Rencontres avec Jésus – Les dix lépreux

Illustration librement inspirée d’une œuvre non identifiée trouvée sur la toile

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de la guérison des dix lépreux!

UN LÉPREUX QUI SUPPLIE ET REND GRÂCE : Luc 17, 11-19

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 17

11 Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.

12 Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance

13 et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. »

14 A cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.

15 L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.

16 Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain.

17 Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ?

18 Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! »

19 Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris



Commentaire de l’Évangile


Par Daniel Cadrin, o.p.

Ici, des gens viennent vers lui, mais ils gardent leur distance. Ce qu’ils donnent à voir, c’est leur voix, faisant appel à la compassion. Jésus les entend et il les voit. Ces gens viennent du bout du monde, d’un lieu d’exclusion qui est total. Car ils sont lépreux et considérés, à cette époque, comme tout-à-fait impurs. Ils sont rejetés hors de tout cercle social et religieux, dans la marge radicale. Mais Jésus les voit autrement. Et sa parole non seulement les guérit mais les réintègre dans la communauté de l’échange social et cultuel (17,14).

Leur guérison n’est pas venue seulement de cette parole. Comme d’autres personnes dans les évangiles, ils se sont mis en marche, ils se sont approchés de Jésus, et ils ont supplié, disant la vérité de leur condition et de leur détresse, avec un espoir en leur coeur. Leur appel s’adresse à Jésus, Maître : ils emploient son nom propre, ce qui est rare dans les évangiles; le larron, aussi en Luc (23,42), fera de même. Une première rencontre a ainsi lieu, qui se termine par une transformation, advenant sur la route, là où elle a commencé.

Le récit aurait pu s’arrêter là, mais voici qu’il rebondit! Un des lépreux s’approche maintenant plus près de Jésus. Et sa voix rend grâce; elle est passée de la supplication à la louange, bouclant ainsi le trajet de toute prière croyante. Ta foi t’a sauvé, lui dit Jésus, cette foi d’abord exprimée par un cri d’appel et maintenant par l’action de grâces. La rencontre entre cet homme et Jésus va plus loin que la première. Or, cet homme, lépreux purifié, était à double distance de Jésus, car en plus il est Samaritain. Mais c’est lui, l’étranger, qui accomplit tout le parcours de l’expérience croyante. Sa rencontre de Jésus n’est pas seulement utile, par la transformation qu’elle opère en lui, par la dignité qu’elle lui redonne. Elle le fait aussi entrer dans le monde de la gratuité, de la reconnaissance joyeuse pour le don. Cet homme est comme un ressuscité, il s’est prosterné et il va se relever. Et la rencontre se termine aussi sur la route, où Jésus l’appelle à marcher : Va.

Sur nos routes, nous pouvons nous reconnaître en ces lépreux qui osent sortir de leur marge et faire entendre leur voix, qui prennent le risque d’espérer et ainsi retrouvent leur dignité. Ou encore, nous pouvons nous identifier à ce Samaritain qui a fait un pas de plus, qui est revenu sur ses pas. Non seulement il est guéri, mais il voit qu’il est guéri. Il a pris conscience de ce qui lui arrivait. C’est ce retour réflexif sur son expérience qui le fait aller plus loin dans la foi et le rend capable d’action de grâces. Il ne s’en tient pas à l’immédiat de l’événement, mais en saisit la portée et le sens plus profond.

Cet homme devient ainsi pour nous une figure inspirante, nous appelant à interrompre notre course pour comprendre les changements qui nous arrivent. Quel parcours ai-je accompli? Comment le comprendre? Quelle source de vie a entendu mon cri et a défait les liens qui m’enfermaient dans l’isolement ou le mépris? Et alors peut-être deviendrons-nous capables, un peu plus, à notre tour, de glorifier le Dieu vivant, à pleine voix.

Sur cette route vers Jérusalem, une autre voie de sens est aussi offerte : celle de nous reconnaître en Jésus, l’homme des rencontres. Tant de cris se donnent à entendre, venant de visages que nous ne voyons pas, car ils sont écrits en marge de nos feuilles de route, à peine lisibles. Si nous les laissions s’approcher un peu de nous, au lieu de les fuir, peut-être oserions-nous les voir, reconnaître leur existence, et leur communiquer une parole qui encourage, qui relève, qui recrée le lien social. Et nous pourrions alors rencontrer des témoins de foi impressionnants, en ces visages étrangers dont, spontanément, nous nous serions tenus éloignés. C’est là la grâce des routes et des rencontres. Voici qu’en l’autre, dont nous nous sommes méfiés, de qui nous étions séparés par toutes sortes de barrières, nous découvrons une personne unique et touchante, qui porte une histoire profonde et sait y reconnaître la présence transformante du Dieu vivant.

Sur nos routes remplies d’obstacles et d’inattendus, dans notre marche de pèlerins, des rencontres nous attendent, si nous osons voir, et écouter, et parler. En quoi je me reconnais (ou je reconnais des gens, des groupes) dans les lépreux? dans le lépreux Samaritain? en Jésus, l’homme des rencontres? Ce récit nous fait entendre un appel, à court ou à plus long terme, à demander et à louer, à nous relever et à aller. Je pourrais peut-être commencer par la demande …

Images

Ce récit a été mis en images aux diverses époques de l’art chrétien. Il est visuellement intéressant car il met en scène Jésus et dix lépreux, dont la condition est transformée; et l’un d’eux ressort du groupe. Le choix des figures et postures à montrer dépend du moment du récit qui est retenu : la supplication par le groupe, la parole de Jésus et l’envoi, la prise de conscience et la louange du Samaritain, sa rencontre avec Jésus, le questionnement de celui-ci et l’envoi final.

Les lépreux sont présentés dans leur condition physique et sociale par divers attributs : des marques sur le corps, un habillement particulier, des bandages, des bâtons et béquilles, … Jésus est solennel, manifestant son autorité et sa puissance de guérison. Il est fréquent que des disciples soient présents : en Luc, avant ce texte, ils accompagnaient Jésus.

La scène se passe alors que Jésus, faisant route vers Jérusalem, se trouve à l’entrée d’un village. L’accent peut être mis sur la route comme telle et un environnement naturel; ou des éléments architecturaux peuvent indiquer la proximité du village.

Du Moyen Âge au 21e siècle, voici des œuvres dont les modalités et les styles varient.

  1. Miniature, c.1020-1030, Codex Aureus Epternacensis, Musée National Germanique, Nuremberg, Allemagne.  Ce manuscrit enluminé, écrit avec des lettres d’or, d’où son nom, a été réalisé par le scriptorium de l’Abbaye d’Echternach, ville aujourd’hui au Luxembourg. Les deux scènes sont présentées : celle avec les dix lépreux et celle avec le Samaritain ; c’est d’ailleurs écrit ! Jésus, imberbe et nimbé, selon l’usage antique, a la même posture dans les deux scènes, bénissant de la main droite ; sauf que sa main gauche tient le rouleau de la Parole dans la première. Pierre, l’air perplexe, est avec lui. À gauche, les lépreux, qui ont des taches sur tout le corps, supplient Jésus. À droite, ils sont guéris et s’en vont, alors que le Samaritain est aux pieds de Jésus en lui rendant grâces, comme l’indique le texte. Les murs et tours évoquent l’entrée du village.
  1. Mosaïque, fin du 12e siècle, Cathédrale de l’Assomption, Monreale, Sicile, Italie. Cette église est remplie de mosaïques de style byzantin, dont un cycle de la vie du Christ. Celle-ci est située sur l’aile latérale nord. Jésus est le Maitre, le Pantocrator, qui a la puissance de guérir ces lépreux qui l’implorent. Il tient dans sa main gauche un rouleau de la Parole. Les quatre disciples derrière Jésus, dont Pierre, n’ont pas l’air très enthousiastes! Là aussi, le corps des lépreux est couvert de taches. L’inscription, en latin, reprend des phrases de l’évangile. Les éléments architecturaux réfèrent au village. Au sol, quelques fleurs disant la vie et l’espérance.
  1. Fresque, 13e siècle, coupole, Baptistère de Parme, Émilie-Romagne, Italie. Ce baptistère de forme octogonale a été commencé à la fin du 12e siècle par l’architecte Benedetto Antelami; il témoigne du passage du roman au gothique. Cette fresque, comme plusieurs autres de la coupole, est attribuée à Grisopolo, un peintre originaire de Parme. À gauche, deux disciples qui nous regardent. Au centre, un Christ majestueux qui lui aussi nous regarde. À droite, des lépreux plus variés dans leurs âges et positions; et il y a une femme avec un enfant sur son épaule. Maison et arbre nous situent dans le lieu.
  1. Fresque, 14e siècle, Monastère de Decani, Kosovo. Ce monastère date de 1330 et relève de l’Église orthodoxe serbe. Le Kosovo, qui faisait partie de la Serbie, a déclaré son indépendance en 2008, mais elle est encore controversée. Nous retrouvons dans cette fresque plusieurs éléments déjà vus : les disciples à gauche, incluant Pierre, plus nombreux mais sur leur réserve; Jésus solennel qui bénit de la main droite et tient en main gauche le rouleau de la Parole; les lépreux tachetés et suppliant Jésus de leurs voix et mains; l’architecture évoquant l’entrée du village.
  1. James Tissot, c.1886-1895, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français, qui a vécu en Terre Sainte, a mis en images les Évangiles avec une attention au contexte naturel et social. Le paysage montagneux, le village, les champs et les arbres, donnent un cadre plus large à cette scène. Les dix lépreux, bras tendus, font monter leur supplication vers Jésus. On les entend presque. Jésus, en blanc et recueilli, reçoit leurs appels. Des disciples sont derrière lui.
  1. William Hole, 1906, The Life of Jesus of Nazareth: Eighty Pictures, London, Eyre & Spottiswoode, Angleterre. Ce peintre et graveur écossais, du courant préraphaélite, a illustré la Bible. Il a voyagé en Terre Sainte et, comme Tissot, il est très attentif au paysage et aux gens. Ici, le village et l’environnement sont bien développés, traversés de lumière. Les lépreux guéris, à droite, s’en vont, réjouis de leur guérison. Mais au centre, on voit le Samaritain reconnaissant, agenouillé devant Jésus ; celui-ci, en blanc et très droit, tient sa main et le touche à l’épaule.
  1. Gebhard Fugel, c.1920, Musée diocésain de Freising, Allemagne. Ce peintre de Ravensburg, formé à Stuttgart, s’est installé à Munich en Bavière. Il fut influencé par le mouvement Nazaréen, un courant artistique et spirituel né en Allemagne au 19e siècle. Il a participé à la fondation de l’Association allemande pour l’art chrétien. À gauche, on voit le groupe des lépreux, en mouvement, bras tendus et couverts de bandages, suppliant Jésus. Celui-ci, en blanc, est imposant; quatre disciples marchent derrière lui. Route, champs et ciel offrent un cadre et des lignes, qui font ressortir les personnages.
  1. JesusMafa, c.1975, Collectif pour la catéchèse, Cameroun. Le contexte de ces scènes évangéliques est celui du peuple Mafa, au nord du Cameroun. Bénédicte de la Roncière, une artiste française qui a publié plusieurs albums, a réalisé les illustrations finales. Les lépreux guéris exultent, libérés de leurs béquilles et bandages. Le lépreux reconnaissant rayonne de joie, aux pieds de Jésus, en rouge. Le village est bien visible, avec les huttes et les enfants qui courent.
  1. James Christensen, 2002, site jameschristensenart.com, États-Unis. Originaire de Californie, il a vécu à Orem dans le Utah, où il est décédé en 2017 à 74 ans. Il fut illustrateur pour diverses revues et publications. Dans l’Église de Jésus-Christ des Saints-des-Derniers-Jours (Mormons), il était évêque d’une congrégation locale. On voit ici les neuf lépreux guéris en mouvement, tout joyeux ; leurs clochettes résonnent encore. À droite, en contraste, le Samaritain ne bouge pas. Il est en pleine prise de conscience de ce qui lui est arrivé; c’est le moment de la reconnaissance et il tourne son regard en direction de celui qui l’a guéri. Il n’y a aucun décor. Voici une œuvre forte.
  1. Liz Lemon Swindle, 21e siècle, site ldsart.com, États-Unis. Cette artiste, membre aussi de l’Église de Jésus-Christ des Saints-des-Derniers-Jours, peint des œuvres religieuses très expressives et touchantes, avec des figures qui ont beaucoup d’humanité. Ici, nous sommes vers la fin du récit. Jésus est au centre et le Samaritain à ses pieds ; Jésus prend sa main dans les siennes. Il lui demande : où sont les neuf autres ? Trois disciples regardent avec attention. Entre la scène de la rencontre à l’avant et les murs du village à l’arrière, des pierres, de l’herbe verte et des arbres.
  1. Bill Hoover, 2013, site billhooverart.com, États-Unis. Cet artiste d’Omaha, au Nebraska, utilise divers matériaux pour ses œuvres, dont certaines sont non-figuratives. Il porte intérêt aux récits et au symbolisme. Ici, à droite et bien droits, les neuf lépreux guéris. À gauche, le Samaritain est aux pieds de Jésus, qui est penché vers lui et le touche. Le village est évoqué, à gauche, par des édifices et une clôture, dans un paysage dépouillé. Les couleurs des lieux et des figures font alliance.
  1. Macha Chmakoff, 21e siècle, site chmakoff.com, France. Cette peintre et psychanalyste, de Lyon, formée en théologie, veut exprimer « le mystère de la Révélation ». Elle a plusieurs publications. Le titre de cette œuvre réfère à la fin du récit: Où sont les neuf autres? Nous entrevoyons les neuf lépreux guéris à gauche. À droite les disciples sont proches de Jésus. Au centre, sous un cercle, se trouvent Jésus debout et le Samaritain agenouillé : le jaune du vêtement de Jésus se retrouve sur le Samaritain. Beaucoup de lumière émerge de cette œuvre; laissons-la venir et s’approcher de nous …

Daniel Cadrin, o.p.


​Dessin à tracer et à colorier

Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une œuvre non identifiée trouvée sur la toile.

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Rencontres avec Jésus – L’homme riche

Illustration librement inspirée d’une œuvre du peintre Heinrich Hofmann

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers du questionnement de l’homme riche!

UN HOMME RICHE, ATTACHANT MAIS ATTACHÉ : Marc 10, 17-31

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 10

17 Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »

18 Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. 

19 Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. »

20 L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »

21 Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »

22 Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

23 Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »

24 Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu !

25 Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »

26 De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »

27 Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »

28 Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. »

29 Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre

30 sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.

31 Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

La figure du jeune homme riche est connue : c’est celui qui n’a pas répondu à l’appel de Jésus. Cela arrive. Cela nous est peut-être déjà arrivé! Voici une rencontre à la fois touchante et questionnante. En Marc (10,20), il s’agit d’un homme; en Matthieu (19,20), d’un jeune homme; en Luc (18,18), d’un notable. Mais dans les trois cas, il a de grands biens (Mc 10,22; Mt 19,22), il est très riche (Lc 18,22). Marc nous présente Jésus en dialogue avec l’homme, qui ne se met pas à sa suite; puis en dialogue avec ses disciples qui, eux, l’ont suivi mais se posent des questions. Dans les deux cas, le regard de Jésus est mentionné (v. 21 et 23).

Nous voyons cet homme arriver à Jésus en courant et se jeter à ses pieds. Voilà quelqu’un d’ardent et de décidé! Il est motivé : il veut savoir ce qu’il faut faire pour accéder à la vie éternelle. De plus, il a confiance en Jésus, qu’il appelle Bon Maître. Jésus lui répond en lui rappelant des éléments des dix Paroles qui touchent la relation à autrui de diverses manières. Tout cela, l’homme le fait déjà : c’est vraiment un bon gars! On comprend la réaction de Jésus : il regarde avec attention cet homme fidèle et attachant et il l’aime.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais elle continue. Car, en suivant Jésus, il s’agit d’aller plus loin, il ne suffit pas d’être un bon gars, de ne faire de tort à personne. Ni d’ailleurs d’être un pécheur. Jésus lui demande de faire un pas de plus, un engagement personnel à sa suite, i.e. de devenir un disciple. Et l’homme qui courait perd son élan. Il bloque. Il retourne en arrière et s’en va, triste. Pourquoi? Jésus a touché le point sensible, là où une libération était possible demandant un dépassement. Cet homme est riche; mais en plus, il est attaché d’abord à ses biens. Plus qu’à Jésus.

Notre vie est faite d’attachements et de détachements. Les deux sont liés. Pour cet homme, s’attacher à Jésus, y trouver son trésor, implique de se détacher des biens, qui par définition sont bons. Dans la Bible, les biens sont tellement bons qu’ils sont faits pour être partagés, particulièrement avec ceux dans le besoin, les plus pauvres. Il semble que, pour cet homme, ses biens étaient devenus des idoles, le séparant de Dieu et des autres. Il manque un tournant de sa vie, d’où sa tristesse.

Cette rencontre porte à réflexion. Jésus lui-même fait une observation sur l’entrée dans le Royaume et sa difficulté. Celui-ci, fait de miséricorde, de paix et de justice, appelle à un retournement, à un décentrement, pour se tourner vers l’essentiel, de façon risquée. Sur ce chemin à la suite de Jésus, les richesses risquent d’alourdir et de bloquer. Dans cet échange, les disciples sont étonnés, stupéfaits! Pour eux, et c’est la même mentalité d’hier à aujourd’hui, la réussite matérielle est un signe que Dieu nous bénit. Alors comment Jésus peut-il se montrer si exigeant? Ils sont confus.

Jésus voit les choses autrement. Il voit le cœur des humains de l’intérieur, leur fermeture et leur attachement aux moyens plutôt qu’au but, et en même temps leur capacité d’ouverture et toutes ses possibilités. Et les réactions des disciples lui permettent d’élargir l’horizon. Le salut, le Royaume, n’est pas acquis seulement au bout de nos efforts, juste par nous-mêmes. Il est un don de Dieu pour qui tout est possible. Un don qui peut toucher le cœur humain et le transformer quand il accueille, quand il prend le risque de s’ouvrir à plus grand. Parce que Dieu est bon, comme le disait Jésus au début de cet évangile (v.18).

Et la preuve est là : ces disciples qui ont tout laissé pour suivre Jésus, malgré les attachements de toutes sortes qui les retenaient. Ils ont fait ce détachement non en soi, mais à cause de Jésus et de l’Évangile, à cause d’un attachement qui venait les chercher plus profondément, radicalement, avec tout leur être. Et il semble bien que cela valait la peine. Peut-être que l’homme riche a poursuivi sa quête, ou qu’il la poursuit encore, autour de nous et en nous. Quand je regarde mon parcours, quels attachements et quels détachements ont marqué ma marche à la suite de Jésus? Et actuellement, dans cette marche, qu’est-ce qui m’alourdit et qu’est-ce qui me donne des ailes?

Images

On peut trouver des images de ce récit en différentes époques et cultures mais il n’y a pas abondance. Comme pour Nicodème, il s’agit d’une expérience personnelle plus intérieure, d’une quête de sens, pour l’homme appelé. Il y a peu d’action, sauf son arrivée et son départ. Il va susciter plus d’intérêt dans la période moderne, attentive aux réactions et sentiments des individus. En même temps, il y a quelques chose d’universel dans les hésitations et ambiguïtés de cet homme riche.

Jésus peut être accompagné de ses disciples ou seul avec l’homme. L’âge de celui-ci peut varier : parfois clairement jeune ou d’âge moyen. Il est habituellement très bien vêtu, pour indiquer sa richesse. Son visage est souvent expressif, disant ses attitudes, selon aussi le moment du récit qui est mis de l’avant : l’arrivée, la rencontre et ses échanges, le départ, puis la discussion de Jésus avec les disciples. Jésus, attentif et assez solennel, est debout, quelquefois assis. Il regarde l’homme, ses mains sont en mouvement. Le cadre de la rencontre est fréquemment sur la route, dans la nature.

Voici quelques oeuvres surtout récentes.

  1. Miniature, 11e siècle, Évangéliaire arménien du roi Gagik de Kars, MS 2556, Patriarcat arménien de Jérusalem, Israël. Ce manuscrit, qui a eu beaucoup d’influence, contenait de très nombreuses miniatures de la vie du Christ, dont il ne reste aujourd’hui que quelques unes. Il est influencé par l’art arabe. Jésus et l’homme sont seuls dans un cadre naturel. Le Christ nimbé est assis sur un rocher. Tenant de la main gauche un rouleau de la Parole, il s’adresse à l’homme, main droite vers lui. Celui-ci est attentif et en interaction. Leurs vêtements sont élaborés. Nous sommes au moment de l’appel et du dialogue.
  1. Illustration, 1879, Catholic University of Peking (Beijing), Chine. Voici une œuvre du 19e siècle dont l’auteur est inconnu mais montrant une inculturation du récit en contexte chinois : les figures, le cadre, les vêtements, le tout fait avec beaucoup de finesse. Jésus est avec quelques disciples. Le jeune homme se détourne de Jésus dont il va s’éloigner.
  1. James Tissot, c.1886-1895, Brooklyn Museum, États-Unis. L’artiste français, selon son usage, est très attentif à l’environnement naturel et social. Jésus et les disciples sont sur la route, dans un vaste paysage, avec le lac et les villages au loin. L’homme s’éloigne, comme s’il avait fait son choix de ne pas suivre Jésus. Mais il hésite encore, il réfléchit et ne court pas comme au début du récit. Son humanité, en quête mais bloquée, se donne à voir.
  1. Heinrich Hofmann, 1889, Riverside Church, New York, États-Unis. Ce peintre allemand (à ne pas confondre avec Heinrich Hoffmann) a été formé à Darmstadt et Düsseldorf; il a beaucoup voyagé aux Pays-Bas, en France et en Italie. Il a fait plusieurs portraits et, de plus en plus, des œuvres religieuses. Celles de la vie du Christ demeurent très populaires. Celle-ci sur le jeune homme riche est la plus utilisée pour parler de ce récit. La scène se passe sur la terrasse d’une maison. Jésus et l’élégant jeune homme, baignant dans la lumière, sont en discussion; Jésus explique mais le jeune homme est en réflexion, hésitant, comme ses attitudes corporelles l’indiquent. Il semble déjà triste. À gauche, Pierre et Jean (?) sont présents.
  1. Harold Copping, c.1920, Copping Bible Pictures, The Crown Series, Angleterre. Cet artiste britannique est un des plus célèbres illustrateurs de la Bible au 20e siècle. Ses œuvres continuent d’être utilisées par les différentes Églises. Les personnages sont de face, donnant une intensité à la scène. Jésus est avec ses disciples dans un cadre rural. L’appel a été lancé. Le jeune homme est dans la période difficile du choix. Et nous avec lui. Que va-t-il faire? Il a l’air plus jeune que dans les autres oeuvres.
  1. Soeur Mercedes, 21e siècle, retable, Chapelle diocésaine de Bayonne, France. Cette œuvre se trouve dans le pays basque. L’artiste est une moniale bénédictine, dont nous avons déjà vu un bas-relief à la chronique sur Zachée. Jésus, très nimbé, est assis et entouré d’enfants. Il regarde et touche le jeune homme, équipé pour la route, avec son sac et sa cape.
  1. Michael Belk, photographie, 2009, Journeys with the Messiah, États-Unis. Ce photographe de mode, natif de la Floride, a travaillé avec les plus grandes maisons. À la suite d’un temps de crise et d’une expérience transformante, il a choisi d’annoncer le Christ par son art. Des scènes des évangiles sont montrées dans un contexte actuel. Ici, le jeune homme riche est avec des ami-e-s, dans son auto de luxe. Jésus l’interpelle. Le paysage est celui de la côte italienne. L’effet est saisissant.
  1. Andrei Mironov, 2010, site artmiro.ru, Collection privée, Russie. Ce peintre russe, ancien militaire et iconographe, est apparu quelques fois dans les chroniques. Comme dans ses autres œuvres, ses personnages sont bien campés. Ils sont proches les uns des autres, dans un jeu d’ombre et de lumière. Le jeune homme est en réflexion, un doigt à la bouche; il porte des vêtements de grand prix. Jésus est au centre. Pierre interroge Jésus. Les deux scènes (dialogues) du récit sont incluses.
  1. Katherine Sanders, icône, 2015, site orthodoxartsjournal.org, États-Unis. Cette iconographe écossaise, vivant à Édimbourg, est membre de l’Église grecque orthodoxe. Elle a aussi un doctorat en études religieuses (la mythologie syrienne de l’Age de bronze). Il y a seulement Jésus et le jeune homme. Le Christ, nimbé et solennel, se tient debout. Le jeune homme est richement vêtu, avec des perles à son manteau vermillon, et il porte une couronne de saphirs. À ses pieds, un serpent et un scorpion; près de Jésus, une chute d’eau vive. Ces éléments réfèrent à un texte biblique : Deutéronome 8, 11-2. Moise avertit le peuple, centré sur ses biens et richesses, de ne pas oublier le Seigneur et de se rappeler la traversée du désert, avec le danger des scorpions et serpents et le don de la manne et de l’eau vive. Comme elle l’a elle-même indiqué, le moment du récit écrit par l’iconographe est celui où Jésus regarda l’homme et l’aima…

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une œuvre du peintre Heinrich Hofmann

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Une nouvelle activité pour « vivre les Évangiles de l’intérieur »!

Une nouvelle activité
pour approfondir les scènes des Évangiles
en les vivant de l’intérieur,
en se mettant à la place des personnages!

Suite à la profusion de la littérature et des médias mettant en scène les Évangiles, ceux-ci finissent souvent par être perçus comme étant extérieurs et anecdotiques, comme si cela ne nous rejoignait pas dans notre quotidien.
La dimension historique et culturelle devenant alors souvent plus importante que la relation intérieure avec ce qui est vécu ici et maintenant au cœur de nos vies.

L’activité “Vivre les Évangiles” propose de se familiariser avec des scènes de la Bible impliquant une rencontre avec Jésus, en se mettant dans la peau de l’un des personnages rencontrés, pour ensuite témoigner de ce qui a été vécu
de l’intérieur par le personnage en question.

Est-ce que cette activité vous intéresse? nous écrire à :
alecoutedesevangiles@gmail.com

Rencontres Zoom en option

Les groupes, familles ou paroisses qui désirent animer une activité
“Vivre les Évangiles” peuvent bénéficier de rencontres Zoom avec notre équipe pour mieux comprendre la façon de procéder.


Comment participer

Tout d’abord réunir quelques personnes.

Sélectionner en groupe une des “Rencontres avec Jésus”
publiées sur le site alecoutedesevangiles.art

Choisir ensuite le personnage
auquel chaque participant va s’identifier.

Lire l’extrait des Évangiles figurant en début d’article. Animer une réflexion sur la perception de la scène à partir des différentes images illustrant cette rencontre avec Jésus. Lire au besoin les textes complémentaires approfondissant le sujet.

Apporter quelques modifications minimales à l’apparence de chaque participant pour mieux rentrer dans le rôle de chaque personnage (exemple la manière de porter ses vêtements ou d’arranger ses cheveux). Il ne s’agit en aucun cas de copier les apparences du personnage, mais plutôt d’utiliser quelques points de repère pour mieux s’identifier à celui-ci (par exemple tenir un accessoire qui rappelle un bâton pour incarner un berger)

Ensuite prendre des poses qui nous rapprochent du personnage représenté, pendant qu’une autre personne prend de simples photos de ces poses au moyen d’un portable. Prendre le temps de ressentir intérieurement le vécu du personnage que l’on est en train de mimer.

Enfin écrire quelques mots pour témoigner
de ce qui a été ressenti intérieurement
pendant que l’on incarnait le personnage

Participant s’identifiant à l’un des bergers

Partagez votre expérience!

Envoyez-nous votre témoignage
et quelques photos du personnage
que vous avez incarné!

Nous choisirons certaines photos
pour réaliser des images à tracer
accompagnées de vos témoignages
(les photos ne sont pas publiées,
seuls les dessins à tracer le seront)

alecoutedesevangiles@gmail.com

Jeune femme intériorisant en elle le personnage de Marie

Une activité du site alecoutedesevangiles.art
avec le soutien de l’Institut Notre-Dame du Bon-Conseil


Rencontres avec Jésus-Christ – La veuve au temple


Illustration librement inspirée d’une œuvre du peintre François-Joseph Navez

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers du regard qu’il pose sur la veuve et son obole au temple.

Une veuve admirée et des scribes blâmés: Marc 12, 38-44

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 12

38 Dans son enseignement, il disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,

39 les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.

40 Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »

41 Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.

42 Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.

43 Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.

44 Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Dans notre dernière chronique, Jésus a rencontré une veuve à Naïm avec son fils. Il leur a redonné vie et dignité. Aujourd’hui, Jésus critique des scribes puis exprime son admiration pour une veuve qui est pauvre.

Les évangiles insistent sur le regard de Jésus. Ses yeux sont ouverts, il observe tous ces gens qu’il côtoie sur les routes et dans les villages, sur les places et dans les maisons, dans les synagogues et au temple. Ses enseignements reposent sur une fine analyse des humains, de leurs comportements et de leurs motivations, de leurs pratiques et de leurs attitudes profondes. Il saisit vite les incohérences et les déviations, comme aussi les quêtes et souffrances, et l’authenticité des démarches.

Ici, c’est au temple, au cœur de la vie religieuse du peuple, qu’il partage ses observations sur les scribes et sur une veuve. Elles expriment, à propos des scribes, une mise en garde critique. Jésus les a vus sur les places, dans les synagogues et aux banquets de fête. Ils sont d’ailleurs très visibles, ils aiment être vus!

Qu’est-ce que Jésus leur reproche? Les scribes ont une connaissance plus développée des Écritures et de la tradition religieuse. Le problème n’est pas là; on peut en dire autant de Jésus lui-même. Mais leur rapport à la religion est faussé. Celle-ci vise à vivre en alliance avec le Dieu vivant et avec les autres. Elle est ouverture et don de soi, comme Jésus en témoigne par sa vie. Mais ces scribes utilisent leur statut socio-religieux à leur profit. Au centre de leurs gestes, c’est eux-mêmes qu’on trouve. Dieu et autrui ne sont pas là. Il n’y a ni ouverture ni don. La vie en alliance est brisée, elle est absente. Aussi Jésus les blâme franchement et fortement, comme les prophètes l’ont fait avant lui.

Puis, dans la deuxième partie, Marc nous montre Jésus directement en train de regarder et d’observer de gens au temple. Ses yeux sont grand ouverts, il remarque ce que d’autres ne voient pas. De nombreux riches mettent beaucoup dans le tronc. Pas de commentaire là-dessus; ils servent de contraste pour mettre en lumière celle qui est dans l’ombre. Qui fait attention à une veuve pauvre, sans importance sociale, qui ne met dans le tronc que quelques sous? Une personne triplement marginale dans la société du temps : femme, veuve, pauvre. Son geste est insignifiant aux yeux de la majorité.

Et pourtant, Jésus exprime sa grande admiration de cette femme. Il fait son éloge. Elle a donné plus que les autres : elle n’a pas donné son superflu mais sa subsistance, son être même. Il voit sa générosité, son don radical. Elle est profondément religieuse, femme de l’alliance. Il y a dans son don un dépouillement de soi. Elle est le contraire même des scribes.

Ce récit est touchant. Mais il est plus qu’une anecdote, nous montrant la capacité de Jésus de regarder au plus profond du cœur des personnes. En Marc, il termine la montée de Jésus à Jérusalem. Après, ce sera le discours final sur les derniers temps, puis la Passion. Le don total sur la croix. Cette veuve pauvre est aussi une image de Jésus. Elle dit le visage de Jésus, lui qui va se donner entièrement, sans réserve, lui qui va se dépouiller de tout ce qu’il possède, de sa vie même. La femme veuve pauvre l’annonce, elle le pré-figure.

Autour de nous, ou au plus loin, bien des personnes discrètes, qu’on ne remarque pas, qui ne sont pas considérées, sont des icônes de Jésus le Vivant. Elles témoignent d’un don généreux, d’une ouverture au mystère de Dieu et des autres. Elles donnent leur temps, leurs ressources même minimes, sans calculer et sans rechercher leur avantage. Des gens en apparence faibles et ordinaires mais qui révèlent la puissance et la grandeur du Dieu aimant, qui est don. Les voyons-nous? Nos yeux sont-ils bien ouverts, pour voir? Qui ai-je vu-e qui ressemble à la veuve? Je peux aussi me demander : en quoi je reconnais, en moi, les scribes, et aussi la veuve?

Images

Dans l’iconographie chrétienne, la veuve de l’obole au temple est présente depuis l’Antiquité. Elle s’est particulièrement développée au 19e siècle. Dans les éléments auxquels notre regard est invité à porter attention dans les oeuvres, il y a d’abord la veuve elle-même. Son âge : elle peut être jeune, ou une femme âgée, ou entre les deux. Sa condition : elle peut être mère, avec des enfants, ou seule. Son habillement : elle peut être vêtue très simplement ou plus élégamment.

Les autres personnages mentionnés dans le récit sont Jésus et les disciples, plus ou moins nombreux, et les scribes et les riches, présentés en contraste avec la veuve. La scène se passe au temple de Jérusalem, dans le parvis des femmes, auquel ont accès femmes et enfants et où se trouvent plusieurs troncs pour déposer les offrandes. Ce lieu peut être montré avec détails : son architecture, les diverses personnes qui y circulent, et ses objets dont le tronc, dont la forme varie. Ou il peut être simplement évoqué.

Voici des œuvres provenant de différentes régions et se rattachant à différentes Églises.

  1. Mosaïque, 6e siècle, Basilique St-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, Italie. Cette église antique contient plusieurs mosaïques, offrant un enseignement visuel sur la vie de Jésus. La veuve, tournée vers nous, dépose ses sous dans un tronc. Jésus, jeune et nimbé, invite à la regarder et la bénit. Il est bien mis, avec de fines sandales; ses vêtements sont de la même couleur que ceux de la femme, établissant un lien. L’autre figure, qui accompagne Jésus, est présente dans plusieurs mosaïques : ce disciple, barbu et vêtu de blanc, de sa main invite à porter attention à Jésus. Il est une sorte de présentateur.
  1. Gerbrand van den Eeckhout, 17e siècle, Collection privée, Pays-Bas. Ce peintre et graveur d’Amsterdam, de famille mennonite, fut un élève et un proche de Rembrandt. Il peint comme lui : le style, les couleurs, les costumes. Jésus parle aux disciples et leur montre la veuve. Celle-ci est une femme âgée, avec une canne et un petit chien. En haut, des scribes sont installés. Le cadre du temple est bien montré. La lumière éclaire Jésus et la veuve.
  1. François-Joseph Navez, 1840, Collection privée, Belgique. Ce peintre de Charleroi a été formé à Bruxelles, puis à Paris avec Jacques-Louis David et à Rome. Très célèbre à son époque, il a fait des portraits et des scènes historiques et mythologiques. Il y a du monde au temple! La veuve est au centre avec ses deux enfants et dépose sa monnaie dans le tronc. Jésus est à droite, avec ses disciples. Plusieurs figures féminines se trouvent à gauche. Le style néo-classique se voit dans le souci de l’équilibre des formes, des couleurs et de la lumière.
  1. Alphonse Colas, 1863, Musée du Louvre, Paris, France. Ce peintre de Lille, où il a passé sa vie, a été formé à Lille et à Rome. On trouve plusieurs de ses oeuvres dans les églises de la région. Comme professeur, il a formé de nombreux artistes. L’œuvre est centrée sur la veuve, vêtue de couleur foncée, avec son enfant endormi, déposant la monnaie dans le tronc. À l’arrière, Jésus la donne en exemple à ses disciples. Les colonnes du temple sont visibles.
  1. Gustave Doré, gravure, La Sainte Bible, traduction nouvelle selon la Vulgate par MM. J.-J. Bourassé et P. Janvier, Alfred Mame et Fils, Tours, 1874, France. Originaire de Strasbourg, ce peintre, graveur et sculpteur, demeure le plus illustre des illustrateurs de la Bible. Vivant à Paris à partir de quinze ans, il publie ses dessins dans les revues et journaux et illustre de nombreux livres classiques. Fin observateur et innovateur dans ses approches, il ré-invente l’art de l’image qui parle, avec un sens de la mise en scène et du mouvement. Cette gravure est encore la plus utilisée pour le récit de la veuve au temple; on en trouve des versions colorées. Le temple est évoqué par le mur et la colonne. Jésus nimbé, à l’arrière avec ses disciples, désigne la veuve du doigt. Un scribe opulent et sûr s’apprête à mettre un don. La femme, seule, met son obole. Cette pauvre est bien vêtue? Elle porte des vêtements donnés, comme me l’a fait remarquer une religieuse travaillant avec des femmes de milieu pauvre.
  1. João Zeferino da Costa, 1876, Musée National des Beaux-Arts, Rio de Janeiro, Brésil. Ce peintre brésilien a été formé à Rio et à Rome. S’inscrivant dans le courant néo-classique, il a fait des paysages, des portraits, des murales, ainsi que du design. Ici, il y a encore plus de monde au temple! Jésus nimbé, de ses mains montre la veuve à ses disciples. Celle-ci, vêtue de noir, avec un enfant nu, dépose son obole. À côté d’elle, se trouve un prêtre corpulent, chargé d’accueillir les donateurs et de vérifier l’offrande (détail historique exact). Plusieurs figures d’âge et de style différents sont présents. Le temple offre un cadre imposant, avec une immense colonne et des inscriptions en hébreu. Le ciel est entrevu à l’arrière.
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Selon son usage, ce peintre français, qui est familier de la Bible et de la Terre Sainte, est attentif au texte et à son contexte. Nous sommes à l’entrée du temple. Diverses figures sont présentes. Jésus est assis en face du tronc (v.41) et regarde. La jeune veuve vient de déposer ses piécettes et, avec son enfant dans ses bras, elle se tient devant nous, autres regardants. La scène, bien composée, est simple et vivante.
  1. JesusMafa, c.1973, Collectif pour la catéchèse, Cameroun. Dans cet ensemble de scènes évangéliques, le contexte est celui du peuple Mafa, au nord du Cameroun; les illustrations finales ont été réalisées par l’artiste Bénédicte de la Roncière. Le contraste est bien montré entre les deux figures : l’homme riche, vu de dos, en souliers et bien vêtu, qui dépose sa monnaie d’or dans le tronc; et la veuve, vue de face, au vêtement usé et pieds nus, tenant son enfant et portant un panier, qui dépose ses centimes. Jésus à droite, en rouge, commente la scène à ses disciples. Un ancien avec un bâton regarde avec méfiance ou étonnement. On voit un mendiant à l’entrée du temple.
  1. Icône, 21e siècle, St.George Coptic Orthodox Church, Toledo (Ohio), États-Unis. Cette icône fait partie d’un ensemble iconographique d’une église de la tradition copte orthodoxe, originaire de l’Égypte. À gauche, Jésus est assis, entouré de ses disciples; tous sont nimbés; de la main, il désigne la veuve. Celle-ci, au centre et vêtue de bleu foncé, dépose une pièce de monnaie dans le tronc, tenant l’autre dans sa main gauche. Les scribes et d’autres figures se tiennent à droite. Le tout est situé dans un cadre architectural avec colonnes et rideaux.
  1. Paul Mann, 21e siècle, site churchofjesuschrist.org, États-Unis. Cet illustrateur est membre de l’Église de Jésus-Christ des Saints-des-Derniers-Jours (Mormons). Jésus est avec deux disciples, à l’arrière et regardant. Il est vu de front, droit et solide, comme en d’autres œuvres de cet artiste. La veuve, une femme âgée, est en gros plan à l’avant, déposant sa pièce dans le tronc.
  1. Inconnu, 21e siècle, site seedsoffaith-cph,org, États-Unis. Ce site se rattache à la Concordia Publishing House, qui relève de l’Église luthérienne du Missouri. Jésus est debout à l’arrière avec deux disciples et souriant, ce qui n’est pas fréquent! La veuve suscite son admiration. Celle-ci est une femme très âgée; son visage et ses mains portent les marques du temps. Sa main gauche tient les deux pièces de monnaie, presque rendues dans le tronc. Le temple est clairement montré.
  1. Melani Pyke, site melpyke.com, 21e siècle, Canada. Cette artiste, originaire de Brantford en Ontario, vit près de Niagara Falls. Elle est membre de l’Église évangélique missionnaire; l’art est sa façon d’annoncer l’Évangile. Elle crée aussi des murales et vitraux pour des lieux publics. Le temple est suggéré. Jésus est avec un disciple et désigne la veuve. Celle-ci, une femme d’âge moyen, dépose ses deux pièces dans le tronc, avec concentration. À quoi pense-telle? Je peux m’approcher pour mieux saisir ou essayer de me mettre à sa place …

Daniel Cadrin, o.p.


​Dessin à tracer et à colorier

Ci-dessous un dessin simplifié à tracer et à colorier, librement d’une œuvre du peintre François-Joseph Navez.

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