Rencontres avec Jésus – Jean, le disciple bien-aimé

Jean à Patmos, une réactualisation libre d’une peinture de Hans Memling

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de Jean, le « disciple qu’il aimait »!

LE DISCIPLE ANONYME ET AIMÉ : Jean 19, 25-27; 20, 1-10

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 19

25 Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 20

01 Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

02 Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »

03 Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.

04 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.

05 En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.

06 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,

07 ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.

08 C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.

09 Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

10 Ensuite, les disciples retournèrent chez eux.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Dans l’Évangile de Jean, un disciple important et actif n’a pas de nom. Mais il a un surnom : aimé de Jésus. Cela indique qu’il est à la fois une figure historique, membre du groupe des Douze, mais aussi une figure symbolique, à laquelle le lecteur est invité à s’identifier. Il est comme un modèle qui nous est proposé. Qui est-il? La tradition l’a identifié à Jean, un des premiers appelés, avec son frère Jacques, dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc). Les deux frères y sont des pêcheurs, fils de Zébédée (Mt 4,21). Jésus les a surnommés les ‘fils du tonnerre’ (Mc 3,17), et pour cause! Ils sont fougueux et un peu obsédés par le contrôle et le pouvoir. Mais, avec Pierre, ils font partie des intimes de Jésus (Mc 5,37; 9,2; 14,33). Cet apôtre Jean, bien identifié, aura droit à une chronique.

Mais ici attardons-nous au disciple anonyme, dit le bien-aimé, dans Jean, en mentionnant quelques traits puis en portant attention à deux textes. À la dernière scène (Jn 13,23), il est tout proche de Jésus et de Pierre. Au pied de la croix (19,26), il est avec la mère de Jésus. Au matin de Pâques (20,2), il court vers le tombeau avec Pierre. À l’apparition du Ressuscité au bord du lac (21,7), il reconnait le Seigneur et le dit à Pierre; dans ce récit de pêche, parmi les sept disciples présents, les fils de Zébédée sont mentionnés (21,2), sans nom. Plus loin (21,20), Pierre interroge Jésus sur ce disciple, qui est présenté par les rédacteurs comme un témoin qui a écrit (21,24). Il est aussi question d’un autre disciple (18,15), non-nommé, qui est avec Pierre au moment de la Passion. À noter : le lien avec Pierre ressort de ces textes, ce qui joue pour identifier le disciple à l’apôtre Jean. Dans l’Évangile et les Actes des Apôtres de Luc, le lien entre Pierre et Jean est bien souligné.

Au pied de la croix (Jn 19, 25-27)

Près de la croix, le disciple aimé de Jésus se tient avec la mère de Jésus et trois autres femmes, dont deux s’appellent Marie. Par ailleurs, en Jean, la mère de Jésus, comme le disciple, n’a pas de nom. La mère était présente, avec les disciples, au premier signe de Jésus à Cana (2,1-2); elle est là aussi pour la finale. Juste avant de partir, Jésus montre encore son attention aux siens. Il les confie l’un à l’autre : voici ton fils, voici ta mère. Le disciple et la mère reçoivent une responsabilité : celle de prendre soin de l’autre. Cela dépasse les figures historiques de Marie et de Jean. Il s’agit de l’Église qui va enfanter des disciples. La suite de Jésus ne se vit pas dans l’isolement mais avec d’autres, dans l’expérience communautaire. De qui suis-je particulièrement responsable?

Alors que les autres disciples sont disparus du paysage, quelques personnes demeurent fidèles au poste, elles ne s’enfuient pas. Face à la condamnation de Jésus par les autorités politiques et religieuses et à la foule qui veut un lynchage, elles ont le courage de se tenir près de Jésus, debout (v.25) et solidaires. En cela, le disciple est vraiment un modèle proposé au lecteur. Et moi, qui ai envie de m’enfuir devant bien des difficultés et défis, en quoi ce disciple peut-il prendre mon visage?

La course au tombeau (Jn 20, 1-10)

Voici des gens qui courent, autour d’un tombeau vide. Des courses qui mènent à des réactions différentes. Ils ne voient pas la même chose. Marie de Magdala aboutit à un constat d’ignorance et de surprise: nous ne savons pas. Pierre ne voit qu’un tombeau vide et des objets sans signification: il ne comprend pas. Mais l’autre disciple, celui que Jésus aimait, voit autrement ces mêmes réalités: ces signes le mettent en marche sur la route de la foi, du regard croyant, lui justement qui court plus vite. Ils sont en mouvement autour d’un lieu où ne se trou­vent que des bandelettes posées et un linge roulé: signes à la fois d’une absence et d’un ordre nouveau, indices d’une rupture dans l’ordre habituel du monde.

Ce drôle de récit est à la fois familier et étrange. Nous connaissons la course, nous qui courons d’un lieu à l’autre, d’une expérience à l’autre, en quête de biens, de relations et de sens à nos vies. Nous qui courons souvent en rond, autour de mor­ceaux de sens, de souvenirs décousus, de projets fragiles, dont nous ignorons la portée et que nous ne comprenons pas. Pourtant, dans le récit de Jean, ce qui interroge le regard pour qu’il s’ouvre, ce qui provoque à croire, ce sont des signes ténus, des presque rien. Ces signes déconcertants viennent briser l’ordre prévisible et appellent à voir autrement, par-delà les horizons habituels qui nous enferment dans la résignation ou l’indifférence. Dans notre monde, des signes nous sont donnés de la présence du Christ vivant; mais ce ne sont pas des preuves. Seul le regard attentif et aimant, comme celui du disciple aimé, peut y voir les indices d’une présence et non d’une absence. Quels signes de ce genre nous entourent, nous invitant à dépasser l’incompréhension et l’ignorance pour entrer dans un nouvel horizon, celui du croire?

Certaines personnes courent plus vite, comme l’autre disciple, entrainées par l’amour et éclairées par l’Écriture. Elles savent découvrir dans des détresses cachées, dans des coins du monde périphérique, dans des visages travaillés par la vie, les traces d’un relèvement. À l’aube, alors qu’il fait encore sombre, courons pour accueillir une bonne nouvelle, surgie de nos fragilités et relevant notre espérance.

Images du disciple bien-aimé

De même que Pierre a des traits reconnaissables dans l’iconographie (cf. chronique antérieure), le disciple bien-aimé lui aussi est bien campé. Son trait principal est clair : il est jeune. Pourquoi? Dans la finale de l’Évangile de Jean (21,20-23), une longue vie lui est attribuée. La tradition a identifié ce disciple à l’apôtre Jean, considéré comme ayant vécu longtemps, jusqu’à la fin du premier siècle. Donc, au moment de devenir disciple de Jésus, il devait être jeune! On lui donne souvent des traits fins, un visage imberbe, des cheveux longs, pour indiquer non seulement sa jeunesse mais aussi la sensibilité spirituelle et l’esprit perspicace propres au disciple bien-aimé en Jean. Ce qui est très différent de l’image, à première vue plus brutale et obtuse, qui ressort de la figure de Jean, frère de Jacques, fils du tonnerre, dans les évangiles synoptiques (Lc 9,49.54).

Au pied de la croix, le nombre de femmes peut varier, selon l’interprétation qu’on fait de Jean 19,25. Souvent, seuls la mère et le disciple sont présents. Jésus, parfois montré, est celui qui parle dans ce récit, où il les confie l’un à l’autre. Quelle est leur attitude, qui peut se situer avant, pendant ou après cette parole : l’inquiétude, la compassion, l’attention, la surprise, la tristesse, …. Comment sont-ils situés par rapport à Jésus et l’un à l’autre? Côte à côte, de chaque côté, … Quel est l’âge suggéré par le visage de la mère et du disciple?

(À ne pas confondre avec une autre tradition iconographique au pied de la croix, celle de Marie et Jean-Baptiste, deux figures à la frontière de la première et de la nouvelle alliance, préparant la venue du Christ. Ce Jean est reconnaissable : barbe, habit, bâton, … )

Pour la course au tombeau, le moment dans le récit peut varier : la course elle-même, l’arrivée au tombeau, l’entrée. Qu’est-ce qui caractérise les figures et les postures de Pierre et du disciple? Marie de Magdala, la première à courir, est-elle présente?

Voici quelques œuvres montrant ces deux scènes :

  1. Mosaïque, c.1130, abside, Église San Clemente, Rome, Italie. Voici une œuvre magnifique et impressionnante. La mère et le disciple, Marie et Jean, sont de chaque côté de la croix, sur laquelle sont posées douze colombes, évoquant les apôtres. Cette croix est entourée de plantes et de fleurs, d’oiseaux et d’animaux, comme une nouvelle création. Elle est source de vie et d’eaux vives. Nous sommes loin du sombre Moyen Age dont parlent nos médias.
  1. Fra Angelico (Giovanni di Fiesole), fresque, c. 1440-1442, cellule 43, Couvent San Marco, Florence, Italie. À gauche, la mère et le disciple sont rapprochés; Marie de Magdala est avec eux. Au centre, sur la croix, le Christ est montré dans son humanité fragile et donnée, comme il l’est fréquemment chez ce dominicain toscan dont l’art est sa prédication. La scène est dépouillée, sans décor. À droite, saint Dominique est en prière : le frère, dont c’est la cellule, peut s’identifier à lui et entrer dans la fresque. L’image ne se regarde pas en restant en extériorité. Elle est parole qui invite à avancer.
  1. Engelbert Mveng, Chemin de Croix XII, c.1960, Chapelle du Collège Hekima, Nairobi, Kenya. Ce jésuite camerounais, artiste et théologien, assassiné en 1995, s’inspire de différents arts traditionnels du continent africain. Dans ce chemin de croix, tous les visages sont des masques référant à des figures et fonctions. Les couleurs sont signifiantes : le noir pour la souffrance, le rouge pour la vie, le blanc pour le deuil.
  1. Michel Ciry, c.1960-1970, Musée Michel Ciry, Varangeville-sur-Mer, Normandie, France. Ce peintre-graveur était aussi compositeur de musique et écrivain. Son art est attentif à ce que vivent les personnes, figures solitaires et en quête. La mère et le disciple sont tournés vers Jésus, attristés mais proches l’un de l’autre. Une lumière les couvre.
  1. Richard Serrin, 20e siècle, site richardserrinart.com, États-Unis. Ce peintre de l’Illinois, marqué par la Renaissance, conjugue classicisme et contemporanéité avec originalité. Ici, Marie est vraiment une femme âgée, affectée par le drame mais solide. Une autre femme la soutient. Jean a l’air plus mûr et costaud que dans les figures habituelles.
  1. Macha Chmakoff, Mère, voici ton fils … voici ta mère, 21e siècle, site chmakoff.com, France. Cette artiste, psychanalyste et théologienne, a peint en abondance les scènes des évangiles, dans un style suggestif par ses couleurs, ses formes et sa lumière. La mère et le disciple se tiennent ensemble, différents et unis, devant la croix lumineuse, entourée de contours en mouvement.
  1. Miniature, c.1000, Évangéliaire d’Otton III, Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Allemagne. Cet ouvrage a été produit à l’Abbaye bénédictine de Reichenau, qui était à l’époque très réputée en Europe pour ses manuscrits enluminés. La scène se passe à l’entrée du tombeau, avec les signes offerts au regard. Les trois figures du récit sont présentes : Marie de Magdala, le jeune disciple et Pierre l’aîné.
  1. Benjamin West, c.1780, ébauche pour un vitrail de la Chapelle Saint-Georges, Château de Windsor, Angleterre. Ce peintre américain de la Pennsylvanie, réputé pour ses scènes historiques et bibliques, s’est installé en Angleterre en 1763 au service du roi. Il est célèbre au Canada pour son œuvre (1770) : La mort du Général Wolfe. Ici, la course est vive, avec le jeune disciple, énergique, légèrement en tête du vieux Pierre!
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français, qui a bien connu la Terre Sainte, a mis en images la majorité de scènes des évangiles. Ici, le jeune Jean arrive au tombeau le premier, mais il n’entre pas. Pierre suit, un peu essoufflé! Leurs corps et vêtements sont en mouvement. C’est l’aube et le tombeau est éclairé de l’intérieur.
  1. Eugene Burnand, 1898, Musée d’Orsay, Paris, France. Ce peintre suisse a été marqué par le mouvement naturaliste. Protestant fervent, il a fait plusieurs œuvres religieuses à partir de 1895. Celle-ci est son œuvre la plus célèbre. C’est aussi la plus utilisée pour illustrer le récit de la course. Les couleurs sont à la fois proches et contrastées. La course comme telle est montrée, en gros plan, avec les visages, les corps et les mains de Pierre et Jean, très expressifs.
  1. Henry Ossawa Tanner, c.1906, Art Institute of Chicago, États-Unis. Ce peintre afro-américain de Philadelphie, fils d’un pasteur militant, fut non seulement un pionnier dans son milieu, et il en paya le prix, mais aussi un artiste religieux profond. Ici, les deux disciples sont entrés dans le tombeau. Pierre a l’air perplexe et Jean est lumineux.
  1. Marko Yvan Rupnik, mosaïque, 2017, Basilique Notre-Dame, Genève, Suisse. Dans cette œuvre récente du jésuite slovène, on voit Pierre et Jean au tombeau, près des bandelettes. Pierre est en avant, comme dans le texte, et il s’interroge. L’autre disciple, celui qui voit et croit, a en main le rouleau de l’Écriture (20,9), qui ouvre le regard. …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à vous inspirer de l’un ou de plusieurs des dessins ci-dessous pour créer une image et y ajouter quelques mots pour exprimer votre perception du sujet.

Tracés simplifiés à tracer et à colorier, librement inspirés de peintures traditionnelles de l’art chrétien. Cliquer sur les images pour les agrandir et les sauvegarder!

Voici un exemple de montage réalisé d’après les même dessins :

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Rencontres avec Jésus – La femme condamnée et sauvée

Illustration librement inspirée d’une peinture de Lucas Cranach l’Ancien

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de la femme accusée d’adultère puis sauvée par Jésus!

LA FEMME SAUVÉE : Jean 8, 1-11

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 8

01 Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers.

02 Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.

03 Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu,

04 et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.

05 Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »

06 Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.

07 Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »

08 Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.

09 Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.

10 Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »

11 Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Il y a les rencontres entre Jésus et ses premiers disciples, comme André et Pierre, proches de lui. Mais il y a aussi ces rencontres occasionnelles, uniques, entre Jésus et différentes personnes, en chemin, sur les places, dans des maisons. L’une d’elles est avec une femme dite adultère, au 5e dimanche du Carême de l’Année C, celle de Luc. Le récit est dans l’évangile de Jean (8,1-11), mais il est considéré comme n’appartenant pas à celui-ci, dont il était absent dans les anciens manuscrits. Son style est plus proche de celui de Luc. Mais, ce qui est sûr, il fait partie du Nouveau Testament et offre une inspiration très évangélique.

La scène se passe au Temple, au coeur de la vie religieuse du peuple, et Jésus est en train d’enseigner. Et voici qu’une femme menacée de mort est mise au centre de l’action. Des scribes et pharisiens, armés de la Loi, sont décidés à la condamner. Jésus, à qui on demande de prendre position, est pris entre les deux. Une victime, des accusateurs, un juge. Une scène tendue, où la victime et le juge, la femme et Jésus, sont tous deux pris dans un piège, celui des accusateurs qui ont l’initiative de l’action. Elle est accusée d’adultère, mais il n’y a pas d’époux, trompé ou trompeur.

Dans cette histoire, la femme est mise au centre. Mais, pour les accusateurs, elle n’est qu’un instrument au service de leur visée première : prendre Jésus au piège et pouvoir ainsi le mettre en accusation, en situation de délit face à la Loi. Cette femme est ainsi réduite à un objet, sans existence propre, sans parole, utilisée pour condamner un autre. Et Jésus est mis à l’épreuve et piégé : s’il condamne la femme, ses prétentions de miséricorde envers les pécheurs perdront leur crédibilité. S’il l’acquitte, il se condamne lui-même. Nous sommes dans un vrai cercle de violence : la femme est utilisée pour condamner Jésus et Jésus est utilisé pour condamner la femme.

Mais le dénouement est surprenant. À la fin, tous s’en vont; il n’y a plus ni victime, ni accusateurs, ni juge. L’univers de la menace et de la condamnation s’est écroulé. Tous sont dénoués de ce qui les attachait, délivrés du poids de mort qui les enfermait dans un cercle de violence. La femme a retrouvé sa dignité et elle parle; elle est un sujet humain. Et Jésus reste libre. Quelle approche de Jésus a permis ce dénouement? L’action et la parole de Jésus en cette scène ne relèvent pas d’abord de l’habileté d’un juriste qui sait trouver la faille et s’en sortir. Jésus engage tous les participants dans un débat plus profond, celui de la vérité de leur condition humaine. Il change l’horizon et l’enjeu du procès.

Il le fait d’abord non pas par sa parole, mais par son corps et son geste. Les scribes sont entrés en scène dans un mouvement d’attaque; ils sont puissants, armés de leur certitude. Jésus s’abaisse, il incline la tête vers la terre, et il écrit sur le sol, on ne sait trop quoi. Par son geste, Jésus brise cet élan agressif. Il ne répond pas sur le même ton, dans la même logique que ses adversaires. Jésus intègre dans le débat un temps d’arrêt, de prise de conscience, comme un silence méditatif. Puis il se redresse, il relève la tête. Cette gestuelle rappelle la trajectoire même de sa vie, le mystère pascal, de l’abaissement à la résurrection.

C’est seulement à l’intérieur de cette dramatique que peut venir la parole. Celle-ci n’accuse pas mais elle fait entrer dans une autre dynamique, où il n’y a pas personne en extériorité, pouvant juger de l’extérieur. Que celui d’entre vous … Les scribes ne sont plus des accusateurs devant une condamnée; tous sont inclus dans la quête d’authenticité, de vérité sur soi. Puis, avec la femme, Jésus procède de la même manière : l’abaissement et le redressement et la parole qui met en mouvement, qui appelle à faire la vérité et à se mettre en marche : Va et désormais ne pèche plus. Parole qui remet debout et qui appelle à se tenir, à faire face aux défis de la vie qui continue. Et puis Jésus lui-même participe à ce débat de l’intérieur, car c’est une mise à l’épreuve qu’il doit traverser. Dans sa parole à la femme, il s’inclut : moi aussi …

C’est ainsi que se brisent le cercle de violence et de mort et le piège des condamnations. Par le temps d’arrêt qui décentre et recentre, par la prise de conscience d’une solidarité qui inclut tous, qui fait émerger la vérité plus profonde de notre existence. Et alors les catégories d’accusateur, de victime et de juge montrent leur insuffisance. Au lieu d’un procès, nous nous retrouvons dans un processus de conversion, qui dépasse les jugements extérieurs.

Ce récit évoque des scènes presque semblables qui se déroulent encore aujourd’hui. On pense à ces femmes dans certains pays où une loi rigoureuse et injuste est prête à les sacrifier. Mais aussi, cette histoire touche des situations actuelles où la condamnation d’autrui motive les actes, que ce soit dans l’excitation médiatique ou dans le quotidien des familles et des milieux de travail. Climat de peur et de menace, goût de piéger autrui, de l’humilier publiquement, victimes silencieuses qui n’ont plus le statut de sujets humains. Et des témoins appelés à porter un jugement qui ne savent pas toujours comment réagir et briser cet encerclement. Toi, qui es-tu pour jeter la première pierre? nous demande Jésus. Et quelle approche, ressortant du récit, pourrais-je favoriser lors de situations tendues?

Images de la femme sauvée

Cette scène est présente à partir du 9e siècle, dans des manuscrits, et demeure rare au Moyen Âge. Elle prend de l’envol à partir de la fin du 15e siècle et sera populaire et abondante aux derniers siècles. Elle est dramatique : il y a un enjeu de vie et de mort, avec une tension, une violence prête à passer à l’action. Les figures sont bien campées : la femme, les accusateurs, Jésus, et la foule autour. Cela se passe au temple, lieu sacré. Et aussi, simplement, ce récit porte à réfléchir, personnellement, avant de juger les autres. Il ouvre un espace de questionnement et de liberté qui demeure inspirant dans la diversité des époques et des cultures.

Des images reprennent tous les personnages et le contexte, pour en faire une scène très animée; d’autres se centrent plus sur Jésus et la femme. Certaines œuvres montrent le moment de l’accusation, d’autres le retrait des gens avant la finale, et d’autres le dialogue à la fin entre Jésus et la femme. Plus rarement, on trouve seulement Jésus ou la femme.

On peut voir Jésus debout, ou se penchant, se relevant, écrivant sur le sol. La femme est debout ou à genoux ou assise, parfois en pleurs. Dans le texte, elle est debout : à la fin, Jésus se relève pour lui parler. Elle peut être tenue de près par des gardes ou des pharisiens, avoir les mains liées, à l’avant ou à l’arrière, être habillée avec élégance et légèrement dénudée. Puisqu’il s’agit d’adultère, c’est une femme mariée; mais elle est souvent présentée comme une courtisane.

Les accusateurs sont des hommes, habituellement avec une allure agressive, hostile; fréquemment, des soldats les accompagnent. Parfois, des femmes sont dans la foule et des disciples sont présents avec Jésus.

Voici plusieurs œuvres, depuis le 16e siècle, où certains de ces éléments se retrouvent.

  1. Lorenzo Lotto, c.1527-1529, Musée du Louvre, Paris, France. Originaire de Venise, Lotto a travaillé à Bergame, Rome et dans les Marches. Homme très religieux, il est entré en fin de vie chez les frères de Loretto. La scène est dramatique, chargée de tensions. Les gens, aux visages agressifs et désagréables, sont serrés autour de Jésus, dans un climat propice à la violence. Des soldats tiennent la femme par sa robe et ses cheveux; elle cherche à se protéger. La lumière l’entoure, venant du Christ au centre. Celui-ci est calme, il ne cède pas à la pression, ce qui est bien fidèle au récit. Les couleurs sont riches. Les figures sont à notre hauteur, pour nous inclure.
  1. Pieter Brueghel l’Ancien, grisaille, 1565, Courtauld Institute of Art, Londres, Angleterre. Ce peintre flamand, sensible aux paysages et à la vie quotidienne, a marqué son époque. Jésus écrit sur le sol (en néerlandais): Que celui qui est sans péché… La femme, au centre, gracieuse et digne, est bien différente des autres personnages; elle tient les doigts croisés. Cette œuvre est une des trois grisailles faites par Brueghel. Cette technique, avec ses divers gris, ses ombres et lumières, accentue la dramatique de la scène, mais autrement que par les couleurs.
  1. Valentin de Boulogne, c.1620, J. Paul Getty Museum, Los Angeles, États-Unis. Ce peintre français s’inscrit dans la lignée du Caravage, avec son clair-obscur et ses figures individualisées dont les modèles viennent du peuple. La femme, aux mains liées, est entourée de soldats, jeunes, armés et métalliques. À droite, les accusateurs, plus âgés, dont l‘un à lunettes. Le moment est celui où Jésus a parlé; et les réactions indiquent que sa parole a des effets. La lumière touche Jésus et la femme.

  1. Rembrandt van Rijn, 1644, National Gallery, Londres, Angleterre. Dans ce grand espace du temple, avec des nuances de couleurs, on voit les colonnes, l’autel, des chandelles. La lumière est sur la femme et Jésus. Celui-ci est plus grand que les autres figures, sa présence s’impose. Ses disciples sont proches de lui. La femme pleure, entourée d’hommes âgés; une main la désigne, un garde est derrière elle. Pendant que cette scène se déroule, des gens sont affairés à leurs rites et activités.
  1. William Blake, aquarelle, c.1805, Boston Museum of Fine Arts, États-Unis. Ce poète et artiste célèbre, de Londres, a créé une œuvre littéraire et picturale originale, inspirée de la Bible et de ses visions. Le temple est évoqué mais sans détail. Il n’y a pas de foule. Les accusateurs vus de dos, sans visage, s’en vont, ce qui indique le pouvoir de la parole de Jésus. La femme se tient droite et digne, mais ses mains sont encore attachées. Jésus se penche pour écrire, il ne se met pas à genoux, ce qui physiquement n’est pas facile! La ressemblance entre Jésus et la femme indique leur proximité spirituelle.
  1. Vassili Polenov, 1887-1888, Musée Russe, Saint-Pétersbourg, Russie. Ce peintre russe a séjourné en Italie, en France et au Proche-Orient. Il s’intéressait à la vie quotidienne des gens et au paysage. Il a travaillé plusieurs années sur cette imposante toile, qu’il considérait comme sa grande œuvre. Elle a été achetée par le tsar Alexandre III. Les personnages sont nombreux; plusieurs sont des figures précises des évangiles. Jésus enseigne à l’entrée du temple; ses disciples et des auditeurs sont proches de lui. Voici qu’une foule agressive arrive avec la jeune femme apeurée. Ils demandent à Jésus de la condamner. Celui-ci, dont Polenov souligne l’humanité, fera face à la meute.
  1. Eero Järnefelt, 1908, Église Saint-Pierre, Lieto, Finlande. Ce peintre a été formé à Saint-Pétersbourg et Paris. La Finlande a fait partie de l’Empire russe jusqu’en 1917. Ses œuvres montrent les paysages de son pays et la vie des gens. On voit ici des hommes belliqueux, prêts à lancer des pierres. Élément plus rare : une femme et des enfants sont témoins de la scène. Ces figures sont en blanc, comme Jésus et la femme. Cela se passe à l’extérieur, avec un champ et un arbre sec. Jésus va relever la femme par terre.
  1. Max Beckmann, 1917, Saint Louis Art Museum, Missouri, États-Unis. Beckmann est un des principaux artistes allemands du 20e siècle. Influencé, entre autres, par Brueghel, Rembrandt et Blake, et par l’expressionnisme, il demeure un créateur très individuel. Son oeuvre, avec ses formes distordues, est une vive critique sociale. Mis au ban par le parti nazi, il fuit l’Allemagne en 1937 et vivra aux Pays-Bas, puis aux États-Unis. La femme a les yeux fermés et les mains jointes; elle est en prière. Des soldats sont autour, l’un avec des pierres; un clown au doigt accusateur se moque d’elle. Jésus, au centre, avec ses mains, la protège face à cette haine. Oeuvre faite à son retour de guerre.
  1. Liz Lemon Swindle, 2003, site lizlemonswindle.com, États-Unis. Cette artiste, de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Mormons), peint des œuvres religieuses très expressives, dont les figures sont actuelles. Ici, Jésus et la femme sont au sol : la femme est agenouillée et repliée; Jésus réflexif est en train d’écrire (en hébreu). Les autres personnages les entourent, surtout par leurs mains.
  1. Louis Glanzman, illustration, dans Richard Rohr & Louis Glanzman, Soul Brothers, Orbis Books, 2004. Les illustrations de cet américain de Virginie ont paru dans plusieurs livres et grands magazines. Elles sont renommées et portent beaucoup sur l’histoire américaine, ancienne et récente. Mais il a aussi publié sur les femmes du Nouveau Testament et les hommes de la Bible. Ici, Jésus écrit (en anglais): Forgive ... Pardonne.
  1. Marko Yvan Rupnik, mosaïque, 2009, crypte de l’Église San Pio da Pietralcina, San Giovanni Rotondo, Pouilles, Italie. C’est dans cette église qu’est enterré le célèbre capucin Padre Pio, canonisé en 2002. Toute l’église est couverte des mosaïques du jésuite slovène; c’est son œuvre la plus développée, accomplie de 2009 à 2014. Jésus et la femme sont tous deux au sol en conversation. Les gens se retirent.
  1. Macha Chmakoff, 21e siècle, site chmakoff.com, France. Dans ses œuvres, cette peintre et psychanalyste, de Lyon, formée en théologie, veut exprimer « le mystère de la Révélation ». Elle a plusieurs publications. Jésus écrit sur le sol, aux pieds de la femme. La parole de Jésus vient de retentir. Des gens se retirent. La femme et Jésus, les deux en blanc, sont engagés dans une rencontre, qui relève et sauve …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à créer un petit montage en assemblant des images ci-dessous et en ajoutant quelques mots.

Tracés simplifiés à tracer et à colorier, librement inspirés de peintures traditionnelles de l’art chrétien. Cliquer sur les images pour les agrandir et les sauvegarder!

Voici un exemple de montage réalisé d’après les même dessins :


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Rencontres avec Jésus – Simon Pierre

Jésus invite Simon Pierre à le suivre, une illustration librement inspirée d’une peinture de Le Caravage

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers du regard de Simon qui sera appelé Pierre par la suite!

PIERRE, PÊCHEUR ET LEADER : Mc 1, 16-18; Luc 5, 1-11

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 1

16 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs.

17 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »

18 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 5

01 Or, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.

02 Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.

03 Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.

04 Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. »

05 Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »

06 Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer.

07 Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.

08 A cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »

09 En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ;

10 et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

11 Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Simon Pierre est très présent et actif dans les Évangiles et les Actes des Apôtres : l’appel de Jésus à le suivre, la confession de foi, le rôle de responsable et ses interventions, le cercle intime de Jésus, la dernière Cène, le reniement et le pardon, le deuxième appel (Jn 21), la première communauté à Jérusalem et la mission. Puis la mort en croix, comme son frère André.

Quand il est appelé, il est le chef d’une petite entreprise familiale de pêche. C’est un homme débrouillard, qui a de l’élan et de l’initiative. Il a aussi ses limites : l’inconstance et la conformité à la majorité. En Marc (1, 16-18) et en Matthieu, Jésus l’appelle à le suivre, ainsi que son frère André, en plein milieu de leur travail de pêcheurs. Mais de même qu’André a droit à un appel personnalisé en Jean (cf. chronique précédente sur André), Simon lui aussi a droit à son récit où Jésus l’appelle personnellement, en Luc (5,1-11). Allons-y voir.

C’est encore une histoire de pêche! Elle commence et se termine au bord d’un lac. Elle commence avec une foule qui écoute la Parole de Dieu et elle se termine avec des pêcheurs qui laissent tout pour suivre Jésus. Entre ce début et cette fin, une série d’interactions ont lieu qui nous éloignent du rivage et de la foule, de plus en plus, et finalement nous y ramènent. Mais les pêcheurs qui reviennent, entre-temps, ont été transformés. Certes, leur pêche a été bonne, mais, c’est curieux, ils abandonnent leur métier! Récit complexe, qui nous parle en fait d’un itinéraire spirituel et de ses étapes, d’une avancée de plus en plus profonde non d’abord sur le lac mais surtout dans l’engagement croyant, aujourd’hui encore.

Le récit est rythmé par trois appels de Jésus à Simon. Le premier est moins risqué: Jésus lui demande de quitter le rivage et d’avancer un peu. Simon n’hésite pas. S’éloignant ainsi de la foule, Jésus et Simon se rapprochent. Le deuxième appel est plus déconcertant: Jésus demande à Simon d’avancer au large, en eau profonde, et de jeter les filets. Cette fois-ci, en pêcheur expéri­menté, Simon indique d’abord sa réticence: on a déjà essayé et cela n’a pas marché! Mais Simon prend le risque de faire con­fiance en la parole de Jésus, qu’il appelle Maître. Et, surprise, ce risque porte fruit: la pêche est abondante, inespérée, et Simon doit demander de l’aide. C’est alors que survient le point tournant de sa démarche : il découvre en Jésus la présence du Dieu vivant qui s’est fait proche de lui. Il en est bouleversé. Ce qui lui arrive le dépasse. Il donne maintenant à Jésus le titre de Seigneur: il reconnaît qu’en Jésus, Dieu vient le visiter. Expérience de foi, expérience transformante, celle d’une révélation du visage de Dieu, qui déstabilise.

Le récit ne s’arrête pas à ce bouleversement. Un troisième appel se fait entendre qui touche maintenant une mission à recevoir. Jésus appelle Simon à dépasser sa crainte et à deve­nir pêcheur d’hommes. L’expérience de foi mène à un enga­gement. Parce que Simon a avancé dans sa découverte de Jésus, une responsabilité lui est confiée. Il devient ainsi disciple-missionnaire; il est maintenant pleinement engagé à la suite de Jésus. Mais cette réponse est venue au bout d’une démarche, avec ses éta­pes. Simon est revenu sur le rivage, mais sa vie a changé. Toutefois, il ne cesse pas d’être qui il est: il reste un pêcheur. L’expérience acquise, les habiletés dévelop­pées, vont maintenant lui servir dans son apostolat. Jésus lui demande de faire un nouveau travail de pêcheur, car c’est ce que Simon connaît. Ses ressources seront désormais au servi­ce de l’Évangile. Ainsi suivre Jésus ce n’est pas abandonner qui nous sommes, nos dons; c’est plutôt les donner.

Cet itinéraire peut rejoindre le nôtre, dans l’une ou l’autre de ses étapes. Il peut nous inviter à prendre le risque de la con­fiance, à dépasser nos peurs. Peut-être sommes-nous encore sur le rivage, dans la foule, regardant et écoutant cet homme dont la parole est uni­que mais n’osant encore aller plus loin. Ou comme Simon, sommes-nous prêts à prendre un risque à cause de cette parole, même si nous avons peine à croire qu’une vie abondante peut en surgir. Ou sommes-nous dans un moment de boule­versement, ne sachant comment poursuivre cette expérience. Il est sûr que l’appel de Jésus nous prendra tels que nous som­mes et devenons. Comme Simon Pierre, c’est avec notre histoire et nos dons que nous nous met­tons à la suite de Jésus.

La foule se pressait autour de Jésus pour écouter la Parole de Dieu, dit Luc au tout début de l’évangile. Ce récit est l’histoire d’une écoute de la Parole, dans toutes ses étapes et toutes ses conséquences. Quand la Parole est vraiment écoutée, elle change une vie.

Images de Simon Pierre

Comme dans les Évangiles et les Actes, Pierre est très présent dans l’iconographie. Ses traits sont assez constants : barbe et cheveux gris ou blancs, corps robuste. On le reconnaît vite dans les images de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. En plus, il a ses attributs : les clefs du Royaume (Mt 16, 19), la barque évoquant son métier et l’Église, le rouleau ou le livre rappelant la Parole (parfois avec une citation de la confession de foi), le coq pour son reniement, la croix pour son martyre. Depuis l’Antiquité, on trouve aussi des œuvres montrant Pierre et Paul côte à côte : ils sont les deux piliers aux origines de l’Église, qui ont donné leur vie.

Voici diverses images où Pierre est présent, entre la barque sur le lac et le denier repas, et quelques autres épisodes de sa vie. Plusieurs œuvres viennent d’artistes d’Europe de l’Est, pour faire écho aux événements qui s’y déroulent actuellement.

  1. Mosaïque, 6e siècle, Église Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, Italie. Jésus appelle Pierre et André, en plein travail de pêcheur. Jésus, avec un nimbe cruciforme, a les traits d’un jeune homme imberbe, ce qui est fréquent dans l’Antiquité. Pierre, avec sa barbe et ses cheveux gris, a des traits qui vont perdurer tout au long de l’histoire de l’art chrétien. Qui accompagne Jésus, à sa droite avec une allure de magistrat romain? Peut-être le commanditaire de l’œuvre.
  1. Raphaël Sanzio, carton, 1515-1516, Victoria and Albert Museum, Londres, Angleterre. Voici un des cartons faits par Raphaël, figure majeure de la peinture, pour un ensemble de tapisseries (soie et laine) à la Chapelle Sixtine, qui ont été réalisées par l’Atelier Pieter Coecke van Aelst de Bruxelles (1519) et sont maintenant au Musée du Vatican. Le paysage est développé, avec le lac et une ville, des poissons, des oiseaux qui ont un sens symbolique en lien à la vie de l’Église. Pierre est agenouillé, André debout, les autres travaillent. La tapisserie est plus colorée et lumineuse que le carton.
  1. Jacopo Bassano, 1545, National Gallery, Washington, États-Unis. Cet artiste vénitien se situe dans le courant maniériste, avec ses couleurs vives, ses mouvements et son expressivité. Ici, dans la composition du tableau, on voit l’influence de Raphaël. La scène est très vivante, avec le paysage du lac, Pierre agenouillé, André au centre avec sa cape verte au vent, et les autres ramassant les poissons.
  1. Vladimir Borovykovsky, 1787, Galerie Tretyakov, Moscou, Russie. Cet artiste ukrainien, de Myrhorod, fut un portraitiste réputé dans l’Empire russe. Il a fait aussi des oeuvres religieuses. On voit ici Pierre avec les clefs et le livre; l’ombrage est accentué.
  1. Taras Shevchenko, Libération de l’apôtre Pierre de prison, 1833, Taras Shevchenko National Museum, Kyiv, Ukraine. Cet écrivain et peintre ukrainien très doué a joué un rôle majeur dans le réveil national de l’Ukraine et la promotion de sa langue. Il s’est engagé contre l’impérialisme russe et a connu la prison et l’exil; le tsar lui a interdit de peindre et d’écrire. Ce dessin, fait à 19 ans, évoque Actes 5,19.
  1. Nikolaï Gay, La dernière Cène, 1863, Musée Russe, Saint-Pétersbourg, Russie. Gay est un peintre russe qui allia réalisme et innovation. Sa Cène dramatique, qui s’éloigne des approches habituelles, a suscité la controverse. Elle est centrée sur la trahison de Judas, à droite, dont le visage est caché. À gauche, Jean est près d’un Jésus réflexif et triste. Pierre se tient debout, baigné de lumière et indigné. Chrétien critique, marqué par Tolstoï, Gay réalisera plus tard une série sur la Passion du Christ, en exprimant avec force la dureté et le tragique. Les réactions seront le choc et le scandale. Il sera excommunié par l’Église orthodoxe russe.
  1. Henryk Siemiradski, Les torches de Néron, 1876, National Museum, Cracovie, Pologne. Ce peintre polonais est né près de Kharkiv en Ukraine. Il a travaillé dans l’Empire russe et s’est spécialisé dans les grandes scènes historiques et bibliques. Cette œuvre, avec tous ses personnages et détails, porte sur la persécution des chrétiens par l’Empereur romain Néron. Pierre en fut une des victimes et mourut crucifié, même si la figure en haut à droite lui ressemble.
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Selon son usage, Tissot est attentif au contexte des récits évangéliques et aussi au texte. Pierre est prosterné devant Jésus, saisi d’une crainte religieuse devant la visite du Dieu vivant. Des camarades qui sont venus l’aider, suite à la pêche abondante, sont affairés dans l’autre barque.
  1. Joaquin Sorolla, Je suis le pain de vie, 1897, Museo Lladro, Valencia, Espagne. Ce peintre espagnol est célèbre pour ses nombreuses scènes au bord de la mer, animées et pleines de lumière et couleurs. Ici, ces éléments se retrouvent dans une scène biblique, assez rare : Jésus prêche depuis une barque. La foule, avec des enfants, est à l’écoute. Pierre et deux autres disciples sont derrière Jésus dans la barque.
  1. William Kurelek, When evening came, he sat down with his twelve disciples, 1960-1963, Niagara Falls Art Gallery, Canada. Ce grand artiste canadien est né en Alberta en 1927 d’une famille ukrainienne immigrée. Son art est expressif et sensible aux enjeux culturels. Ce chrétien de l’Église orthodoxe ukrainienne, devenu catholique en 1957, a réalisé des œuvres religieuses, dont une série sur La Passion du Christ. Cette Cène, avec les disciples étendus, est plus proche de la réalité historique. Pierre est le premier à gauche de Jésus.
  1. Marko Ivan Rupnik, mosaïque, 2004, Chapelle de la Nonciature apostolique, Paris, France. Ce jésuite de Slovénie a réalisé de grands ensembles de mosaïques, dont celui de la Chapelle Redemptoris Mater au Vatican, en 1999. Ici, Pierre sort de la barque et regarde Jésus, et nous en même temps.

  1. Lyuba Yatskiv, icônes, Pierre et Paul, 21e siècle, Lviv, Ukraine; La dernière Cène, 2016, site nowaikona.pl.Cette artiste ukrainienne, née à Lviv en 1977, est engagée dans un renouveau de l’art iconographique. Dans la première icône, Pierre tient en mains les clefs et le rouleau. Dans la Cène, évoquant la trahison et le don, il est le premier à droite de Jésus. Conjuguant la tradition et la modernité, Yatskiv réalise des œuvres remarquables. Cette fidélité créatrice est à l’image de son peuple; forte et fragile, elle est actuellement menacée. Portons-la dans notre prière et notre solidarité …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Jésus invite Simon Pierre à le suivre. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Le Caravage.
Cliquer sur l’image pour l’agrandir et la sauvegarder!

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Rencontres avec Jésus – André, le premier appelé


Jésus appelle les pêcheurs André et Simon, une illustration librement inspirée d’une peinture de Duccio di Buoninsegna

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci en la personne d’André que Jésus appelle en tout premier!

ANDRÉ, LE PREMIER APPELÉ : Mc 1, 16-18; Jn 1, 35-42

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc – Chapitre 1, 16-18

14 Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ;

15 il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

16 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs.

17 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. »

18 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 1, 35-42

37 Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus.

38 Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »

39 Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).

40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.

41 Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.

42 André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

La figure de l’apôtre André est associée à celle de son frère Simon (Pierre). Tous les deux sont des pêcheurs (Mc 1,16), qui viennent de Bethsaïde (Jn 1,44) en Galilée, et ils ont une maison commune (Mc 1,29); leur père s’appelle Jean (Jn 1,42). Et surtout, dans les évangiles de Marc et de Matthieu, ils sont les premiers disciples de Jésus, les premiers qu’il appelle (Mc 1,16-18).

André fait ainsi partie des quatre premiers appelés, avec Simon son frère et Jacques et Jean, deux autres frères (Mc 1, 19), dont le père est Zébédée. Dans ce groupe privilégié, on trouve ainsi deux couples de frères et ils sont tous pêcheurs. Ils partagent un même univers social, culturel et religieux; ils forment un premier noyau de disciples qui se comprennent et sont déjà liés. On voit que Jésus a fait des choix dans son approche. On retrouve le quatuor ensemble avec Jésus, dans la maison de Capharnaüm (Mc 1,29). Au Mont des Oliviers (Mc 13,3), ils interrogent Jésus à propos du signe de la fin. Et André se retrouve évidemment dans les listes des apôtres (Mt, 10,2; Mc 3,18; Lc 6,14; Ac 1,13).

André le Protoclet, une illustration librement inspirée d’une peinture de Lippo d’Andrea.

Dans tout cela, la figure d’André ne ressort pas tellement! Il est plutôt un figurant. Sauf dans l’Évangile de Jean où il apparaît comme un individu, avec des actions qui lui sont propres. André est le premier appelé (Jn 1,40), d’où le surnom qui lui est donné dans la tradition: le Protoclet. Disciple de Jean Baptiste, qui a désigné Jésus comme l’Agneau de Dieu, André se met à la suite de Jésus, avec un autre. Après sa rencontre avec Jésus, il va ensuite amener son frère Simon Pierre à celui-ci (Jn 1,41).

Lors de la multiplication des pains (Jn 6,8-9), c’est André qui signale à Jésus la présence d’un garçon qui a quelques pains et poissons. Même si André est sceptique face à cette petite quantité pour nourrir une foule, c’est ce peu provenant d’un jeune qui sera source de vie en abondance. Et il restera douze paniers, pour le peuple à venir.

Quand quelques Grecs, à Jérusalem, veulent voir Jésus (Jn 12, 20-22), ils s’adressent à Philippe. Celui-ci le dit à André et les deux le disent à Jésus. Philippe et André viennent tous deux de Bethsaïde; ils ont ainsi un lien entre eux. André s’inscrit ici dans une chaîne de communication, où il s’agit de voir Jésus.

Revenons au récit de l’appel d’André, le Protoclet. Il est très inspirant et nous rend attentifs à plusieurs aspects de la vocation, mot qui signifie appel. Des visages et des relations, des regards et des déplacements, voilà ce que l’Évangile de Jean nous présente pour parler d’itinéraires de vocations. L’appel et la réponse à l’appel s’inscrivent à l’intérieur de réseaux et mettent des personnes en mouvement. Cette série de courtes scènes est très cinématographique. On imagine des gros plans sur des visages, qui s’échangent des regards, et des prises de vue qui saisissent l’étonnement et l’intérêt, le mouvement des corps d’un lieu à l’autre, d’une personne à l’autre.

Cette histoire de vocations ne commence pas à zéro. Elle est déjà commencée. Nous avons deux personnes, dont André, qui sont déjà disciples de Jean Baptiste, qui sont avec lui, dans sa mouvance spirituelle. Les deux sont engagés dans un mouvement de réforme religieuse et morale, autour d’un homme de Parole, un prophète qui appelle à se convertir. Les deux ont déjà fait un pas, ils ont exprimé une décision de changer l’horizon de leur vie. Mais ce qui est un point d’arrivée, suite à une démarche personnelle, devient ici un point de départ pour un nouvel engagement. Ils sont allés à Jean Baptiste : c’est lui qui les envoie maintenant à un autre. Il pose son regard sur Jésus, lui-même en mouvement, un Jésus qui va et qui vient. Il le nomme d’un titre fort : Agneau de Dieu.

Les deux d’abord écoutent cette parole. Le prophète, qui sert de médiateur, est crédible à leurs yeux. Puis ils se déplacent, ils se mettent en marche, à la suite de Jésus que Jean Baptiste a regardé. Maintenant, c’est au tour de Jésus de se tourner vers ces deux et de regarder à son tour. Il leur pose une question, qui va à l’essentiel : Que cherchez-vous? Il voit des personnes en recherche et il les invite à nommer leur quête. Le dialogue est amorcé. Les deux, à leur tour, comme Jean Baptiste, donnent un titre à cet homme Jésus : ils l’appellent Maître. Ils veulent connaître son lieu, sa demeure, ce qui évoque une symbolique centrale dans l’Évangile de Jean. Et Jésus maintenant les appelle à se déplacer encore : venez. Le regard est encore présent : vous verrez, par vous-mêmes.

Les deux passent ensuite à l’action. Ils se déplacent avec Jésus et ils voient où il demeure. Ils trouvent réponse à leur quête. Et enfin, le mouvement s’arrête pour un temps; un jour de présence, où simplement être avec Jésus. Autrement, l’histoire de ces vocations ne pourrait se poursuivre avec profondeur. Mais la dynamique de l’appel ne s’arrête pas là. André devient à son tour médiateur auprès d’une nouvelle personne de son réseau familial et de métier, Simon. Il lui annonce ce qu’il a vu et vécu. Et il fait un pas de plus : il donne un autre titre à Jésus, il le nomme Messie, Christ (Jn 1,41). Son temps de présence avec Jésus, là où il demeure, lui a fait découvrir plus profondément l’identité de celui qu’il a d’abord vu comme un Maître. Puis Simon et André vont à Jésus, pour que Simon voie par lui-même, à son tour. Mais c’est Jésus qui pose son regard sur Simon et qui voit en lui plus que Simon ne peut voir en lui-même. Et Jésus lui donne un nouveau nom : Céphas (Pierre).

Des regards et des déplacements, des noms et des appellations, des réseaux et des relais, voilà de quoi est fait un itinéraire de vocation, l’histoire d’un appel et d’une réponse. Cette série de courtes scènes, vives et animées, avec des visages en mouvement, liés les uns aux autres, est dense. Une chose est sûre : moi qui lis ces scènes et les projette sur mon écran intérieur, je suis quelque part dans ce récit d’appels. Mon histoire de vie et de vocation peut y trouver une dynamique qui aide à reconnaître mon propre parcours. Et ces paroles et ces regards, ces étapes et ces déplacements, m’appellent à poursuivre plus loin mon récit. Jusqu’au lieu secret, comme André. Et à communiquer ma découverte, comme André.

Images d’André

L’iconographie d’André est abondante. D’abord en lien au récit de l’appel des pêcheurs, que l’on retrouve à toutes les époques; et dans une moindre mesure, à celui de l’appel d’André en Jean, qui est toutefois bien présent dans la période contemporaine. Dans ces diverses œuvres, André fait partie d’un groupe, à la pêche ou sur la route; et son allure est celle d’un homme mûr et costaud.

Mais beaucoup d’œuvres montrant André relèvent plutôt de la suite de sa vie, qui n’est pas dans les Évangiles. Il serait allé en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie, en Ukraine, et serait mort martyr à Patras, en Péloponnèse. Comme Pierre, il serait mort crucifié, lors de la persécution de Néron, mais sur une croix en X, nommée croix de Saint André. Il est considéré comme le premier patriarche de Constantinople et saint patron de l’Église d’Orient, en parallèle avec Pierre pour l’Église de Rome. Il est aussi patron de l’Église roumaine, de l’Écosse, et de bien des lieux et groupes. Tout cela a suscité des vitraux, sculptures, tableaux, de la figure individuelle d’André, habituellement avec sa croix.

Voici quelques œuvres qui montrent la variété des figures et des époques :

  1. Codex Aureus Epternacensis, folio 20, recto, c.1020-1030, Musée National Germanique, Nuremberg, Allemagne. Cet Évangéliaire a été fait à l’Abbaye d’Echternach, ville autrefois allemande et maintenant située au Luxembourg; l’abbaye fut supprimée lors de la Révolution française. Le manuscrit est appelé Livre d’or car ses lettres sont écrites en or. La figure de Jésus est celle du jeune imberbe, qui remonte à l’Antiquité chrétienne. Les deux frères, pêcheurs, se ressemblent; André est celui de droite.
  1. Duccio di Buoninsegna, panneau de la prédelle de la Maesta (Sienne), 1308-1311, National Gallery of Art, Washington, États-Unis. Duccio est marqué par l’art byzantin mais aussi par les nouveaux courants, avec des personnages plus individualisés et en mouvement. Jésus appelle Pierre et André, au beau milieu de leur travail de pêche; on voit la tunique un peu retroussée et le filet. Les poissons sont nombreux. Pierre est en bleu et André en rouge.
  1. Colin Nouailhier, émail, c.1560-1570, Musée du Louvre, Paris, France. Cette œuvre est rare. D’abord, c’est un émail, fait par un des grands experts de Limoges, au 16e siècle. Et elle présente la scène (Jn 6, 8-9) où André sert d’intermédiaire entre un garçon qui a quelques pains et poissons et Jésus. L’enfant les remet à André qui les remet à Jésus. André est au centre de l’œuvre. La suite est aussi présentée, la multiplication des pains et la distribution aux gens; et André est actif.
  1. Le Caravage, La vocation de saint Pierre et saint André, c.1603-1606, Coll. Royale, Buckingham Palace, Angleterre. Ce tableau suscite plusieurs questions. On voit Pierre à gauche, avec des poissons en mains, André au milieu, et Jésus à droite, imberbe comme dans la tradition antique. Ou bien s’agit-il de trois apôtres : Pierre, André et Jean? Et quelle est la scène évangélique? L’appel des pêcheurs : mais ils ne sont pas dans leur barque. L’appel d’André et d’un autre en Jean 1,35-40 : mais que fait Pierre qui n’était pas là? En tout cas, André au centre a l’air bien pensif : Dans quoi je m’embarque? Ou trouve-t-il que son frère Pierre prend trop de place? Autre question : cette œuvre est-elle de Caravage ou d’un disciple, ou est-ce une copie? La question est encore débattue, pour ce tableau d’un peintre italien hors-la-loi, aux mains d’une famille royale célèbre

5. Le Caravage, Le crucifiement de saint André, c.1607, Metropolitan Museum of Art, États-Unis. On retrouve l’art du Caravage, avec ses ombres et lumières, ses personnages vivants, son sens dramatique. C’est une descente de la croix orthogonale, le début du détachement d’André. L’homme en armure et au chapeau de plume, en bas à droite, pourrait être le Comte de Benevente, un espagnol vice-roi de Naples, qui a commandité l’œuvre. À gauche, une femme âgée, figure fréquente dans l’art du Caravage, comme un témoin attentif. À gauche de l’homme en armure, un espace libre, pour le spectateur.

6. Yoan de Gabrovo, icône, 19e siècle, Hadzhi Nikoli Inn Museum, Veliko Tarnovo, Bulgarie. On attribue à André des voyages en Bulgarie où il aurait prêché l’évangile et formé des communautés. Cette superbe icône exprime cet attachement à Saint André.

7. Vitrail, 1945, Chapelle Saint-André, Église Saint-Eustache, Paris, France. Ce beau vitrail fait partie d’un ensemble commandité par la Société de la charcuterie française, fondée en 1809, dont les saints patrons sont André et Antoine et qui célèbre dans cette chapelle. Deux attributs d’André sont soulignés : le filet, qui rappelle son métier, et la croix, qui évoque son martyre.

8. Harry Anderson, L’appel de Pierre et André, c.1960-1970, Church History Museum, Salt Lake City, États-Unis. Cet artiste américain de l’Église Adventiste du 7ème Jour a aussi fait plusieurs œuvres pour l’Église des Saints-des-Derniers-Jours (Mormons). Cette toile, avec son style réaliste et très vivant, rend bien le contexte de cet appel de pêcheurs en plein travail. André est le grand gaillard, debout dans la barque.

9. JesusMafa, c.1975, Collectif pour la catéchèse, Cameroun. La scène est inculturée en contexte africain, avec le village, le paysage et les personnages. À droite Jean Baptiste, en retrait, et à gauche Jésus. Les deux disciples de Jean Baptiste se dirigent vers Jésus, qui leur dit, comme sa main l’indique : Venez et voyez.

10, Cerezo Barredo, 1999, site servicioskoinonia.org/cerezo/indexAgraf.html. Ce clarétain espagnol a travaillé dans plusieurs pays d’Amérique latine. Son œuvre met en relief le peuple, ses espoirs et ses luttes. Il a été surnommé le peintre de la libération. Il a illustré tous les dimanches du cycle liturgique. Ici, nous voyons Jean Baptiste à l’arrière et Jésus à l’avant; entre eux, les deux premiers disciples, dont André et l’autre non-identifié en Jean. Le récit est actualisé : les disciples sont deux jeunes, un garçon et une fille. Ou demeures-tu? demandent-ils à Jésus, qui leur répond : Venez et voyez.

11. Berna, 2017, site évangile-et-peinture, Suisse. Les œuvres de Bernadette Lopez couvrent aussi tous les dimanches du cycle liturgique, avec un grand sens des couleurs. Jean Baptiste indique Jésus à ses deux disciples. Ils vont laisser Jean Baptiste et suivre Jésus.

12. Francis Hoyland, Voici l’Agneau de Dieu, 2009, Angleterre. Cet artiste originaire de Birmingham a réalisé plusieurs œuvres sur la vie du Christ. Ici, Jean Baptiste désigne Jésus comme l’Agneau de Dieu à ses disciples qui se dirigent alors vers Jésus, accompagnés d’un chien. Jésus se tourne vers eux. La scène se passe au bord de l’eau. La suite nous appartient …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Jésus appelle les pêcheurs André et Simon. Modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Duccio di Buoninsegna.
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André, un modèle simplifié à tracer et à colorier, librement inspiré d’une peinture de Lippo d’Andrea.
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