Rencontres avec Jésus – Simon Pierre

Jésus invite Simon Pierre à le suivre, une illustration librement inspirée d’une peinture de Le Caravage

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers du regard de Simon qui sera appelé Pierre par la suite!

PIERRE, PÊCHEUR ET LEADER : Mc 1, 16-18; Luc 5, 1-11

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 1

16 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs.

17 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »

18 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 5

01 Or, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.

02 Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.

03 Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.

04 Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. »

05 Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »

06 Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer.

07 Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.

08 A cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »

09 En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ;

10 et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

11 Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Simon Pierre est très présent et actif dans les Évangiles et les Actes des Apôtres : l’appel de Jésus à le suivre, la confession de foi, le rôle de responsable et ses interventions, le cercle intime de Jésus, la dernière Cène, le reniement et le pardon, le deuxième appel (Jn 21), la première communauté à Jérusalem et la mission. Puis la mort en croix, comme son frère André.

Quand il est appelé, il est le chef d’une petite entreprise familiale de pêche. C’est un homme débrouillard, qui a de l’élan et de l’initiative. Il a aussi ses limites : l’inconstance et la conformité à la majorité. En Marc (1, 16-18) et en Matthieu, Jésus l’appelle à le suivre, ainsi que son frère André, en plein milieu de leur travail de pêcheurs. Mais de même qu’André a droit à un appel personnalisé en Jean (cf. chronique précédente sur André), Simon lui aussi a droit à son récit où Jésus l’appelle personnellement, en Luc (5,1-11). Allons-y voir.

C’est encore une histoire de pêche! Elle commence et se termine au bord d’un lac. Elle commence avec une foule qui écoute la Parole de Dieu et elle se termine avec des pêcheurs qui laissent tout pour suivre Jésus. Entre ce début et cette fin, une série d’interactions ont lieu qui nous éloignent du rivage et de la foule, de plus en plus, et finalement nous y ramènent. Mais les pêcheurs qui reviennent, entre-temps, ont été transformés. Certes, leur pêche a été bonne, mais, c’est curieux, ils abandonnent leur métier! Récit complexe, qui nous parle en fait d’un itinéraire spirituel et de ses étapes, d’une avancée de plus en plus profonde non d’abord sur le lac mais surtout dans l’engagement croyant, aujourd’hui encore.

Le récit est rythmé par trois appels de Jésus à Simon. Le premier est moins risqué: Jésus lui demande de quitter le rivage et d’avancer un peu. Simon n’hésite pas. S’éloignant ainsi de la foule, Jésus et Simon se rapprochent. Le deuxième appel est plus déconcertant: Jésus demande à Simon d’avancer au large, en eau profonde, et de jeter les filets. Cette fois-ci, en pêcheur expéri­menté, Simon indique d’abord sa réticence: on a déjà essayé et cela n’a pas marché! Mais Simon prend le risque de faire con­fiance en la parole de Jésus, qu’il appelle Maître. Et, surprise, ce risque porte fruit: la pêche est abondante, inespérée, et Simon doit demander de l’aide. C’est alors que survient le point tournant de sa démarche : il découvre en Jésus la présence du Dieu vivant qui s’est fait proche de lui. Il en est bouleversé. Ce qui lui arrive le dépasse. Il donne maintenant à Jésus le titre de Seigneur: il reconnaît qu’en Jésus, Dieu vient le visiter. Expérience de foi, expérience transformante, celle d’une révélation du visage de Dieu, qui déstabilise.

Le récit ne s’arrête pas à ce bouleversement. Un troisième appel se fait entendre qui touche maintenant une mission à recevoir. Jésus appelle Simon à dépasser sa crainte et à deve­nir pêcheur d’hommes. L’expérience de foi mène à un enga­gement. Parce que Simon a avancé dans sa découverte de Jésus, une responsabilité lui est confiée. Il devient ainsi disciple-missionnaire; il est maintenant pleinement engagé à la suite de Jésus. Mais cette réponse est venue au bout d’une démarche, avec ses éta­pes. Simon est revenu sur le rivage, mais sa vie a changé. Toutefois, il ne cesse pas d’être qui il est: il reste un pêcheur. L’expérience acquise, les habiletés dévelop­pées, vont maintenant lui servir dans son apostolat. Jésus lui demande de faire un nouveau travail de pêcheur, car c’est ce que Simon connaît. Ses ressources seront désormais au servi­ce de l’Évangile. Ainsi suivre Jésus ce n’est pas abandonner qui nous sommes, nos dons; c’est plutôt les donner.

Cet itinéraire peut rejoindre le nôtre, dans l’une ou l’autre de ses étapes. Il peut nous inviter à prendre le risque de la con­fiance, à dépasser nos peurs. Peut-être sommes-nous encore sur le rivage, dans la foule, regardant et écoutant cet homme dont la parole est uni­que mais n’osant encore aller plus loin. Ou comme Simon, sommes-nous prêts à prendre un risque à cause de cette parole, même si nous avons peine à croire qu’une vie abondante peut en surgir. Ou sommes-nous dans un moment de boule­versement, ne sachant comment poursuivre cette expérience. Il est sûr que l’appel de Jésus nous prendra tels que nous som­mes et devenons. Comme Simon Pierre, c’est avec notre histoire et nos dons que nous nous met­tons à la suite de Jésus.

La foule se pressait autour de Jésus pour écouter la Parole de Dieu, dit Luc au tout début de l’évangile. Ce récit est l’histoire d’une écoute de la Parole, dans toutes ses étapes et toutes ses conséquences. Quand la Parole est vraiment écoutée, elle change une vie.

Images de Simon Pierre

Comme dans les Évangiles et les Actes, Pierre est très présent dans l’iconographie. Ses traits sont assez constants : barbe et cheveux gris ou blancs, corps robuste. On le reconnaît vite dans les images de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. En plus, il a ses attributs : les clefs du Royaume (Mt 16, 19), la barque évoquant son métier et l’Église, le rouleau ou le livre rappelant la Parole (parfois avec une citation de la confession de foi), le coq pour son reniement, la croix pour son martyre. Depuis l’Antiquité, on trouve aussi des œuvres montrant Pierre et Paul côte à côte : ils sont les deux piliers aux origines de l’Église, qui ont donné leur vie.

Voici diverses images où Pierre est présent, entre la barque sur le lac et le denier repas, et quelques autres épisodes de sa vie. Plusieurs œuvres viennent d’artistes d’Europe de l’Est, pour faire écho aux événements qui s’y déroulent actuellement.

  1. Mosaïque, 6e siècle, Église Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, Italie. Jésus appelle Pierre et André, en plein travail de pêcheur. Jésus, avec un nimbe cruciforme, a les traits d’un jeune homme imberbe, ce qui est fréquent dans l’Antiquité. Pierre, avec sa barbe et ses cheveux gris, a des traits qui vont perdurer tout au long de l’histoire de l’art chrétien. Qui accompagne Jésus, à sa droite avec une allure de magistrat romain? Peut-être le commanditaire de l’œuvre.
  1. Raphaël Sanzio, carton, 1515-1516, Victoria and Albert Museum, Londres, Angleterre. Voici un des cartons faits par Raphaël, figure majeure de la peinture, pour un ensemble de tapisseries (soie et laine) à la Chapelle Sixtine, qui ont été réalisées par l’Atelier Pieter Coecke van Aelst de Bruxelles (1519) et sont maintenant au Musée du Vatican. Le paysage est développé, avec le lac et une ville, des poissons, des oiseaux qui ont un sens symbolique en lien à la vie de l’Église. Pierre est agenouillé, André debout, les autres travaillent. La tapisserie est plus colorée et lumineuse que le carton.
  1. Jacopo Bassano, 1545, National Gallery, Washington, États-Unis. Cet artiste vénitien se situe dans le courant maniériste, avec ses couleurs vives, ses mouvements et son expressivité. Ici, dans la composition du tableau, on voit l’influence de Raphaël. La scène est très vivante, avec le paysage du lac, Pierre agenouillé, André au centre avec sa cape verte au vent, et les autres ramassant les poissons.
  1. Vladimir Borovykovsky, 1787, Galerie Tretyakov, Moscou, Russie. Cet artiste ukrainien, de Myrhorod, fut un portraitiste réputé dans l’Empire russe. Il a fait aussi des oeuvres religieuses. On voit ici Pierre avec les clefs et le livre; l’ombrage est accentué.
  1. Taras Shevchenko, Libération de l’apôtre Pierre de prison, 1833, Taras Shevchenko National Museum, Kyiv, Ukraine. Cet écrivain et peintre ukrainien très doué a joué un rôle majeur dans le réveil national de l’Ukraine et la promotion de sa langue. Il s’est engagé contre l’impérialisme russe et a connu la prison et l’exil; le tsar lui a interdit de peindre et d’écrire. Ce dessin, fait à 19 ans, évoque Actes 5,19.
  1. Nikolaï Gay, La dernière Cène, 1863, Musée Russe, Saint-Pétersbourg, Russie. Gay est un peintre russe qui allia réalisme et innovation. Sa Cène dramatique, qui s’éloigne des approches habituelles, a suscité la controverse. Elle est centrée sur la trahison de Judas, à droite, dont le visage est caché. À gauche, Jean est près d’un Jésus réflexif et triste. Pierre se tient debout, baigné de lumière et indigné. Chrétien critique, marqué par Tolstoï, Gay réalisera plus tard une série sur la Passion du Christ, en exprimant avec force la dureté et le tragique. Les réactions seront le choc et le scandale. Il sera excommunié par l’Église orthodoxe russe.
  1. Henryk Siemiradski, Les torches de Néron, 1876, National Museum, Cracovie, Pologne. Ce peintre polonais est né près de Kharkiv en Ukraine. Il a travaillé dans l’Empire russe et s’est spécialisé dans les grandes scènes historiques et bibliques. Cette œuvre, avec tous ses personnages et détails, porte sur la persécution des chrétiens par l’Empereur romain Néron. Pierre en fut une des victimes et mourut crucifié, même si la figure en haut à droite lui ressemble.
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Selon son usage, Tissot est attentif au contexte des récits évangéliques et aussi au texte. Pierre est prosterné devant Jésus, saisi d’une crainte religieuse devant la visite du Dieu vivant. Des camarades qui sont venus l’aider, suite à la pêche abondante, sont affairés dans l’autre barque.
  1. Joaquin Sorolla, Je suis le pain de vie, 1897, Museo Lladro, Valencia, Espagne. Ce peintre espagnol est célèbre pour ses nombreuses scènes au bord de la mer, animées et pleines de lumière et couleurs. Ici, ces éléments se retrouvent dans une scène biblique, assez rare : Jésus prêche depuis une barque. La foule, avec des enfants, est à l’écoute. Pierre et deux autres disciples sont derrière Jésus dans la barque.
  1. William Kurelek, When evening came, he sat down with his twelve disciples, 1960-1963, Niagara Falls Art Gallery, Canada. Ce grand artiste canadien est né en Alberta en 1927 d’une famille ukrainienne immigrée. Son art est expressif et sensible aux enjeux culturels. Ce chrétien de l’Église orthodoxe ukrainienne, devenu catholique en 1957, a réalisé des œuvres religieuses, dont une série sur La Passion du Christ. Cette Cène, avec les disciples étendus, est plus proche de la réalité historique. Pierre est le premier à gauche de Jésus.
  1. Marko Ivan Rupnik, mosaïque, 2004, Chapelle de la Nonciature apostolique, Paris, France. Ce jésuite de Slovénie a réalisé de grands ensembles de mosaïques, dont celui de la Chapelle Redemptoris Mater au Vatican, en 1999. Ici, Pierre sort de la barque et regarde Jésus, et nous en même temps.

  1. Lyuba Yatskiv, icônes, Pierre et Paul, 21e siècle, Lviv, Ukraine; La dernière Cène, 2016, site nowaikona.pl.Cette artiste ukrainienne, née à Lviv en 1977, est engagée dans un renouveau de l’art iconographique. Dans la première icône, Pierre tient en mains les clefs et le rouleau. Dans la Cène, évoquant la trahison et le don, il est le premier à droite de Jésus. Conjuguant la tradition et la modernité, Yatskiv réalise des œuvres remarquables. Cette fidélité créatrice est à l’image de son peuple; forte et fragile, elle est actuellement menacée. Portons-la dans notre prière et notre solidarité …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Jésus invite Simon Pierre à le suivre. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Le Caravage.
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Rencontres avec Jésus – André, le premier appelé


Jésus appelle les pêcheurs André et Simon, une illustration librement inspirée d’une peinture de Duccio di Buoninsegna

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci en la personne d’André que Jésus appelle en tout premier!

ANDRÉ, LE PREMIER APPELÉ : Mc 1, 16-18; Jn 1, 35-42

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 1, 16-18

14 Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ;

15 il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

16 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs.

17 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »

18 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 1, 35-42

37 Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus.

38 Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »

39 Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).

40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.

41 Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.

42 André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

La figure de l’apôtre André est associée à celle de son frère Simon (Pierre). Tous les deux sont des pêcheurs (Mc 1,16), qui viennent de Bethsaïde (Jn 1,44) en Galilée, et ils ont une maison commune (Mc 1,29); leur père s’appelle Jean (Jn 1,42). Et surtout, dans les évangiles de Marc et de Matthieu, ils sont les premiers disciples de Jésus, les premiers qu’il appelle (Mc 1,16-18).

André fait ainsi partie des quatre premiers appelés, avec Simon son frère et Jacques et Jean, deux autres frères (Mc 1, 19), dont le père est Zébédée. Dans ce groupe privilégié, on trouve ainsi deux couples de frères et ils sont tous pêcheurs. Ils partagent un même univers social, culturel et religieux; ils forment un premier noyau de disciples qui se comprennent et sont déjà liés. On voit que Jésus a fait des choix dans son approche. On retrouve le quatuor ensemble avec Jésus, dans la maison de Capharnaüm (Mc 1,29). Au Mont des Oliviers (Mc 13,3), ils interrogent Jésus à propos du signe de la fin. Et André se retrouve évidemment dans les listes des apôtres (Mt, 10,2; Mc 3,18; Lc 6,14; Ac 1,13).

André le Protoclet, une illustration librement inspirée d’une peinture de Lippo d’Andrea.

Dans tout cela, la figure d’André ne ressort pas tellement! Il est plutôt un figurant. Sauf dans l’Évangile de Jean où il apparaît comme un individu, avec des actions qui lui sont propres. André est le premier appelé (Jn 1,40), d’où le surnom qui lui est donné dans la tradition: le Protoclet. Disciple de Jean Baptiste, qui a désigné Jésus comme l’Agneau de Dieu, André se met à la suite de Jésus, avec un autre. Après sa rencontre avec Jésus, il va ensuite amener son frère Simon Pierre à celui-ci (Jn 1,41).

Lors de la multiplication des pains (Jn 6,8-9), c’est André qui signale à Jésus la présence d’un garçon qui a quelques pains et poissons. Même si André est sceptique face à cette petite quantité pour nourrir une foule, c’est ce peu provenant d’un jeune qui sera source de vie en abondance. Et il restera douze paniers, pour le peuple à venir.

Quand quelques Grecs, à Jérusalem, veulent voir Jésus (Jn 12, 20-22), ils s’adressent à Philippe. Celui-ci le dit à André et les deux le disent à Jésus. Philippe et André viennent tous deux de Bethsaïde; ils ont ainsi un lien entre eux. André s’inscrit ici dans une chaîne de communication, où il s’agit de voir Jésus.

Revenons au récit de l’appel d’André, le Protoclet. Il est très inspirant et nous rend attentifs à plusieurs aspects de la vocation, mot qui signifie appel. Des visages et des relations, des regards et des déplacements, voilà ce que l’Évangile de Jean nous présente pour parler d’itinéraires de vocations. L’appel et la réponse à l’appel s’inscrivent à l’intérieur de réseaux et mettent des personnes en mouvement. Cette série de courtes scènes est très cinématographique. On imagine des gros plans sur des visages, qui s’échangent des regards, et des prises de vue qui saisissent l’étonnement et l’intérêt, le mouvement des corps d’un lieu à l’autre, d’une personne à l’autre.

Cette histoire de vocations ne commence pas à zéro. Elle est déjà commencée. Nous avons deux personnes, dont André, qui sont déjà disciples de Jean Baptiste, qui sont avec lui, dans sa mouvance spirituelle. Les deux sont engagés dans un mouvement de réforme religieuse et morale, autour d’un homme de Parole, un prophète qui appelle à se convertir. Les deux ont déjà fait un pas, ils ont exprimé une décision de changer l’horizon de leur vie. Mais ce qui est un point d’arrivée, suite à une démarche personnelle, devient ici un point de départ pour un nouvel engagement. Ils sont allés à Jean Baptiste : c’est lui qui les envoie maintenant à un autre. Il pose son regard sur Jésus, lui-même en mouvement, un Jésus qui va et qui vient. Il le nomme d’un titre fort : Agneau de Dieu.

Les deux d’abord écoutent cette parole. Le prophète, qui sert de médiateur, est crédible à leurs yeux. Puis ils se déplacent, ils se mettent en marche, à la suite de Jésus que Jean Baptiste a regardé. Maintenant, c’est au tour de Jésus de se tourner vers ces deux et de regarder à son tour. Il leur pose une question, qui va à l’essentiel : Que cherchez-vous? Il voit des personnes en recherche et il les invite à nommer leur quête. Le dialogue est amorcé. Les deux, à leur tour, comme Jean Baptiste, donnent un titre à cet homme Jésus : ils l’appellent Maître. Ils veulent connaître son lieu, sa demeure, ce qui évoque une symbolique centrale dans l’Évangile de Jean. Et Jésus maintenant les appelle à se déplacer encore : venez. Le regard est encore présent : vous verrez, par vous-mêmes.

Les deux passent ensuite à l’action. Ils se déplacent avec Jésus et ils voient où il demeure. Ils trouvent réponse à leur quête. Et enfin, le mouvement s’arrête pour un temps; un jour de présence, où simplement être avec Jésus. Autrement, l’histoire de ces vocations ne pourrait se poursuivre avec profondeur. Mais la dynamique de l’appel ne s’arrête pas là. André devient à son tour médiateur auprès d’une nouvelle personne de son réseau familial et de métier, Simon. Il lui annonce ce qu’il a vu et vécu. Et il fait un pas de plus : il donne un autre titre à Jésus, il le nomme Messie, Christ (Jn 1,41). Son temps de présence avec Jésus, là où il demeure, lui a fait découvrir plus profondément l’identité de celui qu’il a d’abord vu comme un Maître. Puis Simon et André vont à Jésus, pour que Simon voie par lui-même, à son tour. Mais c’est Jésus qui pose son regard sur Simon et qui voit en lui plus que Simon ne peut voir en lui-même. Et Jésus lui donne un nouveau nom : Céphas (Pierre).

Des regards et des déplacements, des noms et des appellations, des réseaux et des relais, voilà de quoi est fait un itinéraire de vocation, l’histoire d’un appel et d’une réponse. Cette série de courtes scènes, vives et animées, avec des visages en mouvement, liés les uns aux autres, est dense. Une chose est sûre : moi qui lis ces scènes et les projette sur mon écran intérieur, je suis quelque part dans ce récit d’appels. Mon histoire de vie et de vocation peut y trouver une dynamique qui aide à reconnaître mon propre parcours. Et ces paroles et ces regards, ces étapes et ces déplacements, m’appellent à poursuivre plus loin mon récit. Jusqu’au lieu secret, comme André. Et à communiquer ma découverte, comme André.

Images d’André

L’iconographie d’André est abondante. D’abord en lien au récit de l’appel des pêcheurs, que l’on retrouve à toutes les époques; et dans une moindre mesure, à celui de l’appel d’André en Jean, qui est toutefois bien présent dans la période contemporaine. Dans ces diverses œuvres, André fait partie d’un groupe, à la pêche ou sur la route; et son allure est celle d’un homme mûr et costaud.

Mais beaucoup d’œuvres montrant André relèvent plutôt de la suite de sa vie, qui n’est pas dans les Évangiles. Il serait allé en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie, en Ukraine, et serait mort martyr à Patras, en Péloponnèse. Comme Pierre, il serait mort crucifié, lors de la persécution de Néron, mais sur une croix en X, nommée croix de Saint André. Il est considéré comme le premier patriarche de Constantinople et saint patron de l’Église d’Orient, en parallèle avec Pierre pour l’Église de Rome. Il est aussi patron de l’Église roumaine, de l’Écosse, et de bien des lieux et groupes. Tout cela a suscité des vitraux, sculptures, tableaux, de la figure individuelle d’André, habituellement avec sa croix.

Voici quelques œuvres qui montrent la variété des figures et des époques :

  1. Codex Aureus Epternacensis, folio 20, recto, c.1020-1030, Musée National Germanique, Nuremberg, Allemagne. Cet Évangéliaire a été fait à l’Abbaye d’Echternach, ville autrefois allemande et maintenant située au Luxembourg; l’abbaye fut supprimée lors de la Révolution française. Le manuscrit est appelé Livre d’or car ses lettres sont écrites en or. La figure de Jésus est celle du jeune imberbe, qui remonte à l’Antiquité chrétienne. Les deux frères, pêcheurs, se ressemblent; André est celui de droite.
  1. Duccio di Buoninsegna, panneau de la prédelle de la Maesta (Sienne), 1308-1311, National Gallery of Art, Washington, États-Unis. Duccio est marqué par l’art byzantin mais aussi par les nouveaux courants, avec des personnages plus individualisés et en mouvement. Jésus appelle Pierre et André, au beau milieu de leur travail de pêche; on voit la tunique un peu retroussée et le filet. Les poissons sont nombreux. Pierre est en bleu et André en rouge.
  1. Colin Nouailhier, émail, c.1560-1570, Musée du Louvre, Paris, France. Cette œuvre est rare. D’abord, c’est un émail, fait par un des grands experts de Limoges, au 16e siècle. Et elle présente la scène (Jn 6, 8-9) où André sert d’intermédiaire entre un garçon qui a quelques pains et poissons et Jésus. L’enfant les remet à André qui les remet à Jésus. André est au centre de l’œuvre. La suite est aussi présentée, la multiplication des pains et la distribution aux gens; et André est actif.
  1. Le Caravage, La vocation de saint Pierre et saint André, c.1603-1606, Coll. Royale, Buckingham Palace, Angleterre. Ce tableau suscite plusieurs questions. On voit Pierre à gauche, avec des poissons en mains, André au milieu, et Jésus à droite, imberbe comme dans la tradition antique. Ou bien s’agit-il de trois apôtres : Pierre, André et Jean? Et quelle est la scène évangélique? L’appel des pêcheurs : mais ils ne sont pas dans leur barque. L’appel d’André et d’un autre en Jean 1,35-40 : mais que fait Pierre qui n’était pas là? En tout cas, André au centre a l’air bien pensif : Dans quoi je m’embarque? Ou trouve-t-il que son frère Pierre prend trop de place? Autre question : cette œuvre est-elle de Caravage ou d’un disciple, ou est-ce une copie? La question est encore débattue, pour ce tableau d’un peintre italien hors-la-loi, aux mains d’une famille royale célèbre

5. Le Caravage, Le crucifiement de saint André, c.1607, Metropolitan Museum of Art, États-Unis. On retrouve l’art du Caravage, avec ses ombres et lumières, ses personnages vivants, son sens dramatique. C’est une descente de la croix orthogonale, le début du détachement d’André. L’homme en armure et au chapeau de plume, en bas à droite, pourrait être le Comte de Benevente, un espagnol vice-roi de Naples, qui a commandité l’œuvre. À gauche, une femme âgée, figure fréquente dans l’art du Caravage, comme un témoin attentif. À gauche de l’homme en armure, un espace libre, pour le spectateur.

6. Yoan de Gabrovo, icône, 19e siècle, Hadzhi Nikoli Inn Museum, Veliko Tarnovo, Bulgarie. On attribue à André des voyages en Bulgarie où il aurait prêché l’évangile et formé des communautés. Cette superbe icône exprime cet attachement à Saint André.

7. Vitrail, 1945, Chapelle Saint-André, Église Saint-Eustache, Paris, France. Ce beau vitrail fait partie d’un ensemble commandité par la Société de la charcuterie française, fondée en 1809, dont les saints patrons sont André et Antoine et qui célèbre dans cette chapelle. Deux attributs d’André sont soulignés : le filet, qui rappelle son métier, et la croix, qui évoque son martyre.

8. Harry Anderson, L’appel de Pierre et André, c.1960-1970, Church History Museum, Salt Lake City, États-Unis. Cet artiste américain de l’Église Adventiste du 7ème Jour a aussi fait plusieurs œuvres pour l’Église des Saints-des-Derniers-Jours (Mormons). Cette toile, avec son style réaliste et très vivant, rend bien le contexte de cet appel de pêcheurs en plein travail. André est le grand gaillard, debout dans la barque.

9. JesusMafa, c.1975, Collectif pour la catéchèse, Cameroun. La scène est inculturée en contexte africain, avec le village, le paysage et les personnages. À droite Jean Baptiste, en retrait, et à gauche Jésus. Les deux disciples de Jean Baptiste se dirigent vers Jésus, qui leur dit, comme sa main l’indique : Venez et voyez.

10, Cerezo Barredo, 1999, site servicioskoinonia.org/cerezo/indexAgraf.html. Ce clarétain espagnol a travaillé dans plusieurs pays d’Amérique latine. Son œuvre met en relief le peuple, ses espoirs et ses luttes. Il a été surnommé le peintre de la libération. Il a illustré tous les dimanches du cycle liturgique. Ici, nous voyons Jean Baptiste à l’arrière et Jésus à l’avant; entre eux, les deux premiers disciples, dont André et l’autre non-identifié en Jean. Le récit est actualisé : les disciples sont deux jeunes, un garçon et une fille. Ou demeures-tu? demandent-ils à Jésus, qui leur répond : Venez et voyez.

11. Berna, 2017, site évangile-et-peinture, Suisse. Les œuvres de Bernadette Lopez couvrent aussi tous les dimanches du cycle liturgique, avec un grand sens des couleurs. Jean Baptiste indique Jésus à ses deux disciples. Ils vont laisser Jean Baptiste et suivre Jésus.

12. Francis Hoyland, Voici l’Agneau de Dieu, 2009, Angleterre. Cet artiste originaire de Birmingham a réalisé plusieurs œuvres sur la vie du Christ. Ici, Jean Baptiste désigne Jésus comme l’Agneau de Dieu à ses disciples qui se dirigent alors vers Jésus, accompagnés d’un chien. Jésus se tourne vers eux. La scène se passe au bord de l’eau. La suite nous appartient …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Jésus appelle les pêcheurs André et Simon. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Duccio di Buoninsegna.
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André, un modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Lippo d’Andrea.
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Rencontres avec Jésus – Jean le Baptiste

Le baptême de Jésus par Jean Baptiste, illustration librement inspirée d’une peinture de Joachim Patinir

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers du regard que Jean Baptiste pose sur Jésus!

JEAN LE DÉRANGEANT : Luc 3, 10-22

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 3

10 Les foules lui demandaient : « Que devons-nous donc faire ? »

11 Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »

12 Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? »

13 Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »

14 Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »

15 Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ.

16 Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.

17 Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

18 Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

19 Hérode, qui était au pouvoir en Galilée, avait reçu des reproches de Jean au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère, et au sujet de tous les méfaits qu’il avait commis.

20 À tout cela il ajouta encore ceci : il fit enfermer Jean dans une prison.

21 Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit.

22 L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Une voix se fait entendre. Elle nous parle de partage, de justice, de non-violence. C’est la voix d’un prophète radical et libre, qui vient réveiller et déranger. Jean le baptiseur, Jean le dérangeant, Jean à la parole qui parle vrai. Il vient aussi encourager, redonner courage, car il annonce quelqu’un à venir, quelqu’un à attendre comme la réalisation d’une promesse.

Des gens vont à lui avec des questions sur leur vie. Que faire? Comment vivre dans ce monde confus et agité? Il entend ces questions, les quêtes et souffrances qu’elles expriment. Ses réponses sont claires et honnêtes et elles vont à l’essentiel. En même temps, il fait plus que proposer des pistes pour vivre. Il annonce quelqu’un et il ne se prend pas pour cet autre qui ira plus loin que lui. Il prépare sa venue. Et la meilleure façon de se préparer à recevoir cette grande visite, c’est une pratique de partage, de justice, de non-violence. Ainsi, il ouvre un avenir à espérer.

Prophète radical, Jean critique vivement les puissances politi­ques et religieuses, mais il accueille à sa suite les gens de toutes classes et origines, qu’ils soient publicains, pharisiens, prosti­tuées, étrangers. Jean s’attend à ce que le Messie qui doit venir agisse avec puissance et fracas. Le grand ménage s’en vient. Attention, ça va chauffer, comme un feu qui purifie. Le temps des mensonges et de la corruption arrive à sa fin. Aux gens qui désespéraient d’un changement, il annonce un revirement de situations. Plus tard (Lc 7,18-19), il sera surpris par l’approche de Jésus, différente de la sienne.

Jean baptise Jésus. Le baptême comme tel n’est pas raconté. Tout se passe après le baptême, en Luc de même qu’en Mt et Mc; en Jn, il n’y a pas de récit du baptême mais le témoignage de Jean Baptiste (Jn 1,32-34). Jésus, à ce moment-clé de sa vie, est en prière. Comme il le sera en Luc à tous les moments importants de sa vie, du choix des disciples à l’abandon au Père sur la croix, de la gloire sur la montagne de la transfiguration à l’épreuve au mont des Oliviers. Jésus est lié à son peuple, il n’est pas un spirituel concentré sur sa seule aventure personnelle. Il est baptisé par Jean, il entre avec son peuple dans ce mouvement de renouveau. Le ciel s’ouvre: cela signifie que la communication est rétablie entre la terre et le monde de Dieu. Et tout cela est approuvé par les plus hautes autorités, avec la présence de l’Esprit évoquée par une colombe et celle du Père suggérée par la voix, qui est celle des Écritures, citant Is 42,1 ou le Ps 2,7.

Jean a initié un mouvement religieux qui a marqué les origines de notre foi chrétienne. Jésus lui-même a été influencé par lui, par sa parole, par son baptême, par son appel à la conversion. Il a commencé sa vie publique comme disciple de ce Jean. Il suivra sa propre voie, unique, mais il reprendra plusieurs aspects du message et du style de Jean : l’annonce du Règne de Dieu, son ouverture à toute personne, son attention aux pécheurs et aux exclus, et sa liberté. Ainsi, Jésus lui-même va s’inscrire dans une lignée, pour aller plus loin encore.

La figure de ce Jean surgit aussi de notre propre mémoire, de notre histoire, car il est patron des Canadiens-français et sa fête est même devenue fête nationale. Mais ce Jean des évangiles n’est pas un enfant frisé et gentil, un doux berger. Sa peau est rude, marquée par les vents et le souffle du désert. Il est un adulte, prophète, audacieux et libre. Courageux devant les pouvoirs, il ne cèdera pas face aux conformismes et il en paiera le prix de sa vie, comme celui-là même qu’il annonçait. Homme de parole, homme de la Parole, il est l’une des figures les plus for­tes de la Bible, tant dans ses grandeurs que dans ses faiblesses. Peut-être sa vigueur effraie-telle nos spiritualités toutes intérieures et confortables ou risque-t-elle de mettre en désordre nos petits mondes bien ordonnés, où tout doit être tranquille et harmonieux ?

Voici une figure dérangeante, réveillante, qui vient nous sortir de nos habitudes et de notre indifférence. Et si nous laissions sa voix, qui vient de nos origines et du plus profond de nous, nous toucher quelque part, là où notre cœur est froid et notre tête confuse, là où nous sommes engourdis. Nous qui aujourd’hui nous inscrivons dans cette longue lignée, comme croyants, et aussi comme citoyens d’une culture dont le patrimoine n’est pas seulement ou d’abord fait de pierres et de documents, mais de convictions sur la dignité de la vie humaine, d’une ouverture face à plus grand que nous et d’une attente face à l’avenir. Nous pouvons nous demander : En quoi l’appel de Jean le Baptiste me dérange-t-il ? À quel changement m’invite-t-il? Et en quelles voix aujourd’hui sa voix se fait-elle entendre?

Images de Jean Baptiste

Dans les arts visuels, on trouve plusieurs figures de Jean le Baptiste : prêchant aux foules et parfois leur pointant du doigt Jésus qui vient; baptisant des gens, souvent dénudés, prêts à entrer dans l’eau ou en sortant; baptisant Jésus, seul avec lui ou entouré. D’autres œuvres montrent seulement Jean Baptiste, comme figure importante, surtout en sculpture et vitrail. Son style d’habit indique qu’il est un homme du désert, dépouillé, un prophète.

Dans le récit du baptême, avec Jean et Jésus, deux autres figures sont présentes : l’Esprit, symbolisé par une colombe, ce qui est plus simple à montrer; le Père, par la voix des cieux (celle des Écritures) mais sans visage; il est rarement évoqué.

Les lieux rattachés à Jean sont le désert et le fleuve Jourdain. Plusieurs artistes ont mis en scène des foules, avec des personnages illustrant la diversité des gens qu’il attirait, dans des paysages qui varient, du rocailleux au bucolique.

Dans ses attributs, objets ou signes qui indiquent sa vie et son identité, on trouve le bâton, celui du pèlerin, du marcheur, et souvent l’agneau à ses pieds. Jean a dit : Voici l’agneau de Dieu (Jn 1,29) en désignant Jésus. Cet agneau signale son rôle de précurseur, d’annonceur du Messie. Mais cet agneau a donné naissance à des quiproquos ou du moins des confusions, faisant de Jean un berger!

Dans l’iconographie de Jean Baptiste, d’autres scènes sont aussi présentes : Jean enfant avec son cousin Jésus; sa mort tragique (il est décapité); au pied de la croix avec Marie, les deux figures qui font le lien entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Mais elles ne sont pas incluses ici.

Voici quelques œuvres montrant certains des aspects soulignés.

  1. Mosaïque, fin du 5e siècle, coupole, Baptistère des Aryens, Ravenne, Italie. La figure de Jésus est celle d’un jeune homme imberbe, fréquente dans l’Antiquité. Sa nudité est une affirmation théologique, celle de l’humanité de Jésus. Jean pose la main sur sa tête; l’Esprit, la colombe, verse de son bec une huile d’onction. L’homme âgé à gauche, qui verse l’eau depuis une outre, personnifie le fleuve Jourdain; c’est une figuration courante dans la culture antique et intégrée ici. La voix du ciel n’est pas évoquée. La scène est entourée du cercle des apôtres, chacun avec la couronne de gloire.
  1. Herrade de Landsberg, miniature, c.1167-1185, Hortis Deliciarum, Strasbourg, France. Cet ouvrage (Jardin des Délices) est la première encyclopédie réalisée par une femme, l’Abbesse Herrade de l’Abbaye Mont St-Odile en Alsace. Elle a aussi fait les miniatures. Aux éléments semblables à l’œuvre précédente, s’ajoutent des anges en service, une colonne avec la croix et le Père évoqué en haut par les mains du demi-cercle. Le fleuve Jourdain est présent mais en plus petit, dans l’eau. Jésus est vraiment plongé dans l’eau, jusqu’au cou!
  1. Andrea Pisano, bronze, 1330, porte-sud, Baptistère de Florence, Italie. Cette porte du baptistère dédié à Jean Baptiste, patron de Florence, comprend dix scènes de sa vie. Au baptême, on retrouve des éléments des œuvres de l’Antiquité. Jésus est un adulte barbu, autre figure présente aussi aux 5e-6e siècles. Un ange à gauche est en service.
  1. Paolo Veronese, c.1562, Galerie Borghese, Rome; c.1583, Palais Pitti, Florence, Italie. Dans l’œuvre à gauche, le maître vénitien montre Jean prêchant à des gens et indiquant Jésus qui vient. Il porte un étendard sur lequel est écrit Ecce (Voici). Des femmes sont présentes; près de l’épaule de celle agenouillée, un enfant nous regarde. Dans l’œuvre à droite, Jésus agenouillé et costaud reçoit le baptême; avec des anges en service, une femme qui regarde Jean, une colombe rayonnante. Dans les deux œuvres, les vêtements sont élaborés et les scènes encadrées par des arbres.
  1. Alexander Ivanov,1837-1857, Galerie Tretyakov, Moscou, Russie. Ivanov a peint plusieurs scènes bibliques; celle-ci est son œuvre majeure, longtemps travaillée : L’apparition du Christ au peuple. On y voit des gens d’âge et de condition diverses venir à Jean, incluant soldats et pharisiens; et certains se font baptiser. À la gauche de Jean Baptiste, qui tient une croix, trois futurs apôtres (Jean, André, Nathanaël). Jean montre le Christ qui s’approche, dans un vaste paysage qui le fait ressortir
  1. James Tissot, c,1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. L’œuvre à gauche montre Jean prêchant dans un décor désertique et indiquant à la foule Jésus qui vient. Tissot, un artiste français qui a vécu en Terre sainte, est attentif aux paysages et au contexte. À droite, dans le baptême au Jourdain, Jean est vu de dos : l’accent est ainsi mis sur Jésus, la figure centrale. Ces approches expriment picturalement la position et la parole de Jean.
  1. Statuette, carton, 19ème siècle, Musée national des Beaux-Arts du Québec, Québec, Canada. Voici une figure qui fut présente depuis la fin du 19ème siècle dans les processions de la St-Jean-Baptiste au Canada-français le 24 juin. Un enfant mignon, avec un agneau, comme s’il était un petit berger. Le contraste est grand avec l’œuvre qui suit.
  1. Pablo Gargallo, bronze, 1933, jardin du Baltimore Museum of Art, États-Unis. Ce sculpteur catalan, marqué par le cubisme, fut un innovateur influent. Cette œuvre, sa dernière avant sa mort, s’intitule : Le Prophète. Elle exprime avec force la passion et la radicalité de Jean, bouche ouverte, qui appelle au changement et annonce le jugement.
  1. Jeanne Vanasse, polyptique, 1996, Cathédrale St-Jean-Baptiste de Nicolet, Canada. Cette religieuse des Sœurs de l’Assomption, pionnière en arts visuels et maintenant centenaire, a présenté ainsi son œuvre : « Comme le Mystère Pascal, le Baptême est centré sur la croix et la résurrection où Jésus apparaît comme Ressuscité, habillé d’eau et de lumière … L’humanité se remet en marche vers le fleuve aux purifiantes eaux au-dessus desquelles plane l’Esprit-Saint. »
  1. John Nava, tapisseries, 2002, Cathédrale de Los Angeles, États-Unis. Ces cinq tapisseries de 14 mètres de hauteur, d’un artiste californien, sont au-dessus du font baptismal de cette nouvelle cathédrale, la plus grande des États-Unis. Au centre de cette œuvre impressionnante, à la fois simple et spectaculaire, Jean et Jésus, et l’eau. Et vers le haut, des formes circulaires, évoquant le mystère d’une Présence …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Le baptême de Jésus par Jean Baptiste. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Joachim Patinir.
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Rencontres avec Jésus au temple

Jésus à l’age de 12 ans, au milieu des docteurs de la loi. Image librement inspirée d’une ancienne illustration.

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de l’accueil des docteurs de la loi, lors du recouvrement de Jésus au temple.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 2 , 40-52

40 L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

41 Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque.

42 Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume.

43 À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents.

44 Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances.

45 Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher.

46 C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions,

47 et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.

48 En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! »

49 Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »

50 Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.

51 Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements.

52 Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.


DES PARENTS, DES MAÎTRES, ET UN ADO

Par Daniel Cadrin, o.p.

Commentaire de l’Évangile

Le récit de Luc nous parle d’un jeune et de ses parents, d’un jeune en fugue et de ses parents inquiets. Deux trajectoires sont présentées. Un enfant arrive à l’âge de la maturité (12 ans), de la responsabilité personnelle. Il prend distance par rapport à sa famille; il quitte l’enfance et prend son propre chemin, qui le mène au Temple de Jérusalem.

Au temple, Jésus est assis au milieu des maîtres, les didascales, spécialistes des Écritures et de la Loi; il les écoute et les interroge, écrit Luc. Mais lui aussi répond à leurs questions : Tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur l’intelligence de ses réponses. En un lieu si solennel et avec un tel auditoire, le jeune Galiléen n’a pas l’air égaré ou intimidé; il se débrouille très bien!

Pendant ce temps, des parents pieux, qui font le pèle­rinage annuel à Jérusalem, se mettent à la recherche de cet enfant, pourtant un bon garçon, qu’ils ont perdu dans la foule et qui les a laissés sans même les avertir! Ils sont angoissés, quel parent ne le serait pas? Et quand ils le trouvent, après trois jours d’appréhension, ils sont stupé­faits: qu’est-ce que leur petit fait là avec les Maîtres?

Les retrouvailles donnent lieu à un affrontement: la mère demande pourquoi? Elle cherche la motivation de la fugue mais elle l’interprète comme un geste posé contre eux, les parents, dont elle met en évidence la souffrance. Le fils est vu comme un enfant qui leur appartient, qui ne se situe que par rapport à eux, sans vie propre. Le fils répond par un autre pourquoi qui exprime sa prise de distance, brisant le rapport de possession et créant un nouvel espace. Il a maintenant sa propre aventure à vivre, reliée à un autre Père et à une autre maison, le Temple. Toutefois, la rencontre ne se termine pas par une rupture. Les parents ne comprennent pas mais la mère garde les évé­nements dans la mémoire du coeur. Le jeune demeure dans la dépendance des parents (v.51). Mais sa croissance continue, physique, morale et religieuse, refrain qui encadre ce récit (v, 40 et 52).

Voilà un récit familier, celui d’un jeune qui advient à sa propre vocation, qui vit le passage vers une vie qui est sien­ne et commence à sortir de l’orbite familiale; il s’aventure à discuter à égalité avec des adultes savants. Et celui de parents qui réagissent comme bien des parents: ils sont inquiets, ils ne saisissent pas trop leur jeune et ils doivent apprendre à s’en détacher, à le laisser suivre sa route. Mais alors que vient faire ce texte dans l’évangile de Luc? Simple anecdote sur le développement psycho-religieux de Jésus, avec l’admiration des maîtres et la confusion des parents? Cela est présent mais secondaire dans la perspective de cet évan­gile. En regardant le récit avec attention, on s’aperçoit qu’il fourmille d’indices qui en font plus qu’une anecdote: c’est un récit proprement évangélique, qui parle de Jésus et d’un autre passage.

Cette histoire met ensemble plusieurs thèmes essentiels en Luc. Les lieux et temps sont significatifs: Jérusalem et le temple, la fête de la Pâque; à cette occasion, la population de la ville doublait. L’évangile de Luc commence au temple à Jérusalem (1,9) et s’y termine (23,54). Le contexte de la fugue est celui du pèlerinage à Jérusalem: l’évangile est structuré autour de la montée de Jésus à Jérusalem, i.e. de la route qui mène à la passion. Le sommet de cette montée aura comme temps la fête de la Pâque; notre récit d’ailleurs fait même allusion aux trois jours pour retrouver Jésus perdu. La première parole de Jésus en Luc (2, 49) est ici et elle parle de son Père : Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père?  Et quelle sera la dernière parole de Jésus en Luc (23,46) ? « Mon Père, entre tes mains je remets mon esprit », lors de l’autre Pâque à Jérusalem.

Le récit de Luc est ainsi plus qu’une histoire touchante. Au moment où Jésus entre dans le début de sa vie adulte, Luc nous fait entrevoir, en une sorte d’anticipation, son iden­tité et sa mission, sa vocation profonde. Comme une première saisie du chemin qu’il prendra et suivra jusqu’au bout, d’une Pâque à l’autre, dans la fidélité à son Père. Une nou­velle famille en naîtra, enfants d’un même Père, famille de ceux qui cherchent Jésus et le trouvent au jour de résur­rection. Famille universelle, rassemblant dans la maison du Père tous ceux, frères et sœurs, qui écoutent la Parole et la mettent en pratique (8,21); famille pouvant même inclure des maîtres et des parents!

Après la lecture de ce récit, je peux me demander ce qui me rejoint particulièrement dans ces situations et dans les réactions des parents et des maîtres. Et qu’est-ce que ce récit m’aide à mieux saisir de Jésus et de son parcours? Mais aussi, si j’étais présent-e à ces échanges au temple, parmi les maîtres, quelle question je poserais à Jésus?

Images

Même si les œuvres à propos de ce récit ne sont pas surabondantes, elles sont présentes depuis le Moyen Âge. Au 19e siècle, avec les courants intéressés au contexte et à l’histoire, le cadre du temple est bien développé. Au 20e siècle, cette scène se retrouve dans plusieurs ouvrages religieux pour les jeunes, car voici un Jésus qui n’est ni un enfant ni un adulte et en qui ils peuvent se reconnaitre.

Le récit se passe dans le Temple de Jérusalem, au moment de la grande fête de Pâque, ce qui est intéressant au plan artistique. Le temple peut être montré avec maints détails : l’architecture, les colonnes, les gens et les activités à l’intérieur, la vie autour de ce lieu central pour la vie religieuse, sociale et économique de Jérusalem. Il peut aussi être seulement évoqué. Et plus rarement, il est absent, pour des raisons liées au contenu ou au style.

Dans cette scène, à part le temple, nous avons trois personnages : Jésus, les parents, les maîtres. Les œuvres varient dans leur choix : elles montrent Jésus et les parents, ou Jésus et les maîtres, ou même les trois! Jésus est âgé de 12 ans, mais il n’en a pas toujours l’air. On peut noter sa posture et ses expressions, comme aussi sa coupe de cheveux et son habillement, ce qui compte pour un ado!

Dans ses échanges avec les maitres, ceux-ci peuvent être en cercle autour de lui, suggérant des discussions animées. Ou Jésus peut être placé devant eux, comme à un examen devant des autorités, une soutenance de thèse! Ou au-dessus d’eux, comme étant lui-même un maître. Les réactions diverses des maitres sont souvent exprimées : l’intérêt, la curiosité, la surprise, l’interrogation, la méfiance, … On peut deviner la mise à distance devant ce petit jeune qui leur fait la leçon ou encore le plaisir de la conversation avec un jeune qui saisit vite. Les enseignants comprennent bien ces réactions! Les habits des maitres indiquent la façon dont on imaginait ou projetait l’allure des docteurs de la Loi.

Dans le dialogue avec les parents, ceux-ci habituellement se montrent préoccupés, comme le texte l’indique, car ils peinent à comprendre leur jeune.

Voici des œuvres d’époques et de styles différents.

  1. Duccio di Buoninsegna, 1308-1311, Museo dell’Opera del Duomo, Sienne, Italie. Ce grand peintre siennois est marqué par l’art byzantin mais aussi par les nouveaux styles de Giotto et Cimabue. Les parents sont bien présents à gauche, mains levés, surpris et questionnant. Les maitres, avec un air perplexe, sont situés de chaque côté de Jésus, qui est légèrement au-dessus d’eux. Le temple, avec ses colonnes, a une structure d’édifice médiéval, avec un très beau carrelage et même des statues!
  1. Simone Martini, 1342, Walker Art Gallery, Liverpool, Angleterre. Cet autre artiste siennois a été élève de Duccio. Ici, il n’y a que la sainte famille et pas de décor. Jésus, bras croisés, visage fermé, a le maintien d’un ado qui s’affirme, un peu buté, qui se tient droit devant Marie, qui a un livre à la main et l’autre main tournée vers Jésus. Joseph, l’air très inquiet, une main sur l’épaule de Jésus et l’autre vers Marie, sert de médiateur entre le jeune et la mère! Il négocie une réconciliation. Voici une image ancienne, médiévale, mais plus naturelle et expressive que bien des oeuvres modernes.
  1. Paolo Veronese, c.1566-1567, Musée du Prado, Madrid, Espagne. Ce célèbre peintre de Venise a un grand sens des couleurs et du mouvement. Le temple est impressionnant, solennel. Jésus est nettement le maitre qui enseigne, assis plus au-dessus qu’au milieu; et il n’a plus l’air d’un enfant. Les maîtres sont en interaction, la scène est animée. On devine les parents qui arrivent à l’arrière.
  1. William Holman Hunt, 1860, Birmingham Museum, Angleterre. Ce peintre londonien est un des fondateurs du mouvement pré-raphaélite, attentif au naturel, aux symboles, et aux détails. Nous sommes en plein temple. On voit les diverses réactions des maîtres et en même temps le dialogue entre Jésus et ses parents. À droite, à l’entrée du temple, la ville de Jérusalem, un mendiant, des ouvriers; et en haut, une colombe qui fait son entrée. Voici une œuvre complexe, très riche et suggestive.
  1. Vasily Polenov, 1896, Galerie Tretyakov, Moscou, Russie. Cet artiste russe, marqué par Véronèse, a peint plusieurs scènes des évangiles avec vivacité et profondeur et un souci du contexte historique. Jésus, au centre, attentif et assis sur le sol, est entouré des maitres, assis comme lui et intéressés, dont l’un est dur d’oreille! Ici et là dans le temple, des gens sont occupés à leurs propres activités. À droite, des chaussures au sol, la ville de Jérusalem; puis Marie qui arrive, entre deux colonnes, suivie de Joseph.
  1. Harry Anderson, c.1950-1960, États-Unis. Les œuvres de ce peintre de l’Église adventiste, avec son style réaliste et vivant, sont très utilisées par les Églises américaines. Les maîtres entourent Jésus, qui semble bien jeune; ils sont intéressés et engagés dans la conversation. Celui qui se tient debout à droite est plus interrogatif.
  1. Jacques le Scanff, La Bible pour les jeunes. La nouvelle alliance, Cerf, 1967 (1981, 2e édition). Cet artiste français a illustré l’ancienne et la nouvelle alliance de cette Bible, avec des textes du fr. A.-M. Cocagnac, o.p., bibliste et chansonnier. Les personnages sont plus actualisés et proches, pour rejoindre un public jeune. La relation entre Jésus et les maîtres est sympathique, fidèle au texte de Luc. Un des maîtres a un rouleau des Écritures à la main. Les parents arrivent à l’arrière.
  1. Éric de Saussure, Bible illustrée, Presses de Taizé, 1968. Ce frère de Taizé a fait aussi des peintures et vitraux, alliant simplicité et force d ’expression. Le contraste est frappant entre Jésus, petit et charmant, et les maîtres, devant lui et imposants, qui ont des expressions diverses (intérêt, perplexité), l’un interrogeant Jésus avec un texte en main. Contraste du rouge et du noir, avec le blanc qui sert de trait d’union entre les maîtres, Jésus et la Parole.

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Selon notre expérience, une des meilleures façons de se plonger dans le vécu de cette rencontre, c’est de la dessiner. Peu importe la manière, quelques traits et un peu de couleur peuvent suffire. Que l’on copie, trace ou colorie un modèle, l’important est de prendre un temps d’intériorité pour se familiariser avec le sujet. Aucun besoin d’avoir de l’expérience, il n’est pas ici question de performance artistique ni d’habileté. C’est une activité de contemplation à laquelle le dessin nous convie.

Vous pouvez utiliser une des images publiées dans cet article comme source d’inspiration, ou consulter les nombreuses images disponibles sur Internet sur le thème « Recouvrement de Jésus au temple », ou encore imprimer les modèles simplifiés ci-dessous pour les tracer et les colorier.

Jésus à l’age de 12 ans, au milieu des docteurs de la loi. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une ancienne illustration.
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Jésus à l’age de 12 ans, au milieu des docteurs de la loi. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Franz Von Rohden.
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