Parcours – Annette Huot

Nous continuons notre série d’articles dans le cadre de notre toute nouvelle rubrique présentant des parcours d’artistes chrétiens.

Partager le processus de création d’œuvres illustrant les Évangiles est pour nous une manière de transmettre et de perpétuer la pratique de l’art chrétien.

La formule est simple : nous proposons aux artistes d’écrire un texte détaillant le processus de création d’une œuvre ou de plusieurs œuvres portant sur des scènes des Évangiles. En accompagnant leur texte de photos de leurs œuvres et si possible des différentes étapes de création de l’œuvre.

Cette fois-ci, dans cette troisième rubrique, nous avons invité l’artiste Annette Huot à partager son processus de création :

Pour comprendre ma façon de travailler comme artiste, il faut faire le lien avec mon parcours de vie. Les arts visuels ont toujours fait partie de mes intérêts par le biais de divers ateliers auprès d’artistes professionnels et lors de mes études en sciences à l’université. Parallèlement à une formation scientifique (Baccalauréat (1975) et Doctorat en Biochimie (1978), Certificat en Environnement (1997)) s’est ajoutée au fil des ans une formation en Sciences humaines (Certificat en pédagogie collégiale (1997) et Maîtrise en éducation (1997)).

A la retraite après quarante années d’enseignement au niveau collégial et universitaire, l’idée de retourner aux études s’est traduite par une inscription en 2022 en Arts visuels au Cégep de Joliette. Je voulais au départ améliorer surtout le dessin mais ça m’a amenée plus loin… Des cours de dessin, couleur, peinture, photographie, sculpture et histoire de l’art ont permis d’améliorer ma créativité et d’ouvrir de nouveaux horizons.

Un jour, lors de ces études, j’ai rencontré Anne-Marie Forest du RACEF à la Cathédrale de Joliette, voisine du Cégep. Elle m’a parlé de ce groupe d’artistes en art religieux et c’est ainsi que j’en suis devenue membre.

Mes premières peintures à l’huile durant les années soixante-dix représentaient surtout des paysages. Durant les années 1980 à 2000, j’ai adopté l’acrylique car je trouvais l’huile toxique dans l’air environnant mes jeunes enfants. Par la suite, avec l’arrivée du substrat Yupo en 1999, de nouvelles possibilités s’offraient pour une création plus intuitive et moins rationnelle de mes peintures. Ce substrat de polypropylène, à l’épreuve de l’eau et résistant aux taches, déchirures et gondolements est idéal pour les techniques d’aquarelle et d’encre. Il demande cependant un lâcher-prise de la part de l’artiste car il ne peut plus tout contrôler. En effet comme il n’absorbe ni l’eau ni les pigments, l’œuvre se construit par l’artiste et par elle-même!

De par ma formation scientifique et de chercheure, j’étais très rationnelle et je voulais me détacher de cet aspect de moi pour faire une plus grande place à l’intuition dans ma peinture.
En appliquant les couleurs sur le Yupo, c’est la sensibilité de la journée qui s’exprime. De cette abstraction produite par les formes, les couleurs et les textures, naissent des éléments figuratifs qui ne demandent qu’à éclore. La plupart du temps, les sujets ne sont donc pas consciemment choisis mais plutôt développés par la suite. Le fait de travailler avec le Yupo m’a obligée à explorer des sujets bien plus variés que les paysages et m’a permis de m’améliorer comme artiste en dépassant mes limites. En résumé, le point commun de mon parcours de vie est l’intérêt pour l’exploration et la recherche qui relie la carrière scientifique, l’enseignement et le goût pour les arts. Je suis donc devenue comme artiste, une synthèse de toutes ces expériences.

PROCESSUS DE CRÉATION DES ŒUVRES « RABBOUNI! » ET « LE TOMBEAU OUVERT »

Le tombeau ouvert


L’œuvre « Le tombeau ouvert », est la première que j’ai faite pour le RACEF. Je l’ai choisie parce que j’aime beaucoup le roc, les pierres et les minéraux. Durant plusieurs années, avec une amie géologue, nous partions à la recherche de roches et minéraux. J’en ai fait toute une collection. Comme le tombeau de Jésus a été creusé dans le roc, c’est ce qui m’a attiré au départ. L’aquarelle sur le Yupo se prête particulièrement bien à la création de textures imitant le roc et les pierres. Cette œuvre me permettait donc d’être en terrain connu en utilisant toutes mes aptitudes à travailler l’aquarelle sur le Yupo. Plusieurs textures minérales à peu près impossibles à réaliser avec l’acrylique et l’huile sur toile le sont avec cette technique. C’était donc idéal pour cette œuvre et en plus, j’étais en terrain connu, je me sentais en confiance et j’ai donc débuté par un croquis au crayon graphite:


Puis, j’ai fait des essais de texture qui me permettraient d’exécuter l’œuvre qui au départ ressemblait aux images ci-dessous, plutôt abstraite. Par la suite, certains éléments ont émergé. Je me laissais guider par les textures créées sur le Yupo par les pigments d’aquarelle et d’eau ainsi que par le croquis que je ne devais pas perdre de vue.


Lentement, par petits ajouts, retraits et tâtonnements, l’image du tombeau ouvert a commencé à se former. Patience, encore patience, souci des détails, lâcher-prise ! Plusieurs détails sont venus s’ajouter comme le montre l’évolution dans les deux figures suivantes du processus. Mais ce n’était pas terminé, il fallait continuer d’améliorer, de rendre « vivantes », j’allais dire « vibrantes » toutes ces pierres, ce roc ! Après tout, c’était le tombeau de Jésus que j’étais en train de peindre.


Il manquait cependant cette petite touche mystérieuse, cette lumière comme une vapeur de lumière parsemée de petits pigments dorés (visibles seulement sur l’œuvre physique) dans la porte du tombeau. Vapeur de lumière comme une trace laissée par le corps lumineux de Jésus ressuscité. C’est ce que j’ai trouvé le plus difficile à faire, car aussitôt qu’on touche à l’aquarelle qui a séché sur le Yupo, on altère tout ce qui est en dessous, à moins d’user d’une extrême délicatesse et de s’y reprendre à plusieurs fois. Je tenais beaucoup à ce détail mais à un moment donné, je me désespérais d’y arriver. Je me suis retournée vers l’image de Jésus que j’ai dans l’atelier et je lui ai dit : « Jésus, aide-moi, j’ai confiance en toi ! ». J’étais fatiguée mais j’ai fait un dernier essai. Il me fallait laisser sécher et il était tard. Je suis revenue le lendemain matin et j’ai versé des larmes en voyant le résultat. Ça y était enfin, j’avais eu de l’aide… Alors, voici l’œuvre terminée, construite non seulement par l’artiste et l’œuvre elle-même mais avec l’aide de l’Esprit :


« Le tombeau ouvert« , une oeuvre d’Annette Huot
 

La première œuvre aquarelle était donc terminée, j’étais contente du résultat. Alors, j’ai débuté le croquis de la seconde :

« Rabbouni »


Début novembre à mi-novembre 2024 : j’ai vécu une période de procrastination. Je repoussais continuellement le début du travail avec l’aquarelle sur le Yupo, j’étais stressée. En voulant représenter Marie-Madeleine et Jésus, je dérogeais du lâcher-prise total auquel j’étais habituée depuis une vingtaine d’années. Je sortais encore une fois de ma zone de confort et cela m’a apporté beaucoup d’insécurité tout au long de la réalisation de l’œuvre. J’ai enfin réussi à surmonter ce sentiment et cette attitude qui avait duré une semaine environ. J’ai débuté en mettant en place sur mon abstraction les positions du tombeau et des deux personnages. J’ai fait le tombeau en premier. J’avais moins peur, je venais d’en faire une œuvre complète. Puis, j’ai fait les éléments de paysage, là aussi, je me sentais plus à l’aise grâce à ma période « paysages » des années soixante-dix à quatre-vingt dix.


Mi-novembre 2024 : A chaque jour quand je viens travailler l’œuvre dans mon atelier, je demande à l’esprit saint de m’aider et je prononce : « Jésus, j’ai confiance en toi ». J’ai beaucoup de peurs de ne pas rendre vraiment cette scène du matin de la résurrection. J’y mets tout mon cœur et mon ardeur. Le tombeau et les montagnes sont bien amorcés mais je sais que je devrai les améliorer. La recherche de la source de la lumière me préoccupe. Elle arrive de l’horizon un peu à gauche du centre de l’œuvre. Elle poursuit son chemin à travers les collines, éclaire le côté gauche du tombeau puis arrive aux personnages. Je dois en tenir compte dans la façon d’éclairer les personnages. J’ai ensuite une autre période de procrastination, je me sentais incompétente pour faire des personnes qui s’approchent de la réalité. Dans les faits, faire des visages en aquarelle sur Yupo est vraiment très difficile. Surtout si on essaie qu’ils soient très figuratifs. Beaucoup de pensées négatives sur ma capacité à réussir cette œuvre m’assaillaient. Je demande alors l’aide d’en haut. Je mets la musique de Mozart. Et …j’ose enfin débuter le personnage de Jésus ! J’esquisse aussi très finement la silhouette de Marie-Madeleine en trempant mon pinceau mouillé et dessinant avec lui sur les pigments aquarelle déjà en place. J’améliore ensuite Jésus, je peins quelques fleurs du bouquet dans son bras droit. Je veux ce personnage de l’œuvre comme un Jésus avec un corps de lumière, un vrai corps car on sait qu’il sera touché par Thomas, qu’il mangera avec les disciples d’Emmaüs. Mais il est aussi un corps de lumière car ressuscité. J’essaie de rendre le plus possible cette double identité dans le personnage. Rendre lumineux tout en conservant l’aspect d’un corps. En ce sens, Jésus doit être plus lumineux que Marie-Madeleine dont surtout le visage sera plus illuminé. Je me sens un peu soulagée, je suis quand-même satisfaite de mon personnage de Jésus même si j’ai dû lutter contre des idées négatives qui me retardaient dans ma peinture. Je sais bien que je vais le retoucher plus tard.

Je débute alors plus sérieusement la silhouette de Marie-Madeleine. Je l’imagine assez jeune, cheveux longs bien sûr. Elle a tellement pleuré lorsqu’elle ne retrouvait plus le corps de Jésus. Elle était désespérée. Elle apportait les aromates pour le soin du corps. Il ne faut pas que j’oublie de peindre un vase d’aromates. Je l’imagine aussi jolie, brune. Elle est accroupie et probablement qu’elle l’était encore plus il y a un moment, pleurant son Jésus disparu dont le corps avait été enlevé du tombeau. Marie-Madeleine n’a pas un corps de lumière, elle a seulement un corps de chair, j’ai voulu faire ses vêtements plus opaques, lumineux là où la lumière arrive bien sûr mais moins lumineux que ceux de Jésus. Je n’oublie pas de mettre le vase d’aromates, probablement en albâtre. Je retravaille quelques détails, par exemple, les oliviers en fleurs au printemps, quelques détails dans les collines, les pierres à gauche du tombeau. Je n’ai jamais vu de vrais oliviers, alors j’ai dû me documenter, regarder des photographies. Je suis assez contente de ceux que j’ai peints.

Quand Jésus se présente, elle est certaine qu’il s’agit du jardinier et lui demande où il a transporté le corps. Alors Jésus lui dit : « Marie » et elle le reconnaît en s’exclamant : « Rabbouni ! ». Dans le décor, les arbres à l’arrière de Jésus sont des oliviers en fleurs. C’est le printemps, le jardin regorge de fleurs. J’ai voulu mettre un bouquet dans la main et le bras droit de Jésus. Les fleurs représentent la joie, la vie. On pourrait imaginer qu’il va offrir ce bouquet à Marie-Madeleine pour lui signifier d’arrêter de pleurer, pour la rassurer qu’il est bien vivant tel qu’il l’avait promis.


Fin novembre 2024 : et voilà, j’ai terminé, oui, je sens que j’ai terminé. Je ne croyais pas y arriver, il y a eu beaucoup de découragement, mais je n’ai jamais cessé de poursuivre malgré tout, d’ajouter et d’enlever à plusieurs reprises des petits détails. Le résultat y est. Il me reste la finition, fixer les pigments aquarelle sur le Yupo puis vernir. Au moment de photographier, je sais qu’il est difficile de prendre de bonnes photographies car la surface du yupo est réfléchissante, le rendu est habituellement décevant pour moi. Je voulais que les 2 personnages ainsi que le tombeau soient mis en évidence, que Jésus soit lumineux et que le visage de Marie-Madeleine s’éclaire quand elle a dit Rabbouni ! Le fait d’avoir peint Jésus me rappelle lorsque j’avais 11 ans, en classe, j’avais dessiné le visage de Jésus avec sa couronne d’épines. La professeure l’avait mis en haut du tableau pour le reste de l’année scolaire. C’est un beau souvenir qui vient de surgir et qui était enfoui bien loin dans ma mémoire. Je réalise, émue, que Jésus était dans ma vie depuis tout ce temps !


« RABBOUNI ! », une oeuvre d’Annette Huot


PROCESSUS DE CRÉATION DE L’ŒUVRE « PASSAGE »


Lors des rencontres pour la planification de l’exposition « Chemin de croix : Chemin de vie », nous avons voulu comme groupe d’artistes mettre l’accent sur un chemin de croix qui n’est plus seulement la condamnation, l’agonie, la crucifixion et la mort de Jésus mais aussi sur sa résurrection, d’où « Chemin de vie » qui s’est ajouté à la dénomination habituelle de « Chemin de croix ». Je parcourais tous les versets bibliques concernant ces évènements et il me semblait qu’il manquait un trait d’union entre « Chemin de croix » et Chemin de vie ». Par cette œuvre « Passage » j’ai voulu illustrer ce trait d’union, cet entre-deux s’étendant entre la mort de Jésus le vendredi et sa résurrection le matin du dimanche de Pâques. Il n’y a pas de verset biblique relatant cette période mais nous retrouvons quelques mots y référant dans la prière du « Je crois en Dieu ». Ainsi, nous disons en parlant de Jésus : « a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité… ». Pour nous, la mort représente le néant, le froid, la noirceur, la peur aussi. D’où le noir prédominant dans l’œuvre et le froid de la surface du panneau de PVC sur laquelle l’œuvre est imprimée. Nous entrons dans l’œuvre par un encadrement noir comme nous entrons dans la mort dans la noirceur, comme quand Jésus est descendu aux enfers. Mais, Jésus par le sacrifice de sa vie sur la croix est justement venu nous ouvrir ce passage vers nos résurrections. Ainsi, après cette période transitoire de grande noirceur, nous pouvons voir apparaître des rayons de lumière nous guidant vers ce fameux passage vers la vie éternelle promise par Jésus. Jésus ressuscité est lumière, c’est pourquoi cette œuvre est faite à partir de lumière et non de peinture par pigments.


LE CORPS DEVIENT LE PINCEAU QUI PEINT AVEC LA LUMIÈRE

Dans un studio de photographie dont le sol et le mur étaient recouverts de toile noire, je me suis revêtue de vêtements noirs auxquels j’avais cousu des petites lumières de couleurs différentes comme le montre la première photographie (position stationnaire). Une caméra Nikon D 3100 a été utilisée et les photographies furent prises en longue exposition de 10 à 15 secondes. La photographie finale de l’œuvre a été imprimée sur un panneau de PVC noir de 24 X 24 pouces.

En position stationnaire, il n’y a pas de traces de lumière, seulement la position et la couleur de chaque lumière sur la personne vêtue de noir. Quand le mouvement s’amorce, de petites traces se forment et plus les mouvements prennent de l’amplitude, plus les traces de lumière sont longues comme le montre la dernière photographie. L’œuvre passage a été obtenue par ce processus danse/lumière/photographie longue exposition.


Position stationnaire


Après plusieurs essais et mises au point, je me suis mise à danser lentement au début puis plus rapidement et avec d’amples mouvements. Plusieurs photographies ont été prises par une aide technique. L’une de ces photographies est devenue l’œuvre « PASSAGE » car elle représentait pour moi ce qu’est le passage entre la mort et la vie.


« PASSAGE« , une oeuvre d’Annette Huot

Les oeuvres d’Annette Huot décrites dans cet article sont exposées durant les mois d’été à l’église Saint-Jacques de Montcalm, du jeudi au dimanche de 11 h à 17 heures.
102 rue St Jacques, à St Jacques, (Québec)
https://racef.art/2025/07/08/leglise-de-saint-jacques-accueille-chemin-de-croix-chemin-de-vie/

Vous êtes cordialement invité.e.s à visiter cette nouvelle exposition itinérante du RACEF intitulée : « Chemin de croix, chemin de vie ».

Restez branchés sur le site du RACEF pour être informés des nouveaux lieux de diffusion, l’expo se retrouvera au Cap-de-la-Madeleine en automne 2025.


Vivre les Évangiles de l’intérieur – Le jeune homme riche

Une illustration inspirée de la scène de du jeune homme riche interprétée par Daniel et Alycia.

Rappel de l’extrait de l’évangile selon saint Marc 10, 17-22 portant sur le jeune homme riche :

17 Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »

18 Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul.

19 Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. »

20 L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »

21 Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »

22 Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.


Aujourd’hui, c’est Daniel dans le rôle du jeune homme riche, ainsi que Alycia et Léonie dans le rôle de femmes qui assistent toutes les deux au dialogue entre Jésus et l’homme riche, qui témoignent.

De Daniel dans le rôle du jeune homme riche:

 » La parabole du jeune homme riche, selon moi, met en perspective deux visions quasi opposées de la miséricorde divine:
-D’un côté, la vision d’un DIEU juge qui aurait une limite et dont la patience dépendrait de nos plus grandes faiblesses.
-Et d’autre part, la vision d’un DIEU qui nous aime et qui n’a pas honte de nous appeler ses enfants peu importe notre situation, nos manquements, et nos péchés mignons.
En effet, comme le jeune homme riche, nous sommes tous limités par quelque chose nous éloignant de DIEU mais par l’extrait << Jesus l’aima>>, il y a un espoir qui naît car il ne nous demande pas l’impossible mais plutôt d’être une meilleure version de nous dans notre vie quotidienne. »

Alycia dans le rôle d’une femme qui assiste au dialogue entre Jésus et l’homme riche:

« En lisant cet Évangile, j’ai ressenti de la peine pour l’homme riche qui n’a pas pu connaître vraiment Jésus et qui est réparti triste. C’est pourquoi j’ai voulu incarner une jeune dame riche qui choisit de tout laisser pour vivre dans la joie de Jésus. »

Question à Alycia : « Et toi qu’as-tu vécu en incarnant cette jeune femme riche qui a tout laissé pour suivre Jésus? Et Alycia, en quoi c’est une jeune femme riche? En regardant Jésus, qu’est ce que tu reçois? Qu’est ce que tu pressens? »

Alycia répond: « Je pense que cette jeune fille était riche en matière de biens mais qu’elle a découvert que la vraie richesse était en Jésus! »

Question : « En regardant Jésus, qu’est ce que tu reçois? »

Réponse d’Alycia : « Beaucoup d’amour inconditionnel »

L’implication de Léonie dans cette scène a suscité en elle une profonde réflexion

Cette rencontre avec Jésus a été bien difficile pour moi…

Si je suis honnête avec moi-même je sais bien qu’il y a des endroits de ma vie où je ne suis pas capable de donner à Jésus, bien que je l’aimerais. Malgré tous mes efforts à vouloir le suivre, la vérité, c’est que j’échoue encore et souvent. Par moi-même, je ne suis pas capable. Alors, souvent, je regarde mon péché dégoutée, découragée à en vouloir m’haïr.

Je me suis demandé, est-ce vraiment ce que Jésus veut de moi que je lui abandonne tout? Ne sait-il pas que je ne suis pas capable? Alors, faut-il que je m’éloigne de lui tout triste dans la honte moi-aussi?

Moi, je crois que Jésus lui a demandé cela, simplement pour qu’il prenne conscience de son incapacité. C’est ce à quoi ressemble les premiers pas douloureux vers le chemin de la liberté de la grâce de Dieu. De reconnaître notre besoin d’aide, d’être sauvé. Le chemin de la repentance, tel que prêcher par Jean-Baptiste, qui mène, par la foi, à l’amour inconditionnel et surabondant de Dieu. Cette fois, c’est Jésus lui-même qui avec un regard d’amour l’a conduit à voir le côté sombre de son incapacité à aimer inconditionnellement.

« Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. » Luc 1 v.76-79

J’aime mettre en parallèle cet évangile avec la parole de Jésus ressuscité qui va à la rencontre de Pierre qui l’a trahit, malgré qu’il avait dit qu’il ne le ferait jamais.

« Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? »

(M’aimes-tu d’un amour agapeo, en d’autres mots inconditionnel, digne de l’amour que Dieu seul est capable d’avoir?)

Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » (Tu le sais je t’aime d’un amour Phileo, autrement dit tu sais que je t’aime seulement d’un amour fraternel.)

Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »

 Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » (d’un amour agapeo – inconditionnel)Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » (d’un amour phileo – fraternel) Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »

 Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » ( d’un amour phileo – fraternel) Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » (d’un amour phileo – fraternel ) Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » (d’un amour phileo – fraternel) Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. »

Jean 21 v.15-17

J’ose imaginer qu’il y a eu une deuxième rencontre, où le jeune homme riche désirant toujours suivre Jésus, mais conscient de son incapacité est venu le voir. Puis, Jésus a nouveau ne l’a pas regardé avec dégout à cause de son péché, mais lui a fait lever la tête, l’a regardé avec amour et lui a dit que c’est pour cette raison qu’il a choisit d’être ici, sur terre pour lui, et que maintenant ce qu’il lui demande de faire c’est simplement de fixer le regard sur Lui, sur Jésus et ce qu’Il fera bientôt pour lui.

Léonie


Choisissez un personnage rencontré par Jésus dans les Évangiles, et prenez un temps pour le vivre de l’intérieur en mimant son attitude face à Jésus. Demandez à une personne de prendre quelques photos.

Faites-nous parvenir vos photos accompagnées de votre témoignage à propos de ce que vous avez vécu intérieurement lorsque vous vous êtes mis dans la peau du personnage.

Contact : alecoutedesevangiles@gmail.com

Pour en savoir plus sur l’activité pour « vivre les Évangiles de l’intérieur »!

Parcours – Pierre Lussier

Nous continuons notre série d’articles dans le cadre de notre toute nouvelle rubrique présentant des parcours d’artistes chrétiens.

Partager le processus de création d’œuvres illustrant les Évangiles est pour nous une manière de transmettre et de perpétuer la pratique de l’art chrétien.

La formule est simple : nous proposons aux artistes d’écrire un texte détaillant le processus de création d’une œuvre ou de plusieurs œuvres portant sur des scènes des Évangiles. En accompagnant leur texte de photos de leurs œuvres et si possible des différentes étapes de création de l’œuvre.

Cette fois-ci nous avons invité l’artiste Pierre Lussier à partager son processus de création dans notre deuxième rubrique.

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J’ai 74 ans et j’ai fait de la peinture ma profession il y a 50 ans après un cours classique et des études en cinéma. Je me suis intéressé aux techniques picturales anciennes et je suis allé les approfondir à Florence pendant trois ans. L’art sacré a peu à peu pris de plus en plus d’importance dans ma vie au fil des années . J’ai eu l’opportunité de peindre des retables pour quelques églises et je suis à exécuter un cycle de fresques sur les fondatrices de nos communautés religieuses pour la basilique Ste-Anne-de-Beaupré.


Voici ma prière avant de commencer à peindre:

Esprit de vie, me voici pour répondre à ton appel de peindre une image de la beauté vivante de ton amour pour notre humanité en marche. Daigne bénir mes mains, mes pensées et mon cœur pour que je puisse accueillir dans la clarté d’un cœur d’enfant le tableau que tu veux peindre à travers moi. C’est ton œuvre avant d’être la mienne. Sans toi devant moi, je ne peux y arriver, car toi seul au cœur de mon âme détiens la vision de sainteté qui donne sens à ma peinture. Que chaque élément de mon tableau soit lumineux de sainteté. Et vous nobles peintres du ciel, mes amis, soufflez-moi vos idées et votre savoir afin que mes gaucheries soient transformées en beauté. Et maintenant, je me tais et je m’avance dans Ta céleste danse.

J’aime penser que mon processus de création s’inscrit dans un processus global, celui de toute une vie et même celui de toute une humanité. C’est un « work in progress » dans lequel j’avance à tâtons, interrogatif, curieux, conscient de balbutier encore en explorant un univers inconnu. Dieu est là, mais j’ai encore à le découvrir encore et encore. Tous les possibles sont devant moi.

Je fais miennes les paroles sanscrites tirées de l’antique livre saint des Upanishad, paroles qui rejoignent toutes les quêtes de sens authentiques :

De l’irréel conduis-moi au réel,

des ténèbres, conduis-moi à la lumière,

de la mort, conduis-moi à l’immortalité.

Pour y parvenir, je suis conscient que je ne dois pas avoir peur des ténèbres ni du chaos comme Jésus nous y invite. Sans ténèbres, qu’est-ce que la lumière pourrait éclairer? Amour ne fait-il pas feu de tout bois et ne se plait-il pas à modeler le chaos?

Je me dis que j’ai peut-être négligé le chaos. Il y a peut-être un danger à focaliser sur la lumière seule. C’est celui de se retrouver prisonnier d’un ordre tout fait d’avance, immuable. Or Dieu, comme l’écrivait Spinoza, est un dans son essence, mais innombrable dans ses manifestations. Il est avant tout un sentiment, l‘Amour, et ce sentiment veut s’exprimer à travers chacun de nous qui sommes tous différents et en constant devenir d’ordre et d’harmonie. Derrière Mozart, il y a un inconnu en devenir, sinon, il n’y aurait pas d’engendrement libre de la beauté.

Je demande indulgence pour chacun d’entre nous pour les faiblesses de nos travaux. L’important est que nous avancions en marchant derrière Lui, même mal. Un jour peut-être, Dieu aidant, pourrons-nous arriver à accomplir un œuvre digne de ce nom.


Le lavement des pieds

Jésus s’abaisse jusqu’à terre pour laver les pieds de ses disciples avec le plus grand amour, nous enseignant par ce geste que ce qui plait à notre Père est que nous nous mettions au service les uns des autres. Pierre ici accueille ce témoignage avec toute la piété qui est la sienne , se laissant ainsi façonner pas Jésus. Quant au manteau suspendu, on peut y voir notre disponibilité à nous mettre nous-mêmes à tout instant au service de nos frères.


Jésus apparaît à sa mère après sa résurrection

Marie exulte de voir avec ses yeux de mère son Jésus ressuscité. Son espérance porte enfin son fruit glorieux. À travers le regard trois fois saint de son fils, l’âme de Marie s’élève vers le Père pour ne faire qu’un avec lui.
Et nous de marcher derrière elle avec la lumière, avec nos sentiments, avec toutes les formes de la vie, pour nous unir nous aussi à la fête de la résurrection.


Jésus vient de mourir

Tout est accompli. Jésus est entré dans sa gloire. Sa souffrance extrême a fait place à une paix ineffable. Jésus a donné pour toujours son corps et son sang pour nous sauver de notre péché et maintenant son Père l’accueille dans ses bras pour l’éternité.


Parcours – Anne-Marie Forest

Nous inaugurons aujourd’hui une toute nouvelle rubrique présentant des parcours d’artistes chrétiens.

Partager le processus de création d’œuvres illustrant les Évangiles est pour nous une manière de transmettre et de perpétuer la pratique de l’art chrétien.

La formule est simple : nous proposons aux artistes d’écrire un texte détaillant le processus de création d’une œuvre ou de plusieurs œuvres portant sur des scènes des Évangiles. En accompagnant leur texte de photos de leurs œuvres et si possible des différentes étapes de création de l’œuvre.

Nous avons invité l’artiste Anne-Marie Forest à partager son processus de création dans notre première rubrique.

Née en France à Lyon, Anne-Marie Forest vit au Québec depuis 1982. Elle étudie en arts aux Écoles des Beaux-Arts de Lyon, de Paris et à l’Université du Québec à Montréal. Sa formation en théologie s’est vécue à l’Institut de Pastorale des Dominicains et par l’accompagnement de Pères Jésuites. Elle vit la contemplation selon saint Ignace De Loyola, qu’elle traduit par le dessin et la peinture.

Anne-Marie Forest est membre du RACEF, le réseau d’art chrétien et d’éducation de la foi. Les œuvres dont elles nous décrit le processus sont présentées dans l’exposition itinérante « Chemin de croix, chemin de vie ».

Processus, style de peinture et sujets de prédilection

Je peins des œuvres figuratives avec une prédilection pour l’illustration de scènes bibliques. Pour la peinture à l’huile, il s’agit d’une esquisse d’abord au fusain, puis à l’encre et enfin en clair-obscur, avec un fond de couleur sur lequel je travaille la lumière et l’ombre, à l’aide de glacis.

En même temps il y a l’importance du regard porté sur les personnes et l’inspiration qui me vient de mon vécu propre car pour traduire une émotion, il faut l’avoir vécue ou en avoir été témoin.

Après avoir vécu les Exercices Spirituels de Saint Ignace j’ai découvert une autre façon de prier et peindre. Dans la contemplation Ignatienne, nous entrons dans le récit en essayant de visualiser les lieux, les personnes, les expressions en mettant à contribution les sens, c’est-à-dire en imaginant les sons, les odeurs, les paroles dites, le temps qu’il fait, l’heure du jour, les objets, les réactions des personnes, et Dieu nous parle intérieurement. Mais surtout cela fait vivre des surprises, en sentant que certaines images nous sont données, que nous sommes visités, et ce désir d’être visité met en route.

Différence entre art sacré et art séculier

Je crois personnellement que la différence entre art sacré et art séculier est dans la motivation du but à atteindre, c’est-à-dire partir du cœur pour témoigner.

L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. L’art est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle.’ Albert Camus. Discours du prix Nobel. 1957.

 L’art sacré est une autre parole en écho à la Parole de Dieu avec un grand P. Sa finalité est d’éveiller, de consoler, d’étonner, d’interroger, d’émerveiller, de conduire à l’intériorité, et susciter le désir de gouter à la Parole. Nous découvrons alors Dieu présent dans toute chose, dans tous nos moments et notre quotidien, dans nos paysages, dans les personnes que nous rencontrons, et pas seulement comme une figure du passé. Jésus est ressuscité !

Dans tout cela, surtout quand on relit sa vie, que l’on regarde les passages importants, on voit que c’est tout un tissage, fait de rencontres, d’événements importants, de lieux et tout cela n’apparait pas comme le fruit du hasard, mais plutôt comme la prévenance du Seigneur qui nous accompagne au fil des jours, et intervient de façons discrètes pour nous corriger, nous guider, nous former et nous révéler notre mission, notre raison de vivre, d’abord par son amour, et il dépose ainsi le désir de parler de Lui :  le faire connaitre et aimer.

 « La nouvelle frontière de l’évangélisation est non seulement géographique mais culturelle : de nouveaux espaces humains, des secteurs entiers de la vie moderne sont en attente de la Bonne Nouvelle. Pensons aux milieux des communications de masse, aux nouveaux secteurs de la recherche et des applications technologiques. Si la foi reste sans signification dans ces milieux, si elle ne devient pas une manière de penser et de se comporter, c’est-à-dire, une nouvelle culture, l’Évangile demeure un mot vide, une semence jetée dans un terrain infertile. » Hervé Carrier.

Dimension spirituelle du travail d’artiste 

C’est d’abord une approche spirituelle, une façon de prier . Dans mon histoire de foi, c’est par l’art que le Seigneur est venu à ma rencontre. Quand je peins, je suis aussi en recherche de vérité. Jésus a dit : je suis venu dans le monde pour témoigner de la vérité! Cela est une devise que j’aimerai vivre comme artiste.

Quand je peins aussi, il y a des questions, des images, qui me viennent et s’adressent d’abord à moi, à ma vie. Des façons que le Seigneur a de regarder dans les profondeurs de mon âme. Après la peinture d’un tableau, on ne ressort pas idem, il y a des choses qui bougent aussi en nous. Et c’est peut-être cela qui interpelle mystérieusement le spectateur.

Le langage de la matière

 Pour cela il faut connaitre la matière pour qu’elle soit docile, et ensuite être soit même obéissant à traduire ce qui nous est montré intérieurement. Cela nécessite parfois un long travail, un combat avec sois même dans la persévérance. Ce combat aussi est spirituel contre les tentations d’abandon ou d’arrêt à une étape acceptable.

 Nicolas Wacker « Toute création spirituelle est dépendante de la matière. Sans elle, il n’y aurait pas de transmission possible. Dans cette collaboration de la matière avec l’esprit, réside le mystère de l’art. Car c’est à travers elle, et elle seulement que passe la communication. Dans une création d’art, ce sera toujours la matière et elle seule qui gardera le précieux message d’une œuvre d’art. C’est en connaissant à fond le matériau avec lequel on doit opérer qu’on pourra l’employer à sa guise, l’adapter à chaque cas, savoir l’effet qu’il permet d’obtenir. » Nicolas Wacker. La peinture à partir du matériaux brut. 1984.

La contemplation

Ce qui est le plus important c’est quand même le regard : le regard que l’on porte sur l’autre, sur le monde qui doit devenir le regard de Jésus.


Choix des stations du Chemin de Croix/Chemin de Vie

Anne-Marie Forest partage le processus de création des œuvres qu’elle présente dans l’exposition « Chemin de croix, chemin de vie »

L’agonie de Jésus

Contempler Jésus à Gethsémani c’est me plonger avec Lui dans le silence de la nuit, ressentir sa souffrance en communiant à tous ces persécutés des guerres qui voient avec une terrible angoisse leurs dernières heures arriver, comme le danger représenté dans les êtres hostiles que l’on aperçoit au loin.

 Les couleurs du collet de Jésus rappellent l’actualité du peuple palestinien et de la Terre Sainte en guerre. En arrière de lui un mur évoque les ruines d’un édifice et les trois disciples qui dorment sont à l’image de l’indifférence du monde devant une actualité douloureuse mais qui devient routine à travers les médias.

L’ange venant réconforter Jésus, est cette consolation qui survient sans que nous l’attendions alors que tout notre horizon semble bloqué. Celle-ci est toujours une grâce nous aidant à continuer le chemin.

L’institution de l’Eucharistie

Il m’était important de souligner cette universalité du don de Jésus de son corps et son sang pour toutes les nations et tous les temps.

Au départ j’avais esquissé le regard de Jésus tourné vers le haut, comme tourné vers le Père. J’avais aussi dessiné deux couronnes sur la représentation du monde : celle de la couronne d’épine et celle du Christ Roi de l’univers, pour souligner ce paradoxe du Christ bafoué et du Christ glorifié. Puis j’ai modifié cette esquisse pour épurer et rendre le visage du Christ davantage présent. Le fond du tableau très sombre, j’ai senti le besoin de le rendre habité par un effet de ciel passant de la noirceur à la lumière du levant, en changeant aussi le geste de partage du pain avec celui de la bénédiction.

 Car le mémorial de la messe actualise chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, sa mort et sa résurrection signifiés par la croix et le tombeau ouvert posés sur la mappemonde.

La lumière arrivant d’en haut met souligne le caractère sacré de ce moment d’Alliance éternelle et unique du ciel avec chacun de nous et passant par Jésus.

C’est cette résurrection qui nous est promise lors du discours du Pain de vie : ‘Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. Jean, 6,51’

 Pour cela le pain est dans la main de Jésus et la coupe de vin en premier plan.

La croix, enfoncée dans le sol parle aussi de cette incarnation physique du Christ, de sa mort terrible et le tombeau, qu’il a habité les profondeurs de cette terre qui n’a pu le retenir. J’ai donc choisi cette dernière représentation pour ne pas multiplier les symboles.

Chaque communion est aussi le sacrement d’une rencontre intime avec lui, c’est pour cela que j’ai essayé de faire en sorte que son regard rencontre le nôtre. Nous sommes un peu comme le 2-ème personnage dans le tableau, avec la perspective qui nous invite à être avec.

Peindre le glacis transparent du vêtement avec le pigment rouge symbole du martyr, été aussi un peu comme la sensation douloureuse de répandre de son sang avec le pinceau sur la toile.

Le regard de Jésus sur Pierre

Cette œuvre m’a été commandée par un prêtre, en 2014, comme résumant son appel dans cette rencontre du Christ miséricordieux.

N’ayant plus l’œuvre originale, je la partage à l’aide d’une photographie. Cette œuvre n’était pas donnée d’avance pour moi, mais elle m’a fait cheminer en faisant mienne cette retrouvaille bouleversante avec le regard d’amitié de Jésus pourtant abandonné et renié, sans défense devant l’hostilité à laquelle il fait face.

Ma participation au réseau d’artistes RACEF

Je suis heureuse de participer à cette exposition organisée par le groupe RACEF qui est un réseau d’artistes chrétiens avec des styles et processus créatifs différents.

 Nous sommes aussi chacun issus de diverses origines, cultures, âges et habitons des régions et lieux diversifiés autant par leur géographie que leur situation sociale, environnementale, culturelle et politique.

Cette année de nouvelles participations viennent enrichir ce travail collectif et lui donner sens, en particulier avec une artiste du Liban vivant au cœur des conflits.

Dans ce groupe, nous portons la même préoccupation du témoignage, de l’urgence de prendre la parole par l’art, de le montrer dans divers lieux, et pas seulement chrétiens, pour rejoindre les périphéries.

Nous avançons avec le souci d’enjeux communs, de justice, de paix, de protection des plus faibles, des marginalisés, de l’environnement, du vivre ensemble, inspirés par la Parole de Dieu que nous fréquentons.

Il est important de créer de nouveaux lieux ou l’art actualise la Parole. Bien des œuvres anciennes ne parlent plus aux nouvelles générations qui n’ont pas été formés pour les décoder. Il y a un travail à faire pour mettre en relation cette expression de la foi avec la culture, les symboles, l’histoire de l’art, alors même sommes envahis d’images.

Cette exposition est donc une réponse à la demande du Pape François qui appelle les artistes à de nouvelles façons de raconter l’évangile :

Comment parler de Jésus? Quelle langue utiliser? Comment présenter ce « personnage » qui a changé l’histoire du monde? (…) Le langage de la vraie tradition est vivant, vital, capable d’avenir et de poésie. (…) L’Évangile doit être une source d’éclat, de surprise, capable de nous secouer au plus profond de nous-mêmes. (…)Les artistes, les écrivains, précisément en raison de la nature de leur inspiration, sont capables de garder la puissance du discours évangélique (…) Je lance un appel: en ces temps de crise, de l’ordre mondial, de guerre et de grandes polarisations, de paradigmes rigides, de graves défis climatiques et économiques, nous avons besoin de l’éclat d’un nouveau langage, d’histoires et d’images puissantes, d’écrivains, de poètes, d’artistes capables de crier le message de l’Évangile au monde, de nous faire voir Jésus.