 9, 20-22).
Miniature, c. 850, Epistulae Pauli, Clm 14345, fol. 7r, Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Allemagne. Ce manuscrit, en latin, des Lettres de Paul provenait du monastère bénédictin de Ratisbonne. Il aurait été réalisé en Rhénanie. En bas, Paul est prosterné, yeux ouverts, vivant sa rencontre avec le Christ, non-visible. Au centre, Paul aveugle est conduit vers Damas par un compagnon lui tenant la main. Plantes et fleurs agrémentent ces scènes.
Miniature, c. 1140-1150, Bible d’Admont, Cod. ser. nov. 2701, Österreichische Nationalbibliothek, Vienne, Autriche. Les miniatures de ce manuscrit, fait à Salzburg, sont influencées par l’art byzantin et l’art roman. Er surtout, des nouveautés y apparaissent, qui se retrouvent en d’autres œuvres de cette époque. Paul tombe, mais de son cheval! Ses compagnons en sont témoins. Le rayon de lumière vient vers Paul non seulement d’une main, mais de celle du Christ, bien visible, dans l’espace d’un soleil. Ces innovations vont marquer la suite de l’iconographie de Paul.
Luca di Tommé, c.1380-1389, Seattle Art Museum, États-Unis. Cet artiste de Sienne s’inscrit dans la lignée des siennois Duccio et Martini. Il a fait plusieurs retables. Nous avons ici une partie de la prédelle d’un retable. Paul, un jeune homme blond, épée à la main, tombe sur la route. Une lumière et une parole viennent à lui, provenant du Christ, dont on voit le visage et la main tendue vers Paul. Plusieurs soldats sont témoins de l’événement.
Giovanni da Fiesole (Fra Angelico), miniature, c.1430, Missel 558, fol. 21v, Musée San Marco, Florence, Italie. Ce religieux dominicain connait la Bible. Évidemment, il n’y a pas de cheval! Paul est renversé sur la route. Aspect intéressant, son visage est celui qu’on trouve dans les images anciennes des premiers siècles. Et c’est le Christ ressuscité qui se manifeste, lui qui est l’alpha et l’omega (Ap 21, 6), les deux lettres écrites sur le livre qu’il tient. Il enveloppe Paul de sa lumière. Les deux compagnons sont stupéfaits.
Lucas van Leyden, gravure, 1509, Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis. Ce peintre néerlandais est considéré comme une figure majeure dans l’art de la gravure. Il a fait plusieurs scènes de genre, attentif aux détails. Cette gravure a été faite alors qu’il n’avait pas 20 ans. Elle est remarquable par sa technique mais aussi son contenu. À gauche, Paul sur son cheval reçoit une lumière venant du ciel; il est accompagné de toute une suite en armes. Puis, à l’avant-scène, voici Paul, aveugle et tête baissée, qui marche vers Damas, escorté et guidé. Toute une foule l’entoure, discutant de l’événement, et avance comme en procession. L’environnement est développé : forêts, château, falaises.
Michelangelo Buonarroti, fresque, c.1542-1545, Chapelle Paolina, Vatican. Cette grande fresque a été faite pour la chapelle du pape Paul III. Michel-Ange vit alors une période tourmentée. L’œuvre est dramatique. Elle comprend beaucoup de monde, au ciel et sur la terre. Le Christ, en mouvement, est entouré de saints et d’anges; Paul par terre, de soldats et serviteurs qui vont dans tous les sens. C’est le chaos. Mais une lumière unit le Christ et Paul, qui en est ébloui. Un cheval, possiblement le sien, s’en va au galop. Paul ici a un visage précis : non celui d’un jeune homme mais d’un homme âgé, l’artiste lui-même (né en 1475)! Il s’est mis à la place de Paul, même si ce n’est pas vraisemblable. Mais cela donne une note très émouvante à cette œuvre, dans laquelle Michel-Ange a exprimé son propre univers et sa quête. Par ailleurs, Paul est soutenu par un compagnon.
Michelangelo da Caravaggio, c.1600-1601, Chapelle Cerasi, Église Santa Maria del Popolo, Rome, Italie. Le Caravage a fait cette peinture à 30 ans. Il y a peu de monde : Paul, un cheval et un palefrenier âgé, qu’on retrouve en d’autres oeuvres. Le contexte n’est pas développé. Paul, un jeune homme vigoureux, vêtu de rouge, est étendu par terre, comme en transe, les yeux fermés, les bras étendus, son épée à son côté. Le Christ n’est pas montré : il est présent par la lumière qui entoure la scène. Le cheval prend de la place, mais l’accent est mis sur l’expérience intérieure de Paul.
William Congdon, 1961, Smithsonian American Art Museum, Washington, États-Unis. Originaire de Providence, ce peintre a vécu à New York puis à Venise et dans la région de Milan. Il se rattachait au courant américain de l’expressionisme abstrait et il fut très célèbre. Mais en 1959, à 47 ans, il se convertit au catholicisme, suite à des séjours à Assise. Il disparait de la scène artistique mais continue son œuvre. Cette peinture a été faite après sa conversion et porte sur la conversion. Vers la fin de sa vie, il s’en est distancié : « C’était une trahison, comme si elle avait été peinte sur commande”. Mais l’œuvre demeure, sans être évidente. Elle suggère une route, une lumière venant du ciel, Paul à terre les mains levées, des témoins en bleu, et / ou d’autres éléments. L’interprétation est ouverte.
Charles Ndege, c.2000, AFrican Proverbs Calendar : January 2002, Afriprov.org. Cet artiste de Tanzanie a réalisé le Chemin de croix de l’Église St-Joseph Mukasa à Mwanza. Il a inculturé les scènes évangéliques dans la vie du groupe ethnique Sukuma, vivant sur les rives du Lac Victoria. Ici, nous voyons un jeune Paul sur la route, renversé par terre et ébloui, touché par la lumière du soleil, des compagnons et un âne près de lui, dans un environnement rural. L’œuvre est simple et parlante. Dans l’année liturgique, la fête de la conversion de saint Paul est célébrée le 25 janvier.
Julie Lonneman, 21e, site julielonneman.com, États-Unis. Cette artiste de Cincinatti travaille en conception graphique, illustration et gravure. Chrétienne, elle se rattache à la spiritualité franciscaine. Elle a écrit : « L’incarnation est une caractéristique de la foi chrétienne, et l’art est l’un des moyens par lesquels la présence de Dieu s’incarne. … Avec une profonde humilité, je reconnais que l’humain et le divin se rejoignent lorsque je fais de l’art« . Dans cette œuvre, faite avec des crayons de couleur, on ne voit que Paul, habité par une lumière, les mains levées en prière. Il pourrait avoir le visage de chacun-e de nous …
Daniel Cadrin, o.p.
Dessin à tracer et à colorier
Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une icône traditionnelle.
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