Rencontres avec Jésus – Thomas

Une réinterprétation d’une fresque de Luca Signorelli sur le thème de Thomas touchant les blessures de Jésus.

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de Thomas que Jésus invite sur le chemin de la foi!

Thomas, le sceptique devenu croyant : Jean 20, 19-31

Extrait de l’Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

19 Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

20 Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

21 Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.

23 À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.

25 Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

26 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »

27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

28 Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

30 Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.

31 Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

La figure de Thomas fait réagir. Ce disciple, qui a besoin de voir et de toucher pour croire, suscite la sympathie ou la réserve. Certains se reconnaissent en lui, comme s’il anticipait une réaction moderne face à l’affirmation croyante. Notre culture valorise comme sources d’autorité l’expérience personnelle et le primat du concret, du vérifiable. N’est réel que ce que j’ai perçu et ce qui est observable. En cela, Thomas nous est contemporain. Les affirmations des autres disciples ne lui suffisent pas; elles parlent d’une réalité qui n’est pas visible et tangible et qu’il n’a pas expérimentée. Son doute nous semble raisonnable et même exemplaire.

D’autres voient plutôt Thomas comme un contre-modèle, moderne aussi mais disant bien les limites de notre culture. Il est la figure de l’homme borné et enfermé dans son petit monde, inconscient de la grandeur du réel, qui déborde nos perceptions. Voilà bien le mâle occidental, obsédé par la raison, incapable d’écouter ce que les autres disent et ne prenant en compte que les exigences de l’efficacité pragmatique. Ou d’un autre point de vue, Thomas est le sceptique fermé à l’expérience spirituelle et religieuse, l’incrédule de service qui fait mieux ressortir, en contraste, la valeur de notre piété.

Pauvre Thomas! Il a le dos large pour porter nos revendications d’identification et nos distances critiques. Mais que sait-on de lui? Qu’est-ce que l’Évangile de Jean nous en dit, pour compléter son portrait? C’est lui qui avait dit à Jésus, annonçant son départ (14,5): nous ne savons pas où tu vas, comment saurions-nous le chemin? Réaction de bon sens mais un peu étroite! Mais Thomas est capable d’élan et de don. Dans le récit de Lazare, il dit (11,16): allons mourir avec lui, mais là encore il n’a pas saisi ce que disait Jésus! Un Thomas bien humain, ni tout-à-fait rigoureux ou fermé, mais qui a du chemin à faire. Mais nos réactions face à Thomas expriment des saisies qui ne sont pas sans fondement dans le texte de Jean, si on le considère dans son ensemble.

Ce récit s’inscrit dans les manifestations de Jésus le vivant au jour de Pâques. Tout est concentré en un jour, de l’apparition à Marie de Magdala jusqu’à la Pentecôte où le Ressuscité envoie son Esprit sur les disciples rassemblés en un lieu clos. Et ce jour, le premier de la semaine, il est toujours actuel. La présence du Ressuscité advient quand les disciples sont rassemblés; elle est expérience de paix, refrain repris trois fois dans ce passage. Pour les disciples et Thomas, sont mis en évidence les mains et le côté de Jésus, qui renvoient à sa mort en croix. Et qu’est-ce que croire? L’entrée dans le croire ne relève pas du mode de l’évidence. Signes, visage, paroles, expériences de paix, et la mémoire de la croix, sont offerts à notre regard, pour qu’il s’ouvre et interpréte. Comme aujourd’hui. Mais ce croire est aussi éminemment une expérience personnelle. En Jean, il n’est jamais question de la foi. Ce n’est pas un thème général ou un objet à prendre et garder. Ce dont il est question, c’est d’un verbe, croire, qui demande toujours un sujet : les disciples, Thomas, vous, et ceux à venir. Ces derniers sont d’ailleurs qualifiés d’heureux; cette béatitude nous est adressée.

Le verbe croire ne peut exister en lui-même. Il devient actif et agissant quand un individu, un groupe, est placé devant lui et lui fait donner sa mesure, celle d’une rencontre et d’une vie en abondance : ils commencèrent à croire, nous croyons, elle croyait, vous croirez. Cette approche de Jean rejoint une requête de notre temps. Elle souligne la dimension personnelle et expérientielle de l’itinéraire croyant. À Thomas, le Seigneur dit : non pas aie la foi, mais sois croyant. Et Thomas, par sa réponse, indique qu’il entre dans cette expérience, personnellement : mon Seigneur et mon Dieu. Et il n’a plus besoin de toucher à Jésus; ses yeux de croyant se sont ouverts. C’est la parole de Jésus et sa présence de paix qui l’amènent à croire.

Par ailleurs, une limite de Thomas demeure, qui est nôtre aussi. La difficulté à faire confiance en la parole d’autrui, quand il n’y a pas de réalité visible, évidente, qui nous contraigne presque à croire. La parole d’autrui est fragile, située, elle n’a pas l’éclat du miracle, mais elle est aussi signe offert pour que nous croyions et ayions la vie. Paroles de Marie de Magdala aux disciples, la première à annoncer le Ressuscité, puis paroles des disciples à Thomas : paroles qui communiquent un esprit transformant et une découverte personnelle, parole des témoins qui ont transmis jusqu’à nous la nouvelle d’une rencontre. Quels signes, quelle paix, et quelle autre parole me sont offerts, à voir et entendre?

Thomas lui-même, par la suite, est parti sur les routes, très loin dit la tradition, jusqu’aux Indes, pour communiquer cette paix et témoigner d’une croix glorieuse. Et encore aujourd’hui, il est là quelque part, cherchant à répondre à des gens qui lui demandent des preuves. Les seuls signes qu’il peut offrir, c’est lui-même et la communauté des siens, une paix qui se transmet, et la croix donneuse de vie. Et un appel à ouvrir le regard et à changer d’horizon, pour être heureux.

Images de Thomas

La figure de Thomas est présente dans l’iconographie dès le Moyen Âge, Elle demeure présente de façon stable, sans être majeure. Certaines œuvres montrent l’assemblée des disciples avec Thomas et ses réactions; les disciples sont parfois bien alignés pour entrer tous dans le cadre. D’autres montrent seulement Thomas et le Christ ressuscité, ou avec quelques disciples.

Le texte de Jean ne mentionne pas que Thomas touche les mains et le côté de Jésus, mais plusieurs œuvres le montrent. Visuellement, c’est plus intéressant de procéder ainsi et cela correspond à l’invitation de Jésus à Thomas. Par ailleurs, c’est parfois à la limite du bon goût. Quant à Jésus ressuscité, il est présenté dans sa gloire, lumineux, avec les marques de la croix.

Le lieu de la rencontre est suggéré, surtout dans les œuvres incluant les autres disciples. Il est peu évoqué dans les œuvres n’incluant que Thomas et le Christ.

Voici quelques œuvres anciennes et récentes, dont plusieurs d’Europe de l’Est :

  1. Relief, c.1150, cloître, Abbaye St-Dominique de Silos, Espagne. Ce monastère bénédictin, situé en Castille, a un cloître roman réputé. Dans ce relief, tous les apôtres sont présents, avec des attributs en mains. Le Christ lève le bras droit pour que Thomas touche son côté, C’est une œuvre élégante et touchante.
  1. Tabernacle de Cherves, c.1220-1230, intérieur de la porte droite, Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis. Cette œuvre remarquable, en cuivre et émail, a été fabriquée à Limoges. Elle appartenait au prieuré de Gandory, dans la région de Cognac, de l’Ordre de Grandmont. Dans une ovale, on voit Thomas touchant le côté du Christ ressuscité, couronné.
  1. Franciszek Smuglewicz, 1800, Musée National, Varsovie, Pologne. Ce peintre polonais-lituanien, de Varsovie, marqué par le classicisme et le baroque, a peint des scènes historiques. À partir de 1797, il demeure à Vilnius; la Lituanie vient d’entrer dans l’Empire russe. Ici, les apôtres ont l’air ébahi et des visages travaillés par la vie. Le Christ, au centre, est jeune et rayonnant de lumière. Thomas, qui n’est plus un jeune homme, touche son côté avec précaution. Le Christ le prend par l’épaule.
  1. Carl Heinrich Bloch, 1881, Museum of National History, Frederiksborg, Danemark. Ce peintre de Copenhague, marqué par Rembrandt, a fait plusieurs scènes de la vie du Christ, qui ont été et demeurent populaires. Ici, trois apôtres sont près de Jésus. Thomas est agenouillé, bouleversé, il ne touche pas Jésus. Celui-ci, vêtu de blanc, est lumineux.
  1. Eduard von Gebhardt, c.1900, collection privée, Allemagne. Originaire d’Estonie, alors dans l’Empire russe, ce peintre a été formé à St-Pétersbourg, puis s’est installé à Düsseldorf en Allemagne. Il a peint des scènes bibliques, avec un souci de réalisme et d’expression des sentiments. Les apôtres, avec des visages d’hommes du peuple, sont surpris et tournés vers Jésus. Thomas, l’air bouleversé, se détourne de Jésus : il devient croyant. Jésus, vêtu de noir, ce qui est rare, tient son bras. Le lieu de la rencontre est bien montré, une solide maison.
  1. Michel Ciry, c.1970-1990, Musée Michel Ciry, Varangeville-sur-Mer, Normandie, France. Ce peintre, compositeur et écrivain, exprime sa foi chrétienne à travers son art. Les personnes y sont souvent seules et en recherche. Ici, Thomas, avec son air inquiet et attentif, touche les mains de Jésus, qu’on ne voit pas.
  1. Jacek Andrzej Rossakiewicz, 1990, Pologne. Pour ce peintre polonais, mort en 2016, qui est aussi philosophe et architecte, l’art est lié à la quête spirituelle. Ses œuvres sont marquées par la Bible. Celle-ci fait partie d’une série de quinze peintures sur la passion selon Jean. Thomas est agenouillé près du Christ. Les deux ont les yeux fermés. Quatre autres apôtres sont présents, yeux ouverts. Le tout est méditatif et inspirant.
  1. Andrei Mironov, 2010, site artmiro.ru. Ce peintre russe de Riazan, au sud de Moscou, a été marqué par son expérience militaire. Outre des portraits, son oeuvre est religieuse, avec des peintures et icônes. Elle s’inspire de la tradition mais y intègre une certaine étrangeté, qui dépayse. Ici, les apôtres sont tous en profonde réflexion. Le Christ, à l’air dubitatif, s’éloigne nettement des figures habituelles du ressuscité. Et Thomas, le seul dont on ne voit pas le visage, le regarde.
  1. Ulyana Tomkevych, 21e siècle, site iconart-gallery.com. Cette artiste de Lviv en Ukraine s’inscrit dans la tradition de l’art ukrainien des icônes, mais avec le souci d’une attention à son expérience personnelle et sa recherche de Dieu. Ici, tous les apôtres sont là, chacun avec son expression, comme dans l’image no 1. Thomas, qui a l’air plus jeune, touche le côté du Christ, qui lève le bras droit et est nimbé de vert.
  1. Julia Stankova, 2014, site jukiastankova.com, Bulgarie. Cette artiste de Sophia en Bulgarie, qui est aussi ingénieure et formée en théologie, peint des icônes et des œuvres religieuses. Elle commente ainsi celle-ci : « Saint Thomas est le seul disciple qui a besoin de toucher la blessure de Jésus, comme un sculpteur qui sculpte sa foi dans la matière. En sculptant sa foi, il crée en fait son propre visage spirituel. Il existe ainsi dans deux mondes à la fois, séparés par l’arbre de la connaissance. Par sa présence dans le Nouveau Testament, saint Thomas jette les bases de l’idée que l’art peut être un chemin spirituel. » Oui, l’art peut l’être …

Daniel Cadrin, o.p.


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Rencontres avec Jésus – Les disciples sur le chemin d’Emmaüs

Une réinterprétation numérique de la fraction du pain par Jésus avec les disciples d’Emmaüs, d’après le Titien
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https://racef.art/2022/04/19/hommages-les-disciples-demmaus-par-titien/

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers des disciples croisés sur le chemin d’Emmaüs!

DISCIPLES, ENTRE JÉRUSALEM ET EMMAÜS : Luc 24, 13-35

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc – Chapitre 24

13 Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem,

14 et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.

15 Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux.

16 Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

17 Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.

18 L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. »

19 Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple :

20 comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.

21 Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.

22 À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau,

23 elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant.

24 Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »

25 Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit !

26 Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »

27 Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

28 Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin.

29 Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

30 Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna.

31 Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.

32 Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »

33 À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :

34 « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »

35 À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

Commentaire de l’Évangile

Ce récit nous présente les étapes du cheminement de foi de deux disciples et comment Jésus accompagne ce cheminement. Dans cette synthèse remarquable, nous retrouvons les éléments clés de la vie chrétienne: la recherche et l’incertitude, l’éclairage des Écritures, l’expérience communautaire et sacramentelle, la conversion, le lien à la première communauté, l’annonce du Christ ressuscité. On se promène, entre Jérusalem et Emmaüs, de la route à la maison; puis entre Emmaüs et Jérusalem, à nouveau de la route à la maison.

Sur la route, entre Jérusalem et Emmaüs, les disciples sont confus et découragés, dans leur foi et leur espérance. Jésus les rejoint et fait route avec eux. Ils racontent leur expérience, leurs espoirs et déceptions, à cet inconnu. Celui-ci les questionne et les écoute.

Puis, il les met au défi, il les fait passer à une autre étape. Il leur ouvre les Écritures, il explique. La lumière de la Parole vient éclairer les événements et leur donner un sens nouveau. Les Écritures ouvertes ouvrent l’horizon. Leur cœur est brûlant.

Ils invitent l’inconnu à rester avec eux. Il prend du temps avec eux. Il se met à table et il célèbre avec eux. Dans la maison, autour de la table, ils partagent le repas, qui évoque l’eucharistie. Ils relisent ce qui est arrivé sur le chemin et se mettent à faire des liens entre les événements, leur expérience, la Parole, et cette rencontre sur la route et dans la maison. C’est le temps de la reconnaissance, le point tournant. Alors, Jésus leur devient invisible. Les disciples peuvent maintenant poursuivre par eux-mêmes leur aventure croyante.

Ils ne restent pas dans la maison. Ils reprennent la route en changeant de direction, d’Emmaüs à Jérusalem. Et là, leur expérience du Christ vivant est confirmée par la communauté de Jérusalem. À nouveau, ils racontent ce qui est arrivé mais leur regard a changé : leur récit est celui de croyants. Ils deviennent des témoins.

En quoi je reconnais mon propre itinéraire dans l’une ou l’autre de ces étapes? De quelle manière, par quels visages, l’accompagnement et la présence du Christ et de la communauté se sont-ils manifestés? Sur quelles routes et en quelles maisons?

Pour marcher sur nos chemins de foi, plusieurs paroles sont présentes et indispensables. Le récit d’Emmaüs peut aussi être relu dans cette perspective. Tant de paroles s’y trouvent qui ont chacune leur apport unique, entre Jérusalem et Emmaüs. Avec finesse et justesse, elles expriment les diverses composantes d’une quête, depuis le découragement jusqu’à l’annonce du Ressuscité.

Les deux disciples utilisent plusieurs sortes de paroles qui disent bien leur itinéraire. Tout d’abord, sur la route, en marchant, ils parlent des événements et de leur expérience. Ils racontent. Plus loin, après avoir entendu la parole de Jésus, ils invitent leur compagnon inconnu à rester avec eux. Ils veulent aller plus loin, poursuivre la conversation. Puis, dans la maison, après avoir entendu la parole de Jésus et partagé le pain, ils sont touchés au cœur et expriment une parole de prise de conscience et de reconnaissance. Mais ils ne s’arrêtent pas là : leur dernière parole est celle du témoignage.

Pour qu’ils fassent de tels pas en chemin, du découragement au témoignage, d’autres paroles sont intervenues. Il y a d’abord celle des femmes qui sont allées au tombeau. Elles ont raconté et proclamé une annonce bouleversante : Jésus est vivant. Cette parole qui disait vrai n’a pas été reçue immédiatement; elle a suscité l’étonnement mais n’a pas convaincu. Une expérience personnelle de rencontre était nécessaire pour les disciples. Mais cette parole a suscité l’éveil, elle a commencé à mettre en doute les certitudes de l’échec pour ouvrir une espérance.

La parole de Jésus intervient de trois manières. Au début, elle questionne, elle met en route en invitant à raconter. Puis cette parole devient plus provocante : elle réveille, elle met au défi. Et elle fait entrer dans les Écritures, la Parole qui apporte sa lumière essentielle. Une autre parole de Jésus est aussi mentionnée : celle de la bénédiction dans la maison, au moment du repas. Celle-ci fait appel à la mémoire; les disciples font des liens, ils reconnaissent. Puis Jésus disparaît.

À la fin, à Jérusalem, dans la maison, intervient la parole des apôtres et de l’assemblée. C’est une parole de proclamation et de confirmation. Oui, le Seigneur est ressuscité, vous n’êtes pas seuls à croire en lui. La parole des femmes revenues du tombeau disait vrai.

Tant de paroles dans ce récit. Mais elles ont chacune leur rôle unique sur le chemin qui va de l’espoir brisé à l’élan de l’espérance. Dans nos propres existences personnelles et communautaires, ces paroles sont toujours là, ici et là, à entendre, à dire, dans leur diversité et leur complémentarité. Il vaut la peine de se demander quelles sont leurs voix aujourd’hui qui viennent nous toucher. Et nous pouvons y joindre notre écoute et notre voix, depuis le récit jusqu’au témoignage, depuis le questionnement jusqu’à la proclamation. En nous rappelant que Jésus le Vivant, déjà, s’est approché et fait route avec nous. Comment avancerions-nous et où irions-nous sans ces paroles de toutes sortes qui non seulement font cheminer mais sont elles-mêmes chemins vers la vie.

Images

Depuis le Moyen Âge, ce récit est très populaire dans l’art chrétien. À cause de la richesse du texte, sorte de synthèse de tout le Nouveau Testament; de ses symboliques de base (route, maison, repas); de l’itinéraire spirituel de ces disciples; de la révélation de Jésus le Christ sous plusieurs modalités (accompagnant inconnu, la Parole, le partage du repas, la communauté). Tous les grands peintres ont fait un Emmaüs, et les autres aussi! L’une des étapes est habituellement favorisée, surtout le repas dans la maison. Certains ont fait un ensemble plus complet.

L’un des disciples est nommé : Cléopas. L’autre n’est pas spécifié; il peut alors prendre divers visages, dont celui d’une femme. On a ainsi un couple en route, ce qui s’inscrit bien dans l’Évangile de Luc. Dans les dernières décennies, la diversité des expressions culturelles a enrichi ce patrimoine iconographique.

Voici quelques œuvres (un choix difficile!), entre route et maison, nous invitant à cheminer, à partager et à ouvrir le cœur et l’esprit.

  1. Miniature, Codex Egberti, folio 88, recto, c.980, Bibliothèque municipale de Trèves, Allemagne. Ce manuscrit a été réalisé par l’abbaye bénédictine de Reichenau pour Egbert, évêque de Trèves. Deux scènes sont présentées, celle sur la route et celle du repas dans la maison. L’autre disciple avec Cléopas est identifié : c’est Luc !
  1. Miniature, Vita Christi, ms. 101, c.1190–1200, J. Paul Getty Museum, Los Angeles, États-Unis. Ces trois personnages sont-ils des extra-terrestres qui viennent de débarquer ?! Non, ce sont simplement des pèlerins qui en portent les signes : le chapeau et le bâton. On voit sur Jésus les marques de la croix (pieds et mains). Il y a aussi une miniature du repas.
  1. Fritz von Uhde, pastel sur papier, 1891, Galerie Neue Meister, Dresden, Allemagne. Ce peintre naturaliste, proche de l’impressionnisme, a été influent à son époque en Allemagne ; il y introduit la peinture en plein air. Luthérien engagé, il a fait des œuvres religieuses avec la vie des gens du peuple. Nous avons ici un Emmaüs vert : Jésus et les deux disciples, vus de dos, marchant sur un sentier.
  1. He Qi, 1998, site heqiart.com. Cet artiste formé à Nanjing est un peintre chrétien réputé, intégrant des éléments traditionnels chinois et l’art contemporain. Avec ses couleurs, le soleil au fond, les arbres et les fleurs à l’avant, il nous présente Jésus et ses compagnons marchant sur une route joyeuse.
  1. Duccio di Buoninsegna, 1308-1311, Museo dell’Opera del Duomo, Sienne, Italie. Voici une des vingt-six scènes de la Passion qui font partie de La Maestà, œuvre majeure de Duccio. C’est le moment de l’invitation. Jésus porte les attributs du pèlerin : le bâton, un sac en bandoulière et le chapeau sur son dos. La route est pavée.
  1. Hanna Cheriyan Varghese, Stay with us, 2001, Their eyes were opened, 1999, site hanna-artwork.com. Cette artiste chrétienne de Malaysie est décédée en 2009. Elle montre l’invitation, avec la route et la maison, puis le repas autour de la table. Les deux disciples sont un homme et une femme.
Maximino Cerezo Barredo (Spanish, 1932–), « Emmaus, » 2002. http://blogs.periodistadigital.com/imagenes.php/2013/04/28/emaus-8. Tags: woman
  1. Cerezo Barredo, 2002, Centre de Formation des Animateurs, Lac Gatún, Panama. Les disciples, un homme et une femme, arrivent de la route, yeux bandés car ne reconnaissant pas encore le Christ. Leurs yeux voient lors du repas dans la maison. Jésus porte au poignet la marque du clou.
  1. Le Caravage, 1601-1602, National Gallery, London, Angleterre. Le disciple de droite porte le coquillage qui est signe du pèlerinage de St-Jacques-de-Compostelle. Le servant fait son travail. Le panier sur la table, avec sa nature morte, risque de tomber! Les disciples sont des gens du peuple, selon l’usage de Caravage. L’un va se lever de sa chaise, l’autre étend les bras : c’est le moment de révélation, de reconnaissance. Jésus est jeune, imberbe, un peu joufflu, offrant une image différente de celles habituelles. La dramatique est accentuée par la lumière et les ombres.
  1. Oscar José Suárez, VII Bienal de Arte Sacro, 1998, Buenos Aires, Argentine. Voici un Emmaüs au coeur de nos quotidiens, dans nos cuisines, avec leurs objets familiers. Le Christ y est présent mais autrement, non immédiatement.
  1. Pierre Lussier, 21e siècle, Québec, Canada. Ce peintre de Québec fait partie du Racef (Réseau Art chrétien et éducation de la foi). Le Christ est à table avec deux jeunes, partageant le pain. Voici un oeuvre touchante qui élargit les horizons.
  1. Jean-Georges Cornelius, c.1935-1940, Musée du Hiéron, Paray-le-Monial, France. Cet artiste français a réalisé des œuvres spirituelles fortes. Le Christ est présent aussi avec les gens âgés et fatigués; il partage leur condition. En temps de pandémie, cette œuvre est particulièrement significative.
  1. Arcabas, Le Repas, 1993-1994, Chapelle de la Résurrection, Église Torre de Roveri, Bergame, Italie. Cette toile est la cinquième d’un polyptique de sept sur Emmaüs, avec la splendeur des formes et couleurs d’Arcabas. C’est le moment où les disciples vont reconnaître le Christ qui commence à s’illuminer.
  1. Sieger Koder, retable, c.1980-1990, Église Notre-Dame-des-Douleurs, Rosenberg, Allemagne. Ce prêtre et artiste a été marqué par l’expressionnisme allemand et par la 2e guerre mondiale. Il a exercé son ministère dans cette église pendant plusieurs années. Avec le pain et le vin, les Écritures sont sur la table, en hébreu, grec et allemand, ce qui indique qu’elles sont actuelles. Les disciples portent le talith, châle de prière. Les événements dont ils parlent sont évoqués à droite et gauche (croix, rameaux). Le Christ est devenu lumière.
  1. Anne-Marie Forest, 2021, Joliette, Canada. Cette artiste fait partie du Racef (Réseau Art chrétien et éducation de la foi). Dans ce tryptique, la marche sur la route vers Emmaüs, le repas dans la maison mais aussi la marche de retour vers Jérusalem sont présentés. La conversation entre Jésus et le couple est animée et le retour se fait avec élan.
  1. Évelyne Breault, 1988, Sœurs Notre-Dame-du-Bon-Conseil, Chicoutimi, Canada. Cette religieuse, artiste en peinture, sculpture et poterie, est décédée en 2014 à l’âge de 100 ans! Cette œuvre fait partie d’une série de trois sur Emmaüs. Elle est assez unique car elle montre la finale du récit, à Jérusalem (v.33-35). L’ambiance est joyeuse …

Daniel Cadrin, o.p.


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Rencontres avec Jésus – Jean, le disciple bien-aimé

Jean à Patmos, une réactualisation libre d’une peinture de Hans Memling

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de Jean, le « disciple qu’il aimait »!

LE DISCIPLE ANONYME ET AIMÉ : Jean 19, 25-27; 20, 1-10

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 19

25 Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27 Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 20

01 Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

02 Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »

03 Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.

04 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.

05 En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.

06 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,

07 ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.

08 C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.

09 Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

10 Ensuite, les disciples retournèrent chez eux.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris


Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Dans l’Évangile de Jean, un disciple important et actif n’a pas de nom. Mais il a un surnom : aimé de Jésus. Cela indique qu’il est à la fois une figure historique, membre du groupe des Douze, mais aussi une figure symbolique, à laquelle le lecteur est invité à s’identifier. Il est comme un modèle qui nous est proposé. Qui est-il? La tradition l’a identifié à Jean, un des premiers appelés, avec son frère Jacques, dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc). Les deux frères y sont des pêcheurs, fils de Zébédée (Mt 4,21). Jésus les a surnommés les ‘fils du tonnerre’ (Mc 3,17), et pour cause! Ils sont fougueux et un peu obsédés par le contrôle et le pouvoir. Mais, avec Pierre, ils font partie des intimes de Jésus (Mc 5,37; 9,2; 14,33). Cet apôtre Jean, bien identifié, aura droit à une chronique.

Mais ici attardons-nous au disciple anonyme, dit le bien-aimé, dans Jean, en mentionnant quelques traits puis en portant attention à deux textes. À la dernière scène (Jn 13,23), il est tout proche de Jésus et de Pierre. Au pied de la croix (19,26), il est avec la mère de Jésus. Au matin de Pâques (20,2), il court vers le tombeau avec Pierre. À l’apparition du Ressuscité au bord du lac (21,7), il reconnait le Seigneur et le dit à Pierre; dans ce récit de pêche, parmi les sept disciples présents, les fils de Zébédée sont mentionnés (21,2), sans nom. Plus loin (21,20), Pierre interroge Jésus sur ce disciple, qui est présenté par les rédacteurs comme un témoin qui a écrit (21,24). Il est aussi question d’un autre disciple (18,15), non-nommé, qui est avec Pierre au moment de la Passion. À noter : le lien avec Pierre ressort de ces textes, ce qui joue pour identifier le disciple à l’apôtre Jean. Dans l’Évangile et les Actes des Apôtres de Luc, le lien entre Pierre et Jean est bien souligné.

Au pied de la croix (Jn 19, 25-27)

Près de la croix, le disciple aimé de Jésus se tient avec la mère de Jésus et trois autres femmes, dont deux s’appellent Marie. Par ailleurs, en Jean, la mère de Jésus, comme le disciple, n’a pas de nom. La mère était présente, avec les disciples, au premier signe de Jésus à Cana (2,1-2); elle est là aussi pour la finale. Juste avant de partir, Jésus montre encore son attention aux siens. Il les confie l’un à l’autre : voici ton fils, voici ta mère. Le disciple et la mère reçoivent une responsabilité : celle de prendre soin de l’autre. Cela dépasse les figures historiques de Marie et de Jean. Il s’agit de l’Église qui va enfanter des disciples. La suite de Jésus ne se vit pas dans l’isolement mais avec d’autres, dans l’expérience communautaire. De qui suis-je particulièrement responsable?

Alors que les autres disciples sont disparus du paysage, quelques personnes demeurent fidèles au poste, elles ne s’enfuient pas. Face à la condamnation de Jésus par les autorités politiques et religieuses et à la foule qui veut un lynchage, elles ont le courage de se tenir près de Jésus, debout (v.25) et solidaires. En cela, le disciple est vraiment un modèle proposé au lecteur. Et moi, qui ai envie de m’enfuir devant bien des difficultés et défis, en quoi ce disciple peut-il prendre mon visage?

La course au tombeau (Jn 20, 1-10)

Voici des gens qui courent, autour d’un tombeau vide. Des courses qui mènent à des réactions différentes. Ils ne voient pas la même chose. Marie de Magdala aboutit à un constat d’ignorance et de surprise: nous ne savons pas. Pierre ne voit qu’un tombeau vide et des objets sans signification: il ne comprend pas. Mais l’autre disciple, celui que Jésus aimait, voit autrement ces mêmes réalités: ces signes le mettent en marche sur la route de la foi, du regard croyant, lui justement qui court plus vite. Ils sont en mouvement autour d’un lieu où ne se trou­vent que des bandelettes posées et un linge roulé: signes à la fois d’une absence et d’un ordre nouveau, indices d’une rupture dans l’ordre habituel du monde.

Ce drôle de récit est à la fois familier et étrange. Nous connaissons la course, nous qui courons d’un lieu à l’autre, d’une expérience à l’autre, en quête de biens, de relations et de sens à nos vies. Nous qui courons souvent en rond, autour de mor­ceaux de sens, de souvenirs décousus, de projets fragiles, dont nous ignorons la portée et que nous ne comprenons pas. Pourtant, dans le récit de Jean, ce qui interroge le regard pour qu’il s’ouvre, ce qui provoque à croire, ce sont des signes ténus, des presque rien. Ces signes déconcertants viennent briser l’ordre prévisible et appellent à voir autrement, par-delà les horizons habituels qui nous enferment dans la résignation ou l’indifférence. Dans notre monde, des signes nous sont donnés de la présence du Christ vivant; mais ce ne sont pas des preuves. Seul le regard attentif et aimant, comme celui du disciple aimé, peut y voir les indices d’une présence et non d’une absence. Quels signes de ce genre nous entourent, nous invitant à dépasser l’incompréhension et l’ignorance pour entrer dans un nouvel horizon, celui du croire?

Certaines personnes courent plus vite, comme l’autre disciple, entrainées par l’amour et éclairées par l’Écriture. Elles savent découvrir dans des détresses cachées, dans des coins du monde périphérique, dans des visages travaillés par la vie, les traces d’un relèvement. À l’aube, alors qu’il fait encore sombre, courons pour accueillir une bonne nouvelle, surgie de nos fragilités et relevant notre espérance.

Images du disciple bien-aimé

De même que Pierre a des traits reconnaissables dans l’iconographie (cf. chronique antérieure), le disciple bien-aimé lui aussi est bien campé. Son trait principal est clair : il est jeune. Pourquoi? Dans la finale de l’Évangile de Jean (21,20-23), une longue vie lui est attribuée. La tradition a identifié ce disciple à l’apôtre Jean, considéré comme ayant vécu longtemps, jusqu’à la fin du premier siècle. Donc, au moment de devenir disciple de Jésus, il devait être jeune! On lui donne souvent des traits fins, un visage imberbe, des cheveux longs, pour indiquer non seulement sa jeunesse mais aussi la sensibilité spirituelle et l’esprit perspicace propres au disciple bien-aimé en Jean. Ce qui est très différent de l’image, à première vue plus brutale et obtuse, qui ressort de la figure de Jean, frère de Jacques, fils du tonnerre, dans les évangiles synoptiques (Lc 9,49.54).

Au pied de la croix, le nombre de femmes peut varier, selon l’interprétation qu’on fait de Jean 19,25. Souvent, seuls la mère et le disciple sont présents. Jésus, parfois montré, est celui qui parle dans ce récit, où il les confie l’un à l’autre. Quelle est leur attitude, qui peut se situer avant, pendant ou après cette parole : l’inquiétude, la compassion, l’attention, la surprise, la tristesse, …. Comment sont-ils situés par rapport à Jésus et l’un à l’autre? Côte à côte, de chaque côté, … Quel est l’âge suggéré par le visage de la mère et du disciple?

(À ne pas confondre avec une autre tradition iconographique au pied de la croix, celle de Marie et Jean-Baptiste, deux figures à la frontière de la première et de la nouvelle alliance, préparant la venue du Christ. Ce Jean est reconnaissable : barbe, habit, bâton, … )

Pour la course au tombeau, le moment dans le récit peut varier : la course elle-même, l’arrivée au tombeau, l’entrée. Qu’est-ce qui caractérise les figures et les postures de Pierre et du disciple? Marie de Magdala, la première à courir, est-elle présente?

Voici quelques œuvres montrant ces deux scènes :

  1. Mosaïque, c.1130, abside, Église San Clemente, Rome, Italie. Voici une œuvre magnifique et impressionnante. La mère et le disciple, Marie et Jean, sont de chaque côté de la croix, sur laquelle sont posées douze colombes, évoquant les apôtres. Cette croix est entourée de plantes et de fleurs, d’oiseaux et d’animaux, comme une nouvelle création. Elle est source de vie et d’eaux vives. Nous sommes loin du sombre Moyen Age dont parlent nos médias.
  1. Fra Angelico (Giovanni di Fiesole), fresque, c. 1440-1442, cellule 43, Couvent San Marco, Florence, Italie. À gauche, la mère et le disciple sont rapprochés; Marie de Magdala est avec eux. Au centre, sur la croix, le Christ est montré dans son humanité fragile et donnée, comme il l’est fréquemment chez ce dominicain toscan dont l’art est sa prédication. La scène est dépouillée, sans décor. À droite, saint Dominique est en prière : le frère, dont c’est la cellule, peut s’identifier à lui et entrer dans la fresque. L’image ne se regarde pas en restant en extériorité. Elle est parole qui invite à avancer.
  1. Engelbert Mveng, Chemin de Croix XII, c.1960, Chapelle du Collège Hekima, Nairobi, Kenya. Ce jésuite camerounais, artiste et théologien, assassiné en 1995, s’inspire de différents arts traditionnels du continent africain. Dans ce chemin de croix, tous les visages sont des masques référant à des figures et fonctions. Les couleurs sont signifiantes : le noir pour la souffrance, le rouge pour la vie, le blanc pour le deuil.
  1. Michel Ciry, c.1960-1970, Musée Michel Ciry, Varangeville-sur-Mer, Normandie, France. Ce peintre-graveur était aussi compositeur de musique et écrivain. Son art est attentif à ce que vivent les personnes, figures solitaires et en quête. La mère et le disciple sont tournés vers Jésus, attristés mais proches l’un de l’autre. Une lumière les couvre.
  1. Richard Serrin, 20e siècle, site richardserrinart.com, États-Unis. Ce peintre de l’Illinois, marqué par la Renaissance, conjugue classicisme et contemporanéité avec originalité. Ici, Marie est vraiment une femme âgée, affectée par le drame mais solide. Une autre femme la soutient. Jean a l’air plus mûr et costaud que dans les figures habituelles.
  1. Macha Chmakoff, Mère, voici ton fils … voici ta mère, 21e siècle, site chmakoff.com, France. Cette artiste, psychanalyste et théologienne, a peint en abondance les scènes des évangiles, dans un style suggestif par ses couleurs, ses formes et sa lumière. La mère et le disciple se tiennent ensemble, différents et unis, devant la croix lumineuse, entourée de contours en mouvement.
  1. Miniature, c.1000, Évangéliaire d’Otton III, Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Allemagne. Cet ouvrage a été produit à l’Abbaye bénédictine de Reichenau, qui était à l’époque très réputée en Europe pour ses manuscrits enluminés. La scène se passe à l’entrée du tombeau, avec les signes offerts au regard. Les trois figures du récit sont présentes : Marie de Magdala, le jeune disciple et Pierre l’aîné.
  1. Benjamin West, c.1780, ébauche pour un vitrail de la Chapelle Saint-Georges, Château de Windsor, Angleterre. Ce peintre américain de la Pennsylvanie, réputé pour ses scènes historiques et bibliques, s’est installé en Angleterre en 1763 au service du roi. Il est célèbre au Canada pour son œuvre (1770) : La mort du Général Wolfe. Ici, la course est vive, avec le jeune disciple, énergique, légèrement en tête du vieux Pierre!
  1. James Tissot, c.1886-1894, Brooklyn Museum, États-Unis. Ce peintre français, qui a bien connu la Terre Sainte, a mis en images la majorité de scènes des évangiles. Ici, le jeune Jean arrive au tombeau le premier, mais il n’entre pas. Pierre suit, un peu essoufflé! Leurs corps et vêtements sont en mouvement. C’est l’aube et le tombeau est éclairé de l’intérieur.
  1. Eugene Burnand, 1898, Musée d’Orsay, Paris, France. Ce peintre suisse a été marqué par le mouvement naturaliste. Protestant fervent, il a fait plusieurs œuvres religieuses à partir de 1895. Celle-ci est son œuvre la plus célèbre. C’est aussi la plus utilisée pour illustrer le récit de la course. Les couleurs sont à la fois proches et contrastées. La course comme telle est montrée, en gros plan, avec les visages, les corps et les mains de Pierre et Jean, très expressifs.
  1. Henry Ossawa Tanner, c.1906, Art Institute of Chicago, États-Unis. Ce peintre afro-américain de Philadelphie, fils d’un pasteur militant, fut non seulement un pionnier dans son milieu, et il en paya le prix, mais aussi un artiste religieux profond. Ici, les deux disciples sont entrés dans le tombeau. Pierre a l’air perplexe et Jean est lumineux.
  1. Marko Yvan Rupnik, mosaïque, 2017, Basilique Notre-Dame, Genève, Suisse. Dans cette œuvre récente du jésuite slovène, on voit Pierre et Jean au tombeau, près des bandelettes. Pierre est en avant, comme dans le texte, et il s’interroge. L’autre disciple, celui qui voit et croit, a en main le rouleau de l’Écriture (20,9), qui ouvre le regard. …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessins à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à vous inspirer de l’un ou de plusieurs des dessins ci-dessous pour créer une image et y ajouter quelques mots pour exprimer votre perception du sujet.

Tracés simplifiés à tracer et à colorier, librement inspirés de peintures traditionnelles de l’art chrétien. Cliquer sur les images pour les agrandir et les sauvegarder!

Voici un exemple de montage réalisé d’après les même dessins :

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Rencontres avec Jésus – La femme condamnée et sauvée

Illustration librement inspirée d’une peinture de Lucas Cranach l’Ancien

Une nouvelle invitation à rencontrer Jésus, cette fois-ci au travers de la femme accusée d’adultère puis sauvée par Jésus!

LA FEMME SAUVÉE : Jean 8, 1-11

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean – Chapitre 8

01 Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers.

02 Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.

03 Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu,

04 et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.

05 Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »

06 Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.

07 Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »

08 Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.

09 Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.

10 Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »

11 Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Commentaire de l’Évangile

Par Daniel Cadrin, o.p.

Il y a les rencontres entre Jésus et ses premiers disciples, comme André et Pierre, proches de lui. Mais il y a aussi ces rencontres occasionnelles, uniques, entre Jésus et différentes personnes, en chemin, sur les places, dans des maisons. L’une d’elles est avec une femme dite adultère, au 5e dimanche du Carême de l’Année C, celle de Luc. Le récit est dans l’évangile de Jean (8,1-11), mais il est considéré comme n’appartenant pas à celui-ci, dont il était absent dans les anciens manuscrits. Son style est plus proche de celui de Luc. Mais, ce qui est sûr, il fait partie du Nouveau Testament et offre une inspiration très évangélique.

La scène se passe au Temple, au coeur de la vie religieuse du peuple, et Jésus est en train d’enseigner. Et voici qu’une femme menacée de mort est mise au centre de l’action. Des scribes et pharisiens, armés de la Loi, sont décidés à la condamner. Jésus, à qui on demande de prendre position, est pris entre les deux. Une victime, des accusateurs, un juge. Une scène tendue, où la victime et le juge, la femme et Jésus, sont tous deux pris dans un piège, celui des accusateurs qui ont l’initiative de l’action. Elle est accusée d’adultère, mais il n’y a pas d’époux, trompé ou trompeur.

Dans cette histoire, la femme est mise au centre. Mais, pour les accusateurs, elle n’est qu’un instrument au service de leur visée première : prendre Jésus au piège et pouvoir ainsi le mettre en accusation, en situation de délit face à la Loi. Cette femme est ainsi réduite à un objet, sans existence propre, sans parole, utilisée pour condamner un autre. Et Jésus est mis à l’épreuve et piégé : s’il condamne la femme, ses prétentions de miséricorde envers les pécheurs perdront leur crédibilité. S’il l’acquitte, il se condamne lui-même. Nous sommes dans un vrai cercle de violence : la femme est utilisée pour condamner Jésus et Jésus est utilisé pour condamner la femme.

Mais le dénouement est surprenant. À la fin, tous s’en vont; il n’y a plus ni victime, ni accusateurs, ni juge. L’univers de la menace et de la condamnation s’est écroulé. Tous sont dénoués de ce qui les attachait, délivrés du poids de mort qui les enfermait dans un cercle de violence. La femme a retrouvé sa dignité et elle parle; elle est un sujet humain. Et Jésus reste libre. Quelle approche de Jésus a permis ce dénouement? L’action et la parole de Jésus en cette scène ne relèvent pas d’abord de l’habileté d’un juriste qui sait trouver la faille et s’en sortir. Jésus engage tous les participants dans un débat plus profond, celui de la vérité de leur condition humaine. Il change l’horizon et l’enjeu du procès.

Il le fait d’abord non pas par sa parole, mais par son corps et son geste. Les scribes sont entrés en scène dans un mouvement d’attaque; ils sont puissants, armés de leur certitude. Jésus s’abaisse, il incline la tête vers la terre, et il écrit sur le sol, on ne sait trop quoi. Par son geste, Jésus brise cet élan agressif. Il ne répond pas sur le même ton, dans la même logique que ses adversaires. Jésus intègre dans le débat un temps d’arrêt, de prise de conscience, comme un silence méditatif. Puis il se redresse, il relève la tête. Cette gestuelle rappelle la trajectoire même de sa vie, le mystère pascal, de l’abaissement à la résurrection.

C’est seulement à l’intérieur de cette dramatique que peut venir la parole. Celle-ci n’accuse pas mais elle fait entrer dans une autre dynamique, où il n’y a pas personne en extériorité, pouvant juger de l’extérieur. Que celui d’entre vous … Les scribes ne sont plus des accusateurs devant une condamnée; tous sont inclus dans la quête d’authenticité, de vérité sur soi. Puis, avec la femme, Jésus procède de la même manière : l’abaissement et le redressement et la parole qui met en mouvement, qui appelle à faire la vérité et à se mettre en marche : Va et désormais ne pèche plus. Parole qui remet debout et qui appelle à se tenir, à faire face aux défis de la vie qui continue. Et puis Jésus lui-même participe à ce débat de l’intérieur, car c’est une mise à l’épreuve qu’il doit traverser. Dans sa parole à la femme, il s’inclut : moi aussi …

C’est ainsi que se brisent le cercle de violence et de mort et le piège des condamnations. Par le temps d’arrêt qui décentre et recentre, par la prise de conscience d’une solidarité qui inclut tous, qui fait émerger la vérité plus profonde de notre existence. Et alors les catégories d’accusateur, de victime et de juge montrent leur insuffisance. Au lieu d’un procès, nous nous retrouvons dans un processus de conversion, qui dépasse les jugements extérieurs.

Ce récit évoque des scènes presque semblables qui se déroulent encore aujourd’hui. On pense à ces femmes dans certains pays où une loi rigoureuse et injuste est prête à les sacrifier. Mais aussi, cette histoire touche des situations actuelles où la condamnation d’autrui motive les actes, que ce soit dans l’excitation médiatique ou dans le quotidien des familles et des milieux de travail. Climat de peur et de menace, goût de piéger autrui, de l’humilier publiquement, victimes silencieuses qui n’ont plus le statut de sujets humains. Et des témoins appelés à porter un jugement qui ne savent pas toujours comment réagir et briser cet encerclement. Toi, qui es-tu pour jeter la première pierre? nous demande Jésus. Et quelle approche, ressortant du récit, pourrais-je favoriser lors de situations tendues?

Images de la femme sauvée

Cette scène est présente à partir du 9e siècle, dans des manuscrits, et demeure rare au Moyen Âge. Elle prend de l’envol à partir de la fin du 15e siècle et sera populaire et abondante aux derniers siècles. Elle est dramatique : il y a un enjeu de vie et de mort, avec une tension, une violence prête à passer à l’action. Les figures sont bien campées : la femme, les accusateurs, Jésus, et la foule autour. Cela se passe au temple, lieu sacré. Et aussi, simplement, ce récit porte à réfléchir, personnellement, avant de juger les autres. Il ouvre un espace de questionnement et de liberté qui demeure inspirant dans la diversité des époques et des cultures.

Des images reprennent tous les personnages et le contexte, pour en faire une scène très animée; d’autres se centrent plus sur Jésus et la femme. Certaines œuvres montrent le moment de l’accusation, d’autres le retrait des gens avant la finale, et d’autres le dialogue à la fin entre Jésus et la femme. Plus rarement, on trouve seulement Jésus ou la femme.

On peut voir Jésus debout, ou se penchant, se relevant, écrivant sur le sol. La femme est debout ou à genoux ou assise, parfois en pleurs. Dans le texte, elle est debout : à la fin, Jésus se relève pour lui parler. Elle peut être tenue de près par des gardes ou des pharisiens, avoir les mains liées, à l’avant ou à l’arrière, être habillée avec élégance et légèrement dénudée. Puisqu’il s’agit d’adultère, c’est une femme mariée; mais elle est souvent présentée comme une courtisane.

Les accusateurs sont des hommes, habituellement avec une allure agressive, hostile; fréquemment, des soldats les accompagnent. Parfois, des femmes sont dans la foule et des disciples sont présents avec Jésus.

Voici plusieurs œuvres, depuis le 16e siècle, où certains de ces éléments se retrouvent.

  1. Lorenzo Lotto, c.1527-1529, Musée du Louvre, Paris, France. Originaire de Venise, Lotto a travaillé à Bergame, Rome et dans les Marches. Homme très religieux, il est entré en fin de vie chez les frères de Loretto. La scène est dramatique, chargée de tensions. Les gens, aux visages agressifs et désagréables, sont serrés autour de Jésus, dans un climat propice à la violence. Des soldats tiennent la femme par sa robe et ses cheveux; elle cherche à se protéger. La lumière l’entoure, venant du Christ au centre. Celui-ci est calme, il ne cède pas à la pression, ce qui est bien fidèle au récit. Les couleurs sont riches. Les figures sont à notre hauteur, pour nous inclure.
  1. Pieter Brueghel l’Ancien, grisaille, 1565, Courtauld Institute of Art, Londres, Angleterre. Ce peintre flamand, sensible aux paysages et à la vie quotidienne, a marqué son époque. Jésus écrit sur le sol (en néerlandais): Que celui qui est sans péché… La femme, au centre, gracieuse et digne, est bien différente des autres personnages; elle tient les doigts croisés. Cette œuvre est une des trois grisailles faites par Brueghel. Cette technique, avec ses divers gris, ses ombres et lumières, accentue la dramatique de la scène, mais autrement que par les couleurs.
  1. Valentin de Boulogne, c.1620, J. Paul Getty Museum, Los Angeles, États-Unis. Ce peintre français s’inscrit dans la lignée du Caravage, avec son clair-obscur et ses figures individualisées dont les modèles viennent du peuple. La femme, aux mains liées, est entourée de soldats, jeunes, armés et métalliques. À droite, les accusateurs, plus âgés, dont l‘un à lunettes. Le moment est celui où Jésus a parlé; et les réactions indiquent que sa parole a des effets. La lumière touche Jésus et la femme.

  1. Rembrandt van Rijn, 1644, National Gallery, Londres, Angleterre. Dans ce grand espace du temple, avec des nuances de couleurs, on voit les colonnes, l’autel, des chandelles. La lumière est sur la femme et Jésus. Celui-ci est plus grand que les autres figures, sa présence s’impose. Ses disciples sont proches de lui. La femme pleure, entourée d’hommes âgés; une main la désigne, un garde est derrière elle. Pendant que cette scène se déroule, des gens sont affairés à leurs rites et activités.
  1. William Blake, aquarelle, c.1805, Boston Museum of Fine Arts, États-Unis. Ce poète et artiste célèbre, de Londres, a créé une œuvre littéraire et picturale originale, inspirée de la Bible et de ses visions. Le temple est évoqué mais sans détail. Il n’y a pas de foule. Les accusateurs vus de dos, sans visage, s’en vont, ce qui indique le pouvoir de la parole de Jésus. La femme se tient droite et digne, mais ses mains sont encore attachées. Jésus se penche pour écrire, il ne se met pas à genoux, ce qui physiquement n’est pas facile! La ressemblance entre Jésus et la femme indique leur proximité spirituelle.
  1. Vassili Polenov, 1887-1888, Musée Russe, Saint-Pétersbourg, Russie. Ce peintre russe a séjourné en Italie, en France et au Proche-Orient. Il s’intéressait à la vie quotidienne des gens et au paysage. Il a travaillé plusieurs années sur cette imposante toile, qu’il considérait comme sa grande œuvre. Elle a été achetée par le tsar Alexandre III. Les personnages sont nombreux; plusieurs sont des figures précises des évangiles. Jésus enseigne à l’entrée du temple; ses disciples et des auditeurs sont proches de lui. Voici qu’une foule agressive arrive avec la jeune femme apeurée. Ils demandent à Jésus de la condamner. Celui-ci, dont Polenov souligne l’humanité, fera face à la meute.
  1. Eero Järnefelt, 1908, Église Saint-Pierre, Lieto, Finlande. Ce peintre a été formé à Saint-Pétersbourg et Paris. La Finlande a fait partie de l’Empire russe jusqu’en 1917. Ses œuvres montrent les paysages de son pays et la vie des gens. On voit ici des hommes belliqueux, prêts à lancer des pierres. Élément plus rare : une femme et des enfants sont témoins de la scène. Ces figures sont en blanc, comme Jésus et la femme. Cela se passe à l’extérieur, avec un champ et un arbre sec. Jésus va relever la femme par terre.
  1. Max Beckmann, 1917, Saint Louis Art Museum, Missouri, États-Unis. Beckmann est un des principaux artistes allemands du 20e siècle. Influencé, entre autres, par Brueghel, Rembrandt et Blake, et par l’expressionnisme, il demeure un créateur très individuel. Son oeuvre, avec ses formes distordues, est une vive critique sociale. Mis au ban par le parti nazi, il fuit l’Allemagne en 1937 et vivra aux Pays-Bas, puis aux États-Unis. La femme a les yeux fermés et les mains jointes; elle est en prière. Des soldats sont autour, l’un avec des pierres; un clown au doigt accusateur se moque d’elle. Jésus, au centre, avec ses mains, la protège face à cette haine. Oeuvre faite à son retour de guerre.
  1. Liz Lemon Swindle, 2003, site lizlemonswindle.com, États-Unis. Cette artiste, de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (Mormons), peint des œuvres religieuses très expressives, dont les figures sont actuelles. Ici, Jésus et la femme sont au sol : la femme est agenouillée et repliée; Jésus réflexif est en train d’écrire (en hébreu). Les autres personnages les entourent, surtout par leurs mains.
  1. Louis Glanzman, illustration, dans Richard Rohr & Louis Glanzman, Soul Brothers, Orbis Books, 2004. Les illustrations de cet américain de Virginie ont paru dans plusieurs livres et grands magazines. Elles sont renommées et portent beaucoup sur l’histoire américaine, ancienne et récente. Mais il a aussi publié sur les femmes du Nouveau Testament et les hommes de la Bible. Ici, Jésus écrit (en anglais): Forgive ... Pardonne.
  1. Marko Yvan Rupnik, mosaïque, 2009, crypte de l’Église San Pio da Pietralcina, San Giovanni Rotondo, Pouilles, Italie. C’est dans cette église qu’est enterré le célèbre capucin Padre Pio, canonisé en 2002. Toute l’église est couverte des mosaïques du jésuite slovène; c’est son œuvre la plus développée, accomplie de 2009 à 2014. Jésus et la femme sont tous deux au sol en conversation. Les gens se retirent.
  1. Macha Chmakoff, 21e siècle, site chmakoff.com, France. Dans ses œuvres, cette peintre et psychanalyste, de Lyon, formée en théologie, veut exprimer « le mystère de la Révélation ». Elle a plusieurs publications. Jésus écrit sur le sol, aux pieds de la femme. La parole de Jésus vient de retentir. Des gens se retirent. La femme et Jésus, les deux en blanc, sont engagés dans une rencontre, qui relève et sauve …

Daniel Cadrin, o.p.


Dessin à tracer et à colorier

Afin d’approfondir le sujet en le vivant intérieurement, nous vous invitons à créer un petit montage en assemblant des images ci-dessous et en ajoutant quelques mots.

Tracés simplifiés à tracer et à colorier, librement inspirés de peintures traditionnelles de l’art chrétien. Cliquer sur les images pour les agrandir et les sauvegarder!

Voici un exemple de montage réalisé d’après les même dessins :


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Nous sommes toutes et tous, quelque soit l’âge et la culture, invités à témoigner de la façon dont nous percevons notre rencontre avec Jésus au travers des personnages qu’il croise dans les Évangiles.

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