Parcours – Anne-Marie Forest

Nous inaugurons aujourd’hui une toute nouvelle rubrique présentant des parcours d’artistes chrétiens.

Partager le processus de création d’œuvres illustrant les Évangiles est pour nous une manière de transmettre et de perpétuer la pratique de l’art chrétien.

La formule est simple : nous proposons aux artistes d’écrire un texte détaillant le processus de création d’une œuvre ou de plusieurs œuvres portant sur des scènes des Évangiles. En accompagnant leur texte de photos de leurs œuvres et si possible des différentes étapes de création de l’œuvre.

Nous avons invité l’artiste Anne-Marie Forest à partager son processus de création dans notre première rubrique.

Née en France à Lyon, Anne-Marie Forest vit au Québec depuis 1982. Elle étudie en arts aux Écoles des Beaux-Arts de Lyon, de Paris et à l’Université du Québec à Montréal. Sa formation en théologie s’est vécue à l’Institut de Pastorale des Dominicains et par l’accompagnement de Pères Jésuites. Elle vit la contemplation selon saint Ignace De Loyola, qu’elle traduit par le dessin et la peinture.

Anne-Marie Forest est membre du RACEF, le réseau d’art chrétien et d’éducation de la foi. Les œuvres dont elles nous décrit le processus sont présentées dans l’exposition itinérante « Chemin de croix, chemin de vie ».

Processus, style de peinture et sujets de prédilection

Je peins des œuvres figuratives avec une prédilection pour l’illustration de scènes bibliques. Pour la peinture à l’huile, il s’agit d’une esquisse d’abord au fusain, puis à l’encre et enfin en clair-obscur, avec un fond de couleur sur lequel je travaille la lumière et l’ombre, à l’aide de glacis.

En même temps il y a l’importance du regard porté sur les personnes et l’inspiration qui me vient de mon vécu propre car pour traduire une émotion, il faut l’avoir vécue ou en avoir été témoin.

Après avoir vécu les Exercices Spirituels de Saint Ignace j’ai découvert une autre façon de prier et peindre. Dans la contemplation Ignatienne, nous entrons dans le récit en essayant de visualiser les lieux, les personnes, les expressions en mettant à contribution les sens, c’est-à-dire en imaginant les sons, les odeurs, les paroles dites, le temps qu’il fait, l’heure du jour, les objets, les réactions des personnes, et Dieu nous parle intérieurement. Mais surtout cela fait vivre des surprises, en sentant que certaines images nous sont données, que nous sommes visités, et ce désir d’être visité met en route.

Différence entre art sacré et art séculier

Je crois personnellement que la différence entre art sacré et art séculier est dans la motivation du but à atteindre, c’est-à-dire partir du cœur pour témoigner.

L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. L’art est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle.’ Albert Camus. Discours du prix Nobel. 1957.

 L’art sacré est une autre parole en écho à la Parole de Dieu avec un grand P. Sa finalité est d’éveiller, de consoler, d’étonner, d’interroger, d’émerveiller, de conduire à l’intériorité, et susciter le désir de gouter à la Parole. Nous découvrons alors Dieu présent dans toute chose, dans tous nos moments et notre quotidien, dans nos paysages, dans les personnes que nous rencontrons, et pas seulement comme une figure du passé. Jésus est ressuscité !

Dans tout cela, surtout quand on relit sa vie, que l’on regarde les passages importants, on voit que c’est tout un tissage, fait de rencontres, d’événements importants, de lieux et tout cela n’apparait pas comme le fruit du hasard, mais plutôt comme la prévenance du Seigneur qui nous accompagne au fil des jours, et intervient de façons discrètes pour nous corriger, nous guider, nous former et nous révéler notre mission, notre raison de vivre, d’abord par son amour, et il dépose ainsi le désir de parler de Lui :  le faire connaitre et aimer.

 « La nouvelle frontière de l’évangélisation est non seulement géographique mais culturelle : de nouveaux espaces humains, des secteurs entiers de la vie moderne sont en attente de la Bonne Nouvelle. Pensons aux milieux des communications de masse, aux nouveaux secteurs de la recherche et des applications technologiques. Si la foi reste sans signification dans ces milieux, si elle ne devient pas une manière de penser et de se comporter, c’est-à-dire, une nouvelle culture, l’Évangile demeure un mot vide, une semence jetée dans un terrain infertile. » Hervé Carrier.

Dimension spirituelle du travail d’artiste 

C’est d’abord une approche spirituelle, une façon de prier . Dans mon histoire de foi, c’est par l’art que le Seigneur est venu à ma rencontre. Quand je peins, je suis aussi en recherche de vérité. Jésus a dit : je suis venu dans le monde pour témoigner de la vérité! Cela est une devise que j’aimerai vivre comme artiste.

Quand je peins aussi, il y a des questions, des images, qui me viennent et s’adressent d’abord à moi, à ma vie. Des façons que le Seigneur a de regarder dans les profondeurs de mon âme. Après la peinture d’un tableau, on ne ressort pas idem, il y a des choses qui bougent aussi en nous. Et c’est peut-être cela qui interpelle mystérieusement le spectateur.

Le langage de la matière

 Pour cela il faut connaitre la matière pour qu’elle soit docile, et ensuite être soit même obéissant à traduire ce qui nous est montré intérieurement. Cela nécessite parfois un long travail, un combat avec sois même dans la persévérance. Ce combat aussi est spirituel contre les tentations d’abandon ou d’arrêt à une étape acceptable.

 Nicolas Wacker « Toute création spirituelle est dépendante de la matière. Sans elle, il n’y aurait pas de transmission possible. Dans cette collaboration de la matière avec l’esprit, réside le mystère de l’art. Car c’est à travers elle, et elle seulement que passe la communication. Dans une création d’art, ce sera toujours la matière et elle seule qui gardera le précieux message d’une œuvre d’art. C’est en connaissant à fond le matériau avec lequel on doit opérer qu’on pourra l’employer à sa guise, l’adapter à chaque cas, savoir l’effet qu’il permet d’obtenir. » Nicolas Wacker. La peinture à partir du matériaux brut. 1984.

La contemplation

Ce qui est le plus important c’est quand même le regard : le regard que l’on porte sur l’autre, sur le monde qui doit devenir le regard de Jésus.


Choix des stations du Chemin de Croix/Chemin de Vie

Anne-Marie Forest partage le processus de création des œuvres qu’elle présente dans l’exposition « Chemin de croix, chemin de vie »

L’agonie de Jésus

Contempler Jésus à Gethsémani c’est me plonger avec Lui dans le silence de la nuit, ressentir sa souffrance en communiant à tous ces persécutés des guerres qui voient avec une terrible angoisse leurs dernières heures arriver, comme le danger représenté dans les êtres hostiles que l’on aperçoit au loin.

 Les couleurs du collet de Jésus rappellent l’actualité du peuple palestinien et de la Terre Sainte en guerre. En arrière de lui un mur évoque les ruines d’un édifice et les trois disciples qui dorment sont à l’image de l’indifférence du monde devant une actualité douloureuse mais qui devient routine à travers les médias.

L’ange venant réconforter Jésus, est cette consolation qui survient sans que nous l’attendions alors que tout notre horizon semble bloqué. Celle-ci est toujours une grâce nous aidant à continuer le chemin.

L’institution de l’Eucharistie

Il m’était important de souligner cette universalité du don de Jésus de son corps et son sang pour toutes les nations et tous les temps.

Au départ j’avais esquissé le regard de Jésus tourné vers le haut, comme tourné vers le Père. J’avais aussi dessiné deux couronnes sur la représentation du monde : celle de la couronne d’épine et celle du Christ Roi de l’univers, pour souligner ce paradoxe du Christ bafoué et du Christ glorifié. Puis j’ai modifié cette esquisse pour épurer et rendre le visage du Christ davantage présent. Le fond du tableau très sombre, j’ai senti le besoin de le rendre habité par un effet de ciel passant de la noirceur à la lumière du levant, en changeant aussi le geste de partage du pain avec celui de la bénédiction.

 Car le mémorial de la messe actualise chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, sa mort et sa résurrection signifiés par la croix et le tombeau ouvert posés sur la mappemonde.

La lumière arrivant d’en haut met souligne le caractère sacré de ce moment d’Alliance éternelle et unique du ciel avec chacun de nous et passant par Jésus.

C’est cette résurrection qui nous est promise lors du discours du Pain de vie : ‘Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. Jean, 6,51’

 Pour cela le pain est dans la main de Jésus et la coupe de vin en premier plan.

La croix, enfoncée dans le sol parle aussi de cette incarnation physique du Christ, de sa mort terrible et le tombeau, qu’il a habité les profondeurs de cette terre qui n’a pu le retenir. J’ai donc choisi cette dernière représentation pour ne pas multiplier les symboles.

Chaque communion est aussi le sacrement d’une rencontre intime avec lui, c’est pour cela que j’ai essayé de faire en sorte que son regard rencontre le nôtre. Nous sommes un peu comme le 2-ème personnage dans le tableau, avec la perspective qui nous invite à être avec.

Peindre le glacis transparent du vêtement avec le pigment rouge symbole du martyr, été aussi un peu comme la sensation douloureuse de répandre de son sang avec le pinceau sur la toile.

Le regard de Jésus sur Pierre

Cette œuvre m’a été commandée par un prêtre, en 2014, comme résumant son appel dans cette rencontre du Christ miséricordieux.

N’ayant plus l’œuvre originale, je la partage à l’aide d’une photographie. Cette œuvre n’était pas donnée d’avance pour moi, mais elle m’a fait cheminer en faisant mienne cette retrouvaille bouleversante avec le regard d’amitié de Jésus pourtant abandonné et renié, sans défense devant l’hostilité à laquelle il fait face.

Ma participation au réseau d’artistes RACEF

Je suis heureuse de participer à cette exposition organisée par le groupe RACEF qui est un réseau d’artistes chrétiens avec des styles et processus créatifs différents.

 Nous sommes aussi chacun issus de diverses origines, cultures, âges et habitons des régions et lieux diversifiés autant par leur géographie que leur situation sociale, environnementale, culturelle et politique.

Cette année de nouvelles participations viennent enrichir ce travail collectif et lui donner sens, en particulier avec une artiste du Liban vivant au cœur des conflits.

Dans ce groupe, nous portons la même préoccupation du témoignage, de l’urgence de prendre la parole par l’art, de le montrer dans divers lieux, et pas seulement chrétiens, pour rejoindre les périphéries.

Nous avançons avec le souci d’enjeux communs, de justice, de paix, de protection des plus faibles, des marginalisés, de l’environnement, du vivre ensemble, inspirés par la Parole de Dieu que nous fréquentons.

Il est important de créer de nouveaux lieux ou l’art actualise la Parole. Bien des œuvres anciennes ne parlent plus aux nouvelles générations qui n’ont pas été formés pour les décoder. Il y a un travail à faire pour mettre en relation cette expression de la foi avec la culture, les symboles, l’histoire de l’art, alors même sommes envahis d’images.

Cette exposition est donc une réponse à la demande du Pape François qui appelle les artistes à de nouvelles façons de raconter l’évangile :

Comment parler de Jésus? Quelle langue utiliser? Comment présenter ce « personnage » qui a changé l’histoire du monde? (…) Le langage de la vraie tradition est vivant, vital, capable d’avenir et de poésie. (…) L’Évangile doit être une source d’éclat, de surprise, capable de nous secouer au plus profond de nous-mêmes. (…)Les artistes, les écrivains, précisément en raison de la nature de leur inspiration, sont capables de garder la puissance du discours évangélique (…) Je lance un appel: en ces temps de crise, de l’ordre mondial, de guerre et de grandes polarisations, de paradigmes rigides, de graves défis climatiques et économiques, nous avons besoin de l’éclat d’un nouveau langage, d’histoires et d’images puissantes, d’écrivains, de poètes, d’artistes capables de crier le message de l’Évangile au monde, de nous faire voir Jésus.


Vivre les Évangiles de l’intérieur – La Visitation

Aujourd’hui, c’est Léonie dans le rôle d’Élisabeth et Alycia dans le rôle de Marie qui interprètent ensemble la scène de la Visitation.

Chaque participante témoigne ce qu’elles ont vécu lors de cette expérience :


Léonie dans le rôle d’Élisabeth :

«Durant le mime, alors que Marie (Alycia) venait vers moi, j’ai commencé à mimer le bébé qui a bougé en moi, puis je me suis mise à rire et étonnamment je ne pouvais plus m’arrêter, c’était comme si c’était pour moi aussi. C’était un rire près des larmes, submergé de joie, de surprise et d’émerveillement… »

Mon enfant a bougé, a tressailli d’allégresse…

Tant de souffrance passée, l’humilité*

Tant de regards m’ayant regardée de haut

Devant moi, le Fils du Très-Haut

En ma Marie, Le Bébé espéré

Marie est venue vers moi,

durant trois mois,

nous avons partagé, prié,

nous nous sommes soutenues,
les quatre ensembles nous avons levé

les yeux vers le ciel et nous avons loué.


« J’ai été touchée, qu’après toutes cette douleur qu’Élisabeth a pu vivre, dans le désir assoiffé d’avoir un enfant, après la malédiction de Dieu qui semblait peser sur elle durant tant d’années (car à cette époque ne pas avoir d’enfant était très mal vu), Dieu l’a inondé de joie, une joie profonde dans son ventre et plus encore le Seigneur lui-même en sa douce cousine Marie. »

« Pourtant elle et son mari servaient le Seigneur. Sûrement qu’elle a dû amener son sentiment d’humiliation devant le Seigneur, en acceptant que le plan de Dieu pour sa vie était meilleur, malgré j’imagine ce désir assoiffé d’avoir un enfant. Elle a choisi de s’humilier et de faire confiance à Dieu au lieu de se fâcher, elle a choisi de rester dans l’incompréhension de ce qui peut sembler injuste de ne pas pouvoir avoir d’enfant…»

Alycia dans le rôle de Marie :

«J’ai beaucoup aimé vivre cette évangile. Ça m’a permis de ressentir la joie de Marie lors de sa visite à Elisabeth.»
«Je crois que la joie de Marie venait de la réaction d’Élisabeth et de l’Esprit-Saint. Marie et Élisabeth sont remplies de l’Esprit-Saint.
Malgré le long chemin et la fatigue de Marie, voir sa cousine, elle aussi enceinte, la comble de bonheur!»

Un grand merci à Léonie et Alycia pour leur inspirante interprétation de la visitation ainsi qu’à Clarisse qui a animé la rencontre .

Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude face à Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos.

Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.

Contact : alecoutedesevangiles@gmail.com

Pour en savoir plus sur l’initiative pour « Vivre les Évangiles de l’intérieur » :
https://alecoutedesevangiles.art/2023/10/14/une-nouvelle-activite-pour-vivre-les-evangiles-de-linterieur/

Rencontres avec Jésus – La belle-mère de Simon

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, au travers de la guérison de la belle-mère de Simon.

Multiples rencontres, dont une belle-mère : Marc 1, 29-39

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 1

29 Aussitôt sortis de la synagogue, ils allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André.

30 Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade.

31 Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.

32 Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons.

33 La ville entière se pressait à la porte.

34 Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.

35 Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait.

36 Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche.

37 Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. »

38 Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »

39 Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Marc nous présente Jésus au début de son ministère, dans le cadre d’une journée. C’est une journée bien remplie! Il exerce des activités diverses. Durant le jour, il est actif à la synagogue (1, 21-28) pour enseigner et chasser un esprit impur; puis, dans une maison pour guérir une femme malade. En soirée, c’est une séance de guérisons et exorcismes à la porte de la ville. En fin de nuit, il se retire pour prier au désert. Puis au matin, reprise de la prédication pour une autre journée pleine.

Ainsi, nous voyons Jésus circuler en divers lieux de vie et d’expérience humaine. Il quitte la synagogue, lieu religieux central, pour aller dans une maison privée, lieu de relations. Puis il se trouve au cœur de la vie de la cité, avec des gens rassemblés. Ensuite, il se retire en un lieu désert. En finale, il repart ailleurs, dans les villages voisins. Il parcourt toute la région et retourne dans les synagogues. La Bonne Nouvelle circule vraiment : c’est Jésus lui-même, présent et agissant en chacun de ces lieux.

Dans cette variété de lieux et de temps, Jésus rencontre toutes sortes de gens et guérit plusieurs malades, dont la belle-mère de Simon (Pierre). Cela se passe dans la maison familiale de Pierre et de son frère André, à Capharnaüm. Cette ville et cette maison sont importantes pour le ministère de Jésus : c’est son quartier-général, d’où il part et où il revient. Il a quitté Nazareth, sa ville d’origine, où il a été élevé, pour se lancer dans une mission qui déborde son monde immédiat.

Le récit de la guérison de la belle-mère est bref mais dense. Les quatre premiers disciples de Jésus sont avec lui, deux couples de frères : Jacques et Jean, Pierre et André. La femme est couchée et fiévreuse. Jésus lui prend la main et la fait lever. Elle est maintenant debout, comme une ressuscitée. Et cette transformation l’amène à se mettre en service (diaconie). Le vocabulaire est précis et suggestif. Il condense la vie chrétienne : la rencontre avec Jésus nous relève, nous donne une vie nouvelle, et nous met en service des autres. Jésus prendra aussi la main d’une jeune fille morte, qui va se lever et marcher (Mc 5, 41-42).

Puis, Jésus chasse des esprits mauvais: des personnes retrouvent alors sens, confiance et responsabilité dans leur milieu. Jésus pose des gestes qui remettent les gens debout, dans leur consistance humaine. Mais aussi Jésus se retire à l’écart pour prier, pour renouveler son intimité avec le Dieu vivant et faire circuler la vie au plus profond de lui, pour qu’elle puisse circuler chez les autres. Jésus poursuit ensuite sa route, proclamant la Bonne Nouvelle, prêchant une Parole qui donne horizon et espérance.

Souvent, pour nous, cette diversité de lieux, de temps et d’activités est vécue comme une tension. Nos vies personnelles et sociales se déroulent fréquemment en morceaux détachés. Il n’est pas facile d’en saisir le fil conducteur.  Dans le récit de Marc, la Bonne Nouvelle est capable de circuler dans tous les lieux de la condition humaine, publics et privés, religieux et profanes, collectifs et intimes, et d’y être source de vie nouvelle. Elle se promène et touche l’un ou l’autre en journée, en soirée, de nuit, le matin. Ces activités sont présentées comme se soutenant, s’appelant l’une l’autre, gestes libérateurs, retrait contemplatif, parole annoncée. Elles ne sont pas des morceaux parallèles. Et la rencontre de Jésus suscite le service de la communauté.

Cet Évangile nous invite à faire circuler et à laisser circuler, avec des approches diverses, une espérance vive en des lieux et milieux, touchant toutes les dimensions de l’existence humaine. Chacun de nous, par lui-même ou elle-même, ne peut assumer toute cette diversité de présences et d’actions. Nous avons besoin les uns des autres pour réaliser cette journée bien remplie! Il importe alors de nous retrouver ensemble pour que les morceaux quittent leur détachement et dessinent un visage, forment un corps, celui du Christ vivant et de sa Bonne Nouvelle en mouvement. Quels sont les lieux de mes activités et retraits, et les connexions entre eux? Avec qui pourrais-je réaliser une journée bien remplie? Et quelle rencontre a fait naître et se développer en moi, en nous, le sens du service?

Images

Pour les images de cette journée bien remplie de Jésus, nous nous en tiendrons à la guérison de la belle-mère de Pierre. C’est un récit précis et qui a été montré au long des siècles sous des formes diverses : mosaïque, fresque, peinture, gravure, dessin, illustration, comme on le voit dans les œuvres qui suivent.

Un premier point d’attention : quelles figures sont présentées dans l’image? Il y a d’abord Jésus et la belle-mère, puis Pierre et d’autres disciples. On peut ajouter aussi des gens qui sont dans l’entourage. En certaines œuvres, la maison est bien remplie! Mais en d’autres, seuls Jésus et la femme, et parfois Pierre, sont présents.

La scène se passe dans la maison de Pierre et André à Capharnaüm. Celle-ci peut être bien visible comme espace de la guérison ou seulement évoquée. Parfois, la guérison advient à l’extérieur de la maison, ou en l’absence de tout environnement bâti.

Les images soulignent le contact entre Jésus et la femme, avec ou sans autres figures. Mais elles ne montrent pas les conséquences de cette rencontre sur la vie de cette femme, qui se met à servir (diaconiser). Pourtant, cela est signifiant dans le récit évangélique. On ne peut tout montrer.

Voici quelques œuvres, aux formes variées, du 10e au 21e siècle, depuis l’Île de Reichenau sur le Lac de Constance jusqu’à la ville de Kalispell dans le Montana.

Miniature, 980-990, Codex Egberti, fol. 22v, Bibliothèque municipale de Trèves, Allemagne. Ce lectionnaire a été fait par le scriptorium de l’Abbaye bénédictine de Reichenau pour Egbert, archevêque de Trèves. Il comprend 51 miniatures de la vie du Christ. Jésus, nimbé et solennel, tend la main vers la belle-mère, qui tend la main vers lui. Elle est étendue sur une natte verte; Pierre se tient derrière elle, main ouverte. Quatre disciples sont présents à gauche. Pierre et les disciples sont pieds-nu. À droite, la maison est évoquée par l’édifice en fond-de-scène.

Mosaïque, c.1310-1317, Église Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul, Turquie. Cette église byzantine du 12e siècle contient un remarquable ensemble de mosaïques et de fresques. Après la prise de Constantinople, elle fut transformée en mosquée en 1511 et les murs recouverts de chaux. Après des travaux de restauration, elle devint un musée ouvert au public en 1958. Elle est redevenue une mosquée en 2020. Jésus, là aussi nimbé et solennel, tenant en main gauche le rouleau de la Parole, prend la main droite de la femme, qui déjà se relève depuis son long lit. Pierre est à son côté, main ouverte. La maison est derrière eux. À gauche, deux disciples sont derrière Jésus, parlant entre eux. Les figures sont placées dans un V, ce qui les rapproche de Jésus, qui est plus grand.

Fresque, c.1340-1350, Église du Monastère Visoki Decani, Kosovo. Cette immense église médiévale relève de l’Église orthodoxe-serbe. Elle comprend de nombreuses fresques. Dans celle-ci, il y a beaucoup de monde! Jésus est le Maître, avec le rouleau de la Parole, mais il est en mouvement; il se penche vers la femme dont il prend la main. Celle-ci, dans un lit imposant, se relève et nous regarde. Pierre est derrière elle, suivi des onze autres apôtres. À gauche, neuf figures regardent et commentent l’événement. Les vêtements et les couleurs sont raffinés. Le tout est situé dans une architecture élaborée.

Jacques de Bie, gravure, c.1598-1618, Musée des Beaux-Arts de Gand, Belgique. Cet artiste d’Anvers fut un numismate et un graveur. Il a travaillé aussi à Bruxelles et Paris. Cette gravure fait partie d’une série sur la vie du Christ, réalisée avec quatre autres graveurs, à partir des œuvres du peintre flamand Maerten de Vos (1532-1603). Jésus prend la main de la femme, assise sur un lit; Pierre derrière elle la soutient. Ces trois figures sont entourées par dix autres, en conversation. À droite, sept personnes sont à table dans une salle, pendant qu’une femme prépare le repas. L’intérieur de la maison est montré avec détails. Elle est grande et bien équipée. Au plafond, trois bougies; à droite, le feu du foyer.

Rembrandt van Rijn, dessin, c.1658-1660, Fondation Custodia, Paris, France. Plusieurs œuvres de maitres flamands et néerlandais se retrouvent dans ce musée. Ce dessin de Rembrandt fut réalisé durant une période difficile de sa vie, où il connut des deuils et des pertes de succès et de revenus. Ici, on ne voit ni environnement ni meubles, pas de disciples et de foule : on ne voit que Jésus et la femme. Jésus la prend par ses deux mains, pour la soulever, pour la relever. L’essentiel est montré.

John Bridges, 1839, Birmingham Museum of Art, Angleterre. Cet artiste anglais a peint plusieurs portraits de figures du monde social et universitaire. Il a réalisé cette œuvre à 21 ans et il est décédé à 36 ans. En plus de la belle-mère et de Jésus, nous avons ici plusieurs personnes : sept autour d’elle, dont le jeune Jean à gauche, Pierre à droite, et deux autres disciples (tous nimbés); et cinq, dont un enfant dans les bras de sa mère, qui arrivent à l’arrière à droite. Une femme est toute proche de la belle-mère : probablement sa fille, épouse de Pierre. La femme malade est non à terre, mais étendue sur un lit. Jésus est imposant, il est plus grand que les autres. Leurs mains se rapprochent. Les couleurs et la lumière sont travaillées.

James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français, fréquemment présent dans cette chronique, a vécu en Terre sainte et est attentif à l’environnement. Ici, nous avons Jésus et la femme, ainsi que Pierre comme témoin. La femme est à terre sur une natte. Jésus la prend par les deux mains, comme chez Rembrandt, l’invitant à se lever. Nous voyons seulement le visage de Jésus; les deux autres sont vus de dos. Mais il y a aussi un autre témoin, sur la balustrade : un chat noir aux aguets! La scène se passe à l’extérieur de la maison, bien bâtie en pierres, à l’entrée de celle-ci ou plutôt dans une cour, avec pavages.

Inconnu, 20e siècle, A Busy Day at Capernaum, Vintage Bible Illustrations, site archive.org/details/vinBibleilluscolor2, no 13. Ce site offre diverses illustrations bibliques appartenant au domaine public. Dans celle-ci, la belle-mère de Pierre est une femme âgée, ce qui est rare. L’autre femme, aux côtés de Pierre, est émue; c’est probablement sa fille, épouse de Pierre. Les deux sont inquiets. Jésus, en blanc, prend la main de la femme visiblement malade et l’appelle à se lever. La scène se passe dans la maison, avec fenêtre donnant sur un paysage galiléen.

Berna, 2012, site evangile-et-peinture.org, Suisse. Bernadette Lopez offre une image vive et inspirante des évangiles de chaque dimanche des trois années du cycle liturgique. Ici, Jésus en bleu est assis près de la belle-mère de Pierre, encore étendue sur le sol; il prend soin d’elle. À l’arrière, quatre figures dont un couple avec un enfant, probablement Pierre et son épouse; et André le frère de Pierre. La présence d’une famille évoque la maison. Le tout est situé dans une richesse de couleurs qui éclatent et annoncent la résurrection.

James L. Johnson, 2018, site jamesjohnsonart.com, États-Unis. Cet artiste du Montana fait des œuvres religieuses ainsi que des paysages. Ici, la scène est centrée sur Jésus et la femme, qui a l’air jeune. Elle est déjà relevée, souriante et pleine de reconnaissance, comme son regard l’exprime, envers Jésus qui lui tient la main. Les deux sont vêtus de blanc. Quatre autres figures sont présentes, discrètement, dont l’une près de la femme. Et peut-être aussi, vous et moi, étonné-e-s et invité-e-s à nous lever et à servir …

Daniel Cadrin, o.p.

Vivre les Évangiles de l’intérieur – La nativité

Une illustration inspirée d’une photo de la scène de la nativité interprétée par la famille Pepin-Auclair

Cette fois-ci c’est toute une petite famille de Magog, avec Matthis, Elliot, Jades, Jasmine et Sophie, qui a accepté de se mettre en scène pour interpréter les divers personnages de la nativité.

Chaque participant témoigne ce qui a été vécu lors de cette expérience :

Matthis, 12 ans, dans le rôle de Joseph :
«Je crois que Joseph était très content d’avoir un enfant mais l’enfant de Dieu, pour lui apprendre des trucs et un enfant qu’il pourrait aimer. Je ressentais ce que Joseph aurait pu ressentir»

Elliot, 13 ans, dans le rôle d’un berger :
«J’ai ressenti une joie profonde au long de la scène biblique même si je savais que nous jouions la scène, je ne pouvais pas m’empêcher de sourire ! J’ai aussi ressenti le sentiment de fierté d’avoir cru l’ange et de voir mon Sauveur né. Le sentiment d’amour était lui aussi puissant, quand tu sais qu’il est mort pour toute la terre».

Jades, 10 ans dans le rôle de Marie :
«Qu’est ce que j’ai aimé que Marie a aimé ? J’ai ressenti de la joie car c’était comme si c’était mon enfant. J’aimerais recommencer à une autre de cette activité. Je suis reconnaissante envers Dieu».

Jasmine, 8 ans, dans le rôle d’un ange :

«J’ai trouvé cela très amusant, Je suis reconnaissante en Dieu. J’ai aimé joué mon personnage».

Sophie, la maman des enfants, dans le rôle d’une bergère : «  J’ai ressenti une grande hâte d’aller voir l’enfant Dieu dans une mangeoire. J’avais de l’empressement à faire cette rencontre et lorsque j’ai vu l’enfant Jésus, j’ai eu une grande joie et j’étais émerveillée qu’il se fasse si petit».

Un grand merci à toute la famille Pepin-Auclair pour leur magnifique participation ainsi qu’à Clarisse qui a animé la rencontre avec l’aide d’Anani!

Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude face à Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos.

Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.

Contact : alecoutedesevangiles@gmail.com

Pour en savoir plus sur l’activité pour « vivre les Évangiles de l’intérieur »! :